Auteur/autrice : CH91

 

En nos vertes années par Robert Merle

Fiche de En nos vertes années

Titre : En nos vertes années (Tome 2 sur 13 – Fortune de France)
Auteur : Robert Merle
Date de parution : 1979
Editeur : Le livre de poche

Première page de En nos vertes années

« Ha certes ! Si enflammé que je fusse à galoper en ce mois de juin avec mon gentil frère Samson et notre valet Miroul par les montées et les dévalades des grands chemins de France, cependant j’avais, par bouffées, le cœur mordu de laisser si loin derrière moi dans le Sarladais la baronnie de Mespech. Peu s’en fallait que, chevauchant, ne me vînt larme à l’œil chaque fois que je me ramentevais le grand nid crénelé où j’avais éclos et mis mes plumes, protégé des troubles du temps par ses remparts, mais plus encore par la bravoure de mon père, de l’oncle Sauveterre, de nos soldats, car notre dicton périgordin dit vrai : Il n’est bons murs que de bons hommes.

Mais quoi ! Nos quinze ans venus, le latin bien enfourné dans nos têtes (où langue d’oc et français déjà voisinaient), notre valeur au surplus bien prouvée dans le combat de la Lendrevie, ne fallait-il pas nous tirer enfin du chaud duvet de notre Barberine, quitter, comme j’aimais à dire, nos maillots et enfances, et puisque nous avions le malheur d’être cadets (et mon bien-aimé Samson, par surcroît, bâtard), pousser plus avant nos études, et ainsi que l’avait décidé mon père, en Montpellier. »

Extrait de : R. Merle. « En nos vertes années – Fortune de France. »

Fortune de France par Robert Merle

Fiche de Fortune de France

Titre : Fortune de France (Tome 1 sur 13 – Fortune de France)
Auteur : Robert Merle
Date de parution : 1977
Editeur : Le livre de poche

Première page de Fortune de France

« La noblesse de ma famille ne compte pas ses huit quartiers. Elle ne commence qu’avec mon père. Je le dis sans
vergogne aucune. On pense bien que si je voulais déguiser, je ne commencerais pas ce récit. J’ai dessein de l’écrire tout droit, sans dévier, comme on trace un sillon.

M. de Fontenac, parmi les vilenies qu’il répandait sur notre compte, osait prétendre que mon arrière-grand-père, comme M. de Sauve, avait été laquais : mensonge que je lui ai fait rentrer dans la gorge.

Comme chacun sait, M. de Sauve a dû sa place de ministre autant à sa merveilleuse habileté qu’à la carrière que fit sa femme au service de la reine Catherine dans les couchettes des princes du sang. Notre famille n’est pas montée si haut, ni par de tels moyens. Elle n’est pas non plus venue de si bas, encore qu’il n’y ait pas de honte, je trouve, à être laquais, si c’est là que la peur de mourir de faim peut vous conduire un pauvre drole. »

Extrait de : R. Merle. « Fortune de France. »

Par où commencer avec Alain Damasio ?

Alain Damasio occupe une place particulière dans la science-fiction française contemporaine.

Son œuvre est relativement réduite, mais chacun de ses livres possède une identité très forte. Chez lui, la science-fiction sert autant à imaginer des mondes différents qu’à interroger notre société, notre rapport au pouvoir, aux technologies, au langage ou encore au vivant.

Mais lorsqu’on ne connaît pas encore son œuvre, une question se pose rapidement : par quel livre commencer ?

Faut-il découvrir son premier roman, La Zone du Dehors ? Se lancer directement dans La Horde du Contrevent, son œuvre la plus célèbre ? Ou choisir Les Furtifs, roman plus récent et profondément ancré dans les problématiques contemporaines ?

La bonne réponse dépend surtout de ce que vous recherchez.

Dans ce guide, nous allons donc voir quel livre d’Alain Damasio choisir pour commencer, mais aussi comment poursuivre la découverte de son œuvre.

Découvrez tous les livres d’Alain Damasio.


1. La Zone du Dehors : commencer par ses débuts

Publié en 1999, La Zone du Dehors est le premier roman d’Alain Damasio. Il s’agit d’une œuvre de science-fiction politique qui imagine une société où le contrôle ne passe plus nécessairement par la répression, mais par le confort, la norme et le consensus.

L’histoire se déroule en 2084, sur Cerclon, une cité installée sur un satellite de Saturne.

La société semble démocratique et agréable à vivre. Pourtant, derrière cette apparente liberté, les habitants sont progressivement enfermés dans un système qui les pousse à se conformer aux normes établies.

Face à cette société, un groupe de contestataires, la Volte, cherche à retrouver ce que Damasio appelle le « Dehors ».

