Auteur/autrice : CH91

 

Cassinou va-t-en guerre par Charles Derennes

Fiche de Cassinou va-t-en guerre

Titre : Cassinou va-t-en guerre
Auteur : Charles Derennes
Date de parution : 1917
Editeur : BNF

Première page de Cassinou va-t-en guerre

« L’été, cette année-là, se montrait grognon, orageux, moite, tantôt trop chaud, tantôt trop froid. Mais la menace de l’ondée quotidienne n’avait pas empêché le brigadier de gendarmerie de Saint-Lubin-lès-Hont-Hàbi, Joseph Hourtilhacq, dit Sherlock Holmes, et un de ses pandores, de faire leur tournée, ce samedi comme les autres, du côté de Hont-Hàbi-l’Étang.

La tournée du samedi à Hont-Hàbi-l’Étang ? Le brigadier n’y aurait manqué pour rien au monde. Cette tournée était (si j’ose risquer ce jeu de mot) une tournée qui en appelait bien d’autres… « Le samedi », vous dira-t-on en pays landais (et surtout du côté de Hont-Hàbi), « le samedi, c’est un dimanche plus petit… le samedi, c’est déjà dimanche… le samedi, la fête commence… » Ces bons proverbes-là, ils mériteraient d’être mis en chanson et gueulés en chœur par les beaux soirs, avec accompagnement d’ocarina ou d’accordéon, d’un bout à l’autre de la contrée ! »

Extrait de : C. Derennes. « Cassinou va-t-en guerre. »

Mirabelle de plan d’en haut par Michel Epuy

Fiche de Mirabelle de plan d’en haut

Titre : Mirabelle de plan d’en haut
Auteur : Michel Epuy
Date de parution : 1938
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de Mirabelle de plan d’en haut

« L’hiver avait été long et rigoureux dans les Alpes valaisannes et le printemps tardait à venir. Il y avait notamment d’énormes couches de neige dans tous les replis des montagnes qui entourent les Dents du Midi. Du côté de Salanfe surtout. Et naturellement tous les chemins étaient impraticables de ce côté. En ski seulement on pouvait monter de Salvan aux Granges et de là à Plan d’En Haut, ce délicieux hameau peu connu qui se trouve non loin de Van d’En Haut. Rares sont les montagnards qui y restent tout l’hiver, mais encore plus rares sont ceux qui hivernent plus haut. À vrai dire, il n’y en a point. Cependant, en ce soir de mars où débute notre récit, un skieur attardé ou imprudent aurait été bien surpris de voir une fumée s’élever d’un petit monticule de neige aux formes bizarres qui se trouvait dans une combe quelques centaines de mètres au-dessus des mazots de Plan d’En Haut. »

Extrait de : M. Epuy. « Mirabelle de Plan d’En Haut. »

Souvenirs d’un homme de lettres par Michel Epuy

Fiche de Souvenirs d’un homme de lettres

Titre : Souvenirs d’un homme de lettres
Auteur : Michel Epuy
Date de parution : 1934
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Sommaire de Souvenirs d’un homme de lettres :

  • Les pas sur le sable
  • Une petite soeur
  • Le retour d’Elisabeth
  • A tâtons
  • L’Ardèche
  • Le jardin enchanté
  • Les jours s’allongent
  • Les yeux qui brillent

Première page de Les pas sur le sable

« Des excuses ? – Je veux bien.

En effet, on m’a dit : Si vous voulez raconter votre enfance, parler beaucoup de vous-même, décrire par le menu vos premières impressions, vos premiers rêves, vos chagrins puérils et vos aventures personnelles, il vous faut faire montre de bonne éducation et demander pardon au lecteur de ne l’entretenir guère que de vous-même.

