Auteur/autrice : CH91

 

Le diable soit avec nous ! par Philippe Randa

Fiche de Le diable soit avec nous !

Titre : Le diable soit avec nous ! (Tome 2 sur 3 – Les pirates de l’espace)
Auteur : Philippe Randa
Date de parution : 1986
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le diable soit avec nous !

« J’ai trop bu d’alcool brun d’Ishar et flotte dans une ivresse euphorique. Un petit rire m’échappe. Où ai-je commencé à boire ? Je ne sais plus… J’émerge péniblement.

Plus beaucoup de monde dans la taverne de Solbatan. Au comptoir, un couple bavarde en terminant une bouteille de champagne ; du champagne terrien. Je connais ses prix, elle va leur coûter une fortune. Moi-même dois sans doute une belle somme.

Je porte mon verre à mes lèvres au moment où Mickey d’Artis entre. Pas très grand, toujours vêtu d’une combinaison rouge, un visage ridé avec de longs cheveux terminés en tresses, il avance vers moi avec un large sourire.

Je veux me mettre debout pour lui donner l’accolade, mais me retiens précipitamment à la table pour ne pas m’étaler. Saleté d’alcool ! Mickey éclate de rire :

— Tu en tiens une sévère, dis donc !

Il me tape amicalement sur l’épaule et je me laisse retomber dans mon fauteuil. »

Extrait de : Ph Randa. « Le diable soit avec nous ! – Les pirates de l’espace. »

Les contrebandiers du futur par Philippe Randa

Fiche de Les contrebandiers du futur

Titre : Les contrebandiers du futur (Tome 1 sur 3 – Les pirates de l’espace)
Auteur : Philippe Randa
Date de parution : 1985
Editeur : Fleuve noir

Première page de Les contrebandiers du futur

« Le déclic sec du panneau coulissant me fait lever la tête. Une ouverture de soixante centimètres de côté est apparue dans le mur en face de moi ; je quitte ma couchette pour aller retirer le plateau du repas. Dès que je l’ai en main, le panneau se referme. Dans dix minutes, il se rouvrira. À ce moment-là, je devrai avoir terminé. Si je ne le remettais pas en place, des gardes viendraient et demain, on me servirait un simple bol de soupe.

Le régime carcéral n’est pas inhumain, mais les moindres velléités de révolte ou de manifestation de mauvaise humeur sont immédiatement sanctionnées.

Viande hachée, accompagnée de jasiane frite, un légume propre à Valmon qui rappelle le poireau terrien. Je n’en suis pas grand amateur, comme je ne raffole pas non plus de la gelée d’oseille servie en entrée.

En soupirant, je pose le plateau sur la tablette encastrée dans le mur et m’assois sur le banc scellé. J’ai été arrêté il y a deux jours seulement, mais j’ai l’impression d’être là depuis une éternité. On m’a retiré ma montre et tant que je n’aurai pas été jugé, dans « trois ou quatre jours » m’a-t-on laissé entendre, je n’ai droit ni aux visites, ni aux promenades. »

Extrait de : Ph Randa. « Les contrebandiers du futur – Les pirates de l’espace

Jean-Marc Ligny

Présentation de Jean-Marc Ligny :

Né le 13 mai 1956 à Paris, Jean-Marc Ligny est un écrivain français majeur dans les domaines de la science-fiction et du fantastique. Auteur d’une quarantaine de romans, il s’est distingué par sa capacité à explorer de multiples sous-genres de l’imaginaire, avant de devenir l’une des figures de proue de la science-fiction écologique en France.

Les débuts et l’exploration du cyberpunk

Jean-Marc Ligny fait son entrée dans le paysage littéraire en 1978 en publiant sa première nouvelle au sein de l’anthologie Futurs au présent dirigée par Philippe Curval. L’année suivante paraît son premier roman, Temps blancs, une œuvre à la narration expérimentale et éclatée.

Dans les années 1990, il s’impose sur la scène francophone en s’appropriant le genre du cyberpunk. Son roman Inner City, publié en 1996, dresse le portrait sombre et poisseux d’une société urbaine à la dérive. Cet ouvrage marquant lui vaut de remporter le prestigieux Grand Prix de l’Imaginaire en 1997. En 1999, son roman d’anticipation Jihad, qui décrit une France tombée aux mains d’un régime fasciste, est récompensé par le prix Rosny aîné.

