Auteur/autrice : CH91
Les replis du temps par Dan Dastier

Fiche de Les replis du temps
Titre : Les replis du temps (Tome 1 sur 5 – Jullian de Cerny)
Auteur : Dan Dastier
Date de parution : 1973
Editeur : Fleuve noir
Première page de Les replis du temps
« Le phénomène se manifesta de nouveau sur les écrans des sidéroradars, et Jullian déclencha d’un geste précis tous les systèmes d’enregistrement dont disposait l’Altaïr. Mais, une nouvelle fois, il comprit que ce geste serait vain. Les mystérieux vaisseaux qui se matérialisaient soudain dans l’espace semblaient ne laisser aucune trace, et leur brève apparition ressemblait plus à un mirage cosmique qu’à quelque chose de réellement concret. Pourtant, Jullian ne rêvait pas ! C’était la quatrième fois en une semaine de temps terrestre qu’il assistait, ainsi que tous les hommes qui constituaient l’équipage du croiseur de combat Altaïr, au phénomène d’apparition et de disparition des nefs inconnues. Chaque fois, les astronefs semblaient s’être matérialisés à des distances variables, pour disparaître au bout de quelques secondes. Ils paraissaient évoluer en groupe, et Jullian en avait dénombré jusqu’à douze à la fois, en formation serrée et impeccable. »
Extrait de : D. Dastier. « Les replis du Temps. »
Daniel Piret

Présentation de Daniel Piret :
Daniel Piret, né le 28 mars 1933 à Paris et mort le 22 octobre 2020 à Sarlat-la-Canéda, est un écrivain français de science-fiction et d’anticipation. Il a également publié sous le pseudonyme de Red Ilan.
Biographie
Avant de se consacrer à l’écriture, Daniel Piret exerce la profession de commerçant à Ivry-sur-Seine. C’est en 1972 qu’il fait son entrée dans le paysage littéraire de la science-fiction avec la publication de son premier roman, Année 500.000, au sein de la célèbre collection « Anticipation » des éditions du Fleuve Noir.
Une figure du Fleuve Noir
Daniel Piret devient rapidement l’un des auteurs réguliers et prolifiques du Fleuve Noir, collection qui domine alors le marché de la science-fiction populaire en France. Entre 1972 et le milieu des années 1980, il signe plus d’une vingtaine de romans pour l’éditeur. Ses récits explorent souvent les thèmes du voyage temporel, des civilisations perdues (comme l’Atlantide) et des enjeux écologiques ou cosmiques.
Parmi ses titres les plus notables publiés dans la collection « Anticipation », on peut citer :
- Les Fils de l’Atlantide (1974) ;
- Le Onzième Satellite (1975) ;
- Navire-planète (1978) ;
- Strontium 90 (1980) ;
- La 666e Planète (1982) ;
- La Parole (1984).
Autres collaborations et fin de carrière
À la fin des années 1970, il collabore également avec les éditions Roger Garry dans la collection « Mémoires d’outre ciel », où il publie des ouvrages tels que Péril végétal (1979) ou Cholom (1979).
Bien que sa production se soit raréfiée après l’âge d’or du Fleuve Noir, il est resté présent dans l’esprit des amateurs du genre. Vers la fin de sa vie, certaines de ses œuvres ont été rééditées ou publiées de manière posthume par les éditions Black Coat Press dans la collection « Rivière Blanche », notamment Projet Espoir (2008) et Les Enfants de la lumière (2009).
Daniel Piret s’est éteint en Dordogne en 2020, laissant derrière lui une œuvre représentative de la science-fiction française des « années Fleuve Noir », caractérisée par une imagination débordante et un sens aigu de l’aventure spatiale.
Livres de Daniel Piret :
Ellipses temporelles :
- Prométhée (1982)
- Les fils de Prométhée (1983)
Ahouvati le Kobek (1974)
Année 500.000 (1972)
Interférence (1978)
L’ancêtre d’Irskaa (1978)
L’île des Bahalim (1977)
La 666e planète (1983)
La dernière mort (1976)
La mort des dieux (1977)
La parole (1984)
Le grand passage (1975)
Le maître de Phallaté (1974)
Le manuscrit (1976)
Le navire-planète (1978)
Le onzième satellite (1975)
Le rescapé du Gaurisankar (1976)
Le Tell de la puissance (1975)
Les deux soleils de Canaé (1972)
Les dévoreurs d’âmes (1977)
Les disques de Biem-Kara (1973)
Les égarés du temps (1973)
Les égrégores (1975)
Les envoyés de Méga (1982)
Les fils de l’Atlantide (1974)
Les survivants de Miderabi (1976)
N’ooma (1979)
Naître ou ne pas naître (1974)
Sakkara (1976)
Sloma de l’Abianta (1980)
Sogol (1976)
Strontium 90 (1980)
Vae victis (1976)
Xurantar (1977)
Pour en savoir plus sur Daniel Piret :
La page Wikipédia sur D. Piret
La page Noosfere sur D. Piret
La page isfdb de D. Piret
Voyeur par Joël Houssin

