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Ouverture par Esther Rochon
Fiche de Ouverture
Titre : Ouverture (Tome 3 sur 6 – Les chroniques infernales)
Auteur : Esther Rochon
Date de parution : 1997
Editeur : Editions Alire
Première page de Ouverture
« Lame et Fax marchaient dans la neige profonde.
Il y avait cinq ans que le peintre Séril Daha était mort et Lame ne l’avait pas encore accepté. Vers la même époque, elle s’était séparée de son époux hermaphrodite, le très ancien Rel, ce qu’elle ne regrettait pas. Par contre, le monde avait cessé d’être attrayant.
Pourtant, son corps âgé de presque quatre siècles était vigoureux et splendide. Marchant dans les branches mortes à demi enfouies dans la neige, elle tourna la tête, secouant sa chevelure noire. De ses yeux pénétrants, elle regarda son compagnon :
— Fax, tu crois qu’on est encore loin ?
Fax était lui aussi beau, fort et souple. Il était plus jeune qu’elle et continuait à faire figure de nouveau venu dans les mondes d’en dessous. Ses cheveux roux faisaient une tache vive dans le paysage morne des enfers froids. Il regarda ses instruments et indiqua en souriant la direction où les bois semblaient les plus touffus. »
Extrait de : E. Rochon. « Ouverture – Les chroniques infernales. »
Aboli par Esther Rochon

Fiche de Aboli
Titre : Aboli (Tome 2 sur 6 – Les chroniques infernales)
Auteur : Esther Rochon
Date de parution : 1996
Editeur : Editions Alire
Première page de Aboli
« Une fois vidé, l’ancien territoire des enfers devint un désert de pénombre. Le roi Rel, fils du dernier roi des enfers, qui avait trahi son père en refusant que son pays serve plus longtemps de colonie pénitentiaire, était l’ami des juges du crépuscule, qui régissent le destin des morts. Rel, comme la plupart des autochtones des anciens enfers, jouissait d’une espérance de vie très longue, de quelques milliers d’années. Quelques siècles s’étaient écoulés depuis l’immolation rituelle de ses vieux parents sur une roue de feu, et Rel s’était affirmé comme un souverain mystérieux. Il régnait sur le plus profond des mondes, sorte d’immense caverne crépusculaire, située sans doute en dessous d’un autre monde, sans qu’on sache très bien lequel.
Les limbes unis, qui désormais partageaient la charge d’héberger les damnés pour leur peine, avaient également été tenus de remettre en état le territoire des anciens enfers. Cependant le roi Rel avait tergiversé, hésitant à rendre son pays semblable à n’importe quel monde de surface, avec un ciel et du soleil. Il était content d’avoir des « étoiles » au « ciel », c’est-à-dire des fragments de mica brillant fugacement au plafond de la voûte maintenant que le revêtement de béton en était usé. Il aimait le « vent » sur son pays, autrement dit les courants d’air dans la caverne. Il aimait sa reine, Lame, qui avait su parler aux juges terrifiants pour adoucir certaines peines. Il était dévoué à son peuple de monstres et d’êtres de moins en moins difformes à présent qu’ils n’étaient plus bourreaux. »
Extrait de : E. Rochon. « Aboli – Les chroniques infernales. »
Lame par Esther Rochon

Fiche de Lame
Titre : Lame (Tome 1 sur 6 – Les chroniques infernales)
Auteur : Esther Rochon
Date de parution : 2008
Editeur : Editions Alire
Première page de Lame
« Elle ignorait si elle était morte ou vive. En un certain sens, cela lui était égal : morte ou bien vive ne sont que des désignations ; décider laquelle s’appliquait ne changerait en rien son état.
L’endroit où elle se trouvait n’était pas normal, par rapport à ce qu’elle connaissait avant. En ville, avant, c’est elle qui n’était pas normale. Ici, elle se retrouvait normale dans ce lieu pervers. Chaque jour – il y avait des jours, d’une certaine façon –, chaque jour elle devenait moins normale, elle s’opposait de plus en plus à ce monde, sa résistance devenait plus visible. Comme elle l’avait fait en ville. Morte ou vive, où qu’elle soit, c’était peut-être son destin : s’éloigner petit à petit de la norme, de l’acceptable. Elle s’en épouvantait toute seule.
Pourtant, ce monde-ci, horrible comme elle-même l’avait été en ville, atroce comme elle le méritait, lui convenait. Comme elle y souffrait ! Comme tous y souffraient ! Les corps y étaient malléables, devenant graduellement plus monstrueux, plus ignobles, impossibles à tuer, de plus en plus difficiles à mouvoir. On pourrait dire que c’était l’enfer. »
Extrait de : E. Rochon. « Chroniques infernales – Lame. »
Esther Rochon

