Auteur/autrice : CH91
Phil Laramie
Présentation de Phil Laramie :
Sous ce pseudonyme, Phil Laramie, aux consonances fort américaines se dissimule en vérité un authentique artisan de nos lettres francophones, de nationalité belge, j’ai nommé Xavier Snoeck. Né à Saint-Gilles, dans la banlieue bruxelloise, en l’an 1920 (et que Dieu ait son âme, puisqu’il nous a quittés en 1990), ce polygraphe d’une redoutable efficacité a d’abord fourbi ses armes dans l’illustré pour la jeunesse. Les plus sagaces se souviendront sans doute de ses scénarios pour le journal Spirou, où il s’est illustré en reprenant la destinée du fameux feuilleton L’Aile rouge sous un autre nom de plume, Yves Legros.
Mais revenons-en à Phil Laramie. C’est sous ce masque que Xavier Snoeck a prêté son indéniable talent de conteur aux mythiques éditions du Fleuve Noir. Durant les années 1960, au sein de la collection « L’Aventurier », il nous a livré des récits nerveux, mâtinés de polar et de frissons sous les tropiques, dont les titres seuls suffisent à éveiller l’imagination : Un singe qui mord la nuque, Ce soir à Tampico (tous deux parus en 1965), ou encore Les Filles d’Hong-Kong et Tam-tam pour Hélène (1966). L’on y retrouve cette mécanique si propre à la littérature de kiosque : de l’action trépidante, un soupçon de péril exotique et une intrigue qui ne laisse nul répit au lecteur.
Toutefois, l’amateur de récits conjecturaux que vous êtes saura certainement que le nom de Phil Laramie a connu un retour fort remarqué à la fin des années 1980, cette fois-ci dans la reine des collections de science-fiction : l’illustre « Fleuve Noir Anticipation ». Il y signa alors le cycle des Akantor, une série de romans spatiaux au ton vif et enlevé, débutée avec Le Viol du dieu Ptah (1986), suivi de La Folle Ruée des Akantor (1987), puis Les Squales de la cité engloutie et Le Grand Hurlement. À travers ces épopées stellaires, l’auteur démontra qu’il n’avait rien perdu de sa verdeur ni de son sens inné du divertissement populaire.
Phil Laramie appartient à cette race de romanciers discrets mais ô combien essentiels, ces forçats de la machine à écrire qui ont su, page après page, nourrir nos rêves et enflammer nos imaginaires pour le prix de quelques francs.
Livres de Phil Laramie :
Les Akantor :
- Le viol du dieu Ptah (1986)
- La folle ruée des Akantor (1987)
- Les squales de la cité engloutie (1987)
- Le grand hurlement (1988)
Ce soir à Tampico (1965)
Les filles d’Hong-Kong (1965)
Tam-tam pour Hélène (1966)
Un singe qui mord la nuque (1965)
Pour en savoir plus sur Phil Laramie :
La page Wikipédia sur P. Laramie
La page Noosfere sur P. Laramie
La page isfdb de P. Laramie
Th. Cryde

Présentation de Th. Cryde :
En effet, derrière l’énigmatique signature de Th. Cryde se dissimule Cédric Debardieux, un habile artisan de nos lettres d’anticipation francophones. C’est principalement au sein de la célèbre collection « Anticipation » de la maison du Fleuve Noir que notre homme s’est fait un nom, proposant à un lectorat friand de sensations fortes des romans à l’efficacité redoutable, dans la grande tradition de la littérature de kiosque.
L’œuvre de Th. Cryde brille moins par les subtilités d’une psychologie marivaudante que par une mécanique narrative haletante, privilégiant l’action et le frisson. L’on retiendra notamment son fameux Cycle des insectes, dont le premier tome, La Nuit des insectes, s’amuse avec un malin plaisir de nos effrois les plus primitifs. L’auteur nous y dresse le tableau fort sombre de manipulations génétiques désastreuses, donnant naissance à une faune d’invertébrés démesurés et particulièrement affamés. Dans des suites telles qu’ Osmose, Th. Cryde poursuit l’exploration de cette lutte à mort pour la survie de notre espèce face à cette prolifération grouillante.
Son bibliographie compte également d’autres récits tout aussi nerveux, tels que L’Endroit bleu paru en 1986, ou encore La Falaise. À chaque occasion, l’auteur démontre son talent pour faire basculer le quotidien dans le cauchemar avec une économie de moyens et une nervosité de plume tout à fait remarquables, s’intéressant avant tout à l’idée reine et à ses conséquences délétères.
Livres de Th. Cryde :
Le cycle des insectes :
- La nuit des insectes (1984)
- Osmose (1985)
- La semaine carnivore (1985)
L’endroit bleu (1986)
La falaise (1993)
Pour en savoir plus sur Th. Cryde :
La page Wikipédia sur T. Cryde
La page Noosfere sur T. Cryde
La page isfdb de T. Cryde
The city & the city par China Miéville

