Auteur/autrice : CH91

 

Cinq centièmes de seconde par Lois Lowry

Fiche de Cinq centièmes de seconde

Titre : Cinq centièmes de seconde
Auteur : Lois Lowry
Date de parution : 1977
Traduction : L. Kiefé
Editeur : Casterman

Première page de Cinq centièmes de seconde

« Cette ligne, c’est une initiative de Molly.

Elle s’est servie d’une craie – un gros bout de craie blanche qui datait de l’époque où on habitait en ville, quand il y avait des trottoirs, quand on jouait souvent à la marelle, quand on était toutes les deux plus jeunes.

Cette craie, on l’avait depuis longtemps et Molly l’avait dénichée sur un plat en terre que j’avais fait au cours de poterie l’année précédente ; elle traînait à côté d’un morceau de ficelle, de quelques trombones et d’une pile peut-être pas encore périmée.

Ma sœur a commencé par tracer une ligne en plein milieu du tapis. Heureusement qu’il était à poil ras, sinon ça n’aurait jamais marché ; mais c’était un vieux tapis usé et raplapla, qui venait de la salle à manger de notre ancienne maison : le blanc de la craie se détachait parfaitement sur le bleu. Et puis, sous mes yeux ébahis (une colère pareille, ça ne ressemblait pas à Molly), elle a continué en remontant sur le papier peint à fleurs bleues. Pour atteindre le plafond, d’un côté, elle a escaladé son bureau et, de l’autre, son lit. Sans dévier. Heureusement que c’était Molly ; si moi, j’avais essayé, ça aurait été un beau gâchis, un trait tremblotant et tout de travers. Mais Molly est quelqu’un de soigneux. »

Extrait de : L. Lowry. « Cinq centièmes de seconde. »

Le fils par Lois Lowry

Fiche de Le fils

Titre : Le fils (Tome 4 sur 4 – Le Quatuor du Passeur)
Auteur : Lois Lowry
Date de parution : 2012
Traduction : F. Pressmann
Editeur : L’école des loisirs

Première page de Le fils

« La jeune fille eut un mouvement de recul quand ils lui posèrent le masque en cuir sur les yeux. Cela lui paraissait grotesque et inutile mais elle ne protesta pas. C’était la procédure. Elle le savait. Une autre réceptacle le lui avait raconté un mois plus tôt, à l’heure du déjeuner.
— Un masque ? avait-elle demandé, étonnée, presque amusée par l’image étrange. À quoi ça sert ?
— En fait, ce n’est pas vraiment un masque, s’était reprise la jeune femme assise à sa gauche en engouffrant une bouchée de salade. C’est un bandeau.
Elle chuchotait. Les jeunes filles n’étaient pas censées discuter de ce genre de choses.
— Un bandeau ? s’était-elle exclamée, avant d’éclater de rire. Dis donc, j’ai beaucoup de conversation aujourd’hui, je passe mon temps à répéter ce que tu dis. Mais enfin, pourquoi un bandeau ? »

Extrait de : L. Lowry. « Le fils – Le Quatuor du Passeur. »

Messager par Lois Lowry

Fiche de Messager

Titre : Messager (Tome 3 sur 4 – Le Quatuor du Passeur)
Auteur : Lois Lowry
Date de parution : 2004
Traduction : A. Desarthe
Editeur : L’école des loisirs

Première page de Messager

« Matty était impatient de terminer les préparatifs du dîner. Il voulait cuisiner, manger et partir aussitôt. Il aurait aimé être adulte pour pouvoir décider de l’heure des repas, et même avoir le droit de les sauter, si l’envie lui en prenait. Il avait une chose à faire, une chose qui l’effrayait. Et l’attente ne faisait qu’accroître son appréhension.

Matty n’était plus un enfant, mais pas encore un homme. Parfois, à l’entrée du Chez-Soi, il se mesurait en prenant la fenêtre pour repère. Autrefois, il atteignait à peine le rebord, le front juste à niveau, appuyé contre le bois, mais à présent il pouvait regarder par la vitre et voir l’intérieur sans effort. Ou bien, s’il reculait, il distinguait son reflet dans le carreau. Son visage devenait plus viril, pensait-il, même s’il aimait encore, comme tous les enfants, se faire des grimaces dans la surface miroitante. Sa voix était peu à peu tombée dans les graves.

Il vivait avec l’aveugle, celui qu’on appelait Visionnaire, et lui procurait son aide. Il faisait le ménage du Chez-Soi, même si faire le ménage l’ennuyait. L’homme disait que c’était obligé. »

Extrait de : L Lowry. « Messager – Le Quatuor du Passeur. »

L’élue par Lois Lowry

Fiche de L’élue

Titre : L’élue (Tome 2 sur 4 – Le Quatuor du Passeur)
Auteur : Lois Lowry
Date de parution : 2000
Traduction : B. Formentelli
Editeur : Gallimard

Première page de L’élue

« — Maman ?

