Auteur/autrice : CH91
Cendres vives par Serge Brussolo
Fiche de Cendres vives
Titre : Cendres vives
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2020
Editeur : H&O
Première page de Cendres vives
« Cette nuit, à quatre heures, j’ai encore fait l’horrible et stupide cauchemar de la statue.
Je me suis réveillé couvert de sueur, haletant, essayant d’aspirer l’air à pleins poumons.
Dès que j’ai commencé à bouger, les lumières de la maison se sont allumées sous l’impulsion des détecteurs de mouvement.
La voix féminine du synthétiseur a résonné :
— Tout va bien, Monsieur, les données biométriques qu’on m’a communiquées confirment que vous êtes la seule personne occupant le périmètre de sécurité. La surface d’habitation est sécurisée. Aucun intrus, même de petite taille, n’est entré.
J’en suis venu à détester cette parole artificielle, ses modulations maternelles m’irritent. Elle a toujours l’air de s’adresser à un enfant apeuré. Mais, au demeurant, que suis-je d’autre ?
— Baisse l’intensité ! ai-je grogné, comme si l’ordinateur régissant les fonctions de protection de cette smart house était en mesure de détecter ma mauvaise humeur.
Avec une seconde de retard, les spots incrustés dans le plafond sont passés de « plein soleil » à « soirée d’été », cessant de m’aveugler. »
Extrait de : S. Brussolo. « Cendres vives. »
Ce qui mordait le ciel… par Serge Brussolo

Fiche de Ce qui mordait le ciel…
Titre : Ce qui mordait le ciel…
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1984
Editeur : Gallimard
Première page de Ce qui mordait le ciel…
« David freina tardivement, et l’avant de la voiture vint égratigner sa peinture aux épines des rouleaux de barbelés interdisant l’accès du champ funéraire. Un garde casqué de chrome jaillit de la guérite, la main posée sur la crosse de son arme. David fit coulisser la vitre latérale et tendit sa carte professionnelle. Le rectangle de plastique le représentait de face et de profil, en pied, entièrement nu comme l’exigeait la nouvelle réglementation. Sur toute la longueur du coupe-file s’étirait une inscription en relief :
Compagnie Intergalactique de Pompes Funèbres
Rituels et cérémonies adaptés
La sentinelle examina le cliché sur lequel David paraissait légèrement plus jeune – ou moins soucieux ? – et fit la moue, comme si ce visage nerveux, aux pommettes saillantes, et aux longs cheveux noirs roulés en chignon à la mode des toréros, éveillait en lui une vague répugnance.
— C’est vous l’inspecteur des tombeaux ? s’enquit-il en rendant le laissez-passer à son propriétaire. Mince, vous faites un drôle de boulot ! »
Extrait de : S. Brussolo. « Ce qui mordait le ciel… »
Cauchemar à louer par Serge Brussolo
Fiche de Cauchemar à louer
Titre : Cauchemar à louer
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2001
Editeur : Plon
Première page de Cauchemar à louer
« C’était l’une de ces journées où tout va de mal en pis ; où les images qui vous entourent semblent une extension des cauchemars de la nuit, une sorte d’épanchement de l’imaginaire dans le réel. La pluie noyait le paysage, encadrant la route de rideaux liquides ininterrompus derrière lesquels les maisons n’étaient plus que des ombres fuyantes. Le père de David conduisait, les dents serrées, les mains crispées sur le volant. Le bruit de l’averse dominait celui de l’autoradio, écrasant la musique sous son martèlement humide. M’man, elle, demeurait silencieuse, tendue. Elle n’avait qu’une confiance limitée dans les talents de conducteur de son mari, de plus elle n’ignorait pas qu’il avait bu en cachette avant de partir.
