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Le nombril du monde par Roland C. Wagner

Fiche de Le nombril du monde
Titre : Le nombril du monde
Auteur : Roland C. Wagner
Date de parution : 1997
Editeur : Les moutons électriques
Première page de Le nombril du monde
« Le menhir solitaire se dresse dans la nuit tiède, au creux d’un repli de terrain situé non loin de la route goudronnée qui sinue à travers les bois de Meudon et de Clamart. Il doit être près de minuit, mais il n’y a pas si longtemps que l’obscurité a étendu son voile sur la forêt paisible, car la conjonction de l’approche du solstice et de l’heure d’été allonge démesurément les soirées. Sur l’étang voisin, dans lequel les pêcheurs banlieusards viennent tremper leurs lignes durant la journée, un couple de canards somnole, à peine dissimulé dans les roseaux qu’aucune brise ne vient agiter.
Soudain, des pas se font entendre sur l’allée de terre qui traverse la forêt en direction du Bas-Meudon et de la Fontaine Sainte-Marie. Les arrivants, au nombre d’une demi-douzaine, portent de longues robes blanches munies de capuchons qu’ils ont rabattus sur leurs crânes, comme s’ils voulaient dissimuler leurs traits à d’éventuels observateurs. Leurs pieds sont chaussés de sandales et leurs mains gantées de tissu blanc. »
Extrait de : R.C Wagner. « Le nombril du monde. »
Le chant du cosmos par Roland C. Wagner

Fiche de Le chant du cosmos
Titre : Le chant du cosmos
Auteur : Roland C. Wagner
Date de parution : 1999
Editeur : L’Atalante
Première page de Le chant du cosmos
« Yeff marqua une pause devant la porte vitrée qui le séparait encore de Diasphine, de la réalité de ce monde si différent de celui où il avait grandi. Il ressentait un pincement au creux de la poitrine et ses jambes avaient du mal à le porter. Un effet de la gravité inhabituelle ; sa valise ne lui avait jamais paru peser aussi lourd.
Il prit une lente inspiration, réunissant ses forces avant de repartir. Les battants transparents maculés de boue s’écartèrent avec un grincement. La mécanique ne devait pas bénéficier d’un entretien régulier ; Diasphine était un monde pauvre, encore en train de chercher une voie de développement tout à la fois rentable et raisonnable sur le plan de l’Éthique. Découverte lors de la Seconde Expansion, elle se trouvait à mille huit cents années de lumière d’Océan, d’où venait le jeune homme.
D’énormes nuages d’un rose passé commençaient à s’agglutiner dans le ciel verdâtre, voilant le disque orangé du soleil qui ne tarderait plus à plonger derrière les montagnes proches. Ce n’était pas très différent de certains crépuscules océaniens, songea Yeff avec une poussée de nostalgie. »
Extrait de : R.C Wagner. « Le chant du cosmos. »
La sinsé gravite au 21 – intégrale par Roland C. Wagner
Fiche de La sinsé gravite au 21 – intégrale
Titre : La sinsé gravite au 21 – intégrale
Auteur : Roland C. Wagner
Date de parution : 1991
Editeur : ActuSF
Sommaire de La sinsé gravite au 21 – intégrale
- Une biopuce nommée Ganja
- Les luttes invisibles
- Une approche difficile
- Spirit of America
- Nieuw-Amsterdam
Première page Une biopuce nommée Ganja
« — Vous savez que ce livre représente près d’un an de loyer ? voulut m’épater le gérant.
Il referma avec précaution l’édition originale de Tintin au pays des Soviets avant de la replacer dans la crypte portable NT, puis tourna vers moi son visage inexpressif.
Je me fendis d’un sourire entendu. Tout le monde considérait les Xawor comme des maniaques, dont l’échelle de valeurs ne correspondait à celle d’aucun peuple connu. Là où les Qîmks ou les Ssellnoorr exigeaient des lingots d’uranium enrichi ou du minerai de tungstène, les pointilleux Xawor aux ocelles pédonculés demandaient de vieux albums de bandes dessinées. Naguère, leur préférence allait aux splendides bas-reliefs des lents artistes nemquars, à qui il fallait mille ans pour chaque œuvre, mais l’accession de la Terre au rang de Puissance radiante leur avait permis de découvrir la BD – dont ils étaient aussitôt devenus des inconditionnels. »
Extrait de : R.C Wagner. « La Sinsé gravite au 21. »
La saison de la sorcière par Roland C. Wagner

