Auteur/autrice : CH91

 

Dissolution par Christopher John Sansom

Fiche de Dissolution

Titre : Dissolution (tome 1 sur 7 – Matthew Shardlake)
Auteur : Christopher John Sansom
Date de parution : 2003
Traduction : G-M Sarotte
Editeur : Pocket

Première page de Dissolution

« Je me trouvais dans le surrey, en mission pour les services de lord Cromwell, quand me parvint la convocation. Les terres d’un monastère dissous avaient été accordées à un membre du Parlement dont Cromwell avait besoin, mais les titres de propriété de certains bois avaient disparu. Je n’avais guère eu de mal à les découvrir et, sur l’invitation du député, j’étais ensuite resté quelques jours de plus dans sa famille. J’avais apprécié ce bref repos, et contemplé la chute des dernières feuilles avant de retourner à Londres et à ma pratique. Sir Stephen ayant une toute nouvelle et splendide demeure de brique aux agréables proportions, je lui avais proposé d’en faire un dessin, mais n’avais encore exécuté que quelques esquisses préliminaires lorsque le cavalier se présenta.

Le jeune homme venait de Whitehall. Il arriva à l’aube, après avoir chevauché toute la nuit. L’ayant reconnu comme l’un des messagers particuliers de lord Cromwell, je brisai le sceau du premier ministre avec inquiétude. La missive émanait de Grey, son secrétaire, et m’annonçait que lord Cromwell me convoquait de toute urgence à Westminster. »

Extrait de : C.J Sansom. « Dissolution – Matthew Shardlake. »

Le brigadier Frédéric par Erckmann-Chatrian

Fiche de Le brigadier Frédéric

Titre : Le brigadier Frédéric
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1886
Editeur : BNF

Première page de Le brigadier Frédéric

« Quand j’étais brigadier forestier à la Steinbach, me dit le père Frédéric, et que j’avais l’inspection du plus beau triage de tout l’arrondissement de Saverne, une jolie maisonnette sous bois, le jardin et le verger derrière, pleins de pommiers, de poiriers et de pruniers où pendaient les fruits en automne ; avec cela quatre bons arpents de prairie le long de la rivière ; que la grand’mère Anne, malgré ses quatre-vingts ans, filait encore derrière le poêle et pouvait rendre des services à la maison ; que ma femme et ma fille surveillaient le ménage, l’étable et la culture de notre bien ; et que les semaines, les mois et les années se passaient dans la tranquillité comme un seul jour… Si dans ce temps-là quelqu’un était venu me dire : — « Tenez, brigadier Frédéric, voyez cette grande vallée d’Alsace jusqu’aux rives du Rhin : ces centaines de villages entourés de récoltes en tous genres, tabac, houblon, garance, chanvre, lin, blé, orge, avoine, où passe le vent comme sur la mer ; ces hautes cheminées de fabriques qui fument dans les airs ; ces moulins et ces scieries ; ces coteaux chargés de vignes ; ces grands bois de hêtres et de sapins, les plus beaux de France pour les constructions de marine ; ces vieux châteaux en ruines depuis des siècles à la cîme des montagnes ; ces forteresses de Neuf-Brisach, de Schlestadt, de Phalsbourg, de Bitche, qui défendent les défilés des Vosges…. »

Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Le Brigadier Frédéric. »

Le bourgmestre en bouteille par Erckmann-Chatrian

Fiche de Le bourgmestre en bouteille

Titre : Le bourgmestre en bouteille
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1856
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de Le bourgmestre en bouteille

« J’ai toujours professé une haute estime et même une sorte de vénération pour le noble vin du Rhin ; il pétille comme le champagne, il réchauffe comme le bourgogne, il lénifie le gosier comme le bordeaux, il embrase l’imagination comme les liqueurs d’Espagne, il nous rend tendres comme le lacryma-christi ; enfin, par-dessus tout, il fait rêver, il déroule à nos yeux le vaste champ de la fantaisie.
En 1846, vers la fin de l’automne, je m’étais décidé à faire un pèlerinage au Johannisberg. Monté sur une pauvre haridelle aux flancs creux, j’avais disposé deux cruches de fer-blanc dans ses vastes cavités intercostales, et je voyageais à petites journées. »

Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Le Bourgmestre en Bouteille. »

Le blocus par Erckmann-Chatrian

Fiche de Le blocus

Titre : Le blocus
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1867
Editeur : Bibebook

Première page de Le blocus

« Puisque tu veux connaître le blocus de Phalsbourg en 1814, me dit le père Moïse, de la rue des Juifs, je vais tout te raconter en détail.