Fiche de The city & the city
Titre : The city & the city
Auteur : China Miéville
Date de parution : 2009
Traduction : N. Mège
Editeur : Fleuve noir
Première page de The city & the city
« On ne distinguait pas la rue, et guère la cité. Nous étions entourés de barres marbrées de crasse où des hommes et des femmes au cheveu matinal se penchaient à la fenêtre pour nous observer, la tasse à la main. Cet espace à découvert entre les immeubles avait été paysagé jadis. Imitation enfantine de géographie, il penchait comme un parcours de golf. On avait peut-être voulu le boiser, y creuser une mare. Il y avait des taillis aux arbustes morts.
Des ornières de voiture et des sentiers improvisés entre les ordures sillonnaient la pelouse envahie de chiendent. Des policiers vaquaient à leurs tâches. D’autres enquêteurs m’avaient précédé sur place – j’en ai repéré trois, dont le brigadier Bardo Naustin –, mais j’étais le plus haut en grade. J’ai suivi Naustin jusqu’à l’emplacement où s’étaient rassemblés la plupart de mes collègues, entre un bâtiment bas, à l’abandon, et un skate park cerné de grosses poubelles en forme de bidons. On entendait les quais juste derrière. Des agents en tenue étaient campés devant un groupe de jeunes assis sur un muret. Les mouettes décrivaient des cercles au-dessus de tout ce monde. »
Extrait de : C. Miéville. « The city & the city. »
Merfer par China Miéville

Fiche de Merfer
Titre : Merfer
Auteur : China Miéville
Date de parution : 2012
Traduction : N. Mège
Editeur : I2N
Première page de Merfer
« Ceci est l’histoire d’un jeune ensanglanté.
Planté là. Il tangue autant qu’un arbuste secoué par le vent. Il est rouge, mais rouge ! Si seulement c’était de la peinture ! Ça lui forme une flaque autour de chaque pied, de l’écarlate qui raidit aussi ses cheveux trempés & qui épaissit ses vêtements (impossible de dire de quelle couleur ils étaient avant).
Seuls ses yeux se détachent sur le reste. Le blanc luit presque au milieu de tout ce sang, deux ampoules dans une pièce noire. Le jeune regarde dans le vague, fiévreusement.
La situation n’est pas si macabre qu’il y paraît. Sur place, il n’y a pas que lui à être ainsi maculé. D’autres gens tout aussi rouges, tout aussi trempés l’entourent. Ils chantent avec entrain.
Le jeune est perdu. Rien n’est réglé. Il avait cru que ça pourrait se résoudre. Cru que cet instant l’éclairerait. Sauf qu’il a toujours la tête vide, ou pleine de choses qu’il ignore. »
Extrait de : C Miéville. « Merfer. »
Les derniers jours du nouveau Paris par China Miéville