Fiche de La saison de la sorcière
Titre : La saison de la sorcière
Auteur : Roland C. Wagner
Date de parution : 2003
Editeur : Les moutons électriques
Première page de La saison de la sorcière
« Paris, 5:00 du matin.
La routine, encore la routine.
Toujours les mêmes gestes, renouvelés à l’infini de matin en matin. Tendre la main vers le radio réveil pour couper le sifflet à un prétendu journaliste débitant comme chaque jour un bulletin de désinformation visé par quelque comité de censure. Tâtonner dans le noir à la recherche de l’interrupteur. Serrer les paupières pour lutter contre la morsure cuisante de la lumière trop vive. S’asseoir au bord du lit. Regarder la chambre sans la voir avec des yeux mi-clos, mi-éblouis.
Trois quarts d’heure pour se préparer avant de partir au travail. Pour se laver, se raser, se coiffer, s’habiller et avaler n’importe quoi avec le café, juste histoire de ne pas sortir le ventre vide.
Mais avant, ouvrir les volets. Laisser entrer la lumière de l’aube afin de chasser, peut-être, la vague nausée persistant au creux de l’estomac – conséquence d’un verre ou d’un cachet de trop la veille au soir, ou peut-être d’un cauchemar par bonheur déjà oublié. »
Extrait de : R.C Wagner. « La saison de la sorcière. »
La dernière charge de la Morve d’or par Roland C. Wagner

Fiche de La dernière charge de la Morve d’or
Titre : La dernière charge de la Morve d’or
Auteur : Roland C. Wagner
Date de parution : 1989
Editeur : Shayol Free Presse
Première page de La dernière charge de la Morve d’or
« Depuis près de douze heures, les barbares étaient à ses trousses ; depuis près de douze heures, il fuyait à travers la plaine, monté sur un cheval couvert d’écume dont le souffle se faisait plus court à chaque inspiration. Menée à un train d’enfer depuis l’aube, la bête ne tarderait plus à s’effondrer dans la poussière, son élan brisé, ses pattes battant l’air en un ultime mais inutile galop. Alors les barbares encercleraient Elric le Nécromancien, dernier prince de Melniboné, et ce serait l’hallali.
Sans cesser d’éperonner sa monture faiblissante, Elric leva les yeux vers le soleil qui tardait à se coucher, œil sanglant voilé par les brumes vespérales. Ce n’était pas une prière, mais un défi muet.
— Tu ne me verras pas mourir, gronda l’albinos.
Sa main enserra la poignée de Stormbringer, l’épée enchantée qui lui donnait force et lucidité, et la caressa avec douceur en s’attardant sur le pomeau. Le sauverait-elle une fois de plus ? Elric en doutait. Sa situation lui apparaissait comme sans issue. Mais le glaive lui permettrait de retarder l’instant de sa mort et de mettre à mal bon nombre de ses adversaires. »
Extrait de : R.C Wagner. « La Derniere Charge de la Morve d’Or »
La chanson de Jimmy par Roland C. Wagner

Fiche de La chanson de Jimmy
Titre : La chanson de Jimmy
Auteur : Roland C. Wagner
Date de parution : 2003
Editeur : Shayol Free Presse
Première page de La chanson de Jimmy
« J’ai fait la connaissance de Jimmy un samedi après-midi de décembre, à l’occasion d’une conférence qu’il donnait dans une banlieue de la grande couronne parisienne. Le thème en était, bien entendu, les extraterrestres et leur présence secrète sur notre monde ; Jimmy avait bâti sa carrière et son existence sur la certitude qu’« ils » étaient parmi nous, et qu’« ils » nous manipulaient.
La conférence avait lieu dans une de ces salles polyvalentes typiques des petites municipalités, où les compétitions sportives succèdent aux spectacles, et les débats aux vins d’honneur. Des piles de tatamis usés s’entassaient derrière l’estrade branlante, on n’avait même pas pris la peine de déplacer buts de hand et paniers de basket. Assis sur une estrade derrière une table recouverte d’une nappe en papier blanc, Jimmy parlait dans un micro bosselé, où l’on devinait que des générations de chanteurs avaient dû postillonner de la bière et du whisky de mauvaise qualité. Sa voix, déformée par une sono antédiluvienne, rebondissait sur les parois de la salle, s’enrichissant au passage d’effets de réverbération aléatoires qui en modifiaient le timbre au point de la rendre par moment méconnaissable et incompréhensible. »
Extrait de : Roland C. Wagner. « La Chanson de Jimmy. »
L. G. M. par Roland C. Wagner

Fiche de L. G. M.
Titre : L. G. M.
Auteur : Roland C. Wagner
Date de parution : 2010
Editeur : Bélial
Sommaire de L. G. M.
- L’ambassadeur désordonné
- MDMA et KGB
- Brûlons la Californie !
- La planète aux deux lunes
Première page de L’ambassadeur désordonné
« Comme prévu, la deux-chevaux déglinguée qu’on m’avait refilée pour l’opération tomba en panne à quelques centaines de mètres du Camp de Mars. À l’issue de plusieurs tentatives – infructueuses, les gars de la technique connaissaient leur boulot -, je sortis de la voiture pour jeter un coup d’œil tout aussi inutile dans le moteur. Puis, après avoir rageusement rabattu le capot, je me dirigeai vers les véhicules les plus proches dont les silhouettes se dressaient, sombres, dans la lumière rasante qui baignait cet après-midi finissant du dernier automne de la dernière année du millénaire. »
Extrait de : R.C Wagner. « L. G. M.. »
Histoire du futur proche – intégrale par Roland C. Wagner

