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Les grands auteurs français de science-fiction : des pionniers aux classiques

Quand on parle de science-fiction, les noms d’Isaac Asimov, de Philip K. Dick ou de Frank Herbert viennent souvent à l’esprit. Pourtant, la France possède elle aussi une longue tradition dans ce domaine. Bien avant que la science-fiction ne devienne un genre identifié par ce nom, des écrivains français imaginaient déjà des voyages extraordinaires, des inventions impossibles, des sociétés futures et des rencontres avec des formes de vie inconnues.

De Jules Verne à Pierre Boulle, en passant par les pionniers du merveilleux scientifique et les auteurs populaires de l’après-guerre, cette littérature a exploré des thèmes très variés : les progrès de la science, les dangers de la technologie, les civilisations extraterrestres, les catastrophes, l’avenir de l’humanité ou encore les limites de notre connaissance du monde.

Voici vingt auteurs qui permettent de découvrir cette histoire, des précurseurs du XIXe siècle aux grandes figures du XXe siècle. Il ne s’agit pas d’un classement, mais d’un parcours à travers des œuvres et des imaginaires qui ont contribué à façonner la science-fiction française.

1. Jules Verne : le précurseur de l’imaginaire scientifique

Difficile d’évoquer les origines de la science-fiction française sans commencer par Jules Verne. Au XIXe siècle, il imagine des voyages extraordinaires rendus possibles par les découvertes scientifiques et les innovations techniques. Ses romans entraînent les lecteurs sous les océans, au centre de la Terre ou vers la Lune, en donnant une place essentielle à l’exploration et à la curiosité scientifique.

Son approche reste différente de celle de nombreux auteurs de science-fiction modernes : Verne s’intéresse beaucoup aux possibilités offertes par les connaissances de son époque. Mais son influence sur la littérature d’anticipation est considérable.

Par où commencer ? Vingt mille lieues sous les mers est une excellente porte d’entrée, tout comme De la Terre à la Lune. Ces romans permettent de retrouver le plaisir de l’aventure tout en découvrant une vision fascinante des sciences et des techniques.

2. J.-H. Rosny aîné : une autre forme de vie est possible

Avec J.-H. Rosny aîné, la littérature d’anticipation s’aventure vers des territoires plus étranges. L’écrivain ne se contente pas d’imaginer les inventions de demain : il s’intéresse à l’altérité, aux formes de vie radicalement différentes de la nôtre et à la place de l’humanité dans un univers qui ne lui appartient pas nécessairement.

Son œuvre annonce certains questionnements majeurs de la science-fiction moderne. Que se passerait-il si l’humanité rencontrait une intelligence dont elle ne pourrait comprendre ni les intentions ni le fonctionnement ? Et si l’être humain cessait d’être la mesure de toute chose ?

Par où commencer ? Les Xipéhuz met en scène une rencontre déroutante avec des êtres non humains. La Mort de la Terre propose, quant à lui, une vision sombre de l’avenir de notre planète. Deux textes importants pour comprendre l’évolution de la SF française.

3. Maurice Renard : le maître du merveilleux scientifique

Au début du XXe siècle, Maurice Renard contribue à donner une identité à une littérature qui explore les conséquences extraordinaires d’une hypothèse scientifique. Il défend notamment le merveilleux scientifique, une approche qui consiste à bouleverser une loi ou une connaissance du monde pour en examiner les conséquences.

Ses récits mêlent spéculation, étrangeté et parfois horreur. Le corps humain, l’identité et les limites de la science deviennent des terrains d’expérimentation narrative. Ses histoires peuvent surprendre les lecteurs habitués à la SF spatiale, car elles s’intéressent souvent à ce qui se cache derrière la réalité quotidienne.

Par où commencer ? Le Docteur Lerne, sous-dieu explore les manipulations biologiques, tandis que Le Péril bleu imagine une forme de présence étrangère dont l’humanité ignore tout. Deux exemples saisissants de cette science-fiction française ancienne, inventive et inquiétante.

4. René Barjavel : les promesses et les catastrophes du progrès

René Barjavel occupe une place majeure dans l’histoire de la science-fiction française. Son œuvre interroge les rapports entre progrès technique, civilisation et humanité. La science n’y représente pas systématiquement une promesse de bonheur : elle peut aussi rendre possible l’effondrement d’un monde ou révéler la fragilité des sociétés modernes.

