Auteur/autrice : CH91
Les deux frères par Erckmann-Chatrian

Fiche de Les deux frères
Titre : Les deux frères
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1871
Editeur : Bibebook
Première page de Les deux frères
« A quelques lieues au-dessus de la Maladrie, en remontant la Sarre, vous trouvez, dans une gorge paisible des Vosges, le petit village des Chaumes. Une centaine de maisonnettes hautes, basses, couvertes de bardeaux ou de vieilles tuiles grises, bordent la rivière. De loin en loin un petit pont la traverse, avec ses deux perches où les enfants se penchent pour regarder le fourmillement des ablettes au soleil, autour d’un vermisseau, le mouvement des grandes herbes appelées queues de chat, et le passage des canards qui remontent le courant, en allongeant derrière eux leurs larges pattes jaunes. Ils sont là durant des heures, les cheveux ébouriffés, le pantalon et la veste déchirés, le petit sac d’école à sa ficelle sur la hanche, car le village a son école, mais jamais ils ne se pressent d’y aller. Puis c’est une femme qui passe en jupon, les pieds nus, le cuveau de sapin sur la tête, rempli de linge : Marie-Jeanne ou Catherinette vont au lavoir. Après cela des bœufs et des chèvres défilent ; le vieux Minique, sa pioche sur l’épaule et la tête penchée, va détourner l’eau sur son pré ; M. le curé, la soutane relevée et son tricorne à la main, se dépêche d’aller dire la messe ; ainsi de suite !
Tout cela se voit de loin, dans la grande prairie verdoyante, au milieu des palissades et des haies vives des jardinets, où pend la lessive des ménages. »
Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Les deux frères. »
Les années de collège de Maître Nablot par Erckmann-Chatrian

Fiche de Les années de collège de Maître Nablot
Titre : Les années de collège de Maître Nablot
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1874
Editeur : Bibebook
Première page de Les années de collège de Maître Nablot
« En 1834, dit maître Nablot, sous le règne de Louis-Philippe, vivaient à Richepierre, en Alsace, sur la pente des Vosges, un honnête notaire, M. Didier Nablot, sa femme, Catherine, et leurs enfants : Jean-Paul, Jean-Jacques, Jean-Philippe, Marie-Reine et Marie-Louise.
Moi, Jean-Paul, j’étais l’aîné de la famille, et je devais, en cette qualité, succéder un jour à l’étude de notre père.
Ce bon temps de la jeunesse me revient dans toute sa fraîcheur : je vois notre vieille maison à l’entrée du village ; sa cour, entourée de hangars, de granges, d’écuries ; son fumier, où se promenaient les poules ; sa large toiture plate, où tourbillonnaient les pigeons, et nous autres enfants, le nez en l’air, jetant de hauts cris, pour chasser les moineaux qui venaient piller le grain dans le colombier. »
Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Les années de collège de maître Nablot. »
Le trésor du vieux seigneur par Erckmann-Chatrian

Fiche de Le trésor du vieux seigneur
Titre : Le trésor du vieux seigneur
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1862
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Première page de Le trésor du vieux seigneur
« Une nuit du mois de septembre 1828, le digne et respectable libraire Furbach, de la rue Neuhauser, à Munich, s’éveilla tout étonné d’entendre marcher dans la mansarde au-dessus de sa chambre : on allait, on venait, on se lamentait ; une des lucarnes en tabatière de la mansarde s’ouvrit, et de longs soupirs s’exhalèrent dans le silence.
En ce moment, la chapelle des jésuites sonnait une heure, et sous la chambre de M. Furbach, les chevaux piétinaient dans leur écurie.
La mansarde était occupée par le cocher Nicklausse, un grand gaillard du Pitcherland, sec, nerveux, fort habile à conduire les chevaux, ayant même fait quelques études au séminaire de Marienthal ; mais d’un esprit simple et superstitieux, à ce point qu’il portait une petite croix de bronze sous sa chemise et la baisait matin et soir, quoiqu’il eût passé trente ans. »
Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Le Trésor du vieux Seigneur. »
Révolution par Christopher John Sansom