Je demeurais alors dans la petite maison qui fait le coin à droite de la halle ; j’avais mon commerce de fer à la livre, en bas sous la voûte, et je restais au-dessus avec ma femme Sorlé[1] et mon petit Sâfel, l’enfant de ma vieillesse.

Mes deux autres garçons, Itzig et Frômel, étaient déjà partis pour l’Amérique, et ma fille Zeffen était mariée avec Baruch, le marchand de cuir, à Saverne.

Outre mon commerce de fer, je trafiquais aussi de vieux souliers, du vieux linge, et de tous ces vieux habits que les conscrits vendent en arrivant à leur dépôt, lorsqu’ils reçoivent des effets militaires. Les marchands ambulants me rachetaient les vieilles chemises pour en faire du papier, et le reste, je le vendais aux paysans. »

Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Le Blocus. »

La guerre par Erckmann-Chatrian

Fiche de La guerre

Titre : La guerre
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1866
Editeur : Bibebook

Première page de La guerre

« La grande place d’Alexandrie. A gauche, la boutique du fripier Zampieri, encombrée de manteaux, de chaussures, de vêtements. A droite, un café. Au fond, la cathédrale Saint-Laurent. Les fenêtres, les balcons autour de la place regorgent de monde. La foule encombre les marches et les porches de la cathédrale, où se chante le Te Deum. L’orgue, par instants, se fait entendre au-dessus des voix innombrables. Les banderoles, les drapeaux, les bannières aux couleurs de la Russie, flottent partout. Un régiment de cosaques traverse la place ; le fripier Zampieri et sa fille Marietta déploient des vêtements à l’étalage. »

Extrait de : Erckmann-Chatrian. « La Guerre. »

L’invasion ou le fou Yégof par Erckmann-Chatrian

Fiche de L’invasion ou le fou Yégof

Titre : L’invasion ou le fou Yégof
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1862
Editeur : Bibebook

Première page de L’invasion ou le fou Yégof

« Si vous tenez à connaître l’histoire de la grande invasion de 1814, telle que me l’a racontée le vieux chasseur Frantz du Hengst, il faut vous transporter au village des Charmes, dans les Vosges. Une trentaine de maisonnettes couvertes de bardeaux et de joubarbe vert sombre se suivent à la file le long de la Sarre, vous en apercevez les pignons tapissés de lierre et de chèvrefeuilles flétris, – car l’hiver approche, – les ruchers fermés avec des bouchons de paille, les petits jardins, les palissades, les bouts de haie qui les séparent les unes des autres.

À gauche, sur une haute montagne, s’élèvent les ruines de l’antique château de Falkenstein, détruit, il y a deux cents ans, par les Suédois. Ce n’est plus qu’un amas de décombres hérissés de ronces ; un vieux chemin de schlitte1, aux échelons vermoulus, y monte à travers les sapins. À droite, sur la côte, on aperçoit la ferme du Bois-de-Chênes : une large construction avec granges, écuries, et hangars, la toiture plate chargée de grosses pierres, pour résister aux vents du nord. Quelques vaches se promènent dans les bruyères, quelques chèvres dans les rochers. »

Extrait de : Erckmann-Chatrian. « L’Invasion ou le Fou Yégof. »

L’ami Fritz par Erckmann-Chatrian

Fiche de L’ami Fritz

Titre : L’ami Fritz
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1865
Editeur : BNF

Première page de L’ami Fritz

« Lorsque Zacharias Kobus, juge de paix à Hunebourg, mourut en 1832, son fils Fritz Kobus, se voyant à la tête d’une belle maison sur la place des Acacias, d’une bonne ferme dans la vallée de Meisenthâl, et de pas mal d’écus placés sur solides hypothèques, essuya ses larmes, et se dit avec l’Ecclésiaste :

Vanité des vanités, tout est vanité ! Quel avantage a l’homme des travaux qu’il fait sur la terre ? Une génération passe et l’autre vient ; le soleil se lève et se couche aujourd’hui comme hier ; le vent souffle au nord, puis il souffle au midi ; les fleuves vont à la mer, et la mer n’en est pas remplie ; toutes choses travaillent plus que l’homme ne saurait dire ; l’œil n’est jamais rassasié de voir, ni l’oreille d’entendre ; on oublie les choses passées, on oubliera celles qui viennent : – le mieux est de ne rien faire… pour n’avoir rien à se reprocher !