Fiche de Voyeur
Titre : Voyeur
Auteur : Joël Houssin
Date de parution : 1983
Editeur : Fleuve noir
Première page de Voyeur
« Je l’avais déjà aperçue à plusieurs reprises, mais je n’avais jamais remarqué ce qu’elle pouvait avoir d’intéressant pour moi. Elle se tenait à l’angle de la rue Saint-Denis et la rue Blondel. Elle était grande, fine, des yeux noisette bordés de cils soyeux, de longs cheveux blonds qu’elle remontait parfois en chignon, vêtue le plus souvent d’une tunique arachnéenne, de bas clairs et de porte-jarretelles mauves. C’était une belle femme. Probablement une des plus belles femmes de la rue. Elle n’avait pourtant pas un succès considérable auprès des clients qui lui préféraient souvent mystérieusement ses voisines, infiniment moins présentables. J’ignorais si cette relative bouderie de la clientèle tenait à son comportement en chambre – je n’étais jamais monté avec elle – ou encore à cet air distant qu’elle tentait de se composer en mâchonnant perpétuellement un chewing-gum. Pour ma part, je trouvais ce comportement de ruminant plutôt stupide et peu attirant. L’imaginaire odeur de chlorophylle qu’elle devait fatalement dégager n’avait rien de particulièrement sensuel. J’étais donc passé plusieurs fois devant elle sans lui accorder plus d’attention qu’un regard furtif et sans que, de son côté, elle n’essaye de me racoler. J’étais transparent. Ou, plutôt, je me sentais devenir transparent quand son regard éteint se posait par hasard sur moi. Ce regard vide, sans trace de haine, de mépris, de fatigue, dénué de toute expression, me mettait mal à l’aise. Je passais devant elle sans ralentir. »
Extrait de : J. Houssin. « Voyeur. »
Masques de clown par Joël Houssin

Fiche de Masques de clown
Titre : Masques de clown
Auteur : Joël Houssin
Date de parution : 1982
Editeur : Fleuve noir
Première page de Masques de clown
« L’ascenseur plongea vers le treizième sous-sol. Dans la cabine, les haut-parleurs diffusaient une musique douce, interrompue régulièrement par le compte à rebours de l’exercice d’alerte égrené d’une voix à la sensualité forcée. Le Doc Poska Dehli parcourait d’un œil distrait un rapport d’une vingtaine de feuillets parvenu dans son courrier le matin même. Il étouffa un bâillement. Pourquoi donc, certains jours, éprouvait-il tant de difficultés pour s’arracher du lit ?
Il essaya de se souvenir de ses activités de la soirée dernière et ne trouva rien qui puisse justifier cette fatigue. Il avait bu quelques cocktails bariolés au solarium de la Bulle en compagnie de Jaïs Negra. Cette fille devait être folle. Elle avait commandé une tonne de boissons diverses, les avait toutes goûtées du bout des lèvres et les avait repoussées les unes après les autres sans plus jamais y retoucher de la soirée. Poska s’était étonné de cette pratique. Elle lui avait avoué chercher depuis plus de six mois le cocktail idéal, le nectar sublime. Elle prétendait que chaque personne en ce monde se devait d’avoir un cocktail particulier, révélateur souvent d’un caractère, aussi différent des autres qu’une série d’empreintes digitales. »
Extrait de : J. Houssin. « Masques de clown. »
Locomotive rictus par Joël Houssin
Fiche de Locomotive rictus
Titre : Locomotive rictus
Auteur : Joël Houssin
Date de parution : 1975
Editeur : Opta
Sommaire de Locomotive rictus
- Locomotive rictus
- Avez-vous peur du noir ?
- Errat-Homme
Première page de Locomotive rictus
« Pssss, petit ! »
Giro se retourna d’un bloc, prêt à bondir ; une lame glacée et scintillante jaillit au creux de sa paume durcie. Il aperçut une silhouette malingre qui se tenait contre la colonne du pollumètre.
« N’aie pas peur, petit, je ne te veux aucun mal. Tu vas où comme ça ? »
« Qu’est-ce que ça peut te foutre ? » grogna Giro.
« Ne va pas à l’émeute B 38, elle est programmée pour être réprimée très sévèrement. »
Giro fronça les sourcils ; son poignard se mit à osciller doucement. « Et mes fesses ? Elles sont programmées pour quoi ? »
Plus loin vers le sud, les premières rumeurs de la manifestation montèrent dans la chaleur épaisse de la nuit.
« Écoute, petit, vas-y si ça te chante, mais n’oublie pas ce que je viens de te dire ; toi et tes compagnons, vous allez passer un sale moment. Votre massacre va servir de justificatif à la prochaine guerre. »
Extrait de : J. Houssin. « Locomotive rictus. »
Lilith par Joël Houssin