Il n’y eut pas de réponse. Elle n’en attendait pas. Sa mère était morte depuis déjà quatre jours, et Kira savait que l’ultime souffle de l’esprit était en train de s’échapper à jamais. « Maman. » Elle redit le mot tout doucement à ce qui, si mystérieux, s’en allait. Il lui semblait sentir son adieu à la manière dont on peut sentir, le soir, le doux murmure de la brise.

Désormais, Kira était seule, absolument seule. Désarroi, solitude, tristesse profonde, tel était son lot.

Avant, au lieu de ça, il y avait eu sa mère, la femme vivante et chaleureuse appelée Katrina. Puis, après la maladie foudroyante, le corps de Katrina, temple de l’esprit qui subsistait encore. Enfin, après quatre couchers et quatre levers de soleil, l’esprit s’en était allé à son tour. Il ne restait plus qu’un corps. Les pelleteurs viendraient répandre une couche de terre sur le cadavre, mais il serait tout de même mangé par les créatures armées de griffes et affamées qui hantaient la
nuit. »

Extrait de : L Lowry. « L’élue – Le Quatuor du Passeur. »

Le passeur par Lois Lowry

Fiche de Le passeur

Titre : Le passeur (Tome 1 sur 4 – Le Quatuor du Passeur)
Auteur : Lois Lowry
Date de parution : 1992
Traduction : F. Pressmann
Editeur : L’école des loisirs

Première page de Le passeur

« On était presque en décembre et Jonas commençait à avoir peur. Non, ce n’est pas le bon mot, pensa Jonas. La peur, c’était ce sentiment de nausée profonde quand on pressentait que quelque chose de terrible allait arriver. C’est ce qu’il avait ressenti un an auparavant lorsqu’un avion non identifié avait survolé la communauté à deux reprises. Il l’avait vu les deux fois. Jetant un coup d’œil vers le ciel, il avait vu passer l’appareil effilé presque flou à la vitesse à laquelle il volait – et une seconde après il avait entendu la déflagration qui avait suivi. Et puis de nouveau le même avion, un instant plus tard, mais dans l’autre sens.
Au début, il avait été fasciné. Il n’avait jamais vu d’avion de si près car le règlement interdisait aux pilotes de survoler la communauté. De temps en temps, quand un avion de marchandises venait se poser sur la piste d’atterrissage de l’autre côté de la rivière, les enfants prenaient leurs vélos et allaient sur la berge assister, intrigués, au déchargement puis au décollage, qui se faisait toujours vers l’ouest, à l’opposé de la communauté. »

Extrait de : L. Lowry. « Le Passeur – Le Quatuor du Passeur. »

Les laissés pour compte par David Eddings

Fiche de Les laissés-pour-compte

Titre : Les laissés-pour-compte
Auteur : David Eddings
Date de parution : 1992
Traduction : I. Troin
Editeur : Pocket

Première page de Les laissés-pour-compte

« Muriel Taylor avait trente-huit ans quand elle découvrit qu’elle était enceinte. D’origine canadienne, c’était le genre de femme qui pousse la pâleur jusqu’à la transparence. Avant cet événement inattendu, elle vivait dans une sorte de rêverie éveillée meublée par une musique plus ou moins classique et par les poèmes inlassablement retravaillés qui occupaient deux bonnes heures de ses après-midi. Comme il se doit, elle n’autorisait personne à les lire.

Bien que Mme Taylor ait déjà fait deux fausses couches, la grossesse suivit son cours normal. Délaissant la poésie, elle se consacra à la vie qui grandissait en elle, semblant parfois souhaiter qu’elle la consume de l’intérieur, tel un insecte exotique, ou se débarrasse d’elle comme d’une mue au moment de la naissance. »

Extrait de : D. Eddings. « Les laissés pour compte. »

La chanson de Regina par David et Leigh Eddings

Fiche de La chanson de Regina

Titre : La chanson de Regina
Auteur : David et Leigh Eddings
Date de parution : 2002
Traduction : I. Troin
Editeur : Pocket

Première page de La chanson de Regina

« Lester Greenleaf et mon père, Ben Austin, avaient servi dans la même compagnie pendant la guerre du Vietnam. Vingt-cinq ans après, ils pouvaient passer des après-midi à échanger des anecdotes sur cette période. Tous les deux avaient grandi à Everett, une ville située à cinquante kilomètres au nord de Seattle. Et ils travaillaient au même endroit, mon père étant employé – sur la chaîne de coupe – à la Manufacture de Portes et Fenêtres Greenleaf.