Le roman s’intéresse donc déjà à plusieurs thèmes qui deviendront importants dans l’œuvre de l’auteur :

  • la société de contrôle ;
  • la liberté individuelle ;
  • la contestation politique ;
  • la norme sociale ;
  • le rapport entre individu et collectif.

La Zone du Dehors est donc un excellent choix si vous aimez la science-fiction politique et les romans qui utilisent un univers futuriste pour réfléchir à notre propre société.

C’est aussi une manière intéressante de découvrir les premières bases de la pensée littéraire et politique de Damasio.

Faut-il commencer par La Zone du Dehors ?

Oui, si vous aimez :

  • les dystopies ;
  • la science-fiction politique ;
  • les réflexions sur la liberté et le pouvoir ;
  • les romans engagés ;
  • les œuvres qui privilégient les idées.

En revanche, si vous recherchez avant tout la grande aventure, un univers spectaculaire et une expérience littéraire très originale, un autre roman sera probablement un meilleur point de départ.


2. La Horde du Contrevent : le meilleur point de départ ?

Si vous ne connaissez absolument pas Alain Damasio et que vous ne devez choisir qu’un seul livre, La Horde du Contrevent est probablement le choix que nous vous recommandons.

Publié en 2004, le roman raconte l’histoire d’une Horde composée de vingt-trois membres qui remontent le vent depuis des décennies.

Dans leur monde, le vent souffle sans interruption et avec une puissance extraordinaire.

La Horde avance donc dans la direction opposée au vent, à la recherche de son origine.

Mais le voyage compte autant que sa destination.

Chaque membre de la Horde possède son propre rôle, sa propre personnalité et sa propre manière de percevoir le monde. Damasio construit ainsi un récit collectif particulièrement ambitieux.

La forme même du roman participe à l’expérience de lecture.

Les différents personnages sont identifiés par des signes et des voix distinctes, ce qui oblige le lecteur à entrer progressivement dans cette communauté et à apprendre à reconnaître ses membres.

La Horde du Contrevent a reçu le Grand prix de l’Imaginaire en 2006 et est devenue l’une des œuvres les plus importantes de la science-fiction française contemporaine.

Pourquoi commencer par La Horde du Contrevent ?

Parce que le roman permet de découvrir plusieurs dimensions essentielles de Damasio en même temps.

On y trouve :

  • un univers imaginaire extrêmement original ;
  • une véritable aventure ;
  • une réflexion sur le collectif ;
  • un travail très important sur le langage ;
  • une narration expérimentale ;
  • des personnages particulièrement marqués.

C’est probablement le livre le plus représentatif de ce qui rend Damasio différent des autres auteurs de science-fiction française.

Mais attention…

La Horde du Contrevent n’est pas forcément le livre le plus facile pour débuter.

Le style de Damasio peut dérouter et la structure du roman demande un certain investissement.

Il faut accepter de ne pas tout comprendre immédiatement, de prendre le temps de distinguer les différents personnages et de se laisser progressivement emporter par l’univers.

Si vous êtes prêt à faire cet effort, le voyage peut être particulièrement marquant.


3. Les Furtifs : découvrir le Damasio contemporain

Troisième possibilité : commencer par Les Furtifs.

Publié en 2019, ce roman s’intéresse à une société dans laquelle les technologies numériques ont profondément transformé les rapports humains. Le livre prolonge ainsi plusieurs préoccupations déjà présentes dans les œuvres précédentes de Damasio, notamment autour du contrôle, de la technologie et de la liberté.

Le roman se déroule dans un futur proche et s’intéresse notamment aux conséquences de la surveillance et de la numérisation croissante de la société.

Mais Damasio ne se contente pas de dénoncer les technologies.

Il cherche également à imaginer d’autres façons d’habiter le monde, de communiquer et de créer du lien.

C’est ce qui rend Les Furtifs particulièrement intéressant pour découvrir l’auteur aujourd’hui : certaines de ses préoccupations font directement écho aux débats contemporains sur le numérique, les données personnelles, la surveillance et la place de la technologie dans nos vies.

Pourquoi commencer par Les Furtifs ?

Oui, si vous aimez :

  • la science-fiction proche de notre époque ;
  • les réflexions sur le numérique ;
  • les questions de surveillance et de contrôle ;
  • les romans engagés ;
  • les expérimentations autour du langage.

Le roman peut toutefois être exigeant lui aussi.

Comme souvent chez Damasio, l’auteur ne cherche pas simplement à raconter une histoire : il expérimente avec la langue et avec la forme.


4. Aucun souvenir assez solide : découvrir Damasio par les nouvelles

Si vous hésitez à vous lancer directement dans un roman de plusieurs centaines de pages, Aucun souvenir assez solide constitue une excellente alternative.

Publié en 2012, ce recueil rassemble plusieurs textes qui permettent de découvrir une autre facette d’Alain Damasio.

