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Le temps des cerises par Christine Renard

Fiche de Le temps des cerises

Titre : Le temps des cerises
Auteur : Christine Renard
Date de parution : 1980
Editeur : Kesselring Editeur

Sommaire de Le temps des cerises

  • Le temps des cerises
  • La terre promise
  • Aux abords des sources
  • La longue marche
  • Lettre perdue
  • Défense d’écrire dans la marge
  • Car il faut que jeunesse se passe
  • Beaux à faire peur
  • A rayer de la carte
  • Entre parenthèses
  • Berceuse pour s’endormir

Première page de Le temps des cerises

« Solveig entassait soigneusement ses vêtements préférés dans une grande valise aux multiples poches. Elle ne devait pas avoir d’autres bagages dans l’astronef, et, sans cesse, elle pensait à un objet, à un livre, à un souvenir qu’elle n’aurait pas voulu laisser.

— Emporte donc mes chaussures de toile, dit derrière elle, la voix de sa sœur Chloée.

Elle se retourna. Chloée la regardait, l’air tragique, les épaules voûtées. Malgré sa jeunesse, Chloée prenait des allures de vieille femme résignée.

— Tes chaussures de toile ? murmura Solveig, elles ne vont pas te faire faute ?

— Je pourrai en racheter, tandis que toi…

Solveig se pencha sur sa valise, semblant s’absorber dans son travail. Chloée était charmante, son mari était charmant, mais ils supportaient mal de la voir partir, et ne cessaient de lui gâcher son départ en insistant sur la témérité de ce voyage. Certes, les dernières nouvelles de Centaure IV étaient bonnes, excellentes même, mais elles dataient de trois ans, le temps qu’il avait fallu à l’Astronef pour parcourir les années-lumière qui séparaient la Terre de sa colonie. »

Extrait de : C. Renard. « Le temps des cerises. »

Les vacances de Monsieur Dupont par Maurice Renard

Fiche de Les vacances de Monsieur Dupont

Titre : Les vacances de Monsieur Dupont
Auteur : Maurice Renard
Date de parution : 1994
Editeur : Editions Opoto

Première page de Les vacances de Monsieur Dupont

« Le 25 mars 1900, au matin, je m’habillais dans mon petit appartement de garçon, au troisième étage, boulevard de Sébastopol, au-dessus de notre magasin de vente. Suivant une habitude vieille de vingt ans, je me disposais à passer la journée du dimanche au grand air, avec Brown.
Brown, mon associé, est Anglais. Son nom fait bien dans une raison sociale, et sa personne est précieuse à la tête d’une entreprise de commerce. Tandis que je m’occupe du négoce proprement dit, Brown se spécialise à la direction des ateliers. Sans lui, les affaires molliraient fatalement, j’en conviens, car j’ai horreur des machines à coudre et des bicyclettes, étant forcé de vivre au milieu de ces engins. Mais Brown me gourmande, et je mets en pratique ses conseils, car, au fond, je les sens très sages. Il m’en donne pour chaque circonstance ; si je prends un peu d’exercice toutes les semaines, si j’écris ces lignes aujourd’hui, c’est également à lui que je le dois. Dans son for intérieur, peut-être me dédaigne-t-il un peu. Quand nous nous promenons dans la banlieue, il me reproche d’être poète… »

Extrait de : M. Renard. « Les vacances de monsieur Dupont. »

Les enquêtes du commissaire Jérôme par Maurice Renard

Fiche de Les enquêtes du commissaire Jérôme

Titre : Les enquêtes du commissaire Jérôme
Auteur : Maurice Renard
Date de parution : 1933-1939
Editeur : Centre du livre et de la lecture en Poitou-Charentes

Sommaire de Les enquêtes du commissaire Jérôme

  • Le coup de la surprise
  • Ce qui s’est passé
  • Chercher le crime
  • Chez le voyant
  • Comment John quitta ce monde
  • L’affaire de la maison bleue
  • L’affaire du boulevard Malesherbes
  • La formule
  • La victime était un romancier
  • Le brin de paille
  • Le cambrioleur fantôme
  • Le fantôme du Cormoran
  • Le mort d’Auteuil
  • Le photographe insoupçonné
  • Le plus grand détective du monde
  • Le procès-verbal
  • Le vieux pistolet
  • Le vol du Boudha
  • L’heure où l’on parle
  • L’homme qui tremblait
  • L’ingénu
  • L’instrument du crime
  • L’odeur fantôme
  • Mors et vita
  • Police
  • Trente ans après

Première page de Le coup de la surprise

« Mon vieil ami, l’inspecteur Jérôme, me dit :
— Venez-vous au music-hall, ce soir ? J’ai deux fauteuils pour une revue. Ce sont les débuts d’Irina Rinesco, autrement dit la princesse Vladimir, dans un sketch.
Je le regardai en riant.
— C’est elle, Jérôme, qui nous a envoyé deux fauteuils ? Je ne le pense pas !
— Non, ce n’est pas elle. Mais pourquoi voudriez-vous qu’elle me tînt rigueur ? J’ai fait mon devoir correctement…
— Je vous connais Jérôme. Vous êtes un enquêteur ingénieux et tenace. Elle a dû passer de mauvais quarts d’heure pendant que vous l’interrogiez. Même innocent, je n’aimerais pas avoir affaire à vous !
— Oh ! la princesse n’est pas si craintive ! Je ne l’ai pas embarrassée un instant. Oui, je lui ai tendu des pièges, comme je le devais. Elle n’y est pas tombée. Elle sort de là d’autant plus blanche que je me suis montré plus acharné. »

