Auteur/autrice : CH91
Martyrs (livre 3) par Olivier Peru

Fiche de Martyrs (livre 3)
Titre : Martyrs (livre 3)
Auteur : Olivier Peru
Date de parution : 2025
Editeur : J’ai lu
Première page de Martyrs (livre 3)
« Depuis le chemin de ronde du château des Ronces, Irmine observait la Marchande dans ses atours de nuit. L’immense marée de bâtiments et de rues filant jusqu’aux remparts de la cité, dessinée par les milliers de lumières allumées çà et là, donnait à la ville une majesté unique. Un monstre surpeuplé pour certains, un havre de liberté pour d’autres. Aux yeux d’Irmine, Alerssen était simplement son foyer, un endroit autour duquel sa vie tournait depuis toujours. Il ne s’en était jamais éloigné plus de quelques années, car c’était ici que Kassis était née… Ici qu’Helbrand était mort.Et aujourd’hui, une fois encore, il y était revenu. Pour ne plus en repartir. Kassis avait repris la cité aux hommes laissés par la Main Douce et avait su se faire aimer du peuple d’Alerssen. Grâce à de beaux discours pleins de promesses, une sincère dévotion à ses gens et ce fameux droit de vote accordé à tous les habitants de la Marchande, on l’aimait comme on aime le printemps après l’hiver. »
Extrait de : O. Peru. « Martyrs T3. »
Le chant des cavalières par Jeanne Mariem Corrèze

Fiche de Le chant des cavalières
Titre : Le chant des cavalières
Auteur : Jeanne Mariem Corrèze
Date de parution : 2020
Editeur : Les moutons électriques
Première page de Le chant des cavalières
« Tout au long de sa vie mouvementée de cavalière, Acquilon de Nordeau s’était demandé ce qu’il resterait de son empreinte dans le monde une fois la poussière des combats retombée. Arpenterait-on, comme elle-même à l’instant, ses quartiers de Matriarche ? Ses héritières feraient-elles le tour du propriétaire, cataloguant ses possessions, effleurant les boiseries fatiguées des meubles, caressant les tapisseries poussiéreuses ? S’arrêteraient-elles devant la fenêtre de sa chambre, celle qui surplombait la cour et permettait, en se tordant le cou, d’apercevoir le quartier des novices, le verger séculaire, la demeure de l’herboriste ? Lui préféreraient-elles celle qui s’ouvrait sur la vallée en contrebas, les villages égrainés sur le dos des collines, le cours sinueux de la Vouivre à travers la plaine ? Lors de sa prise de fonction, elle avait fait renouveler les tomettes écarlates du sol, mais l’usure de toutes ses allées et venues avait patiné leur lustre. Il en allait de même pour le matelas du grand lit de sa chambre : chaque nuit passée entre ses draps avait creusé dans le mitan un profond sillon. Ces traces-là seraient les premières à s’effacer sous le passage d’autres vies que la sienne. »
Extrait de : J.M Corrèze. « Le Chant des cavalières. »
L’inondation par Gérard Delteil

Fiche de L’inondation
Titre : L’inondation
Auteur : Gérard Delteil
Date de parution : 2004
Editeur : L’Archipel
Première page de L’inondation
« Un éclair zèbre le ciel. L’explosion fait vibrer les vitres. Julien Bompart court à sa fenêtre, essuie la buée. Le déluge inonde les carreaux. Nuit noire. Seules quelques taches lumineuses se découpent dans les masses sombres des maisons voisines. Il ouvre la croisée. Une rafale lui fouette le visage. Il referme aussitôt, luttant contre la tornade, à l’instant même où, brutalement, le rugissement des sirènes déferle sur le village.
— Qu’est-ce qui se passe ? C’est la foudre ? demande son épouse.
— Ce sont les sirènes d’alarme. Je vais téléphoner à la mairie.
— Penses-tu ! À cette heure, il n’y a plus personne.
— Alors, je vais appeler la gendarmerie.
« Gendarmerie nationale. Toutes nos lignes sont actuellement occupées… »
Les lampes électriques vacillent. La pièce est plongée dans l’obscurité. Le hurlement des sirènes s’amplifie. La lumière revient, clignote.
— Le commissariat ne répond pas non plus !
— Ne bouge pas. Je fonce chez les voisins.
Julien Bompart enfile un vieil imperméable sur la salopette qu’il n’a pas quittée depuis son retour du travail. Son équipe termine à 19 h 30. À l’instant où il ouvre sa porte, il perçoit, malgré le vacarme infernal, un bruit différent de celui de la pluie. Une sorte de ronflement sourd. »
Extrait de : G. Delteil. « L’inondation. »
KZ retour vers l’enfer par Gérard Delteil

