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Le voyage immobile par Maurice Renard

Fiche de Le voyage immobile
Titre : Le voyage immobile, suivi d’autres histoires singulières
Auteur : Maurice Renard
Date de parution : 1909
Editeur : Mercure de France
Sommaire de Le voyage immobile
- Le voyage immobile
- La singulière destinée de Bouvancourt
- Le rendez-vous
- La mort et le coquillage
- Parthénope ou l’escale imprévue
- La statue ensoleillée
- Une légende chrétienne d’Aktéon
Première page de Le voyage immobile
« Vers dix heures du matin, l’homme que nous avions sauvé ouvrit enfin les yeux.
Je m’attendais au réveil classique, à des doigts fébriles passés sur le front, à des « où suis-je ? où suis-je ? » balbutiés d’une voix languissante. Il n’en fut rien. Notre obligé resta quelques secondes tranquille, le regard perdu. Puis son œil s’anima d’intelligence, d’énergie, et il prêta l’oreille au bruit de l’hélice et au clapotis des vagues contre le bordage. Alors, s’étant assis dans l’étroite couchette, il se mit à inspecter la cabine, aussi froidement que si Gaétan et moi n’eussions pas été là. Nous le vîmes ensuite se tourner vers le hublot pour regarder la mer, puis nous examiner l’un après l’autre, sans curiosité ni politesse, comme des meubles encore inaperçus, et, les bras croisés, se plonger dans une profonde rêverie.
Sur la foi de son extérieur, nous tenions pour bien élevé cet inconnu de beau visage et de belles mains, dont les habits, tout ruisselants qu’ils fussent, nous avaient paru ceux d’un gentleman. Aussi sa conduite blessa-t-elle mon camarade et me surprit moi-même, quoique Gaétan m’eût depuis longtemps accoutumé à voir dans un seul être la noblesse encanaillée d’un rustre et le chic mésallié à l’insolence. »
Extrait de : M. Renard. « Le voyage immobile, suivi d’autres histoires singulières. »
Au clair de la Terre par Christine Renard

Fiche de Au clair de la Terre
Titre : Au clair de la Terre
Auteur : Christine Renard
Date de parution : 2012
Editeur : Les moutons électriques
Première page de Au clair de la Terre
« Quand Françoise réalisa qu’Anne Vargelonne était morte, elle s’enferma dans sa chambre et se mit à pleurer non pas de peine et de désespoir, mais de douceur, mais de tendresse. Elle était morte, Anne la blonde, Anne la très douce, qui jouait du piano dans une villa blanche au bord de la mer. Elle était morte. Cette fois c’était vrai.
Elle alla baisser le store, car le soleil de ce mois d’août était à peine supportable, sortit de son portefeuille une toute petite photo jaunie et piquée, caressa du bout des doigts le visage à l’ovale parfait, au délicieux sourire. Elle avait à peine huit ans lorsqu’elle avait pris cette photo dans les papiers de son père pour la montrer fièrement à une petite camarade de jeux : « c’est ma mère, elle est morte quand j’avais trois ans. Hein qu’elle était belle ? » « Eh ben ! avait dit un gamin, tu lui ressembles pas ! »
Non, elle ne ressemblait pas à Anne Vargelonne : déjà elle avait des allures de garçons avec ses cheveux raides et ses bras musclés. Elle ne ressemblait pas à Anne Vargelonne, et pour cause ! Anne Vargelonne n’était pas sa mère, Anne Vargelonne ne lui était rien. »
Extrait de : C. Renard. « Au clair de la Terre. »
Vox saeculi par Maurice Renard
Fiche de Vox saeculi
Titre : Vox saeculi
Auteur : Maurice Renard
Date de parution : 1902
Editeur : Alphonse Lemerre
Première page de Vox saeculi
« Notre siècle natal, aube indécise encore,
Éclairait l’univers de sa pâleur d’aurore ;
Le royaume de France alors portait le faix
D’avoir été naguère un empire français.
Soudain, parmi ce bruit de marée et de houle
Qui monte des vivants dont s’agite la foule,
Par-dessus les clameurs des cours et des sénats
Malgré les cris de fête et les cris des combats,
Une Voix s’éleva, grave, puissante et calme,
Et le monde écouta, croyant sentir la palme
D’une divine paix ombrager son front dur,
Cependant que la Voix chantait un hymne pur. »
Extrait de : M. Renard. « Vox sæculi. »
Un homme chez les microbes par Maurice Renard
Fiche de Un homme chez les microbes
Titre : Un homme chez les microbes
Auteur : Maurice Renard
Date de parution : 1928
Editeur : L’arbre vengeur
Première page de Un homme chez les microbes
« La salle est aux couleurs du clair de lune : bleu et argent. Elle sent le salon fleuri. Les fauteuils vous y reçoivent, tant leur souplesse est nonpareille, avec une amoureuse sollicitude. On est tous, ma chère, en grand tralala, vu le prix des places qui provoque le smoking et suscite le déshabillé maximum. Enfin, des demoiselles d’une affolante beauté s’occupent de vous, l’œil distrait ; c’est les ouvreuses.