On y retrouve certaines des préoccupations qui traversent ses romans : la liberté, le pouvoir, les technologies, les rapports humains, mais aussi la manière dont le langage permet de construire des mondes.

Le format de la nouvelle présente également un avantage évident : chaque texte propose une expérience différente et peut être lu indépendamment.

C’est donc une bonne façon de découvrir l’écriture de Damasio sans avoir à s’engager immédiatement dans l’un de ses grands romans.

Pourquoi commencer par ce recueil ?

👉 Si vous aimez les nouvelles et les textes courts.

👉 Si vous voulez découvrir son style avant de vous lancer dans La Horde du Contrevent.

👉 Si vous appréciez la science-fiction sous forme d’idées, d’expérimentations et de situations originales.


5. Scarlett et Novak : une première lecture rapide

Si vous cherchez quelque chose de court et accessible, Scarlett et Novak est probablement le meilleur choix.

Le texte s’intéresse à notre rapport aux technologies numériques et notamment à la place prise par le smartphone dans notre quotidien.

Damasio y imagine une situation qui permet de réfléchir à notre dépendance aux outils numériques, à l’attention et à la manière dont les technologies peuvent progressivement modifier nos comportements.

L’intérêt de ce texte est aussi sa brièveté.

Vous pouvez donc le lire rapidement et vous faire une première idée de certaines des préoccupations qui traversent l’œuvre de Damasio.

Pourquoi choisir Scarlett et Novak ?

👉 Si vous voulez une lecture courte.

👉 Si les questions liées au numérique vous intéressent.

👉 Si vous souhaitez découvrir Damasio sans commencer par un roman de plusieurs centaines de pages.

C’est probablement la porte d’entrée la plus simple de cette sélection.


6. Le Dehors de toute chose : prolonger La Zone du Dehors

Si La Zone du Dehors vous a particulièrement intéressé, vous pouvez poursuivre avec Le Dehors de toute chose.

Ce texte constitue une autre manière d’explorer l’univers et les idées du premier roman de Damasio.

On y retrouve notamment la question de la liberté et du rapport entre l’individu et la société.

Cette lecture est particulièrement intéressante pour les lecteurs qui ont apprécié la dimension politique de La Zone du Dehors et souhaitent approfondir les idées développées par l’auteur.

👉 Notre conseil : lisez d’abord La Zone du Dehors, puis Le Dehors de toute chose.


7. Vallée du silicium : Damasio face au monde numérique

Avec Vallée du silicium, Damasio quitte la fiction pour observer directement le monde contemporain.

Le livre s’intéresse notamment à la Silicon Valley et aux technologies qui transforment progressivement notre société.

Cette fois, l’auteur ne construit pas un futur imaginaire pour interroger notre présent : il part du monde réel.

C’est une lecture particulièrement intéressante si ce qui vous attire chez Damasio est sa réflexion sur :

  • les technologies ;
  • l’intelligence artificielle ;
  • le numérique ;
  • les grandes entreprises technologiques ;
  • notre rapport aux outils numériques ;
  • les transformations de la société.

Vallée du silicium permet ainsi de comprendre que les préoccupations présentes dans Les Furtifs ne sont pas uniquement des thèmes de science-fiction.

Damasio s’intéresse directement aux transformations technologiques que nous vivons aujourd’hui.

À qui conseiller Vallée du silicium ?

👉 Aux lecteurs intéressés par les technologies.

👉 À ceux qui ont aimé Les Furtifs.

👉 À ceux qui souhaitent découvrir Damasio lorsqu’il écrit sur le monde réel.


8. Le dehors et la liberté : La Zone du Dehors ou Les Furtifs ?

Deux romans permettent particulièrement bien de comprendre la dimension politique de l’œuvre de Damasio.

La Zone du Dehors imagine une société futuriste où la contestation s’oppose à un système qui semble avoir remplacé la contrainte par le confort et la normalisation.

Les Furtifs, de son côté, s’intéresse davantage aux technologies, à la surveillance et à la possibilité de préserver des espaces de liberté dans une société toujours plus connectée.

Les deux romans sont donc complémentaires.

Si vous souhaitez comprendre l’évolution des préoccupations de Damasio, il peut être particulièrement intéressant de les lire dans cet ordre :

La Zone du DehorsLes Furtifs

Vous pourrez ainsi observer comment certaines questions présentes dès son premier roman réapparaissent, plusieurs années plus tard, dans un monde profondément transformé par le numérique.


9. La Horde du Contrevent : pour les lecteurs qui aiment les expériences littéraires

Il faut également revenir sur La Horde du Contrevent, car le roman mérite une recommandation particulière pour un type de lecteur bien précis.

Si vous aimez avant tout la langue, les expérimentations narratives et les romans qui demandent une véritable participation du lecteur, c’est probablement le livre de Damasio qu’il faut privilégier.