À part ça, ils n’auraient pas pu être plus différents. Lester Greenleaf était catholique, républicain et membre de l’Association nationale des Industriels. Mon père était méthodiste, démocrate et membre du syndicat AFL-CIO. Lester Greenleaf avait des titres en bourse et Ben Austin joignait à peine les deux bouts. »

Extrait de : D. L. Eddings. « La Chanson De Regina. »

Le codex de Riva par David et Leigh Eddings

Fiche de Le codex de Riva

Titre : Le codex de Riva (Tome 1 sur 1 – Le codex de Riva – Cycle les Grandes Guerres des dieux)
Auteur : David et Leigh Eddings
Date de parution : 1998
Traduction : I. Troin
Editeur : Pocket

Première page de Le codex de Riva

« Je suis né dans un village si minuscule qu’il n’avait pas de nom. Il se trouvait, si je me souviens bien, sur la berge verdoyante d’une petite rivière qui étincelait au soleil comme si sa surface eût été couverte de joyaux – et je donnerais tous les bijoux que j’ai jamais vus ou possédés pour être de nouveau assis au bord de cette rivière sans nom.

Notre village n’était pas riche, mais en ce temps-là, aucun ne l’était. Le monde vivait en paix ; nos dieux se promenaient parmi nous en souriant. Nous mangions à notre faim et nous avions un toit sur notre tête. Je ne me rappelle pas qui était notre dieu, et pas plus ses attributs ou son totem. J’étais très jeune, alors, et ça fait si longtemps…

Je jouais avec les autres enfants dans les rues chaudes et poussiéreuses ; je courais dans l’herbe haute et les fleurs des champs ; je pataugeais dans la rivière miroitante qui a disparu, envahie par la Mer du Levant, il y a tant d’années que j’en ai perdu le compte. »

Extrait de : D. L. Eddings. « Le Codex de Riva. »

Les années d’enfance par David et Leigh Eddings

Fiche de Les années d’enfance

Titre : Les années d’enfance (Tome 2 sur 2 – Polgara la sorcière – Cycle les Grandes Guerres des dieux)
Auteur : David et Leigh Eddings
Date de parution : 1997
Traduction : D. Haas
Editeur : Pocket

Première page de Les années d’enfance

« Je pense que mon père n’a pas encore compris à ce jour ce qu’Ontrose me dit au juste lors de notre dernière conversation, en invoquant mon « devoir ». En tant que membre de la cour de Vo Wacune, le devoir m’imposait d’obéir au duc Andrion, mais j’avais aussi des devoirs envers mon propre duché, et cette responsabilité passait avant toutes les autres. Garteon d’Asturie avait détruit Wacune. Son prochain mouvement, logiquement, devait être d’envahir Erat et de tenter de le détruire. Quand j’aurais dû y laisser la vie, j’aurais obéi au dernier ordre de mon bien-aimé. C’était mon devoir, et le devoir était tout ce qui me restait.

Je ne pris pas la peine d’expliquer tout cela à mon père. En réalité, je ne dis rien du tout alors que nous sortions de la forêt de Wacune pour nous engager dans le territoire plus dégagé de Sendarie. Essayer de le lui faire comprendre aurait été une perte de temps. Pour ce que j’en sais, mon père n’a jamais dirigé ne serait-ce qu’une baronnie ; il n’avait pas la moindre idée des responsabilités qu’impliquait le port de la couronne. »

Extrait de : D. L. Eddings. « Les années d’enfance – Polgara la sorcière. »

Le temps des souffrances par David et Leigh Eddings

Fiche de Le temps des souffrances

Titre : Le temps des souffrances (Tome 1 sur 2 – Polgara la sorcière – Cycle les Grandes Guerres des dieux)
Auteur : David et Leigh Eddings
Date de parution : 1997
Traduction : D. Haas
Editeur : Pocket

Première page de Le temps des souffrances

« Kail, le Gardien de Riva, protesta avec énergie quand Belgarion, son roi, l’informa qu’il avait l’intention de se rendre sans escorte au Val d’Aldur avec Ce’Nedra, mais Garion tapa du pied – à la grande surprise de sa petite épouse, parce que ce n’était vraiment pas son genre – et dit : C’est une réunion de famille, Kail. Nous n’avons pas besoin d’avoir une bardée de domestiques dans les pattes.

— Mais c’est dangereux, Majesté !

— Allons, mon vieil ami, rétorqua Garion, que pourrait-il arriver que je ne sois en mesure de régler moi-même ? Nous partirons seuls.

C’est alors qu’éclata la controverse sur les fourrures.
La reine de Riva était mi-tolnedraine, mi-dryade, or les Tolnedrains et les Dryades étaient du Sud, et l’idée de porter des dépouilles animales lui donnait la chair de poule. Alors que Garion était en partie alorien, et avait beaucoup voyagé dans le Nord en hiver.

— Ce’Nedra, tu vas emporter des fourrures, décréta-t-il fermement. Sans ça, je refuse de t’emmener où que ce soit avant le retour des beaux jours. »

Extrait de : D. L. Eddings. « Le temps des souffrances – Polgara la sorcière. »