Une figure incontournable de la cli-fi (fiction climatique)

Au fil des années, l’œuvre de Jean-Marc Ligny prend un tournant résolument politique et écologique, s’inscrivant dans ce que l’on nomme la climate fiction ou cli-fi. En 2006, il publie Aqua™, un roman choc décrivant la lutte d’un petit pays africain contre une multinationale pour l’accès à l’eau potable dans un monde ravagé par le réchauffement climatique. Le livre rencontre un immense succès critique et rafle de multiples récompenses : le prix Bob-Morane, le prix Julia-Verlanger, le prix Rosny aîné et le prix Une autre Terre.

Il prolonge cette réflexion désenchantée sur l’avenir de la Terre avec des œuvres toujours plus noires et réalistes. En 2012 paraît Exodes, un roman magistral décrivant l’emballement climatique terminal de notre planète, qui se voit honoré du prix européen des Utopiales en 2013. Cette fresque sur la fin de l’humanité sera suivie par d’autres œuvres s’inscrivant dans la même veine post-apocalyptique et écologique, comme Semences (2015).

Un imaginaire riche et protéiforme

Si l’anticipation sombre est sa marque de fabrique, Jean-Marc Ligny a su prouver sa polyvalence. Il s’est aventuré avec succès dans le space opera avec Les Oiseaux de lumière (coécrit avec Mandy), qui obtient le prix Tour Eiffel en 2001. Le fantastique et le mysticisme occupent également une place de choix dans son œuvre. Passionné par les cultures autochtones et par la musique, il s’inspire de la mythologie aborigène dans Yurlunggur et puise directement dans l’univers musical du groupe Dead Can Dance pour écrire La mort peut danser (1994).

Jean-Marc Ligny est par ailleurs un auteur très actif dans le domaine de la littérature pour la jeunesse. En s’adressant aux nouvelles générations, il continue de transmettre, par le prisme du merveilleux et de la science-fiction, ses réflexions sur la société, la technologie et la préservation de notre environnement.

Livres de Jean-Marc Ligny :

Inner city :

La saga d’Oap Tao :

Les chroniques des nouveaux mondes :

Les voleurs de rêves :

Monsieur Nemo et l’éternité :

Succubes :

Trilogie climatique :

Intégrales :

Biofeedback (1979)
Cyberkiller (1993)
D.A.R.K. (1988)
Des yeux dans le ciel (1992)
Dix légendes des âges sombres (2021)
Dreamworld (1988)
Furia ! (1982)
Green war (2010)
Jihad (1998)
Kriegspiel (1988)
La mort peut danser (1994)
Le cinquième est dément (2000)
Mal-mort (2010)
Temps blancs (1979)
Yurlunggur (1987)

Pour en savoir plus sur Jean-Marc Ligny :

La page Wikipédia sur J.-M. Ligny
La page Noosfere sur J.-M. Ligny
La page isfdb de J.-M. Ligny

Traqueur par Samuel Dharma

Fiche de Traqueur

Titre : Traqueur
Auteur : Samuel Dharma
Date de parution : 1988
Editeur : Fleuve noir

Première page de Traqueur

« Traqueur marchait dans la forêt, sans véritable but. Il aspira l’air chargé d’odeurs, sentit le craquement des branches sous ses pieds, toutes sensations nouvelles pour lui. Derrière lui, l’incendie teintait de rose le ciel nocturne piqueté d’étoiles.

Traqueur était encore sous le choc. D’abord il y avait eu ce tourbillon brûlant qui l’avait étourdi, ensuite la tuerie brutale, le feu et la destruction. Puis il s’était retrouvé seul, perdu dans un endroit qu’il ne connaissait pas. Après le grand tourbillon, seul son instinct l’avait guidé, au milieu de ces créatures étrangères, alors qu’il fuyait le bruit et les coups. Traqueur avait réagi de la façon la plus logique, avec ces grandes choses gesticulantes : il avait attaqué avant qu’on ne l’attaque. En fait, il avait frappé sans réfléchir, encore tout épouvanté au sortir du Grand Tourbillon. Mais Traqueur était sûr d’avoir bien fait. C’avait été un beau combat. Le premier depuis… Il n’arrivait même pas à s’en rappeler. Sa mémoire lui faisait défaut. Il ne gardait guère de souvenirs des choses qu’il avait faites, et se rappeler était pour lui quelque chose de bien plus douloureux qu’affronter n’importe quel ennemi. Heureusement que Mach pensait pour lui. »

Extrait de : S. Dharma. « Traqueur. »

Nécromancies par Samuel Dharma

Fiche de Nécromancies

Titre : Nécromancies
Auteur : Samuel Dharma
Date de parution : 1988
Editeur : Fleuve noir

Première page de Nécromancies

« Le gigantesque soudard se leva lentement en repoussant sa chaise. Jehna comprit alors qu’il venait de se plonger dans les ennuis.