L’auteur ne se contente pas de raconter l’histoire de la Horde.

Il joue avec les voix, les points de vue, la typographie et la structure du récit.

La lecture demande donc davantage d’attention qu’un roman de science-fiction classique.

Mais cette exigence fait aussi partie de son intérêt.

À qui conseiller La Horde du Contrevent ?

👉 Aux lecteurs qui aiment les expériences littéraires.

👉 Aux amateurs de romans choraux.

👉 À ceux qui apprécient les univers imaginaires très originaux.

👉 Aux lecteurs qui aiment prendre leur temps avec un livre.

Si votre priorité est d’avoir une lecture rapide et immédiatement accessible, commencez plutôt par Scarlett et Novak.

Si vous recherchez l’expérience littéraire la plus ambitieuse de Damasio, choisissez La Horde du Contrevent.


10. Quel livre choisir selon vos goûts ?

À ce stade, on peut déjà établir un parcours très simple.

Vous aimez…Commencez par…
Les grandes aventures de science-fictionLa Horde du Contrevent
La dystopie et la SF politiqueLa Zone du Dehors
Les technologies et la surveillanceLes Furtifs
Les nouvellesAucun souvenir assez solide
Les textes courtsScarlett et Novak
Approfondir La Zone du DehorsLe Dehors de toute chose
Les technologies contemporainesVallée du silicium
Les expérimentations littérairesLa Horde du Contrevent

11. Et les autres textes ?

Votre découverte de Damasio ne s’arrête évidemment pas à ses trois grands romans.

Son œuvre comprend également plusieurs textes plus courts et projets particuliers.

Celle qui bruisse, Novak et son Ai-phone, Une autre mondialisation en mouvement ? ou encore Vos souvenirs sont notre avenir permettent d’explorer d’autres aspects de son travail.

Ces textes sont cependant moins évidents comme première porte d’entrée.

Nous vous conseillons donc de les découvrir après avoir lu au moins l’un de ses grands romans ou recueils.

Ils prennent davantage de sens lorsqu’on connaît déjà les thèmes et les préoccupations qui traversent son œuvre.


12. Notre parcours conseillé

Si vous souhaitez finalement découvrir Alain Damasio de manière progressive, voici le parcours que nous vous recommandons :

Étape 1 — Découvrir son univers

La Horde du Contrevent

C’est le meilleur choix pour comprendre la singularité de son écriture.

Étape 2 — Découvrir sa dimension politique

La Zone du Dehors

Vous découvrirez les racines de sa réflexion sur la liberté, le contrôle et la société.

Étape 3 — Se tourner vers notre époque

Les Furtifs

Vous retrouverez certaines de ces préoccupations confrontées au monde numérique contemporain.

Étape 4 — Découvrir son écriture courte

Aucun souvenir assez solide

Le recueil permet d’explorer d’autres idées et d’autres formes.

Étape 5 — Approfondir sa réflexion sur les technologies

Vallée du silicium

Vous pourrez alors découvrir Damasio lorsqu’il analyse directement notre monde contemporain.

Ce parcours n’est évidemment pas obligatoire.

Mais il permet de suivre une progression assez naturelle : fiction → politique → numérique → nouvelles → monde contemporain.


13. Dans quel ordre lire Alain Damasio ?

Contrairement à certains auteurs de science-fiction dont les œuvres sont organisées en cycles, Alain Damasio ne nécessite pas de suivre un ordre de lecture strict.

Ses principaux romans sont indépendants les uns des autres.

Vous pouvez donc parfaitement commencer par Les Furtifs sans avoir lu La Zone du Dehors, ou découvrir La Horde du Contrevent sans connaître aucun autre texte de l’auteur.

Néanmoins, si vous souhaitez parcourir progressivement son œuvre, certains enchaînements sont particulièrement intéressants.


14. Le parcours chronologique

Pour découvrir l’évolution de l’écriture et des préoccupations d’Alain Damasio, le plus simple est de suivre l’ordre de publication de ses principaux ouvrages.

1. La Zone du Dehors — 1999

Son premier roman constitue le point de départ naturel.

On y découvre déjà son intérêt pour la liberté, le contrôle social, la politique et la possibilité de construire une société différente.

2. La Horde du Contrevent — 2004

Cinq ans plus tard, Damasio change complètement d’univers.

La dimension politique reste présente, mais l’auteur développe considérablement son travail sur le langage, les personnages et la forme narrative.

3. Aucun souvenir assez solide — 2012

Ce recueil permet de découvrir son travail dans le format de la nouvelle.

Il constitue une étape intéressante après les deux premiers romans.

4. Le Dehors de toute chose — 2014

Ce texte permet notamment de prolonger certaines réflexions liées à La Zone du Dehors.