Barjavel sait associer les grandes idées de l’anticipation à des personnages confrontés à des dilemmes humains. Ses romans conservent ainsi une dimension émotionnelle qui dépasse la simple spéculation scientifique.

Par où commencer ? Ravage imagine une société brutalement privée de son infrastructure technologique. La Nuit des temps propose une autre approche, mêlant découverte scientifique, amour et mystère venu du passé. Ces deux romans illustrent la diversité de son imaginaire.

5. Pierre Boulle : l’humanité face à son propre miroir

Connu dans le monde entier grâce à La Planète des singes, Pierre Boulle utilise la science-fiction pour questionner la société humaine. Plutôt que de construire de vastes univers futuristes, il privilégie souvent une idée forte, capable de renverser les certitudes du lecteur.

Dans La Planète des singes, le regard porté sur l’humanité change progressivement. Les hiérarchies, les comportements collectifs et la prétendue supériorité de l’être humain deviennent les objets d’une expérience de pensée particulièrement efficace.

Son approche convient aux lecteurs qui recherchent une science-fiction accessible, mais porteuse de questions philosophiques et sociales. Une situation extraordinaire devient le moyen de mieux observer notre propre monde.

Par où commencer ? La Planète des singes est évidemment le choix le plus naturel. Le roman mérite d’être découvert indépendamment de ses adaptations, car sa construction et ses enjeux possèdent leur propre force.

6. Francis Carsac : l’aventure au cœur des étoiles

Derrière le pseudonyme Francis Carsac se trouve François Bordes, également connu pour ses travaux de préhistorien. Son œuvre de science-fiction privilégie l’aventure, les rencontres entre civilisations et l’exploration de mondes inconnus.

Ses romans associent le plaisir du récit à des questions sur les sociétés, les cultures et les rapports de pouvoir. Les extraterrestres ne sont pas uniquement des adversaires à combattre : ils permettent aussi de confronter les humains à d’autres façons de vivre et de penser.

Carsac représente une tradition de la SF française qui accorde une grande place au dépaysement et à la découverte. Ses histoires parlent de voyages et de conflits, mais aussi de la possibilité de comprendre des peuples différents.

Par où commencer ? Ceux de nulle part constitue une bonne entrée dans son univers. Le roman donne un aperçu de son goût pour les civilisations lointaines et les aventures qui élargissent les frontières du monde connu.

7. Nathalie et Charles Henneberg : une science-fiction épique et singulière

Nathalie et Charles Henneberg ont développé une œuvre marquée par les mondes lointains, les civilisations anciennes et les destins exceptionnels. Leur imaginaire se distingue par une dimension épique : les personnages évoluent dans des univers où l’histoire, les croyances et les forces qui dépassent l’individu pèsent lourdement sur leur destin.

Leur science-fiction peut emprunter à la fantasy son ampleur mythologique, tout en conservant une sensibilité propre aux littératures de l’imaginaire du XXe siècle. Elle s’adresse aux lecteurs qui aiment les univers denses, les atmosphères particulières et les récits qui ne se limitent pas à une simple aventure technologique.

Par où commencer ? La Naissance des dieux est un titre à explorer pour découvrir cette dimension ample et mythique de leur imaginaire. Leur œuvre mérite l’attention des lecteurs curieux de retrouver des univers moins souvent cités dans les panoramas généralistes.

8. Stefan Wul : l’imagination débridée des années 1950

Avec Stefan Wul, la science-fiction française d’après-guerre prend des couleurs nouvelles. Ses romans proposent des mondes étranges, des créatures étonnantes et des aventures où l’imagination prime souvent sur l’explication scientifique détaillée.

Derrière cette apparente liberté se dessinent des réflexions sur les civilisations, l’évolution et la place de l’être humain dans des environnements qu’il ne maîtrise pas. Ses univers sont souvent visuels, ce qui explique aussi pourquoi plusieurs de ses récits ont inspiré des adaptations ou nourri l’imaginaire d’autres créateurs.

Stefan Wul est un excellent choix pour qui souhaite découvrir une SF française dépaysante, capable de surprendre à chaque détour.

Par où commencer ? Oms en série est l’un de ses romans les plus connus, notamment pour son renversement des rapports entre humains et êtres intelligents. Niourk propose une vision post-apocalyptique singulière, portée par le regard d’un enfant.