Fiche de Révolution
Titre : Révolution (tome 7 sur 7 – Matthew Shardlake)
Auteur : Christopher John Sansom
Date de parution : 2018
Traduction : G-M Sarotte
Editeur : Belfond
Première page de Révolution
« JE ME TROUVAIS dans mon cabinet d’avocat à Lincoln’s Inn lorsque le messager dépêché par messire Parry vint me prier de l’aller voir de toute urgence. Que se passait-il donc ? C’était le trésorier de lady Élisabeth – le responsable des finances de sa maisonnée – et je travaillais sous ses ordres depuis le jour où, deux ans plus tôt, j’avais été recommandé à Élisabeth par la reine Catherine Parr, après la mort du roi Henri. L’ancien roi avait laissé d’énormes revenus – trois mille livres par an – à chacune de ses deux filles, dans le but qu’elles les consacrent à l’achat de propriétés foncières. Somerset, le lord protecteur, avait décidé de laisser Marie choisir la première parmi ce qu’il y avait de disponible sur le marché, même si son propre radicalisme protestant s’opposait totalement au conservatisme religieux de Marie, laquelle, en tant que fille aînée d’Henri, hériterait du trône si quelque chose arrivait au jeune roi Édouard. Le bien-être de Marie comptait également pour son cousin Charles, souverain du Saint Empire romain, avec qui Somerset devait rester en bons termes. »
Extrait de : C-J Sansom. « Révolution – Matthew Shardlake. »
L’apparition par Lucie Delarue-Mardrus

Fiche de L’apparition
Titre : L’apparition
Auteur : Lucie Delarue-Mardrus
Date de parution : 1921
Editeur : J. Ferenczi Editeur
Première page de L’apparition
« Laurent Carmin entr’ouvrit la porte de la salle à manger et vit sa mère en discussion avec un de ses fermiers.
Maître Casimir voulait des réparations locatives. Mᵐᵉ Carmin répondait qu’il n’y avait pas urgence. Laurent referma la porte.
De telles démarches se renouvelaient, au château, de la part des herbagers; mais ils repartaient presque toujours sans obtenir satisfaction, car Mᵐᵉ Carmin était Normande comme eux, et bien plus forte qu’eux.
On l’admire pour cela dans le pays, et aussi pour ses biens, qui sont nombreux, espacés les uns des autres, des grands et des petits, fermes et manoirs, pressoirs, herbages et bois-taillis.
—A qui cela appartient-il?
Réponse presque toujours la même:
—Est à Mâme Carmin.
Il y a de ces marquises de Carabas en Normandie, car les traditions de l’ancien temps n’y ont guère souffert du renversement des rois. »
Extrait de : L. Delarue-Mardrus. « L’apparition. »
Conte de Noël par Lucie Delarue-Mardrus

Fiche de Conte de Noël
Titre : Conte de Noël
Auteur : Lucie Delarue-Mardrus
Date de parution : 1929
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Première page de Conte de Noël
« Isabelle berçait son petit garçon, gentiment, sur ses genoux, au coin du feu, trois bûches dans l’étroite cheminée. La lampe basse éclairait leur réveillon. Une neige assez épaisse, tombée le matin, mettant sa couche de silence autour de la petite maison isolée dans son jardin minuscule.
Pauvre villa de banlieue, image même de la médiocrité, que tu sembles belle, ce soir, à celle qui va te quitter pour entrer dans la misère !
Isabelle, jeune fille de luxe, mariée par amour, a, depuis cinq ans, descendu rapidement l’échelle haute de son bonheur.
L’homme pauvre qu’elle a, contre le gré de ses parents, choisi pour son charme et sa belle figure : un monsieur louche. Elle ne s’en est aperçue que tard. L’enfant était né, les parents morts. Orpheline et mère presque en même temps, la jeune femme, entre ce chagrin-ci et cette joie-là, a, cette même année, vu commencer l’extinction d’un mirage. »
Extrait de : L. Delarue-Mardrus. « Conte de Noël. »
L’énivrante angoisse par Charles Derennes

Fiche de L’énivrante angoisse
Titre : L’énivrante angoisse
Auteur : Charles Derennes
Date de parution : 1904
Editeur : BNF
Première page de L’énivrante angoisse
« STANCES
Mon âme de tendresse et de joie est remplie’
Pour des jours et des jours…
Jardin de solitude et de mélancolie,
Je t’offre nos amours.
Mais l’amour est un hôte infidèle, qui passe
Et ne nous revient pas ;
Jardin, rappelle-toi ses rires et sa grâce :
Tu me les rediras. »
Extrait de : C. Derennes. « L’Énivrante Angoisse. »
Cassinou va-t-en guerre par Charles Derennes