Extrait de : M. Renard. « Les Enquètes du Commissaire Jérôme. »

Le voyage immobile par Maurice Renard

Fiche de Le voyage immobile

Titre : Le voyage immobile, suivi d’autres histoires singulières
Auteur : Maurice Renard
Date de parution : 1909
Editeur : Mercure de France

Sommaire de Le voyage immobile

  • Le voyage immobile
  • La singulière destinée de Bouvancourt
  • Le rendez-vous
  • La mort et le coquillage
  • Parthénope ou l’escale imprévue
  • La statue ensoleillée
  • Une légende chrétienne d’Aktéon

Première page de Le voyage immobile

« Vers dix heures du matin, l’homme que nous avions sauvé ouvrit enfin les yeux.

Je m’attendais au réveil classique, à des doigts fébriles passés sur le front, à des « où suis-je ? où suis-je ? » balbutiés d’une voix languissante. Il n’en fut rien. Notre obligé resta quelques secondes tranquille, le regard perdu. Puis son œil s’anima d’intelligence, d’énergie, et il prêta l’oreille au bruit de l’hélice et au clapotis des vagues contre le bordage. Alors, s’étant assis dans l’étroite couchette, il se mit à inspecter la cabine, aussi froidement que si Gaétan et moi n’eussions pas été là. Nous le vîmes ensuite se tourner vers le hublot pour regarder la mer, puis nous examiner l’un après l’autre, sans curiosité ni politesse, comme des meubles encore inaperçus, et, les bras croisés, se plonger dans une profonde rêverie.

Sur la foi de son extérieur, nous tenions pour bien élevé cet inconnu de beau visage et de belles mains, dont les habits, tout ruisselants qu’ils fussent, nous avaient paru ceux d’un gentleman. Aussi sa conduite blessa-t-elle mon camarade et me surprit moi-même, quoique Gaétan m’eût depuis longtemps accoutumé à voir dans un seul être la noblesse encanaillée d’un rustre et le chic mésallié à l’insolence. »

Extrait de : M. Renard. « Le voyage immobile, suivi d’autres histoires singulières. »

Au clair de la Terre par Christine Renard

Fiche de Au clair de la Terre

Titre : Au clair de la Terre
Auteur : Christine Renard
Date de parution : 2012
Editeur : Les moutons électriques

Première page de Au clair de la Terre

« Quand Françoise réalisa qu’Anne Vargelonne était morte, elle s’enferma dans sa chambre et se mit à pleurer non pas de peine et de désespoir, mais de douceur, mais de tendresse. Elle était morte, Anne la blonde, Anne la très douce, qui jouait du piano dans une villa blanche au bord de la mer. Elle était morte. Cette fois c’était vrai.
Elle alla baisser le store, car le soleil de ce mois d’août était à peine supportable, sortit de son portefeuille une toute petite photo jaunie et piquée, caressa du bout des doigts le visage à l’ovale parfait, au délicieux sourire. Elle avait à peine huit ans lorsqu’elle avait pris cette photo dans les papiers de son père pour la montrer fièrement à une petite camarade de jeux : « c’est ma mère, elle est morte quand j’avais trois ans. Hein qu’elle était belle ? » « Eh ben ! avait dit un gamin, tu lui ressembles pas ! »
Non, elle ne ressemblait pas à Anne Vargelonne : déjà elle avait des allures de garçons avec ses cheveux raides et ses bras musclés. Elle ne ressemblait pas à Anne Vargelonne, et pour cause ! Anne Vargelonne n’était pas sa mère, Anne Vargelonne ne lui était rien. »

Extrait de : C. Renard. « Au clair de la Terre. »

Vox saeculi par Maurice Renard

Fiche de Vox saeculi

Titre : Vox saeculi
Auteur : Maurice Renard
Date de parution : 1902
Editeur : Alphonse Lemerre

Première page de Vox saeculi

« Notre siècle natal, aube indécise encore,
Éclairait l’univers de sa pâleur d’aurore ;
Le royaume de France alors portait le faix
D’avoir été naguère un empire français.