Elle l’avait vu s’isoler dans la remise du jardin, là où il cachait la bonbonne d’eau-de-vie de pomme. Lorsqu’il en était ressorti, il avait une seconde titubé dans l’allée des citrouilles – dont certaines portaient encore les cicatrices de la dernière fête d’Halloween ! – et n’avait retrouvé son équilibre qu’en s’accrochant à la corde à linge. M’man avait poussé David sur le siège arrière, comme pour lui épargner cette scène honteuse. »
Extrait de : S. Brussolo. « Cauchemar à louer. »
Benoît Becker
Présentation de Benoît Becker :
Benoît Becker n’est pas une personne réelle, mais un pseudonyme collectif utilisé principalement par les éditions Fleuve Noir dans les années 1950 et 1960.
Voici les éléments clés de cette « biographie » littéraire :
1 Une identité à plusieurs mains
Ce nom a été créé pour signer des romans de genre (science-fiction, fantastique, épouvante, policier) produits à un rythme industriel. Plusieurs auteurs célèbres ou reconnus ont écrit sous ce nom, notamment :
- Jean-Claude Carrière : le célèbre scénariste et écrivain français.
- Christiane Rochefort : femme de lettres connue pour Le Repos du guerrier.
- Stéphane Jourat (de son vrai nom Stephan Jouravieff) : écrivain belge qui est sans doute l’utilisateur le plus prolifique du pseudonyme.
- José-André Lacour : romancier et dramaturge belge.
2 Œuvre en Science-Fiction et Fantastique
Sous le nom de Benoît Becker, ces auteurs ont alimenté deux collections phares du Fleuve Noir :
- « Angoisse » : C’est ici que le pseudonyme s’est illustré dans le fantastique et l’horreur avec des titres comme Le Chien des ténèbres, Expédition épouvante ou Terreur.
- « Anticipation » : Bien que le pseudonyme Jean-Gaston Vandel soit plus emblématique de la SF chez cet éditeur (lui aussi un pseudonyme collectif, notamment pour Jean Libert et Gaston Vandenpanhuyse), Benoît Becker a également touché au genre.
3 La série des Frankenstein
L’une des contributions les plus célèbres signées Benoît Becker est une suite de romans consacrés au mythe de Frankenstein. Publiés dans les années 1950, ces livres (comme La Tour de Frankenstein, Le Pas de Frankenstein, etc.) ont été principalement écrits par Jean-Claude Carrière. Ils sont restés dans les mémoires comme une tentative originale de prolonger l’œuvre de Mary Shelley sous forme de feuilletons populaires.
En résumé
Benoît Becker incarne l’époque de l’âge d’or de la littérature de gare en France, où des auteurs de talent utilisaient des prête-noms pour publier des récits de divertissement rapides, efficaces et souvent très créatifs. Si vous cherchez un auteur précis derrière un livre de Benoît Becker, il faut souvent se référer à la date de publication pour identifier s’il s’agit du travail de Carrière, Jourat ou Lacour.
Livres de Benoît Becker :
Frankenstein :
- La tour de Frankenstein (2016)
- Le pas de Frankenstein (2016)
- La nuit de Frankenstein (2016)
- Le sceau de Frankenstein (2016)
- Frankenstein rôde (2016)
- La cave de Frankenstein (2016)
Expédition épouvante (1954)
Guillotine pour demain (1956)
Terreur (1955)
Pour en savoir plus sur Benoît Becker :
La page Wikipédia sur B. Becker
La page Noosfere sur B. Becker
La page isfdb de B. Becker
Catacombes par Serge Brussolo

Fiche de Catacombes
Titre : Catacombes
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1986
Editeur : Fleuve noir
Première page de Catacombes
« Les tigres vont et viennent. Chaque fois que leur queue fouette les barreaux, une note sourde et vibrante s’élève dans la nuit. Le jardin zoologique est désert, mais, de cage en cage, la nouvelle s’est répandue, éveillant les bêtes prisonnières qui gémissent en se pelotonnant les unes contre les autres. Déjà, les singes ne forment plus qu’une masse velue, frissonnante. Les oiseaux se cachent la tête sous l’aile ; seuls les charognards se dandinent encore sur leur branche en claquant du bec.
Quelque chose est tombé du ciel. Une proie, un gibier.