5. Les Furtifs — 2019

Damasio revient au roman avec une œuvre profondément ancrée dans les questions contemporaines liées aux technologies, à la surveillance et au numérique.

6. Vallée du silicium — 2024

Avec cet ouvrage, l’auteur quitte cette fois la fiction pour observer directement les transformations technologiques de notre monde.


15. Peut-on lire Les Furtifs avant La Zone du Dehors ?

Oui, absolument.

Il n’existe aucune obligation de lire La Zone du Dehors avant Les Furtifs.

Les deux romans racontent des histoires différentes et se déroulent dans des univers différents.

Cependant, les lire dans cet ordre peut être particulièrement intéressant :

La Zone du DehorsLes Furtifs

Vous pourrez alors observer comment certaines préoccupations de Damasio évoluent entre 1999 et 2019.

La question du contrôle social est notamment abordée sous des formes très différentes.

Dans La Zone du Dehors, Damasio imagine une société futuriste où la norme et le consensus participent à l’enfermement des individus.

Dans Les Furtifs, les technologies numériques et la surveillance occupent une place beaucoup plus importante.

Lire les deux romans permet donc de mesurer l’évolution de la réflexion de l’auteur.


16. Faut-il lire La Horde du Contrevent avant le reste ?

Pas nécessairement.

Mais si vous souhaitez comprendre rapidement ce qui rend Alain Damasio si particulier, c’est probablement le roman que nous vous conseillons de privilégier.

La Horde du Contrevent est une œuvre indépendante et ne nécessite aucune connaissance préalable.

Elle peut donc être votre premier Damasio.

Elle peut également être lue après La Zone du Dehors, ce qui permet de voir immédiatement le changement d’univers et de forme entre les deux romans.


17. Quel ordre pour les textes courts ?

Les textes courts peuvent être lus beaucoup plus librement.

Après un premier roman, vous pouvez notamment vous tourner vers :

Aucun souvenir assez solide

pour découvrir ses nouvelles ;

Scarlett et Novak

pour une lecture courte autour de notre rapport aux technologies ;

Le Dehors de toute chose

pour prolonger certaines des réflexions de La Zone du Dehors ;

ou encore les autres textes présents dans son œuvre, comme Celle qui bruisse, Novak et son Ai-phone ou Vos souvenirs sont notre avenir.

Il n’est donc pas nécessaire de chercher un ordre strict pour cette partie de sa bibliographie.


18. Un ordre de lecture idéal pour découvrir toute son œuvre

Si vous souhaitez simplement suivre un parcours que nous jugeons équilibré, voici celui que nous vous proposons :

1. La Horde du Contrevent

Pour découvrir l’écriture et l’imaginaire de Damasio.

2. La Zone du Dehors

Pour découvrir sa science-fiction politique et ses premières grandes réflexions sur la société.

3. Aucun souvenir assez solide

Pour découvrir son travail sur les nouvelles.

4. Les Furtifs

Pour retrouver ses préoccupations politiques et sociales dans un monde beaucoup plus proche du nôtre.

5. Le Dehors de toute chose

Pour prolonger certaines des idées de La Zone du Dehors.

6. Scarlett et Novak

Pour une lecture courte et accessible autour du numérique.

7. Vallée du silicium

Pour découvrir son regard direct sur les technologies et les transformations contemporaines.

Les autres textes peuvent ensuite être lus librement, en fonction de vos centres d’intérêt.


19. Quel ordre selon votre profil ?

Il n’existe finalement pas un seul bon ordre de lecture.

Vous êtes amateur de science-fiction

👉 La Horde du ContreventLa Zone du DehorsLes Furtifs

C’est le parcours que nous privilégierions pour découvrir les trois grands romans.

Vous aimez la dystopie

👉 La Zone du DehorsLes FurtifsLe Dehors de toute chose

Vous pourrez ainsi approfondir la dimension politique de son œuvre.

Vous aimez les nouvelles

👉 Aucun souvenir assez solideLa Horde du ContreventLes Furtifs

Commencer par les textes courts permet de se familiariser avec son style avant de passer aux romans les plus ambitieux.

Vous vous intéressez aux nouvelles technologies

👉 Les FurtifsScarlett et NovakVallée du silicium

Ce parcours permet de passer progressivement de la fiction à l’observation du monde réel.

Vous aimez les expériences littéraires

👉 La Horde du ContreventAucun souvenir assez solideLes Furtifs

Vous pourrez ainsi découvrir les différentes manières dont Damasio joue avec la langue, les voix et la narration.


20. L’essentiel à retenir

Il n’est donc pas nécessaire de lire Alain Damasio dans un ordre précis.

Ses trois grands romans sont indépendants :

Vous pouvez commencer par celui qui correspond le mieux à vos goûts.

