Catégorie : Livres
Captain Suicide – intégrale – par Serge Brussolo
Fiche de Captain Suicide
Titre : Captain Suicide – intégrale
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1992
Editeur : Vauvenargues
Première page de Captain Suicide
« Du voyage, il ne conserva que des images incohérentes, faites de lumière et de nuit, d’éclairs et de scintillements mouillés. Des bruits aussi : le fracas de l’averse martelant les tôles, allant et revenant sans cesse, en vagues de plus en plus serrées. L’illusion d’être emporté dans les airs au creux d’un tonnelet de fer, de rouler en aveugle au fond d’une barrique dévalant une pente de plus en plus vive… C’était un vieil avion propulsé par quatre moteurs à hélices. Une antiquité de métal inoxydable au fuselage couvert de bosses et d’éraflures. Sur les ailes et la queue on distinguait encore les traces d’anciennes peintures militaires. Des symboles et des numéros. Une étoile jaune inscrite dans un cercle bleu, ou quelque chose d’approchant. Les gros moteurs accrochés aux ailes faisaient vibrer la tôle, communiquant leurs secousses à toute la carcasse. David, depuis le départ, avait l’impression d’avoir élu domicile à l’intérieur d’un ventilateur. Dès qu’on tendait l’oreille, on ne pouvait manquer de percevoir le chant cristallin des boulons jouant dans leur logement, et se dévissant au fil des heures. Ce n’était pas très rassurant. »
Extrait de : S. Brussolo. « Captain Suicide – intégrale. »
Boulevard des banquises par Serge Brussolo

Fiche de Boulevard des banquises
Titre : Boulevard des banquises
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1990
Editeur : Gallimard
Première page de Boulevard des banquises
« Il devait être minuit quand Sarah fut soudain terrassée par le pressentiment d’une catastrophe imminente. En l’espace d’une seconde son sang se figea dans ses veines, sa peau devint froide, et les battements de son cœur emballé lui emplirent les oreilles d’un martèlement assourdissant. Elle eut l’impression que le muscle cardiaque heurtant douloureusement ses côtes était en train de gonfler à l’intérieur de sa poitrine, refoulant ses poumons en vrac dans un recoin de sa cage thoracique. Oui, son cœur grossissait comme une vessie de caoutchouc raccordée à une pompe en folie. Bientôt il disloquerait les cartilages, éparpillerait les membrures des os…
Couchée sur le dos, elle froissait entre ses doigts les draps humides de la couchette. La mince cloison de fer lui transmettait la palpitation des vagues captée par les tôles boulonnées au ras de la ligne de flottaison. Le bruit, tout proche, à peine déformé par la résonance métallique, emplissait la cabine d’un écho liquide effrayant. C’était comme si une brèche venait de s’ouvrir dans la coque, emplissant les ponts inférieurs d’une écume mousseuse. Sarah voulut se redresser mais son corps avait pris à l’occasion du sommeil la densité du marbre. »
Extrait de : S. Brussolo. « Boulevard des banquises. »
Aussi lourd que le vent par Serge Brussolo

Fiche de Aussi lourd que le vent
Titre : Aussi lourd que le vent
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1981
Editeur : Denoël
Sommaire de Aussi lourd que le vent
- Trajets et itinéraires de l’oubli
- Visites guidée
- Aussi lourd que le vent…
Première page de Trajets et itinéraires de l’oubli
« Georges aurait voulu porter des œillères. Deux plaques de cuir ou de métal harnachées de chaque côté de ses joues et limitant son champ de vision à un étroit chemin juste assez large pour ses pieds. Chaque fois qu’il abordait l’escalier monumental du musée, il aurait aimé amputer son regard de toute perspective, de toute échappée, pouvoir le réduire à cet itinéraire étriqué qui le conduisait du parking jusqu’au hall d’entrée, les yeux fixés sur le cuir mal ciré de ses chaussures. Le bâtiment éveillait en lui une nausée indéfinissable proche de l’agoraphobie. Une ivresse malsaine, plutôt un vertige, né de l’alignement parallèle des degrés, de leur blancheur aveuglante sous le soleil. Parfois il avait la certitude que l’escalier, tel un accordéon immaculé, allait se déformer sous ses pas, gonfler, rouler, se distendre en une cacophonie monstrueuse qu’il serait seul à entendre et qui le jetterait là, au beau milieu du trottoir après que les marches — devenues brusquement molles — auraient charrié son corps comme celui d’un noyé ballotté par les vagues. »
Extrait de : S. Brussolo. « Aussi lourd que le vent. »
Armés et dangereux par Serge Brussolo