C’est inhabituel. Rien ne vient jamais d’en haut.
Les fauves s’énervent. L’objet s’est empalé à la pointe des barreaux. Maintenant le sang coule le long des tiges de fer rouillées. Les tigres se battent pour le lécher. Ils grognent, montrent les crocs, s’envoient des coups de patte.
Les gardiens ne se sont rendu compte de rien. Ils sont loin, claquemurés dans le poste de garde, à siroter des grogs au vin chaud. On est en novembre, il fait froid. La fourrure des animaux a commencé à s’épaissir en prévision de la mauvaise saison. »
Extrait de : S. Brussolo. « Catacombes. »
Captain Suicide – intégrale – par Serge Brussolo
Fiche de Captain Suicide
Titre : Captain Suicide – intégrale
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1992
Editeur : Vauvenargues
Première page de Captain Suicide
« Du voyage, il ne conserva que des images incohérentes, faites de lumière et de nuit, d’éclairs et de scintillements mouillés. Des bruits aussi : le fracas de l’averse martelant les tôles, allant et revenant sans cesse, en vagues de plus en plus serrées. L’illusion d’être emporté dans les airs au creux d’un tonnelet de fer, de rouler en aveugle au fond d’une barrique dévalant une pente de plus en plus vive… C’était un vieil avion propulsé par quatre moteurs à hélices. Une antiquité de métal inoxydable au fuselage couvert de bosses et d’éraflures. Sur les ailes et la queue on distinguait encore les traces d’anciennes peintures militaires. Des symboles et des numéros. Une étoile jaune inscrite dans un cercle bleu, ou quelque chose d’approchant. Les gros moteurs accrochés aux ailes faisaient vibrer la tôle, communiquant leurs secousses à toute la carcasse. David, depuis le départ, avait l’impression d’avoir élu domicile à l’intérieur d’un ventilateur. Dès qu’on tendait l’oreille, on ne pouvait manquer de percevoir le chant cristallin des boulons jouant dans leur logement, et se dévissant au fil des heures. Ce n’était pas très rassurant. »
Extrait de : S. Brussolo. « Captain Suicide – intégrale. »
Boulevard des banquises par Serge Brussolo

Fiche de Boulevard des banquises
Titre : Boulevard des banquises
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1990
Editeur : Gallimard
Première page de Boulevard des banquises
« Il devait être minuit quand Sarah fut soudain terrassée par le pressentiment d’une catastrophe imminente. En l’espace d’une seconde son sang se figea dans ses veines, sa peau devint froide, et les battements de son cœur emballé lui emplirent les oreilles d’un martèlement assourdissant. Elle eut l’impression que le muscle cardiaque heurtant douloureusement ses côtes était en train de gonfler à l’intérieur de sa poitrine, refoulant ses poumons en vrac dans un recoin de sa cage thoracique. Oui, son cœur grossissait comme une vessie de caoutchouc raccordée à une pompe en folie. Bientôt il disloquerait les cartilages, éparpillerait les membrures des os…
Couchée sur le dos, elle froissait entre ses doigts les draps humides de la couchette. La mince cloison de fer lui transmettait la palpitation des vagues captée par les tôles boulonnées au ras de la ligne de flottaison. Le bruit, tout proche, à peine déformé par la résonance métallique, emplissait la cabine d’un écho liquide effrayant. C’était comme si une brèche venait de s’ouvrir dans la coque, emplissant les ponts inférieurs d’une écume mousseuse. Sarah voulut se redresser mais son corps avait pris à l’occasion du sommeil la densité du marbre. »
Extrait de : S. Brussolo. « Boulevard des banquises. »
Aussi lourd que le vent par Serge Brussolo

Fiche de Aussi lourd que le vent
Titre : Aussi lourd que le vent
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1981
Editeur : Denoël
Sommaire de Aussi lourd que le vent
- Trajets et itinéraires de l’oubli
- Visites guidée
- Aussi lourd que le vent…
