Auteur/autrice : CH91

 

Le semeur d’ombres par Michel Honaker

Fiche de Le semeur d’ombres

Titre : Le semeur d’ombres
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 1985
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le semeur d’ombres

« Comptoir spatial d’Intimar, 14e Secteur Habité de l’Outre-Monde.

« Ici Alan Pierce, de votre centre de Coordination chéri ! Bonne année à tous les petits veinards qui se sont fait baiser pour aller patauger dans la mélasse en cette première nuit de l’an de grâce… euh, j’ai déjà oublié le millésime, désolé ! Mais haut les cœurs, les copains. Encore quatre heures au jus et puis vous pourrez rentrer chez vous finir les restes. Je veux dire ceux qu’aura bien voulu laisser l’amant de votre femme, ha ! ha ! ha !

— Youpi, répondit sinistrement Cheval Bandant à mes côtés, qui lui au moins ne cherchait pas à dissimuler son dégoût à l’égard des rigueurs du planning de service. D’ailleurs, et d’une façon générale, Cheval Bandant n’avait pas pour habitude de dissimuler quoi que ce soit. C’était un personnage foncièrement honnête, direct et très indulgent à l’égard d’autrui. Suffisamment indulgent pour tolérer ce sobriquet ridicule qui voulait faire allusion avec humour à ce fort pourcentage de sang indien qu’il revendiquait avec hauteur. »

Extrait de : M. Honaker. « Le semeur d’ombres. »

Le fouilleur d’âmes par Michel Honaker

Fiche de Le fouilleur d’âmes

Titre : Le fouilleur d’âmes
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 1991
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le fouilleur d’âmes

« Félix Neighbors n’avait plus de salive. Sa langue était soudée à son palais. Il conduisait dans la nuit, droit devant lui, incapable de penser. Serrant les dents à les briser. Son regard fou était vrillé sur la route qui sinuait telle une vilaine balafre dans la lumière crue des phares. Il enfonçait ses ongles dans le cuir du volant. Une sueur glacée lui collait la chemise à la peau. Il avait l’impression d’être enveloppé dans un suaire. Cette pensée, qui lui aurait répugné quelques mois plus tôt, ne rencontrait plus que son indifférence.
L’indifférence. Il était indifférent à tout.
Sauf à ce qui le poursuivait.
Il n’appartenait déjà plus à ce monde. Son corps n’était plus qu’une coquille vide. Sa pensée était ailleurs. Ailleurs. Il fut tenté de précipiter la voiture dans le profond ravin qui s’ouvrait devant lui. De plonger dans l’obscurité où s’enlisait le faisceau des phares. Mourir. Il accéléra. En finir. »

Extrait de : M. Honaker. « Le fouilleur d’âmes. »

Le bourreau de la pleine lune par Michel Honaker

Fiche de Le bourreau de la pleine lune

Titre : Le bourreau de la pleine lune
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 2003
Editeur : Gallimard

Première page de Le bourreau de la pleine lune

« An de grâce 1245, sous le règne du roi saint Louis.

– Après tout, je peux bien vous dévoiler le but de mon voyage. Vois-tu enfant, je suis bailli extraordinaire de Sa Majesté le roi Louis et je me rends au château de Mortecombe. Il se trouve qu’un mystère des plus étonnants a plongé les habitants de cette baronnie dans un grand effroi et je suis chargé d’enquêter à ce sujet.

Fernand de Solamor avait parlé de cette voix solennelle dont il semblait ne vouloir jamais se départir. Peut-être un soudain sentiment de solitude l’avait-il poussé à la confidence, à moins qu’il n’ait simplement voulu retrouver l’usage de ses lèvres gelées. Il chevauchait depuis plusieurs lieues sur cette route abandonnée de Champagne en compagnie d’un jeune inconnu. Il l’avait jusqu’alors traité avec hauteur non seulement parce qu’il montait une mauvaise mule, mais également à cause de son âge. Il est vrai que Gabriel de Nivert sortait à peine de l’adolescence. Ses cheveux de lin coupés au bol flottaient sur ses épaules grêles. De sa figure aiguisée comme le tranchant d’une hache se dégageait un nez remarquablement long et bosselé, dont la laideur était mal compensée par deux yeux en amande, clairs et vifs comme des alevins. »

Extrait de : M. Honaker. « Le Bourreau de la Pleine Lune. »

