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L’indocile par Édouard Rod

Fiche de L’indocile
Titre : L’indocile
Auteur : Édouard Rod
Date de parution : 1905
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Première page de L’indocile
« Valentin s’habilla sans hâte, en regardant à travers les vitres pour graver dans ses yeux le paysage familier qu’il allait quitter : les arbres aux troncs noirâtres, poussés en hauteur, comme amaigris par leur effort vers le soleil, les murs tapissés de lierre qui séparent les petits jardins rectangulaires, les fusains, les buis, les gazons maigres, les derrières des maisons de la rue des Grands-Augustins, où des bonnes en camisole battaient les tapis. Il aimait ce coin de Paris, sa chambre mansardée, sa porte-fenêtre ouvrant sur les toits, cette vieille maison de la rue Séguier d’où il descendait presque directement aux quais, dont les bouquinistes le connaissaient bien. C’était un garçon de petite taille, aux membres grêles, au front bombé sous des cheveux châtains, plats, peu abondants, à la bouche mince et serrée, à peine ombrée par un léger duvet roussâtre. Sa myopie, qui l’avait fait dispenser du service militaire, l’obligeait à porter un pince-nez dont les verres grossissaient ses yeux gris. Il avait des mains pâles, maigres, toujours chaudes, d’une extrême maladresse. »
Extrait de : E. Rod. « L’indocile. »
Là-haut par Édouard Rod

Fiche de Là-haut
Titre : Là-haut
Auteur : Édouard Rod
Date de parution : 1897
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Première page de Là-haut
« Le train repartit, suivant le Rhône aux eaux brouillées, entre des marécages et des lignes de peupliers, vers le rétrécissement de la vallée qui paraît se fermer des quatre côtés. Le long du fleuve, des montagnes aux flancs boisés, aux sommets chauves, se rapprochent avec des airs de murailles, toujours dominées par la Dent de Morcles, bloc énorme, fendu de crevasses, strié de névés, hérissé de proéminences rocheuses qu’en cette fin d’après-midi les jeux étincelants du soleil coloraient de tons violents de pourpre, d’or et d’améthyste. Ainsi, jusqu’aux environs de Saint-Maurice, où le passage devient plus étroit encore, à peine suffisant pour laisser fuir le fleuve, la route et le chemin de fer, comme si, d’un geste brusque, les Alpes étranglaient la vallée pour la séparer du monde. De l’autre côté, cependant, du côté de Martigny, un élargissement des marécages dessine un triangle presque régulier. Puis les montagnes se rapprochent de nouveau, barrant la route, tandis qu’à l’horizon, par dessus les cimes plus basses, le Grand et le Petit Combin emplissent un pan au ciel de leur double coupole de neige. »
Extrait de : E. Rod. « Là-haut. »
Palmyre Veulard par Édouard Rod

Fiche de Palmyre Veulard
Titre : Palmyre Veulard
Auteur : Édouard Rod
Date de parution : 1881
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Première page de Palmyre Veulard
« Van Sighem avait déjà parlé des théâtres, d’un concert à bénéfice et du temps qu’il faisait. Son stock de conversation était épuisé. Néanmoins, il parvint encore à raconter comment il venait de perdre cinquante louis aux courses de Nice, en jouant sur Boulotte et sur Triboulet.
– À ce qu’il paraît, dit-il, Triboulet est arrivé beau dernier ; quant à Boulotte, elle a démonté son jockey.
Comme Palmyre, un peu moqueuse, lui apprenait que ces deux chevaux n’avaient jamais eu la moindre chance, il reprit :
– C’est Lilas, des écuries Blamont, qui a gagné.
D’un ton de parfaite indifférence, elle répéta :
– Ah ! vraiment, c’est Lilas !
Et tous deux restèrent silencieux dans la pénombre du salon. Dehors, à intervalles réguliers, le chemin de fer de Passy passait avec un sifflet aigu, et son houloulement résonnait dans le calme du boulevard presque solitaire. Palmyre, les regards perdus dans le vague, avait évidemment certain souci. »
Extrait de : E. Rod. « Palmyre Veulard. »
Mademoiselle Annette par Édouard Rod