Mais trois coups sont frappés, traditionnels au point que cela surprend et divertit. Trois coups, il est vrai, d’on ne sait quoi, on ne sait où. D’une cloche, vous diriez : « L’Angélus ? » Nul n’y songe, pardi ! D’ailleurs, l’orchestre, bayreuthment invisible, lâche tout soudain l’une de ces dissonances dont l’ambiguïté vous laisse pantois. Et, juste en même temps, — zing ! — la lumière baisse d’un ton.
Autre accord (si l’on peut dire) — zong ! — et demi-ténèbres.
La nuit ? Non, l’écran, lune rectangulaire, parallélogramme de clarté vide. »
Extrait de : M. Renard. « Un homme chez les microbes. »
M. d’Outremort par Maurice Renard
Fiche de M. d’Outremort
Titre : M. d’Outremort
Auteur : Maurice Renard
Date de parution : 1913
Editeur :
Sommaire de M. d’Outremort
- M. d’Outremort un gentilhomme physicien
- La cantatrice
- L’homme au corps subtil
- Le brouillard du 26 octobre
- La gloire du comacchio
Première page de M. d’Outremort un gentilhomme physicien
« Extrait des « Souvenirs » de M. de la Commandière à la date du 15 juillet 1911.
Les journaux du matin ne se privent pas d’épiloguer sur un drame étonnant qui s’est passé hier et dont j’ai fort bien connu le héros, un certain marquis Savinien d’Outremort.
Il fut mon condisciple à l’École Polytechnique, où je l’aperçus pour la première fois de ma vie. Nous nous liâmes d’amitié avec assez de promptitude, poussés en ceci par notre commune gentilhommerie, qui n’était pas dans les titres et les noms, comme il arrivait déjà trop souvent, mais dans les croyances, l’air et le sang. »
Extrait de : M. Renard. « M. d’Outremort. »
Les mains d’Orlac par Maurice Renard
Fiche de Les mains d’Orlac
Titre : Les mains d’Orlac
Auteur : Maurice Renard
Date de parution : 1920
Editeur :
Première page de Les mains d’Orlac
« LA CATASTROPHE DE MONTGERON
En ce qui touche Mme Orlac, l’histoire commence le 16 décembre, à 23 h 10.
C’est à ce moment que l’employé à casquette blanche traversa la gare du PLM.
Sorti d’un bureau, il allait vers les Départs, courant et criant :
– Empêchez le 49 de partir !
Alors les pressentiments de Mme Orlac se changèrent en angoisse. Et elle connut du même coup que ce malaise dont elle avait souffert toute la journée, c’était cela : des pressentiments.
Car c’est le propre des pressentiments de ne dévoiler leur véritable identité qu’après avoir disparu et lorsque les faits sont venus confirmer à la créature qu’elle avait de bonnes raisons d’être triste, inquiète, nerveuse. De bonnes raisons futures. »
Extrait de : M. Renard. « Les Mains d’Orlac. »
Le professeur Krantz par Maurice Renard
Fiche de Le professeur Krantz
Titre : Le professeur Krantz
Auteur : Maurice Renard
Date de parution : 1932
Editeur : Bibebook
Première page de Le professeur Krantz
« André Semeur, commerçant ; c’est moi. Rien d’un romancier, même amateur. En écrivant cette histoire, je cède, sans plus, à l’invitation qu’on m’en a faite toutes les fois que je l’ai racontée de vive voix. Au reste, peut-être est-il opportun de fixer, en effet, la forme et la couleur d’une aventure singulière entre toutes et plus troublante, en sa réalité, que le plus troublant et le plus singulier des contes fantastiques.
Vais-je en attester l’exactitude ? Inutile. À l’heure voulue, on reconnaîtra aisément que je n’ai rien inventé. Je demande, néanmoins, au lecteur de l’enregistrer dès à présent et de s’en souvenir désormais, s’il le peut ; car ce n’est pas la moindre étrangeté de ce récit d’être, comme on le verra, rigoureusement véridique – d’où il résulte que j’ai respiré, dans l’air de notre vieux monde, l’odeur même d’un prodige.