9. Gérard Klein : auteur, critique et passeur de science-fiction

Gérard Klein est une figure importante de la science-fiction française, aussi bien par ses propres textes que par son rôle dans la diffusion du genre. Écrivain, essayiste et éditeur, il a participé à faire connaître la SF auprès d’un public plus large.

Ses récits explorent notamment les sociétés futures, les rapports de pouvoir et les transformations de l’humanité. Il s’intéresse moins à l’accumulation de gadgets qu’aux conséquences politiques et humaines des changements imaginés.

Son parcours permet aussi de comprendre que l’histoire de la science-fiction ne se construit pas uniquement grâce aux romanciers : les éditeurs, les critiques et les passeurs jouent un rôle essentiel dans la reconnaissance d’un genre littéraire.

Par où commencer ? Les Seigneurs de la guerre est un titre représentatif de son travail. Il permet d’aborder les questions de conflit, de pouvoir et de transformation des sociétés qui traversent une partie de son œuvre.

10. Michel Jeury : le temps et les réalités incertaines

Michel Jeury fait partie des auteurs qui ont donné à la science-fiction française une orientation plus introspective et expérimentale. Le temps, la mémoire et la perception de la réalité occupent une place importante dans son univers.

Ses récits peuvent déstabiliser : les événements ne se déroulent pas toujours selon une chronologie simple et les personnages ne disposent pas nécessairement de toutes les clés pour comprendre ce qui leur arrive. Cette incertitude devient un outil littéraire pour interroger la conscience et la façon dont nous construisons notre rapport au monde.

Jeury intéressera particulièrement les lecteurs qui apprécient une science-fiction exigeante, dans laquelle l’idée spéculative agit autant sur la forme du récit que sur son intrigue.

Par où commencer ? Le Temps incertain est un choix emblématique. Le roman montre comment la SF peut faire du temps et de la perception des sujets d’expérimentation littéraire.

11. Philippe Curval : l’expérimentation et la critique sociale

Philippe Curval appartient à une génération d’écrivains qui ont contribué à renouveler la science-fiction française. Son œuvre s’intéresse aux sociétés, aux comportements collectifs et aux conséquences parfois absurdes des systèmes que les humains construisent.

Curval ne cherche pas toujours à rassurer son lecteur avec un univers parfaitement expliqué. Il préfère souvent l’étrangeté, le décalage et l’expérimentation. Ses romans peuvent ainsi se lire comme des observations critiques de notre présent, déplacées dans des cadres imaginaires.

Cette approche rappelle que la science-fiction n’est pas seulement une littérature de l’avenir. Elle peut aussi servir à examiner les contradictions de l’époque dans laquelle elle est écrite.

Par où commencer ? Cette chère humanité permet de découvrir sa façon d’interroger la société et ses évolutions. C’est une piste intéressante pour les lecteurs qui aiment une SF plus critique et moins conventionnelle.

12. Jean-Pierre Andrevon : l’écologie et les lendemains inquiétants

Jean-Pierre Andrevon a développé une œuvre abondante, dans laquelle l’écologie, la violence des sociétés et les conséquences de nos choix occupent une place importante. Ses récits peuvent être sombres, parfois désespérés, mais leur pessimisme repose sur des inquiétudes bien concrètes.

La catastrophe n’est pas toujours un simple décor spectaculaire : elle révèle ce qui, dans nos modes de vie et nos organisations collectives, rend un effondrement possible. Cette dimension donne à ses textes une portée qui dépasse leur contexte de publication.

Andrevon représente une tradition de la science-fiction française attentive aux crises environnementales et politiques. Ses histoires invitent à réfléchir aux conséquences de l’inaction autant qu’aux capacités de survie de l’humanité.

Par où commencer ? Le Monde enfin est un titre à retenir pour découvrir son imaginaire post-apocalyptique et ses interrogations sur le devenir de la civilisation.

13. Kurt Steiner : la SF populaire et les mondes imaginaires

Kurt Steiner est le pseudonyme sous lequel André Ruellan a notamment publié des romans de science-fiction populaire. Ses récits s’inscrivent dans une tradition qui privilégie le mouvement, le dépaysement et les idées fortes, avec le plaisir de raconter une histoire qui entraîne rapidement le lecteur.

Cette SF populaire a joué un rôle important dans la diffusion du genre en France. Les collections spécialisées ont permis à de nombreux lecteurs de découvrir des mondes futuristes, des aventures spatiales et des hypothèses extraordinaires à travers des livres accessibles et souvent très imaginatifs.