Fiche de Mademoiselle Annette
Titre : Mademoiselle Annette
Auteur : Édouard Rod
Date de parution : 1902
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Première page de Mademoiselle Annette
« Parmi mes souvenirs les plus lointains et les plus vivaces, je trouve une catastrophe de la vie réelle que je ne compris guère quand elle se développa sous mes yeux d’enfant, et dont les détails sont pourtant restés gravés dans ma mémoire. D’année en année, bien que parfois à travers de longs intervalles, j’en ai pu suivre les conséquences éloignées, au moins sur une des personnes dont elle détermina la destinée. Elle me revient à l’esprit maintenant, avec une telle netteté que je puis presque me refaire enfant pour en ressaisir l’émotion : probablement parce que des réflexions récentes en ont dégagé pour moi tout le sens. Pendant longtemps, les deux êtres dont je vais tâcher de reconstituer l’histoire m’ont paru des exemplaires plutôt moyens de l’humanité : à l’un d’eux m’attachait le frêle lien d’une sympathie respectueuse et reconnaissante, – lien que la rareté de nos rencontres ne parvint jamais à dénouer tout à fait ; l’autre m’étonnait, m’inquiétait, me déplaisait, et me semblait l’inverse d’un « héros de roman ». »
Extrait de : E. Rod. « Mademoiselle Annette. »
Nouvelles romandes par Édouard Rod

Fiche de Nouvelles romandes
Titre : Nouvelles romandes
Auteur : Édouard Rod
Date de parution : 1891
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Sommaire de Nouvelles romandes
- La grande Jeanne
- Pension de famille carnet d’hiver d’un vieux garçon
- La femme à Bouscatey
- Le tabac de mon oncle Jacques
- Les Knie
- Un coupable
- Croquis alpestres
- Souvenirs de Noël
- Le retour (moeurs vaudoises)
Première page de La grande Jeanne
« En feuilletant mon plus vieil album de photographies, j’y trouve un portrait de paysanne : c’est celui de la grande Jeanne. Elle a les traits arrêtés, énergiques, un nez droit, des lèvres minces qui dessinent une grande bouche où il n’y a plus beaucoup de dents ; son visage est creusé de rides qui courent et s’entrecroisent en tous sens ; elle est endimanchée, avec un beau bonnet blanc ; le photographe lui ayant dit qu’il fallait sourire, elle sourit, d’un sourire étonné, voulu, mais convaincu, qui fait aussi clignoter ses petits yeux ; ses mains sont posées sur ses genoux : de vieilles mains déformées par le travail, des mains durcies, des mains aux doigts épais qui lui racontent bien des fatigues… Et voici qu’il me revient l’histoire de cette pauvre vieille, que j’ai vue vivre et que j’ai vue mourir… »
Extrait de : E. Rod. « Nouvelles romandes. »
Luisita par Édouard Rod

Fiche de Luisita
Titre : Luisita
Auteur : Édouard Rod
Date de parution : 1903
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Première page de Luisita
« Après la longue journée des moissons, sous le soleil d’août, le père Baudruz, ses deux fils et sa bru se reposaient devant la ferme. Le père Baudruz atteignait ses soixante-dix ans, qu’il portait sans plier le dos, comme un fardeau proportionné à ses forces. Il était de taille moyenne, trapu, avec de larges pieds et des mains dures, brunes, poilues. Il avait le profil net, le nez busqué, les joues rasées, de petits yeux gris, malins, sous des cils en broussailles, et conservait tous ses cheveux, qui grisonnaient à peine. En revanche, ses lèvres se recroquevillaient sur une bouche presque complètement édentée, ce qui, en marquant son âge, donnait à sa physionomie une expression très personnelle, mêlée de finesse et de jovialité. Il parlait avec lenteur, d’un ton sentencieux, en traînant les finales, en coupant les r et en hochant la tête. Il avait aussi un geste de la main droite qui lui appartenait bien en propre et qu’il répétait souvent : il l’amenait à la hauteur du nez, le pouce replié sur les deux derniers doigts, les deux autres levés comme pour une affirmation solennelle : et ce geste était catégorique. »
Extrait de : E. Rod. « Luisita. »
L’ombre s’étend sur la montagne par Édouard Rod