Fiche de Armés et dangereux
Titre : Armés et dangereux
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1993
Editeur : Editions du Masque
Première page de Armés et dangereux
« Le chien gris sortit du bungalow. C’était une vieille bête au museau blanchi par l’âge, et qui boitait bas. On aurait vainement essayé de déterminer sa race. Jadis il avait été un fier chien de garde toujours en éveil, prompt à détecter les intrus et à montrer les crocs, aujourd’hui ce n’était plus qu’une outre sur pattes. Une outre de cuir mangée par la pelade, et qui sentait mauvais. Il fit quelques pas hésitants sur la pelouse en friche, devant la haute maison dont le fronton de pierre disparaissait sous le chanvre des lianes et les ramifications des plantes grimpantes. Tout autour de la bâtisse, le jardin s’était peu à peu changé en une jungle épaisse avalant balustrades et statues.
L’animal gémit. Chaque fois qu’il regardait la résidence en ruines, la peur le saisissait. Une peur qui lui dressait le poil sur l’échine. Cinquante ans auparavant, la maison était lentement sortie de terre, majestueuse. Ç’avait été un monument de blancheur dans l’écran végétal de cette oasis plantée à la lisière du désert Mojave. Une maison à colonnades et fronton, à la manière des demeures du Vieux Sud, presque un petit château. »
Extrait de : S. Brussolo. « Armés et dangereux. »
Anatomik par Serge Brussolo

Fiche de Anatomik
Titre : Anatomik
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2019
Editeur : Bragelonne
Première page de Anatomik
« Juillet 2118. Golfe du Mexique. Zone de guerre. 217e jour d’engagement de la 8e division de Marines des États-Unis contre les forces des Cartels coalisés. Synthèse des opérations : fortes pertes humaines du côté américain. Désorganisation de la logistique. Armement obsolète. Malgré toutes les tentatives de reprise en main, l’ennemi reste maître du feu. Demande de repli stratégique refusée par le Quartier Général. Le mot d’ordre reste : Tenir coûte que coûte et défendre la frontière.
Les chasseurs-bombardiers Torpedo-27 déchirent le ciel laiteux comme le feraient les griffes d’un félin mettant en pièces un rideau de soie.
— Duck 1 ! hurle le caporal Alvarez, ça va tomber !
Le sergent-chef Charles « Chuck » Ozzborn se jette dans la tranchée à la suite de ses hommes. C’est un grand type taillé en bûcheron, un montagnard venu d’un trou perdu du Montana : Mawapata, un bled inscrit en troisième position sur la liste des trous du cul du monde. Gueulard, il est tout de même apprécié des bidasses de la compagnie Reco-6. »
Extrait de : S. Brussolo. « Anatomik. »
Abîmes par Serge Brussolo