Kurt Steiner mérite donc sa place dans ce panorama, non parce qu’il représenterait toute la science-fiction française, mais parce qu’il témoigne de la diversité des voies empruntées par le genre.

Par où commencer ? Pour le découvrir, le plus simple est de parcourir ses romans disponibles dans les collections d’anticipation et de choisir un titre qui met en avant l’aventure et le dépaysement.

14. B. R. Bruss : une figure de l’anticipation populaire

B. R. Bruss, pseudonyme de René Bonnefoy, est associé à la science-fiction populaire française du XXe siècle. Son œuvre s’inscrit dans une tradition où les catastrophes, les découvertes extraordinaires et les transformations de la société servent de moteur à l’intrigue.

Cette littérature ne cherche pas nécessairement à construire des systèmes scientifiques complexes. Elle mise plutôt sur une hypothèse frappante et sur les conséquences qu’elle entraîne pour les personnages. C’est une approche directe, qui permet de faire de la SF un terrain de jeu narratif tout en explorant les peurs et les espoirs d’une époque.

Son importance tient aussi à la place qu’il occupe dans l’histoire éditoriale du genre, notamment à une période où les collections spécialisées rendent la science-fiction plus accessible.

Par où commencer ? Ses romans d’anticipation constituent une porte d’entrée vers cette SF de collection, représentative d’une époque où les auteurs multipliaient les visions du futur et les scénarios de catastrophe.

15. Daniel Walther : entre science-fiction et étrangeté

Daniel Walther est une figure singulière des littératures de l’imaginaire en France. Son œuvre se situe à la croisée de la science-fiction, du fantastique et de l’étrange, avec un goût pour les situations dérangeantes et les univers qui échappent aux explications faciles.

Chez lui, le lecteur ne trouve pas toujours les repères rassurants d’une SF centrée sur la technologie ou l’exploration spatiale. L’atmosphère, l’inquiétude et les zones d’ombre jouent un rôle essentiel. Cette orientation montre combien la science-fiction peut emprunter des chemins différents sans perdre sa capacité à interroger la réalité.

Walther est particulièrement intéressant pour les lecteurs qui aiment les récits atypiques, les ambiances troublantes et les frontières floues entre les genres.

Par où commencer ? Ses recueils de nouvelles et ses romans permettent d’explorer cette veine étrange. Le choix dépendra surtout de votre intérêt pour une SF plus sombre, parfois proche du fantastique.

16. François Richard Bessière : l’aventure et l’anticipation en série

François Richard Bessière fait partie des auteurs associés à l’essor de la science-fiction populaire française après la Seconde Guerre mondiale. Ses nombreux romans témoignent d’une époque où les collections d’anticipation offrent aux lecteurs un rendez-vous régulier avec des aventures futuristes.

Son imaginaire s’appuie sur les grands ressorts du genre : découvertes scientifiques, dangers inconnus, voyages et menaces pesant sur l’humanité. Cette approche privilégie l’efficacité narrative et le plaisir de l’aventure plutôt que l’expérimentation formelle.

Il est utile de rappeler cette tradition, car l’histoire de la SF française ne se limite pas à quelques œuvres devenues des classiques. Elle repose aussi sur un vaste ensemble de romans populaires qui ont nourri l’imaginaire de générations de lecteurs.

Par où commencer ? Ses romans publiés dans les collections d’anticipation sont à explorer pour découvrir cette production foisonnante. Le choix d’un titre disponible dans votre bibliothèque permettra de prolonger cette découverte.

17. Jimmy Guieu : extraterrestres, mystères et conspirations

Jimmy Guieu est l’un des noms marquants de la science-fiction populaire française. Ses romans font une large place aux civilisations extraterrestres, aux phénomènes mystérieux et aux menaces qui se cachent derrière les apparences.

Son approche se distingue par le goût de l’aventure et du secret. Les personnages sont souvent confrontés à des événements qui dépassent les connaissances ordinaires, et l’intrigue avance par révélations successives. Cette SF se situe parfois à la frontière entre fiction spéculative et imaginaire des phénomènes inexpliqués.

Pour comprendre son succès, il faut aussi le replacer dans son époque : les récits de soucoupes volantes, de contacts extraterrestres et de complots nourrissaient alors une partie de la culture populaire.

