Auteur/autrice : CH91
Dan Dastier
Présentation de Dan Dastier :
Dan Dastier est le pseudonyme principal, parfois collectif, utilisé par une figure centrale de la littérature populaire française des années 1970 et 1980 : Yves Chantepie (né en 1940). Bien que ce nom ait parfois abrité la collaboration de Daniel Bertolino, c’est Yves Chantepie qui en demeure le pivot et l’auteur le plus prolifique.
Un maître de la collection « Anticipation »
Sous la signature de Dan Dastier, Yves Chantepie s’est imposé comme l’un des piliers des éditions du Fleuve Noir, et plus particulièrement de la célèbre collection « Anticipation ». Entre 1972 et 1987, il y publie pas moins de trente-quatre romans de science-fiction.
Son œuvre explore les thèmes classiques du genre — voyages spatiaux, mutations et sociétés futures — avec une efficacité narrative propre au format « de gare » de l’époque. Parmi ses titres les plus notables, on peut citer Les Déracinés d’Humania (1972), Les Portes du monde Alpha (1974) ou encore Zarnia, dimension folie (1975). Deux de ses ouvrages ont d’ailleurs été réédités dans la prestigieuse collection « Maîtres français de la SF » à la fin des années 1980.
Espionnage et roman policier
L’activité de l’auteur ne s’est pas limitée à la science-fiction. Sous ce même pseudonyme, il fut l’un des auteurs les plus actifs de la collection « Espionnage » du Fleuve Noir. Il est notamment le créateur du personnage de Frank Warden, agent de la CIA, dont les aventures se déclinent en quarante-trois volumes entre 1970 et 1982.
Il a également signé onze romans policiers dans la collection « Spécial Police », tels que Naufrages (1970) ou Le Dossier rouge (1980).
Identités multiples
Le travail d’Yves Chantepie est marqué par l’usage de plusieurs noms de plume, souvent partagés avec Daniel Bertolino. Outre Dan Dastier, on retrouve leur signature derrière les pseudonymes collectifs suivants :
Daniel Yves Chanbert : utilisé pour des romans de science-fiction publiés chez Albin Michel (Les Sirènes de Lusinia, 1974).
Marc Bréhal : utilisé pour une douzaine de romans dans la collection « Espiomatic » au Fleuve Noir.
Postérité
Bien que ses récits soient ancrés dans une époque de production de masse, Dan Dastier reste une référence pour les nostalgiques de l’« âge d’or » du Fleuve Noir. Sa capacité à naviguer entre les genres (polar, espionnage, anticipation) témoigne de la vitalité de la littérature de genre française durant les « Trente Glorieuses » de l’édition populaire.
Livres de Dan Dastier :
Jullian de Cerny :
- Les replis du temps (1973)
- La planète aux diamants (1973)
- Les immortels de Cephalia (1974)
- Les mutants de Pshuuria (1974)
- Les sphères de Penta (1980)
Warden :
- Bactéries pour un royaume
- Parasites sur les Andes
- Radars en péril (1971)
- …
- Cent lingots pour une guérilla (1974)
- …
- Warden tue le médiateur (1977)
- …
- Opération portes ouvertes (1985)
- …
Au-delà des trouées noires (1977)
Dangereuse héroïne (1971)
Et les hommes voulurent mourir (1979)
L’enfant de Xena (1981)
L’ère des Bionites (1982)
La louve de Thar-Gha (1978)
La métamorphose des Shaftes (1981)
Le feu de Klo-Ora (1976)
Le règne d’Astakla (1981)
Le secret d’Irgoun (1982)
Le sixième symbiote (1987)
Le soleil des Arians (1978)
Le talef d’Alkoria (1979)
Les androïdes meurent aussi (1979)
Les déracinés d’Humania (1972)
Les dieux maudits d’Alphéa (1981)
Les héritiers d’Antinéa (1982)
Les intemporels (1980)
Les maîtres de Gorka (1977)
Les portes du monde Alpha (1975)
Les secrets d’Hypnoz… (1972)
Les séquestrés de Kappa (1978)
Les vengeurs de Zyléa (1978)
Même le plus doux des moutons (1974)
Messies pour l’avenir (1973)
Naïa de Zomkaa (1979)
Obsession Terzium 13 (1978)
Shan-Aya (1983)
Stade zéro (1980)
Une autre éternité (1980)
Zarnia, dimension-folie (1975)
Pour en savoir plus sur Dan Dastier :
La page Wikipédia sur D. Dastier
La page Noosfere sur D. Dastier
La page isfdb de D. Dastier
Vue en coupe d’une ville malade par Serge Brussolo

Fiche de Vue en coupe d’une ville malade
Titre : Vue en coupe d’une ville malade
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1980
Editeur : Denoël
Sommaire de Vue en coupe d’une ville malade
- Vue en coupe d’une ville malade
- La mouche et l’araignée
- La sixième colonne
- Comme un miroir mort
- Soleil de soufre
- … de l’érèbe et de la nuit
- Mémorial in vivo
- Off
- Anamorphose ou les liens du sang
- Funnyway