C’est ainsi que raisonna Fritz Kobus en ce jour. »

Extrait de : Erckmann-Chatrian. « L’Ami Fritz. »

Jules-Louis Gaston Pastre

Présentation de Jules-Louis Gaston Pastre :

Jules-Louis Gaston Pastre est né en 1897 et rappelé trop précocement à Dieu en 1939, à l’aube du second conflit mondial.

Homme de lettres à la plume prolifique, Jules-Louis Gaston Pastre s’est illustré dans une variété de genres littéraires allant du roman historique au récit de guerre, en passant par de fort érudites études scientifiques. Toutefois, c’est par ses incursions dans les territoires de la fiction spéculative et du merveilleux scientifique qu’il retient tout particulièrement notre attention. Son audace lui valut d’ailleurs d’être couronné par le prestigieux prix Jules Verne, témoignage éclatant de la reconnaissance de ses pairs.

Afin de goûter au plein épanouissement de son génie conjectural, il convient de nous pencher sur l’un de ses ouvrages les plus emblématiques, paru en 1920 : « L’Étrange aventure de Pierre Fontramie ». Dans ce récit qui mêle avec une rare habileté l’exotisme de l’aventure coloniale aux chimères de l’anticipation, Jules-Louis Gaston Pastre nous conte l’épopée d’un jeune explorateur à peine revenu du Tibet, convié par l’énigmatique duc de Palerme sur l’île de Yerta.

Sur cette terre isolée, le protagoniste découvre les merveilles technologiques conçues par un savant visionnaire, le docteur Lauricci. Maîtrisant un métal d’essence inconnue, ce dernier est parvenu à élaborer de gigantesques panneaux solaires, des monorails sillonnant le paysage, et, surtout, un procédé inouï de stockage et de transmission de l’énergie électrique à grande distance. Par cette éblouissante fantasmagorie, Jules-Louis Gaston Pastre interroge les bouleversements industriels de son temps et dresse le portrait d’une utopie scientifique où le progrès technique s’affranchit des limites de la nature.

Ce goût pour l’anticipation se retrouvera quelques années plus tard, en 1928, lorsqu’il livrera aux éditions Hachette « La Ville aérienne », un autre joyau de l’imaginaire destiné cette fois à la jeunesse avide d’émerveillement.

Jules-Louis Gaston Pastre sut ainsi conjuguer la rigueur de l’homme de science à la fougue du romancier d’aventures. En ces temps où notre civilisation s’interrogeait sur les promesses et les périls de la modernité, il usa du roman scientifique avec une verve poétique et spéculative qui force, aujourd’hui encore, l’admiration.

Livres de Jules-Louis Gaston Pastre :

L’étrange aventure de Pierre Fontramie (1920)

Pour en savoir plus sur Jules-Louis Gaston Pastre :

La page Wikipédia sur J.-L. Gaston Pastre
La page Noosfere sur J.-L. Gaston Pastre
La page isfdb de J.-L. Gaston Pastre

Michel Epuy

Présentation de Michel Epuy :

Michel Epuy, de son vrai nom Louis Vaury, est né en 1876 et rappelé à Dieu en 1943.
Si les annales des lettres retiennent de Michel Epuy son intense labeur de traducteur — il fut notamment l’un des ardents passeurs de la littérature anglo-saxonne de son temps — et ses contes pour la jeunesse, c’est assurément dans le registre des littératures de l’imaginaire qu’il a déposé sa contribution la plus précieuse et la plus singulière.

En effet, il est l’auteur d’un roman d’anticipation et de merveilleux scientifique fort méconnu mais d’une indéniable hardiesse, intitulé « Anthéa ou l’étrange planète », publié en 1918. Bien avant que la science-fiction ne codifie ses grandes fresques galactiques, Michel Epuy nous convie à une stupéfiante odyssée interplanétaire. L’intrigue dépeint une expédition proprement inouïe vers une planète lointaine, Anthéa, où les intrépides explorateurs découvrent une civilisation à la fois fascinante et déroutante. Mêlant habilement l’utopie philosophique, l’aventure pure et la spéculation scientifique propre à cette époque troublée du début du siècle, l’auteur suisse se place dans le noble sillage d’un H. G. Wells ou d’un J.-H. Rosny aîné.