Fiche de KZ retour vers l’enfer
Titre : KZ retour vers l’enfer
Auteur : Gérard Delteil
Date de parution : 1987
Editeur : Editions Métailié
Première page de KZ retour vers l’enfer
« Idées noires… mer rouge ! » disait l’affiche.
Et les idées, ces types-là les avaient vraiment très noires. Si noires qu’ils avaient couvert de croix gammées cette publicité pour les plages israéliennes.
Ils étaient trois. Accoutrés en skinhead du samedi soir, trois crânes rasés, avec tout l’attirail : treillis bariolés, ceinturons, rangers. Un grand dégingandé avec des oreilles décollées et un menton en galoche, un rondouillard hilare, et un petit tout maigre avec des joues creuses qui semblait le plus mauvais.
Le trio faisait face à un bonhomme en pardessus trop grand et trop large. Sur le coup je le pris pour un clochard. Le bonhomme retroussait sa manche pour leur montrer quelque chose, sur son avant-bras. À l’instant où j’arrivai à la hauteur du groupe, le maigrichon empoigna le vieux par son col.
— Hitler ne vous a pas tous cramés, c’est bien dommage, dit-il à haute voix. »
Extrait de : G. Delteil. « KZ, retour vers l’enfer. »
Hors-jeu par Gérard Delteil

Fiche de Hors-jeu
Titre : Hors-jeu
Auteur : Gérard Delteil
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir
Première page de Hors-jeu
« Une boule d’une blancheur aveuglante fusa dans le ciel sombre, parut demeurer suspendue dans l’espace, se divisa en une multitude de scintillements orangés qui redescendirent lentement vers le sol. Le paysage ravagé prit des teintes étranges puis fut à nouveau plongé dans l’obscurité. Des tirs croisés de missiles suivirent. Les fusées explosaient dans un grondement assourdissant, soulevant des gerbes de roche pulvérisée, creusant de gigantesques cratères.
Le dos collé à la paroi d’acier de l’abri souterrain, le capitaine Cochrane conservait les yeux fixés sur son poignet. Sous les coups de boutoir, le cube de métal qui les protégeait, lui et ses hommes, vibrait, la lumière vacillait, mais l’officier ne cessait d’observer les chiffres et les lettres qui défilaient sur son terminal-bracelet. Pas un muscle de son visage ne bougeait.
Cochrane était un homme de trente ans, grand et large d’épaules, aux traits harmonieux. Il possédait un menton énergique fendu par une fossette, un nez droit, un regard clair où se lisait sa froide détermination. Sous son casque de plastique moulé descendant bas sur la nuque, il coiffait sa courte crinière noire en arrière, soigneusement lissée sur son crâne selon les usages des militaires centauriens. »
Extrait de : G. Delteil. « Hors-jeu. »
Manon Fargetton

