Catégorie : Livres

 

Le roi de bruyère par Greg Keyes

Fiche de Le roi de bruyère

Titre : Le roi de bruyère (Tome 1 sur 4 – Les royaumes d’épines et d’os)
Auteur : Greg Keyes
Date de parution : 2003
Traduction par : J. Collin
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le roi de bruyère

« Le ciel se déchira et la foudre s’abattit à travers ses coutures torses. Avec elle vint une noire neige fondue au goût de fumée, de cuivre et de soufre. Avec elle vint un hurlement comme un souffle des enfers.

Carsek se redressa en tenant ses bandages ensanglantés, en espérant qu’ils suffiraient à maintenir ses entrailles à l’intérieur assez longtemps pour qu’il vît la fin de tout cela, quelle qu’en fût l’issue.

— Il faut qu’elle ordonne très vite la charge, grommela-t-il en se levant, à l’appui du talon de sa lance.

Une main jaillit à la cheville de Carsek :

— Baisse-toi, inconscient, si tu veux vivre jusqu’à la charge.

Carsek jeta un regard à son compagnon, un homme à la cotte de mailles déchirée et sans casque, ses yeux bleus implorant à travers le voile mat de ses cheveux mouillés.

— Toi, reste accroupi, Thaniel, marmonna Carsek. Moi, je me suis accroupi assez longtemps. Quatorze jours que nous croupissons dans ces trous de porcs, à dormir dans notre merde et notre sang. Tu n’entends donc pas ? On se bat, là-devant, et je vais aller voir, j’en serai.

Il se tendit sous la pluie battante, s’efforçant de discerner ce qui se passait. »

Extrait de : G. Keyes. « Le roi de bruyère – Les royaumes d’épines et d’os. »

Le Dieu noir par Greg Keyes

Fiche de Le Dieu noir

Titre : Le Dieu noir (Tome 2 sur 2 – Les élus du Changelin)
Auteur : Greg Keyes
Date de parution : 1997
Traduction par : G. Le Pennec
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le Dieu noir

« Ghe plongea son épée dans le ventre de l’homme pâle, vit ses étranges yeux gris s’élargir sous le choc, puis s’étrécir avec une terrible satisfaction. Il retira sa lame et, dans la même fraction de seconde, réalisa son erreur. L’épée adverse, guère impressionnée par l’empalement de son propriétaire, filait droit vers son cou.

Li, pensez bien à mon fantôme, eut-il le temps de songer, avant que sa tête ne tombe dans l’eau sale. À cet instant, l’espace d’une fraction de seconde, il crut voir quelque chose d’inhabituel : une colonne de flammes jaillissant hors du cloaque pour se dresser au-dessus de Hezhi. Puis quelque chose d’inexorable l’engloutit.

La mort l’avala. Il tourbillonna dans son ventre humide et obscur. La douleur glacée qui lui avait transpercé le cou se propageait dans sa conscience agonisante. C’était presque tout ce qui restait de lui, mais pas tout à fait. Les brefs espaces de souvenirs entre les répétitions à l’infini du coup d’épée fatal ouvrirent un passage vers le néant. Des images, des rêves et des plaisirs passés dansaient par-delà ce portail, avant de s’évanouir. Bientôt, tous seraient partis, comme autant de danseuses inconstantes lors d’un bal, et Ghe serait de nouveau entier, avec sa mort pour unique rappel, puis plus rien. »

Extrait de : G. Keyes. « Le Dieu noir – Les élus du Changelin. »

Les enfants du fleuve par Greg Keyes

Fiche de Les enfants du fleuve

Titre : Les enfants du fleuve (Tome 1 sur 2 – Les élus du Changelin)
Auteur : Greg Keyes
Date de parution : 1996
Traduction par : G. Le Pennec
Editeur : Fleuve noir