J’ai connu le professeur Krantz à une époque tragique de mon existence, alors qu’une détresse sans nom, une affreuse angoisse transformait cruellement l’homme heureux que j’avais été jusque-là. »
Extrait de : M. Renard. « Le professeur Krantz. »
Le péril bleu de Maurice Renard
Fiche de Le péril bleu
Titre : Le péril bleu
Auteur : Maurice Renard
Date de parution : 1912
Editeur : Microméga
Première page de Le péril bleu
« ENTRÉE EN MYSTÈRE
À quelle date faut-il placer la première manifestation du Péril bleu ? C’est un problème qui n’a jamais été bien résolu, mais dont il importe de dire quelques mots. Faisons d’abord justice d’une croyance singulièrement tenace dans le peuple et qu’on est en droit d’appeler la légende de l’Auvergnate. Non, la femme trouvée le 28 février, dans un champ, près de Riom, couchée sur le dos et le front ouvert, n’a aucun rapport avec le début de ce qui nous intéresse. Il est vraiment extraordinaire qu’on accrédite encore une fable pareille, quand l’assassin de cette femme, arrêté six mois plus tard, fit l’aveu de son crime et se vit condamner à vingt ans de travaux forcés par le jury du Puy-de- »
« Dôme – ainsi qu’il appert des pièces 1 et 2 du dossier Le Tellier (procès-verbal de la découverte du cadavre et extrait de jugement). Après cela, comment se trouve-t-il toujours des sots pour accuser les sarvants d’avoir commis ce meurtre ? L’épouvante régnait à l’époque des débats, il faut qu’elle en ait détourné l’attention publique ; je ne vois pas d’autre excuse à de telles aberrations. »
Extrait de : M. Renard. « Le péril bleu. »
Le papillon de la mort par Maurice Renard
Fiche de Le papillon de la mort
Titre : Le papillon de la mort
Auteur : Maurice Renard
Date de parution : 1985
Editeur : NEO
Sommaire de Le papillon de la mort
- L’écharpe gris souris
- Cambriole
- Elle
- L’étrange souvenir de M. Liserot
- A l’eau de rose
- Le papillon de la mort
- La rumeur dans la montagne
- Le professeur Krantz
- Le rendez-vous
- Le lapidaire
- La grenouille
- La damnation de l’essen
- L’affaire du miroir
Première page de L’écharpe gris souris
« Averti que Mme d’Ombrevannes possédait ce trésor adorable et singulier, je m’informai des moyens propres à m’ouvrir le vieil hôtel de la rue de Verneuil, et j’appris que la gouvernante de la princesse, une Mme Lefreu, avait fort bien connu ma tante de Torny.
Sur la foi de ce nom, Mme Lefreu m’accueillit le mieux du monde. J’en vins donc à lui faire part de l’ardent désir que j’avais de visiter la Galerie des Robes. Mais là-dessus, sa bonne figure aimable grimaça de la plus plaisante façon, comme si j’eusse sollicité de sa munificence l’accès même de la lune.
— La Galerie des Robes ! Oh ! Oh ! Mais savez-vous bien, monsieur, que depuis neuf ans personne n’y est entré ?…
Je pris un air d’ignorance et de désespoir. »
Extrait de : M. Renard. « Le papillon de la mort. »
Le maître de la lumière par Maurice Renard

Fiche de Le maître de la lumière
Titre : Le maître de la lumière
Auteur : Maurice Renard
Date de parution : 1933
Editeur : BeQ
Première page de Le maître de la lumière
« Cette histoire extraordinaire commence très ordinairement.
A la fin du mois de septembre 1929, le jeune historien Charles Christiani résolut d’aller passer quelques jours à La Rochelle. Spécialisé dans l’étude de la Restauration et du règne de Louis-Philippe, il avait déjà publié, à cette époque, un petit livre très remarqué sur Les Quatre Sergents de La Rochelle ; il en préparait un autre sur le même sujet et estimait nécessaire de retourner sur place, pour y consulter certains documents.
Il nous a paru sans intérêt de rechercher pourquoi la famille Christiani était déjà rentrée à Paris, rue de Tournon, à une époque de l’année où les heureux de ce monde sont encore aux bains de mer, en voyage, à la campagne. L’automne se montrait morose, et ce fut, croyons-nous, la seule raison de ce retour un peu prématuré. Car Mme Christiani, sa fille et son fils ne manquaient pas des moyens de mener l’existence la plus large, et disposaient des gîtes champêtres où l’on goûte un repos plus ou moins mouvementé. Deux belles propriétés familiales, en effet, s’offraient à leur choix : le vieux château de Silaz en Savoie, qu’ils délaissaient complètement, et une agréable maison de campagne située près de Meaux ; c’est là qu’ils avaient passé tout l’été. »
Extrait de : M. Renard. « Le Maître de la lumière. »