Présentation de Esther Rochon :
Esther Rochon, née Blackburn à la fin de la première moitié de notre siècle, en l’an 1948, dans la noble cité de Québec, demeure sans conteste l’une des plumes les plus envoûtantes et les plus singulières de la littérature d’anticipation québécoise. Fille de parents dont l’esprit baignait déjà dans les arts — son père, Maurice Blackburn, s’illustrant dans la noble composition musicale, et sa mère, Marthe, dans l’écriture de scénarios —, la jeune Esther semblait vouée dès le berceau aux hautes sphères de la création romanesque.
Il est d’ailleurs frappant de constater l’éclosion précoce de son génie. À l’âge de seize ans à peine, en 1964, elle voit son indéniable talent couronné par le premier prix du prestigieux concours des Jeunes Auteurs de Radio-Canada, distinction qu’elle partage alors ex æquo avec le dramaturge Michel Tremblay. Mais la jeune femme se refuse à être confinée dans la seule sphère des belles-lettres : dotée d’un esprit d’une rigueur implacable, elle entreprend de brillantes études de mathématiques sur les bancs de l’Université de Montréal. Cette curieuse dualité entre la froideur des sciences exactes et la poésie la plus onirique viendra façonner toute la matrice de son œuvre.
À l’aube de la décennie qui nous occupe, Esther Rochon s’engage résolument dans la voie de la conjecture littéraire. Elle offre aux presses en 1974 son premier récit de longue haleine, « En hommage aux araignées », marquant d’emblée son attachement à un fantastique étrange, volontiers organique et foisonnant d’allégories. Fervente artisan de la science-fiction de la Belle Province, elle œuvre ardemment, loin des regards parfois condescendants de l’institution littéraire traditionnelle, au rayonnement de ce genre novateur. C’est ainsi qu’elle prête sa plume élégante à la revue pionnière « Requiem » — qui prendra par la suite le titre évocateur de « Solaris » —, avant de participer à la fondation de la fort respectable revue « Imagine… » à l’orée de 1979.
Si ses manuscrits durent parfois affronter la frilosité des éditeurs, le lecteur averti sait y déceler les germes de ses grands cycles à venir. À travers des textes d’une poésie rare, d’où émergeront plus tard des romans majeurs comme « L’Épuisement du soleil » ou l’envoûtant « Coquillage », la romancière déploie une prose d’une sensualité troublante. Loin de l’aridité des quincailleries intergalactiques de mauvais aloi, Esther Rochon nous plonge dans des labyrinthes métaphysiques — à l’instar de son fameux cycle de l’archipel de Vrénalik — où la figure du monstre et les quêtes d’utopie s’entremêlent pour questionner les cicatrices de l’âme humaine.
Véritable ambassadrice d’un imaginaire exigeant, Esther Rochon prouve avec un éclat incomparable que la littérature conjecturale d’outre-Atlantique possède des lettres de noblesse que notre intelligentsia européenne aurait grand tort de négliger.
Livres de Esther Rochon :
Chroniques infernales :
Cycle de Vrenalik :
- Le rêveur dans la citadelle (1998)
- L’aigle des profondeurs (2002)
- L’archipel noir (1999)
- Dragonne de l’aurore (2009)
L’herbe naïve (2025)
La rivière des morts (2007)
La splendeur des monstres (2015)
Pour en savoir plus sur Esther Rochon :
La page Wikipédia sur E. Rochon
La page Noosfere sur E. Rochon
La page isfdb de E. Rochon