Première page de Les enfants du fleuve

« La montagne se fendit dans un bruit de tonnerre et, au travers de la faille, un cyclone de vapeur douée de vie jaillit en hurlant vers le ciel. Des éclairs violents et multicolores accompagnaient le vent et l’eau, doigts tâtonnants d’un dieu en colère.
Un autre dieu, dissimulé dans la chair d’un oiseau d’argent qui s’éloignait à tire-d’aile, fut brisé comme une brindille par la première décharge. Ses ailes se déchirèrent et sa chair fut calcinée, puis arrachée à ses os, qui explosèrent à leur tour. La douleur était terrible, l’agonie la plus brûlante que le dieu ait jamais connue, lui qui avait pourtant déjà beaucoup souffert au fil de l’éternité.
Se composant un nouveau corps à partir d’air et de fumée noire, il redoubla d’effort pour distancer le cœur de la tempête, ce réservoir de pouvoir inconcevable qu’il avait libéré. Il chevaucha le bord de la tourmente en expansion, se désintégra et se recomposa cent fois entre les crocs du vent. Depuis les blessures déchiquetées des montagnes, le sang brûlant des plateaux s’étendait sous lui à une vitesse terrifiante, dévorant tout sur son passage. »

Extrait de : G. Keyes. « Les enfants du fleuve – Les élus du Changelin. »

Chirurgiens d’une planète par Gilles d’Argyre

Fiche de Chirurgiens d’une planète

Titre : Chirurgiens d’une planète
Auteur : Gilles d’Argyre
Date de parution : 1960
Editeur : Fleuve noir

Première page de Chirurgiens d’une planète

« Le coptaire longeait l’extrémité de la Mare Sirenum lorsque l’accident se produisit. Les pales battaient régulièrement l’air raréfié de Mars, faisant entendre leur bruit de soie déchirée.

Le pilote ne remarqua quelque chose d’insolite que lorsqu’une sonnerie retentit dans ses écouteurs. Des voyants rouges s’allumèrent sur le tableau de bord. L’appareil perdit de l’altitude. Ses immenses pales, aussi légères que des élytres d’insecte, se mirent à vibrer dangereusement.

Les réflexes rapides d’Archim Noroit lui sauvèrent la vie. Les coptaires sont des appareils relativement sûrs, mais il ne faut attendre aucun secours de l’air de Mars. Il est si raréfié que seul des engins disposant d’une surface portante considérable et d’une vitesse élevée peuvent se maintenir en l’air. Lorsque les pales d’un coptaire cessent de tourner, l’accident est presque toujours fatal. Au surplus, leur fragilité, rançon de leur légèreté, contraint le pilote à surveiller de fort près le régime de son moteur.

Noroit débraya presque instantanément sa voilure. Cela lui évita de la voir se rompre et d’être précipité de près de trois cents mètres de hauteur. »

Extrait de : G. d’Argyre. « Chirurgiens d’une Planète. »

L’avènement de l’obscur par Joseph Delaney

Fiche de L’avènement de l’obscur

Titre : L’avènement de l’obscur (Tome 4 sur 4 – Frère Wulf)
Auteur : Joseph Delaney
Date de parution : 2022
Traduction par : M.-H. Delval
Editeur : Bayard

Première page de L’avènement de l’obscur

« Il faisait nuit, et les serviteurs de l’obscur se rassemblaient dans la vallée, une horde de démons et de sorcières venus en congrégation de toutes les régions alentour. Ils étaient menés par une entité monstrueuse, dotée d’un troisième œil au milieu du front.
J’avançai un moment dans l’ombre, puis j’appelai mes loups : Croc, Griffe, Sang, Os, Cuir et Poil. Ce n’était pas de vrais loups. Chacun d’eux était un tendineux, autrement dit un être créé par magie, assez réel toutefois pour déchirer la chair de mes ennemis.
Mon nom est Wulf. J’ai suivi un temps une formation d’apprenti épouvanteur.
Mais, à présent, je suis un tulpan ; je possède les capacités magiques permettant d’amener ce genre de bêtes à l’existence.
Sortant de l’obscurité, les loups bondirent aussitôt vers moi.
– Tout doux, les gars ! Du calme !
Je m’agenouillai pour les caresser l’un après l’autre. Ils étaient affamés. Parfait !
Je me mis en route, et ils se placèrent comme à leur habitude, trois sur ma droite et trois sur ma gauche.  »