Première page de Vue en coupe d’une ville malade
« L’enseigne du motel s’alluma brusquement sur l’autoroute, jetant un flot de lumière colorée à l’intérieur du bungalow plongé dans l’obscurité. Georges s’étendit sur le lit ouvert, entre les valises prêtes à être bouclées, la tête tournée vers le cadre lumineux de la salle de bains. Le souffle rauque d’Henna lui parvint, amplifié par la caisse de résonance de la baignoire. Il n’eut aucune peine à se l’imaginer : nue ou simplement vêtue d’un tee-shirt sérigraphié au sigle de l’école, les mains soudées au carrelage saupoudré de sciure, rythmant de son souffle sa centième traction. S’épiant d’un œil sans indulgence dans la glace carrée qu’elle avait l’habitude d’orienter au ras du sol pour mieux déceler toute éventuelle faiblesse. La sueur devait sourdre de ses cheveux en brosse jaune paille, inonder les méplats de son visage, charger ses sourcils de gouttelettes brillantes. À moins que le goût salé poissant en ce moment ses lèvres ne fût plus celui des larmes que celui de la sueur… »
Extrait de : S. Brussolo. « Vue en coupe d’une ville malade. »
Traque-la-mort par Serge Brussolo

Fiche de Traque-la-mort
Titre : Traque-la-mort
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1982
Editeur : J. C. Lattès
Première page de Traque-la-mort
« La constellation de l’Aveugle venait d’allumer son étoile majeure, Uta la blanche, dont les pulsations irrégulières propres aux variables explosives pouvaient — dans des périodes de grande brillance — brûler la rétine de quiconque tentait de la fixer plus de quelques minutes. Pendant cinq nuits sa lumière crèverait le ciel noir du désert, attisée par les émissions éruptives ou les déflagrations. Boule de feu liquide en perpétuelle turbulence dont l’éclat blême donnait aux hommes et aux choses un étrange aspect fantomatique.
Lisiah jura et ses mains gantées de blanc se serrèrent sur le volant. Le camion progressait régulièrement, indifférent au vent de sable qui crépitait sur le cube de tôle blindé formé par la cabine. De part et d’autre des flancs noircis par la fumée d’explosions anciennes, les chenillettes ronronnaient, avalant la route dans un mouvement de déglutition ponctué de cliquetis gourmands.
Avec son pare-brise réduit à une étroite fente, les lignes d’épais boulons quadrillant sa surface, le mastodonte évoquait davantage l’image d’un char d’assaut que celle d’un semi-remorque. »
Extrait de : S. Brussolo. « Traque-la-mort. »
Trajets et itinéraires de l’oubli par Serge Brussolo

Fiche de Trajets et itinéraires de l’oubli
Titre : Trajets et itinéraires de l’oubli
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1981
Editeur : Gallimard
Première page de Trajets et itinéraires de l’oubli
« Georges aurait voulu porter des œillères. Deux plaques de cuir ou de métal harnachées de chaque côté de ses joues et limitant son champ de vision à un étroit chemin juste assez large pour ses pieds. Chaque fois qu’il abordait l’escalier monumental du musée, il aurait aimé amputer son regard de toute perspective, de toute échappée, pouvoir le réduire à cet itinéraire étriqué qui le conduisait du parking jusqu’au hall d’entrée, les yeux fixés sur le cuir mal ciré de ses chaussures. Le bâtiment éveillait en lui une nausée indéfinissable proche de l’agoraphobie. Une ivresse malsaine, plutôt un vertige, né de l’alignement parallèle des degrés, de leur blancheur aveuglante sous le soleil. Parfois il avait la certitude que l’escalier, tel un accordéon immaculé, allait se déformer sous ses pas, gonfler, rouler, se distendre en une cacophonie monstrueuse qu’il serait seul à entendre et qui le jetterait là, au beau milieu du trottoir après que les marches – devenues brusquement molles – auraient charrié son corps comme celui d’un noyé ballotté par les vagues. »
Extrait de : S. Brussolo. « Trajets et itinéraires de l’oubli. »
Tambours de guerre par Serge Brussolo
Fiche de Tambours de guerre
Titre : Tambours de guerre
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2015
Editeur : Editions du Masque
Première page de Tambours de guerre
« Naomi rêve souvent du feu…
Dans la première partie du cauchemar, si elle ne le voit pas encore, elle flaire néanmoins son odeur âcre. Cette puanteur si particulière de peinture et de vernis brûlés. Elle se voit, au bout de la rue encombrée de camions et de taxis coincés par la barrière de sécurité des pompiers.