Et ce n’était vraiment pas le moment !

Le gros lard se déplia, puis toisa Jehna de ses presque deux mètres, oscillant un brin sur sa base. Son regard se voulait terrifiant, mais se voilait presque du rouge de tout le vin absorbé.

Jehna considéra en soupirant son bol de poulet au riz. Non, ce n’était pas sa faute, tous les dieux du firmament pouvaient en témoigner. Tout ce qu’il voulait, c’était manger un morceau tranquillement, sans penser à mal, puis dormir. Se reposer. Oui, surtout se reposer… Des images de batailles, cauchemars sanglants bardés de lames et de métal, faces hurlantes et corps enchevêtrés, traversèrent son esprit.

Il s’était battu. Il était un guerrier ; non : il l’avait été. Mais pas un héros. La preuve : il était encore en vie. Et n’en était pas spécialement heureux… Il avait cessé d’être un guerrier juste au bon moment. »

Extrait de : S. Dharma. « Nécromancies. »

Le chemin d’ombres par Samuel Dharma

Fiche de Le chemin d’ombres

Titre : Le chemin d’ombres
Auteur : Samuel Dharma
Date de parution : 1989
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le chemin d’ombres

« C’était un véritable après-midi d’automne anglais. Dans le ciel moutonnaient des nuages dégradés du blanc au gris sombre, qui se déchiraient parfois pour laisser apparaître les cônes irisés des rayons de soleil. Tout autour, la campagne offrait ses prés verdoyants d’humidité; vraie country anglaise, si paisible que le temps semblait vouloir s’y arrêter, comme si rien n’importait plus que de s’asseoir au pied d’un arbre et regarder passer les nuages, à l’horizon du ciel immense…
Le docteur Darras inclina sa tête auréolée de cheveux blonds ramenés en chignon au sommet du crâne. Elle ne se lassait pas de contempler ce paysage si rassurant, si tranquille avec ses villages de brique rouge aux barrières blanches plantés ici et là, derrière lesquelles passaient des silhouettes impassibles. Dire qu’à quelques dizaines de miles à peine, c’était Londres… »

Extrait de : S. Dharma. « Le chemin d’ombres. »

Comme une odeur de tombeau par Samuel Dharma

Fiche de Comme une odeur de tombeau

Titre : Comme une odeur de tombeau
Auteur : Samuel Dharma
Date de parution : 1990
Editeur : Fleuve noir

Première page de Comme une odeur de tombeau

« Mullington se réveilla en sursaut.

Ses yeux soudain écarquillés sur d’immatérielles visions d’épouvante parcoururent le décor familier de sa chambre aux murs immaculés. Puis se posèrent sur l’élément qu’il cherchait inconsciemment. Une reproduction d’une toile de Monet, représentant le port de Londres noyé dans le brouillard d’un petit matin de pâle soleil.

Londres.

Chez lui.

Visions connues, rassurantes…

Voilà pourquoi il avait accroché ce tableau au mur, seul ornement dans une pièce Spartiate, dès son arrivée en terre étrangère. Lorsqu’il le regardait, il pouvait percevoir les senteurs et les bruits de la ville, sourire à ces souvenirs, et se sentir mieux. Le tableau était une oasis rassurante de familiarité égarée dans un monde autre, donc hostile…

Il se redressa sur son lit, vaguement rassuré, et passa une main tremblante sur son front baigné de sueur.

Il ne se rappelait pas précisément du cauchemar. Juste de l’odeur de sang qui demeura quelques instants dans ses narines avant de se dissiper. »

Extrait de : S. Dharma. « Comme une odeur de tombeau. »

Le cycle des épées par Fritz Leiber

Fiche de Le cycle des épées

Titre : Le cycle des épées
Auteur : Fritz Leiber
Date de parution : 1968
Traduction : J. de Tersac
Editeur : Opta

Sommaire de Le cycle des épées

  • Dans la tente de la sorcière
  • Le quai des étoiles
  • Les deux voleurs de Lankhmar
  • Les seigneurs de Quarmall
  • Le nuage de haine
  • Jours maigres dans Lankhmar
  • La mer est leur maîtresse
  • Quand le roi de la mer est au loin
  • Le mauvais chemin
  • Le jeu de l’initié
  • Les épées de Lankhmar

Première page de Dans la tente de la sorcière

« La vieille sorcière se pencha sur le brasier dont les volutes de fumée grise se confondaient, se mêlaient avec ses mèches noires tombant en désordre. À la lueur des flammes, son visage semblait noir, raviné, sale, osseux, il ressemblait aux racines tordues qui s’échappent de la souche noire d’un pommier abattu par la foudre. Depuis un demi-siècle, la chaleur et la fumée du brasier toujours alimenté en essences diverses et parfumées avaient boucané sa peau, l’avaient noircie, craquelée, durcie, la faisant ressembler à un vieux morceau de lard de Mingolie.