Si vous voulez simplement une recommandation unique, La Horde du Contrevent reste probablement le meilleur point de départ pour découvrir la singularité de l’auteur.

Si vous préférez la dystopie et la politique, choisissez La Zone du Dehors.

Si les questions liées au numérique et aux technologies vous intéressent davantage, commencez par Les Furtifs.

Et si vous souhaitez une lecture courte avant de vous lancer dans ses romans, Scarlett et Novak constitue une excellente porte d’entrée.

L’important n’est donc pas tant de respecter un ordre que de choisir le Damasio qui correspond le mieux à vos envies de lecture.


Conclusion

Alain Damasio n’est pas l’auteur d’une œuvre immense en nombre de romans, mais chacun de ses livres possède une personnalité très marquée.

La Zone du Dehors, La Horde du Contrevent et Les Furtifs constituent les trois grandes portes d’entrée de son univers. À côté de ces romans, ses nouvelles, ses textes courts et ses ouvrages consacrés aux transformations technologiques permettent d’explorer d’autres facettes de son travail.

Pour une première découverte, nous vous conseillons de commencer par La Horde du Contrevent si vous recherchez une expérience littéraire ambitieuse, par La Zone du Dehors si vous aimez la dystopie politique, ou par Les Furtifs si les technologies et les transformations de notre société vous intéressent.

Et surtout, ne vous laissez pas impressionner par la réputation parfois exigeante de Damasio.

Son écriture demande de l’attention, mais c’est aussi ce qui fait sa richesse.

Chez lui, la science-fiction n’est jamais seulement un décor.

Elle devient un moyen de questionner notre liberté, notre société, notre langage, nos technologies et notre manière d’habiter le monde.

C’est probablement pour cela que, plusieurs années après leur publication, ses romans continuent de susciter autant de discussions et de trouver de nouveaux lecteurs.

Cinq solutions pour en finir par Dominique Douay

Fiche de Cinq solutions pour en finir

Titre : Cinq solutions pour en finir
Auteur : Dominique Douay
Date de parution : 1978
Editeur : Denoël

Première page de Cinq solutions pour en finir

« Hier, je m’appelais Léo le Lion et j’avais trente-trois ans.
Aujourd’hui – aujourd’hui, j’en ai encore trente-trois, et je m’appelle toujours Léo le Lion. Étrange, non ?
Ah ! j’oubliais. La nuit dernière n’était pas une nuit comme les autres. C’était la Nuit du Changement.
— Que le Changement te soit agréable et profitable, murmura Labelle La Belle avec une nuance de regret dans la voix.
— C’est ça, bon Changement, répondit Léo, sarcastique.
Elle leva les yeux vers lui, lui sourit tristement : « C’est la vie… »
« C’est la vie. » Cette constatation ne lui apportait aucun réconfort, mais il se força à lui sourire en retour. Autant ne pas rendre l’instant plus pénible encore… »

Extrait de : D. Douay. « Cinq solutions pour en finir. »

Car les temps changent par Dominique Douay

Fiche de Car les temps changent

Titre : Car les temps changent
Auteur : Dominique Douay
Date de parution : 2014
Editeur : Les moutons électriques

Première page de Car les temps changent

« Hier, je m’appelais Léo Le Lion et j’avais trente-trois ans.
Aujourd’hui… – aujourd’hui, j’en ai toujours trente-trois et je continue de m’appeler Léo Le Lion. Étrange.
Étrange, oui. Car la nuit dernière n’était pas une nuit comme les autres. C’était la Nuit du Changement.
The order is
Rapidly fadin’
And the first one now
Will later be last
For the times they are a-changin’

Le patron respectait la clientèle : il attendit donc que la voix du chanteur s’éteigne pour couper le courant du jukebox. La téloche grésilla cinq bonnes secondes puis l’écran fut parcouru par les vagues d’une écume grisâtre.
– Hé, Paulo ! Faudrait que tu penses à changer ta télé ! lança quelqu’un du fond de la salle, au milieu des rires et des conversations.
– Tu parles ! répondit Paulo (qui d’ailleurs ne s’appelait certainement pas Paulo, mais à Paris on appelle comme ça tous les patrons de bistrots. Paulo mon Poteau. C’est plus simple : si on devait se souvenir de tous les noms…). Tu parles, à moins une du Changement ! Mon successeur s’en occupera – ou alors il fera avec jusqu’au Changement suivant, à lui de voir… »

Extrait de : D. Douay. « Car les temps changent. »

Brume de cendres par Dominique Douay

Fiche de Brume de cendres

Titre : Brume de cendres
Auteur : Dominique Douay
Date de parution : 2016
Editeur : Les moutons électriques

Première page de Brume de cendres

«  Elles reviendront. Les Nuées Noires sont toujours revenues, toujours. À chaque fois plus fortes, détruisant à chaque retour plus de mondes…

— Quelques dizaines sur des milliards de milliards de Terres, Très-Haut, trop peu pour que ces destructions puissent affecter vraiment la Protée !