Extrait de : J. Delaney. « Frère Wulf – L’avènement de l’obscur.  »

Nova par Samuel R. Delany

Fiche de Nova

Titre : Nova
Auteur : Samuel R. Delany
Date de parution : 1968
Traduction : M. Deutsch, O. Bérenval
Editeur : Mnémos

Première page de Nova

« Dragon, Triton, Enfer 3, 3172

— Eh, la Souris, joue-nous quelque chose ! lança l’un des méchas installés au bar.

— T’as donc pas encore signé pour une traversée ? fit l’autre, gouailleur. Ton implant vertébral va rouiller. Allez ! joue-nous un morceau !

La Souris cessa de promener son doigt sur le bord de son verre. Résolu à dire « non », il amorça un « oui ». Et il fronça les sourcils.

Les méchas froncèrent aussi les leurs.

C’était un vieil homme. Un homme vigoureux.

Comme la Souris empoignait le rebord de la table, le gueux s’avança en chaloupant. Sa hanche fit résonner le comptoir. Ses orteils allongés heurtèrent un pied de chaise : la chaise dansa sur les dalles.

Vieux. Vigoureux. Troisième détail que remarqua la Souris : aveugle. »

Extrait de : S.R Delany. « Nova. »

Babel-17 par Samuel R. Delany

Fiche de Babel-17

Titre : Babel-17
Auteur : Samuel R. Delany
Date de parution : 1966
Traduction : M. Perrin, O. Bérenval
Editeur : Mnémos

Première page de Babel-17

« Une cité portuaire…

… au ciel corrodé par des vapeurs couleur de rouille, pensait le Général. C’était l’heure de la grisaille crépusculaire que les fumées d’usines fardaient d’une touche d’orange, de rose saumon et de violet avec trop de rouge, tandis qu’à l’ouest les navettes avec leur cargaison à destination des centres stellaires et des satellites lacéraient les nuages de leur incessant va-et-vient. Une cité qui suintait aussi la misère par tous ses pores, songeait-il encore en tournant au coin d’une rue jonchée d’ordures.

Depuis l’Invasion, six embargos désastreux de plusieurs mois chacun avaient étranglé cette cité dont la survie dépendait du commerce interstellaire. Assiégée de la sorte, la ville avait-elle seulement un moyen de survivre ? Six fois en vingt ans, la question s’était posée, et la réponse était restée invariablement, désespérément négative. Toujours, l’échec s’était soldé par des scènes de panique collective, des émeutes, des incendies, et à deux reprises par des actes de cannibalisme. »

Extrait de : S.R Delany. « Babel-17. »

Soumettez-vous à la nuit 2 par Glen Cook

Fiche de Soumettez-vous à la nuit 2

Titre : Soumettez-vous à la nuit 2 (Tome 4 sur 4 – Les instrumentalités de la nuit)
Auteur : Glen Cook
Date de parution : 2010
Traduction : F. Reichert
Editeur : L’Atalante

Première page de Soumettez-vous à la nuit 2

« Une migration massive était en train depuis l’Orient éloigné vers la rive la plus orientale de la mer Basse ; familles, clans et tribus décimées bravaient le cœur de l’hiver contre vents et marées. Quelque part, très loin, Celui-qui-marche-avec-le-vent était blessé et désorienté. Peut-être n’y aurait-il plus d’autres occasions de lui échapper.
Peu étaient bien reçus. Partout les ressources s’épuisaient. On assistait souvent à des batailles plus âpres que là où les Choisis restaient les guerriers esclaves du dieu de l’hiver.
L’empire de Tsistimed le Doré faisait exception. Les réfugiés y étaient bien accueillis s’ils consentaient à devenir ses sujets, tant avaient été cruelles les pertes de l’empire lors de sa bataille contre Kharoulke.
Tsistimed bouillait sans interruption. Ses proches craignaient de le voir succomber d’une apoplexie à la suite d’une crise trop aiguë de fureur. Les Ghargarliciens ripostaient. Ils avaient repris plusieurs villes dont les nomades avaient abattu les murailles. Le khaïfat de Qasr al-Zed restait rebelle il récusait toutes les ambassades et exécutait les marchands et artisans pris en flagrant délit de reconnaissance. »