Par ses narines évasées, par sa bouche distordue, dans laquelle on apercevait quelques dents noirâtres dressées comme de vieilles souches pourries sur le champ gris de sa langue, elle inhalait et rejetait
alternativement la fumée.

Sortant de ses poumons desséchés, racornis, des bouffées de fumée se frayaient un chemin à travers le toit affaissé de la tente, toit qui reposait sur sept nervures courbes partant d’un piquet central, et qui laissait suinter sur le cuir de la vieille des gouttes éparses de résine teintée de suie. »

Extrait de : F. Leiber. « Le cycle des épées. »

Le livre de Lankhmar par Fritz Leiber

Fiche de Le livre de Lankhmar

Titre : Le livre de Lankhmar
Auteur : Fritz Leiber
Date de parution : 1970
Traduction : J. Parsons
Editeur : Opta

Sommaire de Le livre de Lankhmar

  • Les femmes des neiges
  • Le rituel profané
  • Mauvaise rencontre à Lankhmar
  • La boucle est bouclée
  • Les bijoux dans la forêt
  • La maison des voleurs
  • Le rivage désolé
  • La tour qui hurle
  • Le pays qui coule
  • Les sept prêtres noirs
  • Des serres dans la nuit
  • Le prix de l’oubli
  • Le bazar du bizarre

Première page de Les femmes des neiges

« À la Carre Glacée, au milieu de l’hiver, les femmes du Clan des Neiges menaient aux hommes une guerre froide. Elles marchaient péniblement, fantomatiques, vêtues des plus blanches de leurs fourrures, presque invisibles sur le fond de neige fraîche, toujours par groupes et sans hommes, silencieuses ou sifflant tout au plus comme des ombres furieuses. Elles évitaient la Salle des Dieux avec ses arbres-colonnes, ses murs de lanières de cuir entrelacées et son toit majestueux d’aiguilles de pin.

Elles se réunissaient dans la grande Tente ovale des Femmes, plantée comme une sentinelle devant les tentes plus petites servant d’habitations, pour des séances consacrées aux incantations et à des lamentations de mauvais augure ainsi qu’à diverses pratiques silencieuses destinées à faire naître des enchantements puissants qui enchaîneraient les chevilles de leurs maris à la Carre Glacée, immobiliseraient leurs reins et leur procureraient des refroidissements générateurs de reniflements et de nez qui coulent, la menace de la Grande Toux et de la Fièvre d’Hiver était tenue en réserve. »

Extrait de : F. Leiber. « Le livre de Lankhmar. »

Notre-dame des ténèbres par Fritz Leiber

Fiche de Notre-dame des ténèbres

Titre : Notre-dame des ténèbres
Auteur : Fritz Leiber
Date de parution : 1977
Traduction : G. Abadia
Editeur : Denoël

Première page de Notre-dame des ténèbres

« La masse altière et escarpée de Corona Heights baignait dans un noir d’encre au milieu du silence absolu, véritable cœur de l’inconnu. À ses pieds, au nord-est, la colline contemplait les lumières vives et tremblotantes de San Francisco à la manière d’un grand prédateur nocturne scrutant patiemment son territoire dans l’attente d’une proie.
Le disque gibbeux de la lune avait fini de disparaître à l’horizon et les étoiles, au sommet de la voûte céleste obscure, conservaient l’éclat du diamant pur. À l’ouest, à ras de terre, flottait une longue masse de brouillard cotonneux tandis qu’à l’est, par-delà les quartiers du centre et la baie embrumée de San Francisco, l’étroit ruban de la première aube spectrale éclairait la crête des collines basses qui servaient de toile de fond à Berkeley, Oakland et Alameda. Plus loin encore étaient les contours sombres de la Montagne du Diable, Mount Diablo. »

Extrait de : F. Leiber. « Notre-Dame des Ténèbres. »