Le baron ténèbre par Michel Honaker

Fiche de Le baron ténèbre

Titre : Le baron ténèbre
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 1998
Editeur : Flammarion

Première page de Le baron ténèbre

« Maître Baldenbrock avait veillé à ce que la fête fût digne de l’événement. Aidé de quelques compagnons, il avait décoré sa taverne — l’une des plus estimables de la bonne ville de Perth —, avec force guirlandes de feuilles de chêne et bougies multicolores. La longue table débordait de victuailles, les tonneaux s’alignaient noblement, attestant qu’il avait dépensé sans compter. Diable, on ne mariait sa fille qu’une fois !

Par-dessus tout, l’aubergiste tirait fierté de la chambre nuptiale qu’il avait aménagée avec soin. Il n’avait lésiné ni sur les rubans, ni sur les fleurs, et, pour couronner le tout, avait disposé sur la commode la cassette ouvragée — présent de sa défunte épouse — contenant les cent écus d’or de la dot.

À présent, il était assis tristement et contemplait ce déploiement inutile le menton dans la paume de sa main, l’air abattu. Cousins, voisins, habitués étaient venus en nombre. »

Extrait de : M. Honaker. « Le baron ténèbre. »

La sorcière de midi par Michel Honaker

Fiche de La sorcière de midi

Titre : La sorcière de midi
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 1991
Editeur : Rageot Editeur

Première page de La sorcière de midi

« … J’attends depuis longtemps sur le bord de cette grande route pas loin de mon village, où les camions ne s’arrêtent jamais. Je ne suis pas encore fatigué d’attendre, même si j’ai les pieds qui commencent à devenir tout bleus dans mes chaussettes mouillées. J’ai déjà mangé le sandwich que ma mère m’a donné avant de partir, en me disant qu’aller sur la route pour devenir grand, c’était plus difficile que je ne pensais et qu’aussi je devrais faire très attention de ne pas parler à tort et à travers comme ça m’arrive souvent. J’ai mangé le sandwich parce que j’avais faim. J’ai souvent très faim et c’est pour ça que je suis un peu plus gros que les autres. Mais si on veut devenir grand, il vaut mieux être un tout petit peu gros aussi…
— Ed ?
J’attends le car qui emmène les grandes personnes dans la vallée, où il y a une ville pleine de rues, des rues pleines de maisons, et sur les maisons plein d’antennes pour voir les dessins animés à la télé. Il faut prendre ce car-là pour devenir grand. »

Extrait de : M. Honaker. « La Sorcière de Midi. »

La nuit appartient au tigre par Michel Honaker

Fiche de La nuit appartient au tigre

Titre : La nuit appartient au tigre
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 2016
Editeur : Denoël

Première page de La nuit appartient au tigre

« Le monde appartient aux Hommes, mais la nuit appartient au Tigre.
Elle est mon alliée. Ma compagne.
Elle me dérobe à votre vue quand je m’approche de vos maisons.
Le stupide macaque peut bien s’agiter dans les arbres, le buffle bramer au fond de son étable, le chien aboyer dans la ruelle, mon ombre se confond dans l’obscurité. Quand bien même apparaît la lune, mes rayures me rendent indécelable parmi herbes et broussailles.
Ainsi je peux me glisser derrière vous.
Tout près.
Sans bruit. À votre insu.
Je perçois votre respiration inquiète et le battement agité de votre cœur.
Hommes, vous êtes si vulnérables.
Ce soir, ce ne sera pas vous, mais un autre que j’ai choisi.
Il a passé sa journée entière dans la rizière, avec de l’eau jusqu’aux chevilles. »

Extrait de : M. Honaker. « La nuit appartient au tigre. »

L’oreille absolue par Michel Honaker

Fiche de L’oreille absolue

Titre : L’oreille absolue
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 1992
Editeur : Fleuve noir

Première page de L’oreille absolue

« L’arche plongeait dans l’infini, complexe et rebelle, empreinte pourtant d’une singulière beauté, d’une indicible harmonie. Son orgueilleuse structure s’élaborait sans à-coups, patiemment, telle une toile d’araignée filée par des doigts invisibles. Elle semblait personnifier la force du génie créateur, farouche, indépendant. Pourtant, au détour d’une saillie ombreuse, d’une volute interrogative, elle trahissait l’incertitude, la fragilité de son concepteur, sa profonde humanité.