Fiche de Abîmes
Titre : Abîmes
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1993
Editeur : Fleuve noir
Première page de Abîmes
« David avançait dans la coursive depuis trois jours déjà, et l’écho de ses pas s’envolait devant lui, s’enfonçant dans les ténèbres jusqu’à devenir inaudible. Le jeune homme fit décrire un demi-cercle au halo de sa torche pour tenter de lire les signes inscrits sur les parois par les précédents patrouilleurs. Il distingua des flèches, des injonctions : « Pas par là ! », ou encore « Danger ! ». Ces mots, tracés à la craie, faisaient penser aux commandements placés dans les cases de ces jeux de société sur lesquels on se déplace au moyen de pions et de dés : « Allez en prison », « Payez trois mille francs d’amende »… Leur présence vous donnait l’impression de participer à un grand jeu de piste… ou d’être – par l’entremise d’un inexplicable sortilège – devenu un simple pion perdu sur l’itinéraire d’un wargame de carton.
David s’agenouilla, consultant le plan gainé de plastique transparent. Sa course y figurait sous l’aspect d’un pointillé rouge aux zigzags insolites. Il constata qu’il avait légèrement dévié de sa route initiale et s’en irrita. »
Extrait de : S.Brussolo. « Abîmes. »
A l’image du dragon par Serge Brussolo
Fiche de A l’image du dragon
Titre : A l’image du dragon
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1982
Editeur : Editions du Masque
Première page de A l’image du dragon
« – Tout ce qui est conçu à l’image du dragon est mauvais, dit le prêtre. La seule lueur que vous pourrez entr’apercevoir dans les pupilles de la bête est celle du mal. Pour cette raison vous ne devez avoir qu’un seul but : tuer, encore tuer. Toujours tuer.
Ils étaient dix. Dix jeunes hommes en armure noire agenouillés dans le sable brûlant du désert. Nath n’avait pas besoin de tourner la tête pour les compter. Il en connaissait parfaitement le nombre puisqu’il était l’un d’eux. Comme ses compagnons, il tenait le bouclier rond sur son ventre, comme eux il sentait la morsure du soleil sur le couvre-nuque du casque à large visière, où seule une mince fente laissait filtrer le regard.
L’armure était noire. Le sable beige, décoloré par tant de lumière et d’éblouissement. Le paysage de dunes et de rocailles avait blanchi sous les feux du jour, telle une étoffe oubliée sur un fil, et que cuit et recuit la brûlure de midi.
Devant eux le monde perdait ses lignes pour s’évaporer dans l’intense luminosité du matin. Le soleil gommait les contours jusqu’à les dissoudre dans le néant. »
Extrait de : S. Brussolo. « A l’image du dragon. »
Les mangeurs de murailles par Serge Brussolo
Fiche de Les mangeurs de murailles
Titre : Les mangeurs de murailles (Tome 4 sur 4 – Sigrid et les mondes perdus)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2002
Editeur : Plon
Première page de Les mangeurs de murailles
« C’était comme un champ de bataille à la tombée du jour. Une plaine de corps enchevêtrés, mêlés en un inextricable fouillis de bras, de têtes et de jambes. Parfois, au milieu de ce tapis de membres brisés, une main se mettait à pianoter, une bouche à former des mots sans suite. Mais ni David ni le chef éboueur n’y prenaient garde.
La cave avait les dimensions d’une petite ville. C’était un univers de béton, avec un ciel de béton, un horizon de béton…
— Avec de bonnes jambes, il faut deux jours de marche pour atteindre le bout de la salle ! avait coutume de ricaner Waldo le chef éboueur. Et presque une semaine pour en faire le tour ; une sacrée excursion, pas vrai, petit ?
Généralement, David répondait par un grognement inintelligible. La géographie de la soute d’évacuation avait toujours éveillé en lui une vague angoisse. »
Extrait de : S. Brussolo. « Les Mangeurs de murailles – Sigrid et les mondes perdus. »
Le grand serpent par Serge Brussolo
Fiche de Le grand serpent
Titre : Le grand serpent (Tome 3 sur 4 – Sigrid et les mondes perdus)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2002
Editeur : Editions du Masque
Première page de Le grand serpent
« À bord du bateau tout le monde mourait de faim, Sigrid plus que les autres, peut-être en raison de son jeune âge. À vingt ans, elle était capable d’engloutir des tonnes de riz et de poisson séché sans prendre une once de graisse. Mais les occasions de faire bombance devenaient rares ces temps derniers.
Assis sur le bastingage, les matelots laissaient traîner des lignes, appâtées avec des morceaux de chiffon frottés de graisse à canon, sans jamais rien attraper. Il n’y avait pas de poisson, pas dans ces eaux du moins, car la présence du dragon les avait fait fuir depuis longtemps.
Au début, quand les vivres avaient commencé à manquer, on avait essayé de piéger les cormorans volant dans le sillage du navire. Le stratagème avait fonctionné deux ou trois fois, puis les oiseaux avaient éventé la ruse. Désormais, ils ne commettaient plus l’erreur de se poser sur le pont. »
Extrait de : S. Brussolo. « Le Grand Serpent – Sigrid et les mondes perdus. »
La fiancée du crapaud par Serge Brussolo
Fiche de La fiancée du crapaud
Titre : La fiancée du crapaud (Tome 2 sur 4 – Sigrid et les mondes perdus)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2002
Editeur : Editions du Masque
Première page de La fiancée du crapaud
« — Les monstres apparaissent au sommet de ce mur, grinça Malvina Goodson en désignant la paroi de parpaings qui séparait son jardin de celui du voisin. Tous les matins, ils terrorisent mon fils, Kévin. La fenêtre de sa chambre donne de ce côté, et c’est la première chose qu’il voit en ouvrant les yeux : ces sales monstres se pavanant le long du mur. À 10 ans c’est un spectacle insupportable !
Sigrid examina la plaignante du coin de l’œil. Une femme sèche, à la bouche pincée, désagréable. Visiblement, décidée à en découdre.
— J’ai déjà déposé trois plaintes au service du contrôle des monstres, répéta la dénommée Malvina d’un ton grincheux. On ne peut pas dire que vous soyez prompts à réagir !
Gus, posté dans le dos de Mme Goodson, adressa à Sigrid une grimace que la mère du petit Kévin ne pouvait voir. La jeune fille se mordit la langue pour s’empêcher de rire et baissa les yeux sur le formulaire officiel qu’elle devait remplir. »
Extrait de : S. Brussolo. « La Fiancée du Crapaud – Sigrid et les mondes perdus. »