Oui, certes et modeste je le suis, je veux le rester, mais au fond, comme en ceci je veux être vrai, je ne chercherai pas de prétexte, et dirai tout simplement qu’à mon humble avis aucun auteur ne peut jamais complètement sortir de soi. Les sentiments que l’on décrit et que l’on prête à ses personnages ? Il faut les imaginer d’après ce que l’on éprouverait soi-même dans tel ou tel cas donné. Les aventures, même les plus matérielles, sont de nous, inventées par nous, faites de notre substance. Et quant aux compilations et études purement documentaires, mon Dieu, je n’en dirai rien si ce n’est qu’il suffit d’acheter des dictionnaires et des encyclopédies. »

Extrait de : M. Epuy. « Souvenirs d’un homme de lettres. »

La maison du chat qui revient par Michel Epuy

Fiche de La maison du chat qui revient

Titre : La maison du chat qui revient
Auteur : Michel Epuy
Date de parution : 1926
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de La maison du chat qui revient

« C’était assurément une drôle de maison… Même par cette sombre soirée et sous l’aveuglante pluie d’orage, les nouveaux arrivants purent en discerner l’architecture baroque en descendant de voiture. Françoise, inattentive aux flots d’eau fraîche que le parapluie de son mari lui déversait dans le cou, s’écria :
— Oh ! quel amour de vieille maison ! Je l’adore déjà.
Un éclair illumina soudain de nombreuses fenêtres, puis tout retomba dans la nuit. Le grognement par lequel Henri répondit à l’exclamation de sa jeune femme se perdit dans l’éclat du tonnerre. Il changea son parapluie de main pour payer le conducteur…
— Entrez vite ! cria ce dernier. Vous me payerez demain ! Et bonne chance à vous et à Maison-Rouge ! »

Extrait de : M. Epuy. « La Maison du Chat qui revient. »

Le secret de la malle noire par Michel Epuy

Fiche de Le secret de la malle noire

Titre : Le secret de la malle noire
Auteur : Michel Epuy
Date de parution : 1934
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de Le secret de la malle noire

« Si j’entreprends, sur la fin de ma vie, de donner au public ma propre version de la cause célèbre, connue à Scotland Yard et dans un petit cercle de journalistes sous le nom de « Mystère de la Malle noire », c’est parce que, en toute sincérité, et après y avoir mûrement réfléchi, je crois bien être le seul homme au monde qui en connaisse les détails, en ait pénétré les dessous, en ait deviné l’énigme.

Loin de moi tout orgueil ; le hasard m’a aidé… mais, bien plus que toute force de raisonnement, que tout concours de circonstances, c’est à mon entêtement que j’attribue la plus grande part de mon succès.

Aujourd’hui, affaibli par l’âge, je me sens pressé de mettre un peu d’ordre dans les notes que j’ai prises à l’époque de l’affaire de la Malle noire et de montrer une fois de plus par un exemple frappant et authentique que les plus machiavéliques combinaisons des criminels ont toujours un point faible par où la justice se glisse et les frappe. »

Extrait de : M. Epuy. « Le Secret de la Malle noire. »

Pierre Pevel

Présentation de Pierre Pevel :

Pierre Pevel est une illustre figure des lettres françaises, né en l’an de grâce 1968 à Nancy.
Avant de s’imposer comme l’un des maîtres incontestés de la littérature de l’imaginaire dans notre cher Hexagone, Pierre Pevel fit ses premières armes dans les milieux du journalisme, de la traduction et de l’écriture scénaristique. Il prêta notamment sa plume à la conception de jeux de rôles, divertissements d’imagination fort prisés, publiant ses premiers travaux sous le pseudonyme de Pierre Jacq. Fort de cette riche expérience où l’invention est reine, il ne tarda point à embrasser pleinement la carrière de romancier.

C’est au tournant du millénaire qu’il s’illustre véritablement, marquant les esprits avec sa trilogie de « Wielstadt ». En mêlant avec une redoutable habileté l’érudition historique de la guerre de Trente Ans aux ressorts du fantastique et du merveilleux, Pierre Pevel impose une griffe qui deviendra sa signature : la fantaisie historique, ou ce que d’aucuns se plaisent à nommer l’histoire secrète.

Mais c’est sans conteste avec le cycle des « Lames du Cardinal » que sa renommée franchit allègrement nos frontières. Dans cette étincelante fresque de cape et d’épée, digne du grand Alexandre Dumas, l’auteur nous transporte sous le règne de Louis XIII. L’on y découvre de fiers bretteurs au service du cardinal de Richelieu, contraints de ferrailler contre d’impitoyables dragons dissimulés sous forme humaine. Ce coup de maître lui valut non seulement les louanges de la critique nationale, couronnées par le grand prix de l’Imaginaire, mais également la prestigieuse reconnaissance de nos amis britanniques, qui lui octroyèrent le très convoité David Gemmell Morningstar Award.