Soudain, parmi ce bruit de marée et de houle
Qui monte des vivants dont s’agite la foule,
Par-dessus les clameurs des cours et des sénats
Malgré les cris de fête et les cris des combats,
Une Voix s’éleva, grave, puissante et calme,
Et le monde écouta, croyant sentir la palme
D’une divine paix ombrager son front dur,
Cependant que la Voix chantait un hymne pur. »

Extrait de : M. Renard. « Vox sæculi. »

Un homme chez les microbes par Maurice Renard

Fiche de Un homme chez les microbes

Titre : Un homme chez les microbes
Auteur : Maurice Renard
Date de parution : 1928
Editeur : L’arbre vengeur

Première page de Un homme chez les microbes

« La salle est aux couleurs du clair de lune : bleu et argent. Elle sent le salon fleuri. Les fauteuils vous y reçoivent, tant leur souplesse est nonpareille, avec une amoureuse sollicitude. On est tous, ma chère, en grand tralala, vu le prix des places qui provoque le smoking et suscite le déshabillé maximum. Enfin, des demoiselles d’une affolante beauté s’occupent de vous, l’œil distrait ; c’est les ouvreuses.
Mais trois coups sont frappés, traditionnels au point que cela surprend et divertit. Trois coups, il est vrai, d’on ne sait quoi, on ne sait où. D’une cloche, vous diriez : « L’Angélus ? » Nul n’y songe, pardi ! D’ailleurs, l’orchestre, bayreuthment invisible, lâche tout soudain l’une de ces dissonances dont l’ambiguïté vous laisse pantois. Et, juste en même temps, — zing ! — la lumière baisse d’un ton.
Autre accord (si l’on peut dire) — zong ! — et demi-ténèbres.
La nuit ? Non, l’écran, lune rectangulaire, parallélogramme de clarté vide. »

Extrait de : M. Renard. « Un homme chez les microbes. »

M. d’Outremort par Maurice Renard

Fiche de M. d’Outremort

Titre : M. d’Outremort
Auteur : Maurice Renard
Date de parution : 1913
Editeur :

Sommaire de M. d’Outremort

  • M. d’Outremort un gentilhomme physicien
  • La cantatrice
  • L’homme au corps subtil
  • Le brouillard du 26 octobre
  • La gloire du comacchio

Première page de M. d’Outremort un gentilhomme physicien

« Extrait des « Souvenirs » de M. de la Commandière à la date du 15 juillet 1911.

Les journaux du matin ne se privent pas d’épiloguer sur un drame étonnant qui s’est passé hier et dont j’ai fort bien connu le héros, un certain marquis Savinien d’Outremort.
Il fut mon condisciple à l’École Polytechnique, où je l’aperçus pour la première fois de ma vie. Nous nous liâmes d’amitié avec assez de promptitude, poussés en ceci par notre commune gentilhommerie, qui n’était pas dans les titres et les noms, comme il arrivait déjà trop souvent, mais dans les croyances, l’air et le sang. »

Extrait de : M. Renard. « M. d’Outremort. »

Les mains d’Orlac par Maurice Renard

Fiche de Les mains d’Orlac

Titre : Les mains d’Orlac
Auteur : Maurice Renard
Date de parution : 1920
Editeur : Publie.net

Première page de Les mains d’Orlac

« LA CATASTROPHE DE MONTGERON

En ce qui touche Mme Orlac, l’histoire commence le 16 décembre, à 23 h 10.
C’est à ce moment que l’employé à casquette blanche traversa la gare du PLM.
Sorti d’un bureau, il allait vers les Départs, courant et criant :
– Empêchez le 49 de partir !
Alors les pressentiments de Mme Orlac se changèrent en angoisse. Et elle connut du même coup que ce malaise dont elle avait souffert toute la journée, c’était cela : des pressentiments.
Car c’est le propre des pressentiments de ne dévoiler leur véritable identité qu’après avoir disparu et lorsque les faits sont venus confirmer à la créature qu’elle avait de bonnes raisons d’être triste, inquiète, nerveuse. De bonnes raisons futures. »

Extrait de : M. Renard. « Les Mains d’Orlac. »

Le professeur Krantz par Maurice Renard

Fiche de Le professeur Krantz

Titre : Le professeur Krantz
Auteur : Maurice Renard
Date de parution : 1932
Editeur : Bibebook

Première page de Le professeur Krantz

« André Semeur, commerçant ; c’est moi. Rien d’un romancier, même amateur. En écrivant cette histoire, je cède, sans plus, à l’invitation qu’on m’en a faite toutes les fois que je l’ai racontée de vive voix. Au reste, peut-être est-il opportun de fixer, en effet, la forme et la couleur d’une aventure singulière entre toutes et plus troublante, en sa réalité, que le plus troublant et le plus singulier des contes fantastiques.

Vais-je en attester l’exactitude ? Inutile. À l’heure voulue, on reconnaîtra aisément que je n’ai rien inventé. Je demande, néanmoins, au lecteur de l’enregistrer dès à présent et de s’en souvenir désormais, s’il le peut ; car ce n’est pas la moindre étrangeté de ce récit d’être, comme on le verra, rigoureusement véridique – d’où il résulte que j’ai respiré, dans l’air de notre vieux monde, l’odeur même d’un prodige.

J’ai connu le professeur Krantz à une époque tragique de mon existence, alors qu’une détresse sans nom, une affreuse angoisse transformait cruellement l’homme heureux que j’avais été jusque-là. »

Extrait de : M. Renard. « Le professeur Krantz. »