Elle voit les combattants du feu du NYFD, avec leur casque énorme, leur veste jaune. Ils portent un masque respiratoire à cause des émanations toxiques.
La nuit d’hiver pèse sur la ville ; dans une semaine ce sera Noël. Des poupées gonflables à l’effigie de Santa Claus trônent aux carrefours ou se balancent, pendues aux balcons. Naomi n’a jamais aimé ce personnage de légende. Petite, déjà, il lui faisait peur, avec sa barbe, sa face rubiconde. Elle lui trouvait une trogne de violeur et de pillard viking. C’est idiot, elle en a conscience, mais elle n’y peut rien.
Elle sait déjà que, désormais, le barbu en houppelande couleur sang restera associé à l’incendie, comme si… Comme s’il s’en réjouissait, ou pire : comme s’il en était l’auteur. Elle imagine sa hotte remplie de bidons d’essence et d’allumettes. »
Extrait de : S. Brussolo. « Tambours de guerre. »
Sommeil de sang par Serge Brussolo

Fiche de Sommeil de sang
Titre : Sommeil de sang
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1982
Editeur : Denoël
Première page de Sommeil de sang
« La montagne ne commença à saigner qu’à l’aube du troisième jour.
La veille, l’enfant avait bien entrevu le galop des chevaux-carapaces à travers les vibrations molles de l’air surchauffé mais il n’avait pas voulu y prêter véritablement attention, préférant se pelotonner au creux de la tente de toile blanche dans le fouillis des linges qui buvaient doucement sa sueur. Une voix à l’extérieur avait toutefois murmuré un groupe de syllabes gutturales que le gosse savait devoir traduire par « les pillards » ou « les brigands ». C’était sans importance, jamais les écumeurs des sables ne se hasardaient à grimper sur les montagnes vertes jaillissant du désert, bosses illogiques aux pentes raides couvertes d’une herbe drue, si fournie qu’en aucun endroit elle ne laissait voir le sol.
Tout de suite la nourrice s’était redressée sur les genoux, faisant trembler la monumentale architecture de ses cuisses graisseuses sur lesquelles venaient s’abattre en vagues successives les multiples bourrelets de son ventre à la peau brillante et tendue. »
Extrait de : S. Brussolo. « Sommeil de sang. »
Soleil de soufre par Serge Brussolo
Fiche de Soleil de soufre
Titre : Soleil de soufre et autres nouvelles
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1999
Editeur : Librio
Sommaire de Soleil de soufre
- Soleil de soufre
- Car ceci est de la chair et ceci est du sang
- La mouche et l’araignée
- Visite guidée
Première page de Soleil de soufre
« C’était comme un bûcher gigantesque érigé au centre de la plaine argileuse et grise. Une titanesque imbrication de fagots au sommet desquels la ville paraissait bizarrement posée en équilibre instable avec ses tours plus larges à la base qu’au sommet, ses donjons curieusement resserrés à la hauteur des créneaux, à tel point qu’on pouvait de loin fort bien les confondre avec ces cheminées d’usine qui semblent ne jamais devoir finir. Les fortifications entourant la cité présentaient la même allure de cône tronqué, et l’on avait à tout instant la sensation que les sentinelles arpentant les chemins de ronde allaient soudain basculer dans le vide pour glisser le long de ces murailles en pente vive, leurs casques arrachant des gerbes d’étincelles aux blocs noirs et luisants percés çà et là de l’ouverture filiforme des meurtrières. En s’approchant davantage on remarquait que les versants de la montagne où s’enracinait la ville étaient, dans leur totalité, recouverts par une multitude de troncs fraîchement abattus, émondés, scalpés ; réduits à l’état de grandes bûches anonymes, et constituant un enchevêtrement inextricable dont l’empilement venait buter sur les premières pierres des murailles encerclant la cité. »
Extrait de : S. Brussolo. « Soleil de soufre et autres nouvelles. »
Shagan et Junia – intégrale par Serge Brussolo

Fiche de Shagan et Junia
Titre : Shagan et Junia – intégrale
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2014
Editeur : Bragelonne
Sommaire de Shagan et Junia