L’esprit toujours en ébullition, Pierre Pevel ravit ensuite ses lecteurs avec « Le Paris des Merveilles », délicieuse uchronie nous dépeignant notre capitale à la Belle Époque, où cabarets, fiacres et Tour Eiffel côtoient fées, mages et chats doués de parole. Plus récemment, c’est avec le cycle du « Haut-Royaume » qu’il s’aventure sur les terres de l’épopée fantastique pure, démontrant une fois encore l’étendue de sa palette.

Romancier prolifique, récompensé par maints lauriers (dont l’incontournable prix Imaginales), Pierre Pevel se dresse aujourd’hui en véritable orfèvre du merveilleux francophone. Ses récits, trépidants et chamarrés, prouvent à qui en douterait que le roman de divertissement, lorsqu’il est tissé avec une telle virtuosité et un tel amour du beau langage, constitue une composante fort noble de nos belles-lettres.

Livres de Pierre Pevel :

Chroniques des Sept cités :

Haut-Royaume :

Haut-Royaume – Les Sept cités :

La trilogie de Wielstadt :

Lames du cardinal :

Le Paris des Merveilles :

Intégrales :

Viktoria 91 (2002)

Pour en savoir plus sur Pierre Pevel :

La page Wikipédia sur P. Pevel
La page Noosfere sur P. Pevel
La page isfdb de P. Pevel

Carol Berg

Présentation de Carol Berg :

Carol Berg est une femme de lettres américaine née en 1948 dans les chaudes contrées du Texas, à Fort Worth, et dont le talent s’est épanoui sous les cieux montagneux du Colorado.

Avant de s’imposer comme l’une des architectes les plus respectées de la littérature de l’imaginaire, Carol Berg embrassa une carrière qui semblait bien éloignée des chimères romanesques. Pourvue d’un diplôme de mathématiques de l’université Rice, puis d’une formation en science informatique à l’université du Colorado, elle exerça avec rigueur la profession d’ingénieur en conception de logiciels durant de nombreuses années. Ce n’est que plus tard, poussée par une amitié complice, qu’elle délaissa les austères machines à calculer pour s’abandonner pleinement aux sortilèges de la plume et de la fiction.

Dès la parution de ses premiers ouvrages, elle s’imposa comme une orfèvre du merveilleux et de l’épopée fantastique (ce que nos amis anglo-saxons nomment l’« epic fantasy »). Carol Berg tisse, avec une constance remarquable, des toiles d’une grande complexité, où la magie côtoie des drames profondément humains. Parmi ses œuvres majeures, il convient de citer la célèbre série des « Livres des Rai-Kirah » ( The Books of the Rai-Kirah ), la fresque des « Collèges magiques » ( Collegia Magica ), ou encore son fameux diptyque du Phare ( The Lighthouse Duet ), dont l’éclatante virtuosité littéraire fut couronnée par le prestigieux prix Mythopoeic. Ajoutons à cela qu’elle déploie également ses intrigues de cape et d’épée merveilleuses sous le pseudonyme de Cate Glass, notamment avec sa série « Chimera ».

Contrairement à l’aridité que l’on prête parfois aux sciences exactes dont elle est issue, les romans de Carol Berg foisonnent de personnages tourmentés, de complots byzantins et d’univers où le courage individuel se heurte sans cesse à la fatalité des destinées grandioses. Elle démontre avec brio que le roman d’évasion n’exclut en rien la profondeur d’âme ni l’élégance du verbe.