Par où commencer ? Ses romans d’aventures extraterrestres constituent le point d’entrée le plus naturel. Ils permettent de découvrir une facette très populaire de la science-fiction française, différente des œuvres plus philosophiques ou expérimentales.

18. Pierre Barbet : l’aventure spatiale

Pierre Barbet est un autre représentant de la SF populaire française, notamment connue pour ses récits d’aventures spatiales. Ses romans mettent en scène des explorations, des civilisations étrangères et des situations dans lesquelles les personnages doivent affronter des environnements inconnus.

Ce type de récit participe à l’attrait durable de la science-fiction : il ouvre des horizons, imagine d’autres mondes et confronte les humains à des défis qui dépassent leur expérience quotidienne. L’intérêt réside autant dans le dépaysement que dans les questions soulevées par les rencontres entre espèces et cultures.

Barbet s’inscrit ainsi dans une tradition narrative qui privilégie l’action et l’exploration, tout en offrant une porte d’entrée accessible aux lecteurs qui découvrent les classiques de l’anticipation française.

Par où commencer ? Ses romans spatiaux sont à privilégier si vous aimez les récits d’exploration et les aventures dans des univers extraterrestres.

19. Julia Verlanger : des mondes futurs et des héroïnes d’aventure

Julia Verlanger a construit une œuvre qui mêle science-fiction, aventure et mondes imaginaires. Ses romans accordent une place importante aux personnages confrontés à des sociétés différentes, à des environnements hostiles et à des choix déterminants.

Son univers s’inscrit dans une tradition de la SF populaire où l’action et le dépaysement permettent d’aborder des questions plus larges : la liberté, la survie, le pouvoir ou les règles qui structurent les civilisations. Son parcours rappelle également que les femmes ont contribué à l’histoire de la science-fiction française, même si elles ont parfois été moins visibles dans les récits consacrés au genre.

Par où commencer ? Les Portes sans retour est un titre à explorer pour découvrir son imaginaire. C’est une bonne piste pour les lecteurs qui apprécient les aventures situées dans des mondes radicalement différents du nôtre.

20. Robert Merle : quand l’anticipation devient une expérience humaine

Robert Merle n’est pas uniquement un auteur de science-fiction : son œuvre traverse plusieurs genres. Il mérite néanmoins sa place dans ce panorama grâce à Malevil, roman post-apocalyptique qui s’intéresse avant tout aux survivants d’une catastrophe et à la manière dont ils tentent de reconstruire une société.

Le roman ne repose pas seulement sur le spectacle de la destruction. Il examine les rapports de pouvoir, l’organisation collective, la violence et les choix moraux qui apparaissent lorsque les institutions disparaissent. L’effondrement devient ainsi un révélateur des comportements humains.

Cette approche rappelle que l’anticipation peut être particulièrement puissante lorsqu’elle reste proche de nos préoccupations. En imaginant un monde bouleversé, elle nous aide à réfléchir à ce qui fait tenir une communauté.

Par où commencer ? Malevil est le choix évident pour découvrir cette dimension de son œuvre. Il conviendra particulièrement aux lecteurs qui aiment les récits de survie et les réflexions sur la reconstruction d’une société.

Conclusion : une tradition française riche et diverse

Des voyages scientifiques imaginés par Jules Verne aux visions inquiétantes de René Barjavel, des formes de vie radicalement différentes de Rosny aîné aux mondes dépaysants de Stefan Wul, la science-fiction française s’est construite à travers des sensibilités très variées.

Certains auteurs ont privilégié l’exploration et l’aventure, d’autres ont utilisé l’imaginaire pour critiquer la société, réfléchir à l’avenir de l’humanité ou expérimenter de nouvelles formes de récit. Les écrivains de la SF populaire ont également contribué à faire vivre le genre et à lui offrir un public fidèle.

Ce parcours montre qu’il n’existe pas une seule manière d’écrire de la science-fiction française. Ses classiques ne se résument ni aux anticipations technologiques ni aux grandes fresques spatiales : ils explorent aussi le vivant, le temps, l’effondrement, les civilisations et les limites de nos certitudes.

Mais cette histoire ne s’arrête pas aux classiques. À partir des dernières décennies du XXe siècle, de nouvelles voix renouvellent les thèmes, les formes et les ambitions du genre.