— Pour le moment, Nazim, pour le moment ! »

Nazim, Grand Intendant de la Bibliothèque, a vécu trop longtemps dans l’entourage de la Sapience pour ignorer que, dans tout discours, il y a les mots et la musique des mots. Les mots… ils portent en eux une signification que tout un chacun est capable de saisir en s’aidant au besoin de lexiques ou de dictionnaires. Mais la musique, l’agencement des mots au sein du discours, la façon dont ils sont prononcés, c’est bien autre chose : cette musique permet l’accès à d’autres niveaux de compréhension, chaque niveau correspondant à un grade de l’initiation qui mène à la Sapience. De cette initiation, Nazim n’a suivi que les premières étapes, mais le ton employé par le Sage d’entre les Sages est tout à fait clair, même pour un profane à peine dégrossi : il signifie que, sur ce point au moins, la discussion est close. »

Extrait de : D. Douay. «  Brume de cendres. »

La femme en gris par Walker G. Everett

Fiche de La femme en gris

Titre : La femme en gris
Auteur : Walker G. Everett
Date de parution : 1935
Traduction : Mais-Encore.fr
Editeur : Mais-Encore.fr

Première page de La femme en gris

« Bill était à un dîner chez les Carter quand le sujet fut abordé pour la première fois — un dîner auquel il ne serait jamais allé s’il avait pu se trouver la moindre excuse valable. Sarah Carter recevait une amie venue de la côte Est, une ancienne camarade de classe, ou quelque chose dans ce goût-là. Bill s’était retrouvé assis à côté d’elle. La jeune femme passa une bonne partie du repas à énumérer les personnes qu’elle ne pouvait pas encadrer.
— Et elles sont allées raconter partout en ville, enrageait-elle, que c’était moi qu’on avait surprise dans ce tripot routier, et que je portais une perruque rousse pour ne pas être reconnue ! Oh, ce que j’aimerais me venger d’elles… Ce sont les créatures les plus détestables qui soient. Tu n’as pas une idée à me suggérer ? »

Extrait de : W.G Everett. « La femme en gris. »

Walker G. Everett

Présentation de Walker G. Everett :

Walker G. Everett vit le jour en l’an 1904 dans la métropole de Chicago, dans l’État de l’Illinois, et s’éteignit en 1968 à New York. Il convient de préciser d’emblée que ce monsieur ne fut point un homme de lettres par vocation première. Ses contemporains le connurent davantage comme un artiste peintre, dont les toiles figurent aujourd’hui encore dans quelques salles des ventes, ainsi que comme un homme de l’industrie, œuvrant notamment dans les agences de publicité au sein des départements dédiés à la réclame radiophonique et télévisée naissante.

Si son nom résonne encore timidement dans les cénacles de l’anticipation et du fantastique, c’est à la faveur d’une incursion aussi brève que marquante. Au mois de juin de l’an 1935, il livra aux presses du mythique magazine d’épouvante « Weird Tales » une nouvelle intitulée « La Femme en gris » (The Woman in Gray). Ce récit macabre, mettant en scène un homme qui invente un spectre pour nuire à ses ennemis avant d’en devenir lui-même la victime, fit forte impression. Le jeune Henry Kuttner, appelé lui-même à devenir une plume maîtresse de notre époque, adressa d’ailleurs au courrier des lecteurs une vibrante lettre d’admiration pour saluer la subtilité de cette œuvre. Ce texte méritoire fut par la suite arraché à l’oubli et recueilli dans la fameuse anthologie « The Other Worlds », colligée par Phil Stong en 1941.

Outre ce coup d’éclat dans les contrées de l’étrange, les archivistes ne lui connaissent guère qu’une poignée d’écrits épars, à l’instar d’une nouvelle de mœurs (« Story Without Love ») parue en 1931 dans la revue « College Humor ».

C’est là, en somme, tout ce que le chercheur méticuleux peut affirmer sur ce curieux personnage : un amateur au sens noble, qui n’aura fait que traverser l’âge d’or des pulps, mais qui y laissa une empreinte assez frissonnante pour que les amateurs de bonne littérature fantastique s’en souviennent encore.