Fiche de Les derniers jours du nouveau Paris
Titre : Les derniers jours du nouveau Paris
Auteur : China Miéville
Date de parution : 2016
Traduction : N. Mège
Editeur : Au diable Vauvert
Première page de Les derniers jours du nouveau Paris
« Une rue éclairée. Derrière un mur de la ville éventrée, les nazis tiraient.
Par-delà la barricade, à l’arrière-plan d’une série de mannequins accolés en un cancan cru, Thibaut aperçut le kaki d’hommes de la Wehrmacht en train de s’égailler. Les tenues de combat grises, le noir ss, le bleu de la Kriegsmarine s’illuminaient à chaque flamboiement d’arme. Quelque chose avait dévalé la rue de Paradis dans un mugissement de caoutchouc, sinuant entre cadavres et ruines. Quelque chose qui filait droit vers les Allemands.
Deux femmes sur un tandem ? Elles arrivaient très vite.
Les soldats tirèrent, réarmèrent, puis s’enfuirent : le véhicule qui fonçait sur eux ne s’était pas détourné et n’était pas tombé sous leurs salves.
Un raclement de chaînes. Il n’y avait qu’une cycliste, c’était clair à présent. L’autre n’était qu’un buste saillant à l’avant, une figure de proue s’élevant là où il aurait dû y avoir un guidon ; elle était extrudée du métal. Elle avait les bras en arrière, enroulés en leur extrémité comme du corail. Elle étirait le cou, écarquillait les yeux. »
Extrait de : C. Miéville. « Les derniers jours du Nouveau-Paris. »
Légationville par China Miéville

Fiche de Légationville
Titre : Légationville
Auteur : China Miéville
Date de parution : 2012
Traduction : N. Mège
Editeur : I2N
Première page de Légationville
« Les enfants de la Légation avaient tous vu arriver le navire. Ils le peignaient depuis plusieurs jours sous la houlette de leurs enseignants et de leurs parents-de-garde. On avait consacré l’un des murs de la salle à leurs idées. Il s’est écoulé des siècles depuis que le dernier vacuscaphe a craché des flammes comme ils se l’imaginaient, mais on a coutume de les montrer suivis de tels sillages de feu. Dans ma prime jeunesse, je les représentais ainsi.
J’ai scruté les barbouillis, tandis que le pilote qui se tenait à côté de moi se penchait lui aussi.
— Regarde, ai-je lancé. Tu vois ? C’est toi.
Un visage au hublot. Mon voisin a souri. S’inspirant de la silhouette stylisée, il a mimé un capitaine à la barre.
— Il faut nous pardonner. (Du menton, j’ai indiqué les décorations.) Nous avons des aspects provinciaux.
— Non, non, a-t-il assuré.
J’étais son aînée, et sur mon trente et un. Je semais de l’argot immer dans mes commentaires. Il adorait que je le prenne au dépourvu. J’avais le chic pour le faire. »
Extrait de : C. Miéville. « Legationville. »
Le roi des rats par China Miéville

Fiche de Le roi des rats
Titre : Le roi des rats
Auteur : China Miéville
Date de parution : 1998
Traduction : F. Lévy-Paolini
Editeur : Fleuve noir
Première page de Le roi des rats
« Les trains qui entrent dans Londres arrivent comme des navires voguant sur les toits. Ils passent entre les tours qui montent à l’assaut du ciel tels des animaux marins au long cou et les énormes réservoirs de gaz qui se vautrent comme des baleines dans les buissons sales. Plus bas, dans les profondeurs, s’alignent de petites boutiques et d’obscures franchises, des cafés à la peinture écaillée et des commerces logés sous les arches au-dessus desquelles passent les trains. Les couleurs et les couches des graffitis couvrent tous les murs. Les fenêtres des derniers étages passent si près que les voyageurs peuvent regarder à l’intérieur, dans les petits bureaux vides et les placards des boutiques. Ils distinguent les contours des calendriers commerciaux et des pin-up sur les murs.
Les rythmes de Londres s’épuisent ici, dans la zone sans relief qui s’étend entre la banlieue et le centre.
Petit à petit, les rues s’élargissent et les noms des boutiques et des cafés deviennent plus familiers, les grands axes sont plus salubres, la circulation plus dense. La ville s’élève à la hauteur des voies. »
Extrait de : C. Miéville. « Le Roi des Rats. »
La chute de Londres par China Miéville