Dans le prochain article, nous poursuivrons ce voyage avec Les grands auteurs français de science-fiction : de la SF moderne aux voix contemporaines. Nous y retrouverons notamment Pierre Bordage, Ayerdhal, Roland C. Wagner, Serge Lehman, Laurent Genefort, Alain Damasio et Catherine Dufour, ainsi que d’autres auteurs qui ont contribué à faire évoluer la science-fiction française jusqu’à aujourd’hui.

En attendant, vous pouvez également découvrir notre sélection des meilleurs romans de science-fiction français, pour retrouver des œuvres incontournables et choisir votre prochaine lecture.

Habite-t-on réellement quelque part ? par Philippe Curval

Fiche de Habite-t-on réellement quelque part ?

Titre : Habite-t-on réellement quelque part ?
Auteur : Philippe Curval
Date de parution : 1989
Editeur : Denoël

Sommaire de Habite-t-on réellement quelque part ?

  • Objets de femme, avez-vous donc un nez ?
  • Un voyage objectif
  • Les dormeurs Duval
  • Habite-t-on réellement quelque part ?
  • Alertez les bébés !
  • Pourquoi finir le siècle ?
  • La faim justifie les moyens
  • Trop d’indiens sur les pistes
  • Sommes-nous mortels ? suite et fin
  • Walkyrie vendredi dimanche Walhalla
  • Photomatons
  • Le manuscrit trouvé dans un logiciel

Première page de Objets de femme, avez-vous donc un nez ?

« De profil, la cafetière n’avait pas l’air dans son assiette. Je le vis tout de suite à sa couleur, à l’aspect mou de son bec verseur, au délabré de ses accessoires. « Elle broie du noir », pensais-je, mais j’évitai de le dire à Madame qui venait de m’appeler en consultation pour un autre, bien plus grave, sujet d’inquiétude.
Sans plus attendre, je glissai la main dans le tiroir de visite du lave-vaisselle et j’atteignis son robinet. En le palpant, je compris qu’il souffrait d’une légère occlusion calcaire. Je poursuivis mes investigations pour découvrir, à son excès de vibrations, que le bloc servo-pompe était à moitié mort et que les cristaux semi-conducteurs de son cerveau séquentiel avaient en grande partie perdu de leur résonance spécifique.
J’interrogeai Madame pour connaître depuis quand la machine brisait les verres. Elle me répondit que ce défaut datait de quelques jours à peine, qu’elle s’en était aperçue lorsque son grand service d’apparat avait été détérioré, des Prisunic anciens, comme aucun antiquaire n’en vendait plus. »

Extrait de : P. Curval. « Habite-t-on réellement quelque part ?. »

Tronche par Philippe Curval

Fiche de Tronche

Titre : Tronche
Auteur : Philippe Curval
Date de parution : 2023
Editeur : La volte

Première page de Tronche

« — C’est pénible, déclara Balthazar d’un ton exaspéré, j’ai une chanson qui me trotte dans la tête et elle n’en finit pas. J’ai l’impression d’être un disque à sillon infini. Tu sais, quand ça arrive au bout, ça recommence au début.

— Qu’est-ce que c’est comme chanson ? demanda Greta en suçant son pouce.

— Les Feuilles mortes.

— Je vois pas de quoi il s’agit.

— Tu as dû pourtant en ramasser. À l’automne, elles tombent des arbres toutes jaunes et recroquevillées.

— Rue de Tolbiac y a pas d’arbres.

— Mais dans mon jardin derrière, il y a un grand paulownia !

— T’as p’têt raison, mais je m’en souviens pas. Et c’est quoi comme chanson ? »

Extrait de : P. Curval. « Tronche. »

Y a quelqu’un ? par Philippe Curval

Fiche de Y a quelqu’un ?

Titre : Y a quelqu’un ?
Auteur : Philippe Curval
Date de parution : 1979
Editeur : J’ai lu

Première page de Y a quelqu’un ?