Elle avait pris corps dans ce rien, ce vide, ce néant où mille univers pourtant semblaient coexister.

Il décida de l’appeler Faust.

Aussitôt, une clarté nouvelle vint nimber l’édifice, déchirer ses recoins ténébreux, adoucir ses angles, sans pour autant donner le sentiment d’altérer sa marche implacable. Cette coulée de pétales d’or pur, délicats et ondoyants, évoquait la dualité amoureuse, mélange de pureté et de sensualité. »

Extrait de : M. Honaker. « L’oreille absolue. »

Enfer et purgatoire par Michel Honaker

Fiche de Enfer et purgatoire

Titre : Enfer et purgatoire
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 1989
Editeur : Fleuve noir

Première page de Enfer et purgatoire

« Nelson Grocke habitait à ciel ouvert, dans une allée de colonnes antiques, ce qui relevait d’une hérésie suicidaire pour la plupart des habitants de Purgatoire.
Aucun module d’accélération n’arrivait jusqu’à lui.
Aucune rumeur de la ville.
Aucun cri d’agonie.
Rien que le vent, quand il trouvait par hasard l’entrée du labyrinthe de structures gauchies, proches de la renverse. Quand il échappait à la vigilance des soupirails romains. Quand il faussait compagnie à l’étreinte des voussures gothiques et filait sous les portiques moyenâgeux. Alors il apportait l’odeur des vieilles pierres et des enjolivures moisies, le relent des tumulus inexplorés et Grocke restait des heures à s’enivrer des séductions olfactives du lointain passé.
Quelques décennies plus tôt, on avait rassemblé en ce lieu toutes les merveilles d’architecture du monde. »

Extrait de : M. Honaker. « Enfer et Purgatoire. »

Croisière en meurtre majeur par Michel Honaker

Fiche de Croisière en meurtre majeur

Titre : Croisière en meurtre majeur
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 1993
Editeur : Rageot Editeur

Première page de Croisière en meurtre majeur

« Le Havre, 17 avril 1891

L’embarcadère était noir de monde. Il régnait cette ambiance particulière d’avant le départ, où la peine le dispute à l’allégresse, où l’on s’étreint une dernière fois avec émotion. Les amoureux s’embrassaient sous le regard indulgent des vieilles personnes. Des enfants pleuraient. Des mouchoirs s’agitaient comme autant d’ailes blanches.
Le paquebot fit retentir le son bourru de sa sirène. L’appareillage n’était qu’une question de minutes. Le Bretagne était bien le mastodonte décrit sur l’affiche publicitaire qui ornait l’entrée du port. Spécialement conçu pour affronter les longues traversées, il se flattait de rivaliser avec ses plus prestigieux concurrents britanniques et allemands. De fait, il avait une longueur impressionnante et l’aspect imposant d’une forteresse. Les seules cheminées étaient aussi hautes qu’une maison. Il filait quatorze nœuds, ce qui était considérable pour l’époque. »

Extrait de : M. Honaker. « Croisère en Meurtre Majeur. »

Carabosse par Michel Honaker

Fiche de Carabosse

Titre : Carabosse – La légende des cinq Royaumes
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 2014
Editeur : Flammarion

Première page de Carabosse

« C’était en cette forêt d’Ascagne où les arbres millénaires murmuraient encore les contes d’autrefois, où les esprits bénéfiques folâtraient parmi les fougères. Les korrigans y bayaient aux étoiles, et les créatures aux mille secrets pouvaient paraître et scintiller dans le clair-obscur.

C’était en ce lieu autrefois béni par le savoir des elfes et des personnes oubliées que se rendait la cavalière à long manteau, dont le capuchon abaissé dissimulait le visage au pâle éclat. Autrefois, une cité entière s’était dressée ici, puisant dans l’architecture de pierre blanche qu’affectionnaient ces êtres délicats aujourd’hui disparus, avec ces encorbellements surchargés, ces jardins émiettés et ces avalanches de marbre faites escaliers. Seuls en restaient de cet âge des vestiges que les liserons voraces avaient étouffés sous leur règne, à l’exception d’une clairière miraculeusement préservée.

Erlath, roi des elfes, avait vécu ici des siècles auparavant. »

Extrait de : M. Honaker. « Carabosse, la légende des cinq royaumes. »