Fiche de L’ombre s’étend sur la montagne
Titre : L’ombre s’étend sur la montagne
Auteur : Édouard Rod
Date de parution : 1907
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Première page de L’ombre s’étend sur la montagne
« La lutte de l’ombre et de la lumière se poursuit chaque soir sous nos yeux. Selon l’éclat de la journée ou la magnificence du décor, le drame passe inaperçu ou prend des accents pathétiques, comme si le meurtre invisible du dieu du Jour ensanglantait l’espace. Dans l’un et l’autre cas, nous en connaissons d’avance les péripéties : elles ne diffèrent que par leur intensité. La lumière doit périr : quelque ensoleillé qu’ait été le ciel de midi, l’ombre triomphe au dénouement. Nous la voyons à son heure monter des choses et les envelopper, s’étendre sur la montagne, sur la plaine ou sur les eaux, pareille aux suaires que nous jetons sur nos morts. Ce drame quotidien que nous offre la nature reproduit celui de notre destinée : le soir arrive pour toutes les vies, quand elles ne sont pas tronquées par un de ces accidents où s’affirme la capricieuse brutalité du sort. Il en est qui s’éteignent comme de pâles crépuscules : à peine distingue-t-on l’instant où l’ombre absorbe les dernières lueurs qu’ont déjà noyées les brouillards du chagrin, du souci, de la misère. »
Extrait de : E. Rod. « L’Ombre s’étend sur la Montagne. »
Rod, Vacuum 02 par André Caroff
Fiche de Rod, Vacuum 02
Titre : Rod, Vacuum 02 (Tome 4 sur 4 – Rod)
Auteur : André Caroff
Date de parution : 1980
Editeur : Fleuve noir
Première page de Rod, Vacuum 02
« La pluie formait un rideau fluctuant entre le convoi et le paysage. Des rafales hurlantes venaient s’écraser contre les hublots panoramiques, couraient en rigoles fugitives sur le velax, opacifiaient à ce point la clarté diurne que Lonia Imis apercevait fréquemment son reflet dans le panneau transparent.
Sur son axe de force, le turbojet trouait l’air comme un obus, se frayait un chemin rectiligne à travers la tempête qui sévissait depuis plus de douze heures sur Continent 5. Lonia Imis allongea les jambes sur le plot de décontraction, fit doucement basculer son dossier inclinable.
Le ciel roulait des nuages d’encre que les deux soleils d’Osma perçaient malaisément et la pluie crépitait sur le toit translucide avec une violence de mitraille. Sous des rafales de vent plus intenses, le turbojet frémissait quelquefois. Ses rivets de rexylium gémissaient, l’ensemble de sa structure donnait l’impression de plier comme une colonne vertébrale, et une faible irradiation d’électricité statique faisait jouer les cheveux et les sourcils de la jeune femme.
À cette allure le convoi atteindrait Zaphamoca dans six minutes, aux confins de Continent 5, là où le relief était trop accidenté et la population pas assez dense pour que soit rentable la construction d’un spatiodrome. »
Extrait de : A. Caroff. « Rod, Vacuum 02. »
Rod, patrouille de l’espace par André Caroff

Fiche de Rod, patrouille de l’espace
Titre : Rod, patrouille de l’espace (Tome 3 sur 4 – Rod)
Auteur : André Caroff
Date de parution : 1980
Editeur : Fleuve noir
Première page de Rod, patrouille de l’espace
« Le superastronef Graar pénétra dans l’atmosphère de la planète Oïlas, creva la couche nuageuse stagnant en permanence au-dessus de sa calotte glaciaire et les deux mille passagers découvrirent avec émerveillement le paysage tourmenté éclairé par le lointain soleil bleu de Rothyte.
Oïlas n’était plus habitée depuis près d’un million d’années. Oïlas était une planète « sèche », l’une de ces terres que les caprices de l’infini avaient soumises à un formidable bombardement de bolides, d’aérolithes, de météorites. Rien ne poussait sur Oïlas que l’on venait visiter du fin fond de la 612e galaxie depuis des lustres, peut-être pour mieux se convaincre du bonheur qu’on avait de vivre sur Cini, Buru, Nalia, Vator, Orgo ou Obicera…
Sid he Okla s’empara de son micro et articula en galactique :
— À votre gauche, vous découvrez la chaîne de Creb avec le mont Ajat, douze mille mètres, le plus haut sommet de notre galaxie sur lequel, selon la légende, se posèrent au début des temps les vaisseaux en provenance de Belois… »
Extrait de : A. Caroff. « Rod, patrouille de l’espace. »
Rod, menace sur Oxima par André Caroff

Fiche de Rod, menace sur Oxima
Titre : Rod, menace sur Oxima (Tome 2 sur 4 – Rod)
Auteur : André Caroff
Date de parution : 1980
Editeur : Fleuve noir
Première page de Rod, menace sur Oxima
« L’aérobus Oxima-Pomos se mit à descendre des couches supérieures de l’atmosphère. Le pilote coupa l’arrivée d’oxygène de la cabine à pression conditionnée, les rétrofusées s’allumèrent dans un fracas de tonnerre, et le gros appareil piqua à travers la mer de nuages.
Pomos apparut sous le nez du transporteur. Loin derrière lui brillait la rive septentrionale du grand lac Zermer. Encore trois cents kilomètres : à peine cinq minutes de vol…
La cigarette que Mum Psam avait allumée à cent kilomètres de là n’était encore qu’à demi consumée quand l’aérobus vira au-dessus de la vallée de Valk et mit le cap sur Pomos où Mum Psam, naute de première classe et agent de la Sûreté spatiale, se rendait en permission de détente après la terrible aventure qu’il venait de vivre sur la planète Ezhache, au cœur de la constellation de Whrane.
À bâbord, Mum Psam aperçut la ville de Borcha que la pureté de l’atmosphère permettait de distinguer avec une parfaite netteté. Les maisons-bulles blanches et crèmes de la ville étincelaient au soleil. »
Extrait de : A. Caroff. « Rod, menace sur Oxima. »