Livres de Carol Berg :

Les livres des Rai-Kirah :

Pour en savoir plus sur Carol Berg :

La page Wikipédia sur C. Berg
La page Noosfere sur C. Berg
La page isfdb de C. Berg

L’étrange aventure de Pierre Fontramie par Jules-Louis Gaston Pastre

Fiche de L’étrange aventure de Pierre Fontramie

Titre : L’étrange aventure de Pierre Fontramie
Auteur : Jules-Louis Gaston Pastre
Date de parution : 1920
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de L’étrange aventure de Pierre Fontramie

« Les environs de Saint-Fulcran sont âpres. Toutefois la sévérité cévenole y est tempérée par les grâces naissantes du Bas-Languedoc. En de rudes gorges les montagnes schisteuses descendent vers les coteaux chargés d’oliviers au feuillage fragile. Les mouvements s’adoucissent et la plaine basse se développe jusqu’à la mer latine.

Ces derniers contreforts des Cévennes ne sont plus la montagne, mais ne méritent pas le nom de plaine.

C’est là que dans une grande maison carrée, couverte de tuiles vernissées, vivait Pierre Fontramie. Il avait trente-quatre ans, une belle fortune lui faisait des loisirs, une passion unique absorbait sa vie. Dans un attrait invincible pour toutes les intensités du corps et de l’âme, il avait fait de nombreux voyages, couru le vaste monde, participé à des explorations ; puis, de retour dans son pays, s’était enfermé dans sa vieille maison, qu’il habitait seul, étant sans famille.  »

Extrait de : J-L Gaston Pastre. « L’étrange aventure de Pierre Fontramie.  »

Anthéa ou l’étrange planète par Michel Epuy

Fiche de Anthéa ou l’étrange planète

Titre : Anthéa ou l’étrange planète
Auteur : Michel Epuy
Date de parution : 1918
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de Anthéa ou l’étrange planète

« APRÈS plusieurs années de méditation et de recueillement, maintenant que mon esprit a repris peu à peu sa vigueur, sa lucidité et son calme, je me sens pressé de décrire minutieusement tout ce que j’ai vu, senti et éprouvé pendant les quelques semaines que j’ai passées sur une autre terre.
C’est mon ambition qui fut la première cause perceptible de toute cette affaire. J’étais aide-astronome à l’Observatoire de Paris, j’avais vingt-sept ans, j’étais très impatient d’arriver, de me faire un nom, et, pour cela, je ne m’épargnais pas, mais jusqu’alors mes observations et mes travaux n’avaient obtenu qu’un assez froid accueil de la part de mes maîtres.
Je me souviens très bien du jour où le grand savant Lador annonça qu’il avait découvert une comète nouvelle, qui s’avançait vers le système solaire avec une vitesse prodigieuse. Ce fut dans notre petit monde de jeunes astronomes, épris de gloire, une très grosse émotion, et dès qu’il fut avéré que l’astre inconnu passerait encore plus près de la Terre que la Comète de Halley en mil neuf cent dix, chacun se démena de son mieux pour obtenir une mission quelconque, un détail spécial à observer, des photographies ou des calculs à faire. »

Extrait de : M. Epuy. « Anthéa ou l’étrange planète. »

Amanit par Lucie Delarue-Mardrus

Fiche de Amanit

Titre : Amanit
Auteur : Lucie Delarue-Mardrus
Date de parution : 1929
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de Amanit

« Charles-Étienne, le fils unique de Jean Masserand, venait d’annoncer aux uns et aux autres ses fiançailles avec Geneviève Le Rieux. Cela n’étonnait pas, car les deux jeunes gens s’aimaient depuis l’enfance. Le brouhaha de la soirée grandissait parmi le mobilier démodé de cet appartement où l’académicien vivait depuis vingt ans, où sa femme était morte, où son fils avait grandi, studieux adolescent sachant à peine qu’il était beau. Les invités, dans trois pièces trop petites et surchauffées par les salamandres, commentaient ces fiançailles.

La porte s’ouvrit pour une grande jeune femme. Elle ne posa sur personne ses yeux en amande. D’émail noir et blanc, ils avaient un regard qui ne pouvait pas ne pas donner le frisson. On ne voyait d’abord qu’eux, énigme indéchiffrable. Dans un teint d’une pâleur olivâtre, des traits bien balancés, un nez court, une bouche épaisse et pourpre, le tout sans aucun fard, s’entouraient de boucles naturelles trop longues pour la mode, cheveux à reflets bleus près des tempes. »

Extrait de : L. Delarue-Mardrus. « Amanit. »