Livres de Walker G. Everett :

La femme en gris (1935)

Pour en savoir plus sur Walker G. Everett :

La page Wikipédia sur W. G. Everett
La page Noosfere sur W. G. Everett
La page isfdb de W. G. Everett

La première d’Ashley par Eddy C. Bertin

Fiche de La première d’Ashley

Titre : La première d’Ashley
Auteur : Eddy C. Bertin
Date de parution : 1971
Traduction : Mais-Encore.fr
Editeur : Mais-Encore.fr

Première page de La première d’Ashley

« Pour un acteur, il n’est pas d’horreur comparable à celle de se sentir se désintégrer sur scène…

Il franchit le seuil du café en trébuchant et s’adossa lourdement au mur. Durant quelques secondes, il dut fermer les yeux pour échapper au violent maelström de lumière qui l’engloutissait en vagues colorées. L’obscurité était désormais derrière lui, telle une protection encore tentante. Comme il aurait été facile de lâcher prise, d’abandonner son dernier ancrage au monde pour se noyer dans les eaux sombres de la nuit.

Mais non ! Il devait tenir bon. Il lui fallait accepter cette faiblesse et cette douleur pour mieux les combattre. Lentement, il rouvrit les paupières, laissant la lumière s’infiltrer par éclats minuscules, comme autant de dagues scintillantes plantées dans ses pupilles. Il attendit de contrôler pleinement chacun de ses muscles avant de risquer le moindre pas. Prudence… murmura une voix intérieure, un souffle à peine perceptible. Sois très prudent. »

Extrait de : E.C Bertin. « La première d’Ashley. »

Robert Merle

Présentation de Robert Merle :

Robert Merle, qui vit le jour à l’aube de notre siècle, en l’an 1908, sous le soleil ardent de Tébessa en Algérie, s’est imposé comme l’une des figures les plus tutélaires et les plus lues des lettres françaises. Orphelin d’un père tombé au champ d’honneur lors des tragiques batailles des Dardanelles, ce jeune esprit particulièrement brillant se passionna très tôt pour les humanités. Élevé à la dignité d’agrégé d’anglais, il embrassa d’abord la noble carrière de l’enseignement académique, avant que les fracas de l’Histoire ne viennent bouleverser sa destinée.

Mobilisé lors du second conflit mondial, il connut le désastre de Dunkerque puis les affres de la captivité en Poméranie. De cette cruelle expérience, il tira la matière incandescente de son premier coup d’éclat littéraire : « Week-end à Zuydcoote ». Ce récit âpre et poignant lui valut de recevoir, en 1949, les lauriers du prestigieux prix Goncourt, propulsant d’emblée l’écrivain sur le devant de la scène intellectuelle et publique.

Refusant de s’enfermer dans un genre unique, cet humaniste exigeant fit montre d’une audace d’écriture peu commune. En 1952, il plongea sa plume dans les abysses de la barbarie avec « La Mort est mon métier », une vertigineuse incursion dans la psychologie d’un bourreau bureaucratique, inspirée des mémoires du commandant d’Auschwitz. L’ouvrage, par sa froideur documentaire et clinique, suscita d’intenses débats moraux dans nos salons parisiens.

Par la suite, l’auteur démontra son remarquable talent pour l’anticipation et la fable conjecturale, rejoignant par là les profondes angoisses de notre modernité. Avec « Un animal doué de raison » en 1967, il dénonce les dérives de la guerre froide et de la science militaire. Mais c’est incontestablement avec « Malevil », paru en 1972, que Robert Merle livre sa plus magistrale fresque apocalyptique. Décrivant la survie d’une poignée de rescapés réfugiés dans une forteresse périgourdine après un holocauste atomique, il y interroge, avec la lucidité d’un authentique moraliste, les fondements politiques et sociaux de notre civilisation. Poursuivant cette veine de l’avertissement, il nous offrit quelques années plus tard « Les Hommes protégés », une piquante satire dystopique où le sexe fort se trouve menacé d’extinction par un mal mystérieux.

À l’automne de sa vie, ce prosateur infatigable se lança dans une entreprise proprement titanesque : la saga historique « Fortune de France ». Tissée dans une langue savoureuse ressuscitant la truculence des parlers du seizième siècle, cette série fit vibrer des millions de lecteurs au rythme des déchirements religieux de notre vieux pays.

Jusqu’à son dernier souffle en l’an 2004, Robert Merle prouva de la plus éclatante des manières que l’on pouvait marier la stricte rigueur intellectuelle au souffle épique du grand roman populaire. Son œuvre, d’une prodigieuse et salutaire diversité, demeure le reflet puissant des tourments et des espérances qui agitent notre fragile condition.

Livres de Robert Merle :

Fortune de France :

Théâtres :

Derrière la vitre (1970)
L’idole (1987)
L’île (1962)
La mort est mon métier (1952)
Le jour ne se lève pas pour nous (1986)
Le propre de l’homme (1989)
Les hommes protégés (1974)
Madrapour (1976)
Malevil (1972)
Un animal doué de raison (1967)
Week-end à Zuydcoote (1949)

Pour en savoir plus sur Robert Merle :

La page Wikipédia sur R. Merle
La page Noosfere sur R. Merle
La page isfdb de R. Merle