« Champs-Élysées. Chaleur. Un Africain en chéchia de panthère nous regardait. La main de Nina était posée sur mon bras. Je lui dis :
— Tu vois, l’Alfa, là, je crois bien que c’est le modèle que je préfère.
— J’aime bien sa cravate à pois.
— Déjà vu des voitures avec des cravates à pois ?
Nina s’étonna, puis me sourit ; elle s’arrêta de marcher et, d’un geste vif, me pinça le nez entre le pouce et l’index en me grondant.
— Tu veux me rendre chèvre, Clément Volgré ?
Je protestai en nasillant :
— Mais non, je n’ai rien fait de mal, je parlais de l’Alfa-Roméo, pas de l’Africain.
Elle laissa tomber son bras, dépitée. »

Extrait de : P. Curval. « Y a quelqu’un ?. »

Voyance aveugle par Philippe Curval

Fiche de Voyance aveugle

Titre : Voyance aveugle
Auteur : Philippe Curval
Date de parution : 1998
Editeur : Denoël

Première page de Voyance aveugle

« Baptiste tendit le bras docilement. D’un geste habile, l’employé de la réception cercla aussitôt son poignet d’un ruban en plastique épais d’un rose agressif, qu’il riveta d’une pression de sa pince métallique. Mon compagnon examina son nouveau bracelet où s’inscrivait un numéro. Je chuchotai :

« Quelle honte ! moi je refuse de porter un matricule durant mes vacances.

— Il n’y a pas une autre chambre d’hôtel, rien de libre. Tu le sais, Laure ! Et, comme ce bled idyllique se trouve au bout du monde, pas question de reprendre l’avion ni de louer une voiture à huit heures du soir.

— Tu aurais dû t’en occuper plus tôt !

— C’est toi qui as téléphoné de Paris pour retenir la chambre.

— En voilà une raison. Tu préférais le club Med, mais c’était complet.  »

Extrait de : P. Curval. « Voyance aveugle. »

Voyage à l’envers par Philippe Curval

Fiche de Voyage à l’envers

Titre : Voyage à l’envers
Auteur : Philippe Curval
Date de parution : 2000
Editeur : J’ai lu

Première page de Voyage à l’envers

« Sur fond d’espace empoussiéré d’étoiles, s’inscrit une planète ravissante. Ses vastes océans brillent d’un bleu magique, des nuages en bancs serrés y tracent des sillons d’écume blanche. Nous la regardons grossir lentement depuis des jours. Un fragment de côte aperçu évoque l’Europe à s’y méprendre. D’ailleurs, cette mappemonde grandeur nature, nimbée d’une lueur d’aquarium, c’est bien la Terre. Nous voulons la croire semblable à celle que nous avons quittée depuis longtemps.

À première vue, le niveau des mers n’a pas amplifié au point de changer la forme des continents que les convulsions de l’écorce terrestre n’ont pas ébranlés ; les capitales exhalent toujours leurs prodigieux halos de lumière durant la nuit ; les anticyclones et les dépressions alternent avec la même vivacité. En revanche, des guerres existent-elles encore ? Quelles sortes de civilisations allons-nous découvrir ? Que savons-nous des bouleversements intervenus au sein des sociétés humaines ? »

Extrait de : P. Curval. « Voyage à l’envers. »

Un soupçon de néant par Philippe Curval

Fiche de Un soupçon de néant

Titre : Un soupçon de néant
Auteur : Philippe Curval
Date de parution : 1977
Editeur : Pocket

Première page de Un soupçon de néant

« DANS LEQUEL ON VOIT CARLOS RODRIGUEZ SURGIR DU NÉANT

Un mouvement tourbillonnaire léger s’empara de l’espace et, bientôt, les quelques éléments indispensables pour composer un semblant de chose se matérialisèrent en son centre. Un brouillard impalpable se forma autour de ce noyau de réalité ; des particules s’agrégèrent ; une silhouette opaque se dessina sur le fond transparent du vide ; peu à peu les contours de cette silhouette se précisèrent et se fixèrent dans la pâte même de l’existence. Indiscutablement, c’était un homo sapiens. Immobile, seulement agité d’un frémissement, d’une sorte de vibration musculaire, l’homme né de l’invisible se stabilisa progressivement. Sur ses traits se lisait l’effort qu’il produisait pour annihiler en lui les effets du mouvement tourbillonnaire qui l’avait fait naître. »

Extrait de : P. Curval. « Un soupçon de néant. »

Tous vers l’extase par Philippe Curval

Fiche de Tous vers l’extase

Titre : Tous vers l’extase
Auteur : Philippe Curval
Date de parution : 1981
Editeur : J.-C. Lattès