Extrait de : G. Cook. « Soumettez-vous à la nuit 2 – Les instrumentalités de la nuit. »

Soumettez-vous à la nuit 1 par Glen Cook

Fiche de Soumettez-vous à la nuit 1

Titre : Soumettez-vous à la nuit 1 (Tome 3 sur 4 – Les instrumentalités de la nuit)
Auteur : Glen Cook
Date de parution : 2010
Traduction : F. Reichert
Editeur : L’Atalante

Première page de Soumettez-vous à la nuit 1

« Des soixante-dix Choisis qui avaient quitté la glaciale Sparmagen ne restaient plus que dix-huit chasseurs sacrés en route vers le sud. La plupart étaient ou avaient été blessés. Cinq d’entre eux devaient rester attachés à leur selle. Une fois le portail franchi, ils s’étaient rendu compte que Drengtin Skyre avait trépassé depuis si longtemps que son cadavre était déjà glacé. Son poney était dans un état d’angoisse surnaturel.
Le portail ne présentait rien de remarquable. Ce n’était qu’une ouverture dans une palissade. De l’autre côté, il y avait de la glace et un verglas de flocons durcis. Un vent démentiel chassait aléatoirement les feuilles mortes. Derrière la palissade, le monde serait peut-être plus chaud. Les feuilles y étaient détrempées. Le vent ne parvenait pas à les soulever.
Hâves et dépenaillés, les pèlerins aux cheveux ornés d’ossements et de petites têtes de mort observaient les bois dépouillés par l’hiver. On pouvait tout juste distinguer une sorte d’édifice de pierre grise à travers les arbres squelettiques. Chaque assassin sacré espérait y trouver leur gibier, afin que cette rude quête touchât à sa fin. »

Extrait de : G. Cook. « Soumettez-vous à la nuit 1 – Les instrumentalités de la nuit. »

Seigneur du royaume silencieux par Glen Cook

Fiche de Seigneur du royaume silencieux

Titre : Seigneur du royaume silencieux (Tome 2 sur 4 – Les instrumentalités de la nuit)
Auteur : Glen Cook
Date de parution : 2007
Traduction : F. Reichert
Editeur : L’Atalante

Première page de Seigneur du royaume silencieux

« La glace avance tous les hivers. Le monde refroidit. Les mers baissent. Dans l’Andoray septentrionale, les hordes de rennes et les mystiques Seatts ont disparu. Les fermes et les pâturages, les collines et les fjords qui faisaient vivre les belliqueux Andorayens deux siècles plus tôt sont ensevelis sous une glace si épaisse qu’on ne distingue plus les hautes montagnes sauvages. De l’autre côté du monde – mais de façon moins accentuée à Ihrian – les puits du pouvoir s’affaiblissent.
Jusqu’à très récemment encore, ces changements spectaculaires sont restés confinés aux lointaines marges de la civilisation. Mais, dernièrement, ils ont commencé à réellement affecter la mer Utérine. Le flot des réfugiés a permis de lever des armées à des tarifs de misère. Alors même que l’Église épiscopale est dirigée par un patriarche monomaniaque persuadé d’être l’instrument divin destiné à extirper l’hérésie et à écraser les incroyants pour offrir le salut et la miséricorde de Dieu à toute l’humanité, en oubliant, comme tant d’autres avant lui, qu’un dieu omnipotent saurait mener cette mission à bien sans l’assistance des mortels. »

Extrait de : G. Cook. « Seigneur du royaume silencieux – Les instrumentalités de la nuit. »