Fiche de La chute de Londres
Titre : La chute de Londres
Auteur : China Miéville
Date de parution : 2012
Traduction : F. Laurent
Editeur : I2N
Première page de La chute de Londres
« ENFONCE TES MAINS dans tes poches et en route. À Londres, en hiver à quatre heures et demie de l’après-midi il fait presque noir. À six heures, tu es dans la nuit de la ville et dans les quartiers défavorisés tu peux vagabonder seul pendant un bon moment.
Conjonction fortuite de la latitude et du climat : dans cette ville la lumière artificielle sculpte la pénombre comme nulle part ailleurs. Il n’existe pas d’arbres comme ceux illuminés par en haut, à la découpe fractale. Enfant, tu courais bravement parmi eux, et quand tu fonçais sous une bruine si fine qu’on aurait dit de la poussière tournoyant dans tous les sens, pas seulement verticalement, jamais elle ne t’atteignait. »
Extrait de : C. Miéville. « La chute de Londres. »
Kraken par China Miéville

Fiche de Kraken
Titre : Kraken
Auteur : China Miéville
Date de parution : 2010
Traduction : N. Mège
Editeur : I2N
Première page de Kraken
« Un homme-sandwich, prophète de malheur ordinaire, s’écarta brusquement du bout de trottoir qu’il avait occupé ces derniers jours aux portes d’un musée. Son panneau frontal annonçait une fin des temps à l’ancienne. Dans son dos, le second intimait : LAISSEZ TOMBER.
À l’intérieur du bâtiment, un autre homme traversait la grande salle d’un pas retentissant sur le marbre. Il dépassa un escalier double puis un squelette de tatou géant en répétant à l’envi : « Bien, bien, bien. » Des animaux de pierre l’observaient.
Cet homme s’appelait Billy Harrow. Quand Billy, tout en hochant la tête, regardait brièvement les ossatures reconstituées on aurait dit qu’il les saluait. Sept heures venaient de sonner en cette matinée d’octobre ; la salle se remplissait. Près du comptoir d’accueil, le groupe qui patientait se dévisageait avec une retenue polie : deux jeunes gens, la vingtaine, la coupe chic et geek ; deux autres, un garçon et une fille à peine sortis de l’adolescence, qui se chambraient – elle l’accompagnait manifestement pour lui faire plaisir. »
Extrait de : C. Miéville. « Kraken. »
En quête de Jake par China Miéville

Fiche de En quête de Jake
Titre : En quête de Jake et autres nouvelles
Auteur : China Miéville
Date de parution : 2005
Traduction : N. Mège
Editeur : I2N
Sommaire de En quête de Jake :
- En quête de Jake
- Fondations
- La piscine à balles
- De certains événements survenus à Londres
- Familier
- Entrée tirée d’une encyclopédie médicale
- Les détails
- Intermédiaire
- Un autre ciel
- Mort à la faim
- De saison
- Jacques
- Sur le chemin du front
- Le tain
Première page de En quête de Jake
« J’ignore comment je t’ai perdu. Il me revient une longue période fiévreuse, écœurante, passée à te chercher. Moi, quasi extatique à force d’anxiété. Ensuite, t’ayant trouvé, j’allais bien. Sauf que je t’ai reperdu. Sans savoir comment.
J’ai pris place au-dehors sur le toit plat dont tu te souviens sûrement, qui surplombe cette ville dangereuse. La vue est sans relief, ça aussi, tu dois t’en souvenir. Aucun parc pour briser la monotonie urbaine, aucune tour digne d’intérêt. Un simple entrelacs de brique et de béton s’étendant à l’infini, le morne chaos des petites rues qui s’entrecroisent et s’étirent interminablement derrière chez moi. J’ai connu une certaine déception en emménageant ici. Je ne percevais pas le potentiel de ce panorama. Jusqu’à l’anniversaire de la Conspiration des poudres.
Une rafale froide vient de me souffleter dans un bruit de linge mouillé battant au vent. Je n’ai rien vu, bien sûr, mais je sais qu’un lève-tôt est passé tout près. L’obscurité enfle derrière les gazomètres. »
Extrait de : C. Miéville. « En quête de Jake et autres nouvelles. »