Première page de Tous vers l’extase

« La vitre dépolie de la porte arbore en lettres d’émail blanc une inscription toute fraîche : Sadie mac Key… Recherches. Elle s’inscrit au milieu d’une cloison en verre d’assez grande envergure au fond d’un couloir majestueux, dans cette sorte d’immeubles que l’on construisit au début de l’expansion terrienne à travers la galaxie. La porte de mon bureau était fermée à clé, mais sa voisine, qui donne sur la salle d’attente, ne l’était pas ; j’espérais y voir entrer mon premier client.
C’était un de ces clairs matins d’été, tels que nous en offrent les Antilles avant que les grandes pluies s’installent. Les collines étaient bien vertes et, depuis le port où se situait mon bureau, on apercevait un panache de fumée sulfureuse au-dessus du volcan. Les fournisseurs de vacances à bon marché mettaient en réclame leurs loisirs en solde. Les hôtels spécialisés dans les congrès d’extra-terrestres engrangeaient de l’or. Et, dans les jardins d’agrément, les bougainvillées fleurissaient en lourdes panicules lilas. »

Extrait de : P. Curval. « Tous vers l’extase. »

Superfuturs par Philippe Curval

Fiche de Superfuturs

Titre : Superfuturs
Auteur : Philippe Curval
Date de parution : 1986
Editeur : Denoël

Sommaire de Superfuturs

  • Le brasier des faiseurs d’anges par C. Debarbieux
  • Paris par P.-L. Malosse
  • Video gratias ! par J.-P. Couthier
  • La guerre des bières par A. Cabaret
  • Frappe, ordure, frappe par J. Couttausse
  • Hexadrame par J. Vallerand et P. Thellier
  • Euphoria par L. Kolpak
  • L’anniversaire par C. Fayard
  • Le visage trop net par G. Grudzien
  • Complainte pour un garçon oublié par G. Dupriez
  • Symphonie bleue d’une visite patiemment attendue par P. Leclère
  • La bande 08 par A. Matalon
  • L’escaladeur par Chica
  • Pericola par D. Sage
  • Humain, trop humain par M. de Pracontal
  • Le concentrique par C. Ber
  • Farandole par D. Defert
  • Futur C.V. … No future par V. Antoine
  • La maison de l’araignée par W. Petoud

Première page de Le brasier des faiseurs d’anges

« Il pleuvait beaucoup ce jour-là, je m’en souviens assez bien.
C’était au cœur de l’hiver et c’était un hiver pourri, humide et gras, comme nous n’en avions pas connu depuis notre enfance. On avait l’impression – mais ce n’était qu’un sentiment un peu gamin – que toute l’eau du ciel allait tomber sur la capitale…
Georges et moi, nous nous étions levés de bonne heure. Les rues étaient encore éclairées et, vers l’horizon, cela faisait comme une aurore boréale sur les dômes. Georges est venu me rejoindre à la fenêtre et il m’a prise dans ses bras.
J’étais encore fragile puisque ma sortie de la clinique ne remontait qu’à peu de semaines auparavant. Nous n’avons pas fait l’amour devant la fenêtre, nous contentant de caresses tendres. »

Extrait de : P. Curval. « Superfuturs. »

Rut aux étoiles par Philippe Curval

Fiche de Rut aux étoiles

Titre : Rut aux étoiles
Auteur : Philippe Curval
Date de parution : 1979
Editeur : Pocket

Première page de Rut aux étoiles

« L’HOMME sans oreille miaula longuement dans la nuit.Son appel heurta des pans d’ombre, glissa à la surface de cloaques où tremblaient des lueurs, se répercuta sur le mur antiguérillas qui marquait les frontières de la ville basse. Il chemina à travers le silence menaçant des venelles, s’estompa et mourut dans le vacarme du quartier des plaisirs.Cependant, il ne demeura pas sans effet ; les trois Vénusiens bleus qui arpentaient furtivement la rue creuse s’immobilisèrent soudain. L’un d’eux entrouvrit les quatre premières paupières de son œil central et tous trois se dirigèrent vers le lieu d’où semblait provenir le cri.Les ombres diffuses de leurs silhouettes grandirent démesurément à mesure qu’ils s’éloignaient des feux multicolores du Spatial bar Les ténèbres s’épaississaient : déjà on ne distinguait plus le rouge éclatant de leurs chevelures. Trol, le chef, ne se souciait pas de cette obscurité et guidait sans hésiter la marche de ses compagnons à travers le dédale des sentes et des ruelles. Bientôt, ils découvrirent un Jovien qui stationnait dans une zone largement éclairée ; malgré les risques encourus à traîner dans cet endroit peu sûr, il semblait parfaitement insouciant. »

Extrait de : P. Curval. « Rut aux étoiles. »