Première page de Trajets et itinéraires de l’oubli
« Georges aurait voulu porter des œillères. Deux plaques de cuir ou de métal harnachées de chaque côté de ses joues et limitant son champ de vision à un étroit chemin juste assez large pour ses pieds. Chaque fois qu’il abordait l’escalier monumental du musée, il aurait aimé amputer son regard de toute perspective, de toute échappée, pouvoir le réduire à cet itinéraire étriqué qui le conduisait du parking jusqu’au hall d’entrée, les yeux fixés sur le cuir mal ciré de ses chaussures. Le bâtiment éveillait en lui une nausée indéfinissable proche de l’agoraphobie. Une ivresse malsaine, plutôt un vertige, né de l’alignement parallèle des degrés, de leur blancheur aveuglante sous le soleil. Parfois il avait la certitude que l’escalier, tel un accordéon immaculé, allait se déformer sous ses pas, gonfler, rouler, se distendre en une cacophonie monstrueuse qu’il serait seul à entendre et qui le jetterait là, au beau milieu du trottoir après que les marches — devenues brusquement molles — auraient charrié son corps comme celui d’un noyé ballotté par les vagues. »
Extrait de : S. Brussolo. « Aussi lourd que le vent. »
Armés et dangereux par Serge Brussolo

Fiche de Armés et dangereux
Titre : Armés et dangereux
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1993
Editeur : Editions du Masque
Première page de Armés et dangereux
« Le chien gris sortit du bungalow. C’était une vieille bête au museau blanchi par l’âge, et qui boitait bas. On aurait vainement essayé de déterminer sa race. Jadis il avait été un fier chien de garde toujours en éveil, prompt à détecter les intrus et à montrer les crocs, aujourd’hui ce n’était plus qu’une outre sur pattes. Une outre de cuir mangée par la pelade, et qui sentait mauvais. Il fit quelques pas hésitants sur la pelouse en friche, devant la haute maison dont le fronton de pierre disparaissait sous le chanvre des lianes et les ramifications des plantes grimpantes. Tout autour de la bâtisse, le jardin s’était peu à peu changé en une jungle épaisse avalant balustrades et statues.
L’animal gémit. Chaque fois qu’il regardait la résidence en ruines, la peur le saisissait. Une peur qui lui dressait le poil sur l’échine. Cinquante ans auparavant, la maison était lentement sortie de terre, majestueuse. Ç’avait été un monument de blancheur dans l’écran végétal de cette oasis plantée à la lisière du désert Mojave. Une maison à colonnades et fronton, à la manière des demeures du Vieux Sud, presque un petit château. »
Extrait de : S. Brussolo. « Armés et dangereux. »
Anatomik par Serge Brussolo

Fiche de Anatomik
Titre : Anatomik
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2019
Editeur : Bragelonne
Première page de Anatomik
« Juillet 2118. Golfe du Mexique. Zone de guerre. 217e jour d’engagement de la 8e division de Marines des États-Unis contre les forces des Cartels coalisés. Synthèse des opérations : fortes pertes humaines du côté américain. Désorganisation de la logistique. Armement obsolète. Malgré toutes les tentatives de reprise en main, l’ennemi reste maître du feu. Demande de repli stratégique refusée par le Quartier Général. Le mot d’ordre reste : Tenir coûte que coûte et défendre la frontière.
Les chasseurs-bombardiers Torpedo-27 déchirent le ciel laiteux comme le feraient les griffes d’un félin mettant en pièces un rideau de soie.
— Duck 1 ! hurle le caporal Alvarez, ça va tomber !
Le sergent-chef Charles « Chuck » Ozzborn se jette dans la tranchée à la suite de ses hommes. C’est un grand type taillé en bûcheron, un montagnard venu d’un trou perdu du Montana : Mawapata, un bled inscrit en troisième position sur la liste des trous du cul du monde. Gueulard, il est tout de même apprécié des bidasses de la compagnie Reco-6. »
Extrait de : S. Brussolo. « Anatomik. »