Présentation de Manon Fargetton :
Née au cours de l’année 1987 et ayant grandi au grand air de la cité corsaire de Saint-Malo, Manon Fargetton a très tôt manifesté un goût prononcé pour les lettres. Si son œuvre foisonne de récits fort divers, c’est indéniablement sur les terres du merveilleux, de l’anticipation et de la haute fantaisie (cette littérature que les Anglo-Saxons nomment « fantasy ») qu’il convient de s’attarder, tant elle y déploie un talent hors du commun.
Dès ses dix-huit ans, notre romancière fait une entrée remarquée dans le monde de l’édition avec un roman d’anticipation intitulé Aussi libres qu’un rêve. Cette contre-utopie, fort audacieuse pour une si jeune plume, nous dépeint une société où la liberté des individus se trouve entravée par d’implacables directives gouvernementales. Ce coup d’essai, salué par la critique, pose les fondations d’une bibliographie qui ne cessera d’explorer les marges du possible.
Mais c’est sans doute avec son vaste univers de fantaisie épique que cette brillante femme de lettres gagne définitivement ses lettres de noblesse auprès des amateurs d’évasion. Par la publication de L’Héritage des Rois-Passeurs puis des Illusions de Sav-Loar, l’écrivain bâtit un monde d’une incroyable richesse, où la magie, les sortilèges et les complots de cour s’entremêlent avec une virtuosité stupéfiante. Loin de s’en tenir à des intrigues convenues, la plume de Manon Fargetton s’attache à dépeindre des personnages complexes et tourmentés, tissant une toile chorale qui n’a rien à envier aux plus grands feuilletonistes de jadis.
Naviguant avec une aisance déconcertante entre les genres, elle s’est également illustrée dans le frisson conjectural avec Le Suivant sur la liste, un haletant récit où le mystère génétique tient le lecteur en haleine, ou encore avec Dix jours avant la fin du monde, où elle explore les abîmes de l’âme humaine face à l’inéluctable apocalypse. Quelle que soit la contrée imaginaire qu’elle nous invite à visiter, cet auteur s’y distingue toujours par une prose fort élégante, ciselée avec un soin tout artisanal, et par une profonde justesse dans l’exploration des sentiments.
Livres de Manon Fargetton :
June :
- Le souffle (2012)
- Le choix (2014)
- L’invisible (2014)
L’héritage des rois-passeurs :
- L’héritage des Rois-Passeurs (2015)
- Les illusions de Sav-Loar (2016)
Le cycle des secrets :
- Les marches des géants (2023)
- Le don des géants (2024)
- Le palais des géants (2025)
Le suivant sur la liste :
- Le suivant sur la liste (2014)
- La nuit des fugitifs (2015)
Les plieurs de temps :
- Robin à la dernière seconde (2017)
- Anthony à cinq minutes près (2017)
- Camille à l’heure de vérité (2018)
- Charly pour toujours (2018)
Les tisseurs de rêves :
- Manel et les mélodies secrètes (2021)
- Anouk et les liens invisibles (2022)
- Liam et les dessins magiques (2022)
- Victor et les cauchemars sauvages (2023)
Intégrales :
- Le suivant sur la liste (2016)
A quoi rêvent les étoiles (2020)
Aussi libres qu’un rêve (2006)
Aussi libres qu’un rêve (dyslexique) (2020)
Ce que prend la mer (2025)
Dix jours avant la fin du monde (2018)
En plein vol (2020)
Le livre de toutes les réponses sauf une (2015)
Le très grand câlin (2022)
Nos vies en l’air (2019)
Ombreline (2024)
Quand vient la vague (2018)
Tout ce que dit Manon est vrai (2021)
Zorage (2023)
Pour en savoir plus sur Manon Fargetton :
La page Wikipédia sur M. Fargetton
La page Noosfere sur M. Fargetton
La page isfdb de M. Fargetton
Jeanne Mariem Corrèze

Présentation de Jeanne Mariem Corrèze :
Si Jeanne Mariem Corrèze a su d’emblée s’attirer les faveurs des amateurs de merveilleux, c’est avant tout par un coup d’éclat magistral, paru aux éditions des Moutons Électriques à l’aube des années 2020. Bien qu’elle ait commis d’autres écrits fort louables depuis lors, c’est indubitablement sur cette première grande fresque, intitulée Le Chant des cavalières, qu’il convient de nous attarder, tant elle définit l’essence de son art.
Dans ce roman d’une grande distinction, Jeanne Mariem Corrèze nous transporte au cœur du royaume de Sarda, une contrée de haute fantaisie (cette littérature que nos amis anglo-saxons se plaisent à nommer « fantasy »). La romancière y déploie une intrigue où le rôle de premier plan est tenu par un ordre matriarcal. Loin des frêles demoiselles en détresse des contes de jadis, nous découvrons ici de fières guerrières chevauchant de majestueux dragons — des créatures d’ailleurs fort singulières, tenant tout autant du reptile que du grand volatile.
Le lecteur est invité à suivre le rude apprentissage de la jeune Sophie, une novice attendant avec impatience de franchir les étapes qui lui permettront de prétendre au statut tant convoité de cavalière. Au travers de ce récit initiatique, l’auteur brosse le portrait d’une société où le pouvoir, l’intrigue politique et la force martiale sont exercés avec poigne par ces dames. Sans jamais verser dans la démonstration pompeuse, la plume de cette brillante femme de lettres tisse une toile subtile, riche en émotions et en descriptions fort poétiques. L’ouvrage exhale un parfum d’émancipation et d’indépendance féminine d’une grande modernité, un vent de liberté qui décoifferait presque le lecteur confortablement installé dans son fauteuil.
L’on ne saurait trop vanter la prose de Jeanne Mariem Corrèze, d’un raffinement rare, qui prend le temps d’installer ses atmosphères et de décortiquer les tourments de l’âme humaine. Le Chant des cavalières n’est pas seulement un grand roman d’évasion ; c’est un récit épique, nourri de mythes anciens et de complots de cour, qui laissera, j’en suis persuadé, une empreinte durable dans nos bibliothèques de l’imaginaire.
Livres de Jeanne Mariem Corrèze :
Le chant des cavalières (2020)
Nous serons l’incendie (2024)
Pour en savoir plus sur Jeanne Mariem Corrèze :
La page Wikipédia sur J. M. Corrèze
La page Noosfere sur J. M. Corrèze
La page isfdb de J. M. Corrèze
Nous rêvions juste de liberté par Henri Loevenbruck