Dans ce récit chimérique, Michel Epuy ne se contente point d’un vain exotisme extra-terrestre ; il utilise l’altérité d’une planète inconnue comme un miroir tendu à l’humanité, l’invitant à méditer sur ses propres travers et sur la marche aveugle de son progrès matériel. À travers ce livre, couronné en son temps par le prix Jean Revel, l’écrivain suisse prouve que le roman d’imagination pure est l’un des véhicules les plus nobles pour interroger la condition humaine.

Gageons que les esprits curieux et les exégètes de la fiction spéculative sauront un jour, à la faveur d’une réédition, rendre à Michel Epuy la place qui lui échoit de droit dans le grand panthéon des défricheurs de l’imaginaire francophone.

Livres de Michel Epuy :

Anthéa ou l’étrange planète (1918)
La maison du chat qui revient (1926)
Le secret de la malle noire (1934)
Mirabelle de Plan d’en haut (1938)
Souvenirs d’un homme de lettres (1934)

Pour en savoir plus sur Michel Epuy :

La page Wikipédia sur M. Epuy
La page Noosfere sur M. Epuy
La page isfdb de M. Epuy

Lucie Delarue-Mardrus

Présentation de Lucie Delarue-Mardrus :

Lucie Delarue-Mardrus est née le 3 novembre 1874 à Honfleur et rappelée à Dieu le 26 avril 1945.
Figure incontournable de la Belle Époque, poétesse, romancière et sculptrice, elle s’est d’abord rendue célèbre tant par son talent poétique que par son mariage tapageur avec le docteur Joseph-Charles Mardrus, l’illustre traducteur des « Mille et Une Nuits ». Mais si les gazettes littéraires retiennent souvent d’elle ses écrits régionalistes ou ses amours sulfureuses, il convient de souligner sa contribution remarquable, quoique trop souvent ignorée, à la littérature de l’imaginaire et du fantastique.

En effet, Lucie Delarue-Mardrus s’est révélée être une authentique orfèvre du conte étrange et visionnaire. Entre 1906 et 1914, elle livra aux colonnes du quotidien Le Journal des centaines de contes de presse, parmi lesquels de véritables joyaux de l’onirisme et du surnaturel. Ces récits fantastiques ont été fort heureusement rassemblés bien plus tard dans d’imposants recueils tels que « L’Invitation à la mort et autres contes chimériques » ou encore « Le Fantôme dans la rose et autres contes visionnaires ».

Dans ces œuvres délicieusement fantasmagoriques, la romancière renoue avec la pure essence du merveilleux et de l’insolite. Loin de s’enfermer dans le strict naturalisme en vogue chez bon nombre de ses confrères de l’époque, elle laisse son imagination s’envoler vers des rivages ténébreux, poétiques et souvent macabres. Qu’elle dépeigne des spectres mélancoliques, des pactes funestes ou des enchantements mortifères, elle manie les ressorts du conte cruel et fantastique avec une dextérité qui la place dans la noble lignée d’un Villiers de L’Isle-Adam ou d’un Edgar Allan Poe.

Il sied également de mentionner la modernité troublante de son roman de 1930, « L’Ange et les Pervers ». Bien qu’il s’agisse davantage d’une fable sur l’identité que d’une œuvre de pure science-fiction, la figure de son protagoniste intersexe évoluant aux frontières du genre témoigne d’un goût prononcé pour l’altération du réel et la spéculation intime.

Ainsi, l’imaginaire chimérique fut, pour Lucie Delarue-Mardrus, bien plus qu’un simple divertissement littéraire ; il constitua le subtil prolongement de son âme rebelle et poétique, refusant les entraves d’un monde trop prosaïque.

Livres de Lucie Delarue-Mardrus :

Amanit (1929)
Conte de Noël (1929)
L’apparition (1921)

Pour en savoir plus sur Lucie Delarue-Mardrus :

La page Wikipédia sur L. Delarue-Mardrus
La page Noosfere sur L. Delarue-Mardrus
La page isfdb de L. Delarue-Mardrus