Fiche de Lilith
Titre : Lilith
Auteur : Joël Houssin
Date de parution : 1982
Editeur : Fleuve noir
Première page de Lilith
« Le corps avait été découvert au petit matin, dans cinq centimètres d’eau boueuse, par un quinquagénaire qui sacrifiait à son heure quotidienne de jogging. Un clébard de race indéfinissable jouait avec une des pognes du cadavre. Le sportif matinal lui fila un coup de pompe et gerba son déj dans un fourré.
Vingt minutes plus tard, il était toujours là, grelottant dans son survêtement orange, entouré d’une demi-douzaine de poulets. Un inspecteur le questionnait en griffonnant d’invraisemblables pattes de mouche sur un carnet à spirale.
— Vous l’avez trouvé comme ça ?
L’homme hocha la tête.
— Et vous faisiez quoi, exactement, dans ce bois ?
Le sportif ouvrit la bouche, incrédule. Il était idiot ou quoi, ce flic ? Qu’est-ce qu’on peut bien faire à sept plombes du mat, dans le bois de Boulogne, en baskets et survêtement ? Belle lurette que les putes étaient parties se pager, à l’exception évidemment de celle qui gisait dans le ruisseau.
— Ce que je fais tous les matins à la même heure, inspecteur, répondit le type, grinçant. Je courais. Je cours tous les jours, sauf le dimanche où y a vraiment trop de cons. »
Extrait de : J. Houssin. « Lilith. »
Les vautours par Joël Houssin

Fiche de Les vautours
Titre : Les vautours
Auteur : Joël Houssin
Date de parution : 1985
Editeur : Fleuve noir
Première page de Les vautours
« L’air était humide et froid. La pluie qui tombait depuis quatre jours se transformait en verglas durant la nuit. Apparemment, cette année avait décidé de faire l’impasse sur l’automne. On grelottait au nord et on frissonnait au sud. L’été s’était brusquement interrompu une semaine après le retour des vacanciers et l’hiver s’était sans aucune transition, abattu sur l’Europe. Les spécialistes de la météo se montraient, en dépit de cette brutale détérioration du climat, d’un optimisme surprenant. On devait, selon eux, bénéficier prochainement d’un été indien. Ils ne cessaient, à l’appui de leurs thèses, de projeter les photos satellites montrant un énorme anticyclone stationné sur l’Atlantique. L’ennui, c’est que cet anticyclone ne semblait guère pressé de chasser les masses d’air froid qui tourbillonnaient lentement au-dessus du continent.
David Toland se moquait éperdument de la météo. Contrairement aux idées reçues, son travail ne se trouvait statistiquement pas amélioré en cas de verglas ou de pluie persistante. Et l’accablement qui se lisait sur son visage ne devait rien au climat. »
Extrait de : J. Houssin. « Les vautours. »
Le temps du twist par Joël Houssin