Fiche de Cassinou va-t-en guerre
Titre : Cassinou va-t-en guerre
Auteur : Charles Derennes
Date de parution : 1917
Editeur : BNF
Première page de Cassinou va-t-en guerre
« L’été, cette année-là, se montrait grognon, orageux, moite, tantôt trop chaud, tantôt trop froid. Mais la menace de l’ondée quotidienne n’avait pas empêché le brigadier de gendarmerie de Saint-Lubin-lès-Hont-Hàbi, Joseph Hourtilhacq, dit Sherlock Holmes, et un de ses pandores, de faire leur tournée, ce samedi comme les autres, du côté de Hont-Hàbi-l’Étang.
La tournée du samedi à Hont-Hàbi-l’Étang ? Le brigadier n’y aurait manqué pour rien au monde. Cette tournée était (si j’ose risquer ce jeu de mot) une tournée qui en appelait bien d’autres… « Le samedi », vous dira-t-on en pays landais (et surtout du côté de Hont-Hàbi), « le samedi, c’est un dimanche plus petit… le samedi, c’est déjà dimanche… le samedi, la fête commence… » Ces bons proverbes-là, ils mériteraient d’être mis en chanson et gueulés en chœur par les beaux soirs, avec accompagnement d’ocarina ou d’accordéon, d’un bout à l’autre de la contrée ! »
Extrait de : C. Derennes. « Cassinou va-t-en guerre. »
Mirabelle de plan d’en haut par Michel Epuy

Fiche de Mirabelle de plan d’en haut
Titre : Mirabelle de plan d’en haut
Auteur : Michel Epuy
Date de parution : 1938
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Première page de Mirabelle de plan d’en haut
« L’hiver avait été long et rigoureux dans les Alpes valaisannes et le printemps tardait à venir. Il y avait notamment d’énormes couches de neige dans tous les replis des montagnes qui entourent les Dents du Midi. Du côté de Salanfe surtout. Et naturellement tous les chemins étaient impraticables de ce côté. En ski seulement on pouvait monter de Salvan aux Granges et de là à Plan d’En Haut, ce délicieux hameau peu connu qui se trouve non loin de Van d’En Haut. Rares sont les montagnards qui y restent tout l’hiver, mais encore plus rares sont ceux qui hivernent plus haut. À vrai dire, il n’y en a point. Cependant, en ce soir de mars où débute notre récit, un skieur attardé ou imprudent aurait été bien surpris de voir une fumée s’élever d’un petit monticule de neige aux formes bizarres qui se trouvait dans une combe quelques centaines de mètres au-dessus des mazots de Plan d’En Haut. »
Extrait de : M. Epuy. « Mirabelle de Plan d’En Haut. »
Souvenirs d’un homme de lettres par Michel Epuy

Fiche de Souvenirs d’un homme de lettres
Titre : Souvenirs d’un homme de lettres
Auteur : Michel Epuy
Date de parution : 1934
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Sommaire de Souvenirs d’un homme de lettres :
- Les pas sur le sable
- Une petite soeur
- Le retour d’Elisabeth
- A tâtons
- L’Ardèche
- Le jardin enchanté
- Les jours s’allongent
- Les yeux qui brillent
Première page de Les pas sur le sable
« Des excuses ? – Je veux bien.
En effet, on m’a dit : Si vous voulez raconter votre enfance, parler beaucoup de vous-même, décrire par le menu vos premières impressions, vos premiers rêves, vos chagrins puérils et vos aventures personnelles, il vous faut faire montre de bonne éducation et demander pardon au lecteur de ne l’entretenir guère que de vous-même.
Oui, certes et modeste je le suis, je veux le rester, mais au fond, comme en ceci je veux être vrai, je ne chercherai pas de prétexte, et dirai tout simplement qu’à mon humble avis aucun auteur ne peut jamais complètement sortir de soi. Les sentiments que l’on décrit et que l’on prête à ses personnages ? Il faut les imaginer d’après ce que l’on éprouverait soi-même dans tel ou tel cas donné. Les aventures, même les plus matérielles, sont de nous, inventées par nous, faites de notre substance. Et quant aux compilations et études purement documentaires, mon Dieu, je n’en dirai rien si ce n’est qu’il suffit d’acheter des dictionnaires et des encyclopédies. »
Extrait de : M. Epuy. « Souvenirs d’un homme de lettres. »