- Le Roi squelette
- Les ombres du Roi squelette
Première page de Le Roi squelette
« Une silhouette monstrueuse courait entre les dunes aplaties, à la lisière de la lande. À contre-jour, dans la lumière rouge du soleil mourant, on avait l’impression de voir s’approcher un géant à quatre bras, et dont le ventre s’ornait de pesantes mamelles, rebondissant au rythme de sa course. L’être mesurait trois mètres de haut, et chacun de ses pas laissait une profonde empreinte dans la terre sablonneuse du chemin. Depuis le matin, nombre de paysans avaient pris la fuite en voyant s’avancer ce colosse difforme. Désertant les champs, ils avaient filé ventre à terre pour se dissimuler derrière un arbre ou une meule de foin. S’ils avaient été moins couards, ils se seraient rendu compte que le géant aux bras multiples était en réalité composé de deux personnes. Une grosse femme et un cul-de-jatte, la première portant le second sur ses épaules tel un enfant qui chevauche la nuque de son père pour suivre un défilé militaire que sa petite taille, et la foule compacte se pressant aux barrières, lui interdiraient de voir. »
Extrait de : S. Brussolo. « Shagan et Junia – Intégrale. »
Rinocérox par Serge Brussolo

Fiche de Rinocérox
Titre : Rinocérox
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1992
Editeur : Fleuve noir
Première page de Rinocérox
« Souvent, Dan revivait en rêve l’arrivée du Rinocérox. La vibration du sol d’abord, telle une démangeaison sous la plante des pieds, quelque chose d’agaçant qui vous donnait envie de vous gratter, puis l’enchaînement des petits éclatements secs, comme des gifles. Paf-paf-paf. Il lui avait fallu un moment pour comprendre qu’il s’agissait en réalité du bruit des cailloux explosant sous la formidable pression des chenilles-squelettes. Ce n’est qu’en voyant le char à l’œuvre qu’il avait enfin entrevu l’incroyable puissance de l’engin. Au premier abord on avait l’illusion qu’un pan de roche jaune s’était détaché d’une falaise ou d’une colline pour rouler sur la plaine désertique. Cela n’avait pas l’aspect d’une machine fabriquée par l’Homme, cela semblait bizarrement naturel, plein de bosses, de saillies, de crevasses. C’était une vilaine sculpture taillée dans la pierre par des sauvages pas très doués, une espèce d’idole aplatie dont on ne savait si elle était pourvue d’une trompe, d’une corne, d’un long nez… ou d’une interminable quéquette ! Cette dernière possibilité faisait rire aux larmes les gosses de la tribu. En fait, il fallait de bons yeux pour s’apercevoir que la longue excroissance jaillissant du rocher ambulant était en fait un canon. Un énorme canon… »
Extrait de : S. Brussolo. « Rinocérox. »
Procédure d’évacuation immédiate des musées fantômes par Serge Brussolo
Fiche de Procédure d’évacuation immédiate des musées fantômes
Titre : Procédure d’évacuation immédiate des musées fantômes
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1987
Editeur : Denoël
Première page de Procédure d’évacuation immédiate des musées fantômes
« Georges observe son reflet dans la vitre ternie de la fenêtre. L’image transparente, sans épaisseur, a quelque chose de fantomatique. Le visage raviné, auréolé de cheveux blancs, paraît momifié au creux d’une crinière de lion albinos. Georges Sarella passe une main gantée sur ses joues. Les poils argentés d’une barbe de trois jours crissent sur le coton immaculé. Plus bas il y a le cou, sillonné de tendons, accordéon de peau flétrie.
« Vieillard », murmure doucement Georges en reculant dans la pénombre de l’appartement abandonné.
Des hommes en colère courent dans la rue. De temps à autre ils jettent contre les façades de lourds outils – clefs à molette, marteaux, cisailles – qui rebondissent sur le béton ou font éclater les dernières vitres encore en place.
Au bout de l’avenue, des prêtres défroqués dressent un bûcher sur lequel ils entassent des réfrigérateurs, des téléviseurs, et même des grille-pain. »
Extrait de : S. Brussolo. « Procédure d’évacuation immédiate des musées fantômes. »