Fiche de Histoire du futur proche – intégrale
Titre : Histoire du futur proche – intégrale
Auteur : Roland C. Wagner
Date de parution : 2021
Editeur : Les moutons électriques
Sommaire de Histoire du futur proche – intégrale
- Les derniers jours de mai
- Chroniques du désespoir
- Le paysage déchiré
Première page de Les derniers jours de mai
« Et tout le reste, tout ce qui avait pu se passer auparavant, toutes ces années d’angoisse et de désespoir, toutes ces choses qui m’attendaient, tapies dans l’ombre visqueuse de la nuit rouge – tout le reste s’est effacé derrière moi, englouti par la bouche béante de l’oubli.
Les derniers jours de mai !
C’était comme une frontière que je m’apprêtais à franchir. Je me suis levé de mon cercueil de verre gradué et j’ai sauté dans le premier train, sans me préoccuper de sa destination. Il s’est trouvé qu’il allait à Paris, mais cela n’avait aucune importance à mes yeux. Je ne songeais qu’à fuir. Fuir cette existence misérable, cette drogue pulvérulente qui avait creusé des cernes violacés sous mes yeux sans éclat et constellé mes avant-bras d’essaims de croûtes brunâtres.
Le long convoi vert-de-gris s’est ébranlé, quittant avec une lenteur théâtrale la gare centrale d’Amsterdam – ce port qui, tout comme Aigues-Mortes, se retrouve aujourd’hui enfermé à l’intérieur des terres. »
Extrait de : R.C Wagner. « Histoire du futur proche – L’intégrale. »
H. P. L. (1890-1991) par Roland C. Wagner

Fiche de H. P. L. (1890-1991)
Titre : H. P. L. (1890-1991)
Auteur : Roland C. Wagner
Date de parution : 1995
Editeur : ActuSF
Première page de H. P. L. (1890-1991)
« Howard Philips Lovecraft vient de mourir à l’âge de cent un ans. Il était l’un des plus grands écrivains de Science-Fiction – mais aussi le plus méconnu parmi les grands, peut-être parce qu’il conserva toute sa vie une image d’auteur de textes d’horreur peu compatible avec le statut de géant de la SF. Il sut pourtant se hisser parfois au niveau d’un Heinlein ou d’un Sturgeon, et il est difficile d’imaginer ce qu’aurait été l’évolution du genre sans sa présence, occulte mais incontournable.
*
Lovecraft naquit le 20 août 1890 à Providence, une ville de Rhode Island. Son père, Winfield Scott Lovecraft, mourut en 1898 – et sa mère, Sarah Philips, qui souffrait de troubles mentaux, en 1921. Il passa son enfance dans la maison de son grand-père maternel, que sa mère et lui durent quitter en 1904, à la mort de celui-ci. Enfant solitaire, il se prit très tôt de passion pour les livres. Son premier “proto-fanzine” date de 1899. »
Extrait de : R.C Wagner. « H.P.L. (1890-1991). »
Chroniques du désespoir par Roland C. Wagner

Fiche de Chroniques du désespoir
Titre : Chroniques du désespoir
Auteur : Roland C. Wagner
Date de parution : 1991
Editeur : Fleuve noir
Première page de Chroniques du désespoir
« Il existe une initiation secrète, chez les Frères du Huitième Cercle, qui ouvre les portes de la conscience à d’autres univers, voisins du nôtre et lui ressemblant plus ou moins. Lorsque j’appris son existence, je me trouvais à Rome, où j’effectuais un reportage sur l’interminable agonie du pape. Le genre de sujet sur lequel il n’y a strictement rien à glaner, en dehors des sinistres communiqués officiels qui tombent toutes les deux heures, monotones, identiques. La plupart des journalistes se contentaient de rester dans la salle de presse du Vatican, sous le regard vigilant des gardes suisses.
J’avais retrouvé plusieurs confrères qui avaient déjà suivi les mêmes affaires que moi. L’un d’eux, Samuel Mindszenty, un Hongrois de religion juive, paraissait particulièrement heureux de me voir. Il avait quelque chose de sensationnel à me raconter, me souffla-t-il à mi-voix, mais il ne pouvait le faire ici ; trop d’oreilles indiscrètes et de micros cachés.
Le soir venu, nous sortîmes ensemble. Un taxi nous emmena de l’autre côté du Tibre, où Samuel connaissait un restaurant arabe. Ainsi seraient réunies les trois grandes religions du bassin méditerranéen, plaisanta-t-il dans son anglais approximatif avant de pousser la porte de l’établissement. »
Extrait de : R.C Wagner. « Chroniques du désespoir. »