Fiche de Le temps du twist
Titre : Le temps du twist
Auteur : Joël Houssin
Date de parution : 1990
Editeur : Denoël
Première page de Le temps du twist
« Au dernier matin de ses quinze ans, Antonin Hofa sentit flotter dans l’air de sa chambre une forte odeur de changement. Le ciel n’annonçait pourtant rien de particulièrement excitant. L’aube était sombre et la tempête soufflait. Sans doute n’était-ce pas vraiment une tempête, mais le vent paraît toujours plus violent lorsque les nuages masquent la lumière.
Le réveil d’Antonin avait sonné toutes les deux heures, comme toutes les autres nuits. Sa main était allée cueillir, dans un geste parfaitement programmé, la bouteille de vodka posée sur sa table de chevet. Deux ou trois gorgées. L’équivalent d’un verre de vin. Deux verres pleins pour la nuit et, au matin, une formidable migraine.
Antonin se leva avec une prodigieuse envie de mourir. Il allait avoir seize ans et cette étape dans son existence lui semblait tout à fait accablante. La perspective des festivités familiales qui l’attendaient y était sans doute pour quelque chose… Comment pouvait-il définir plus exactement son malaise ? Il ne se sentait pas à la hauteur. Une sensation confuse et tenace. À hauteur de quoi ? « De la vie, songea Antonin, je ne suis pas à la hauteur de la vie. » »
Extrait de : J. Houssin. « Le Temps du Twist. »
Le pronostiqueur par Joël Houssin

Fiche de Le pronostiqueur
Titre : Le pronostiqueur
Auteur : Joël Houssin
Date de parution : 1981
Editeur : Fleuve noir
Première page de Le pronostiqueur
« Il s’était installé dans le bac de sa douche. Assis, la tête entre les genoux, il laissait l’eau brûlante ruisseler sur ses épaules. C’était sa manière matinale de gamberger, de ruminer sur la grisaille de son avenir.
Lorsque la morosité persistait, il poursuivait sa cure de liquide, mais à l’intérieur cette fois, et ce n’était plus de l’eau… Ces derniers temps, il était beurré deux soirs sur trois. Avec d’autant moins de remords qu’il s’était trouvé un compagnon de beuverie, ancien journaliste du quotidien Libération, ancien bâtisseur de barricades, militant gauchisant qui levait son verre en gueulant à tue-tête : « Tous beurrés dès huit heures ! Soutien aux viticulteurs ! »
Même Carole avait fini par se lasser. Elle s’était barrée sans un mot. Y avait pas besoin d’explication. N’importe quelle femme à sa place l’aurait plaqué bien avant.
Luc Gérin leva la tête. Le jet puissant lui cingla le visage. Quelle heure était-il ? Qu’importe… À cette minute, il aurait dû se trouver à Chantilly, au centre d’entraînement. Parmi ses collègues, jumelles vissées au-dessus du pif, supervisant les galops d’essais des participants à la course de dimanche. »
Extrait de : J. Houssin. « Le pronostiqueur. »
Le chasseur par Joël Houssin

Fiche de Le chasseur
Titre : Le chasseur
Auteur : Joël Houssin
Date de parution : 1983
Editeur : Fleuve noir
Première page de Le chasseur
« Pourquoi la mer est rouge ? »
La question était mal formulée et Savant fronça les sourcils. Il se tourna vers Gogol, assis à sa droite. Il regardait les vaguelettes mourir à quelques centimètres de ses pieds nus.
« Tu baves encore ! Ton tee-shirt est trempé. »
Le regard de Gogol se troubla. Il ravala sa langue et ferma la bouche.
« Ta question était incorrecte. La mer n’est pas rouge. »
Les épaules de Gogol se voûtèrent. Il avait pris l’habitude, depuis quelque temps, de se tasser ainsi chaque fois que Savant lui adressait un reproche, comme s’il voulait s’enfoncer dans le sable de la plage. Il faudrait lui expliquer, doucement, pour qu’il abandonne cette manie, qu’il ne pouvait calquer son comportement sur celui des crabes.
« Fais un effort ! La mer n’est pas rouge. »
Gogol se redressa légèrement. Il fixa l’étendue d’eau, avec une curieuse lueur agressive dans ses yeux globuleux. Sa langue pointa de nouveau entre ses lèvres.
« Pourquoi la mer n’est pas rouge ? »
Extrait de : J. Houssin. « Le chasseur. »