Fiche de Nous rêvions juste de liberté
Titre : Nous rêvions juste de liberté
Auteur : Henri Loevenbruck
Date de parution : 2015
Editeur : Flammarion
Première page de Nous rêvions juste de liberté
« Nous avions à peine vingt ans et nous rêvions juste de liberté. »
Voilà, au mot près, la seule phrase que j’ai été foutu de prononcer devant le juge, quand ça a été mon tour de parler. Je m’en faisais une belle image, moi, de la liberté. Un truc sacré, presque, un truc dont on fait des statues. J’ai pensé que ça lui parlerait.
Plus le temps passe, plus j’ai l’impression de voir nos libertés s’abîmer, comme un buisson auquel on fait rien que de couper les branches, « pour son bien ». J’ai le sentiment que, chaque jour, une nouvelle loi sort du chapeau d’un magicien drôlement sadique pour réglementer encore un peu plus nos toutes petites vies et mettre des sens interdits partout sur nos chemins. Quand je pense aux histoires que me racontait Papy Galo sur son enfance, des belles histoires de gosses aux genoux écorchés rouges, je me dis que ça pourrait plus arriver aujourd’hui, parce qu’il est devenu interdit de faire ci, interdit de faire ça, interdit d’aller ici, interdit d’aller là. Le passé, c’est comme un paradis perdu où tout était permis, tout était possible, et puis maintenant, plus rien. »
Extrait de : H. Loevenbruck. « Nous rêvions juste de liberté. »
Les disparus de Blackmore par Henri Loevenbruck

Fiche de Les disparus de Blackmore
Titre : Les disparus de Blackmore
Auteur : Henri Loevenbruck
Date de parution : 2023
Editeur : XO Editions
Première page de Les disparus de Blackmore
« C’est en voyant se dessiner, à travers le brouillard, les contours de l’île de Blackmore que, au soir du samedi 24 octobre 1925, Lorraine Chapelle entendit pour la première fois ce son si singulier qui allait la hanter des jours durant. WI-IH-ISH… Les gens d’ici l’appelaient le murmure des brumes. Il résonnait en toute saison dès que le vent se levait de la Manche pour se faufiler entre les blocs de granite de l’île, produisant ce sifflement sinistre, comme autant de plaintes échappées des bouches torturées de mille fantômes. WI-IH-ISH… Lancinant, obsédant, il semblait ne jamais s’éteindre. Il n’y avait guère que le bruit d’un orage pour le faire oublier un instant.
— Devriez pas rester su’l’pont, mam’zelle, la mer est mauvaise ! La passe est dangereuse, ça va secouer !
Le matelot du SS Courrier – le gros bateau à vapeur qui, deux fois la semaine, et pour quatre shillings, faisait la liaison entre Guernesey et Blackmore en un peu moins de deux heures – soupira en baissant les yeux vers les petites chaussures salomé à talons de la frêle passagère. »
Extrait de : H. Loevenbruck. « Les disparus de Blackmore. »