Auteur/autrice : CH91
L’or du prédateur par Philip Reeve

Fiche de L’or du prédateur
Titre : L’or du prédateur (tome 2 sur 4 – Mécaniques fatales)
Auteur : Philip Reeve
Date de parution : 2003
Traduction : L. Rigoureau
Editeur : Gallimard
Première page de L’or du prédateur
« Réveillée tôt, Freya resta un moment allongée dans l’obscurité, à éprouver les trémulations et les balancements de la ville propulsée sur la glace par ses moteurs puissants. Encore à moitié assoupie, elle attendit que ses servantes viennent l’aider à se lever. Il lui fallut quelques minutes pour se rappeler qu’elles étaient toutes mortes.
Repoussant ses couvertures, elle alluma les lampes à argon et se rendit dans sa salle de bains en se frayant un passage au milieu des vêtements poussiéreux qu’elle avait abandonnés en tas sur le plancher. Depuis plusieurs semaines, elle s’exhortait à prendre une douche ; mais, une fois encore ce matin-là, le système complexe de la robinetterie l’emporta, et elle fut incapable d’obtenir de l’eau chaude. Comme d’ordinaire, elle finit par se borner à remplir le lavabo et à s’asperger le visage et le cou. Elle utilisa le mince morceau de savon qu’il restait pour en frotter ses cheveux avant de les plonger dans l’eau. Les domestiques chargées de sa toilette se seraient servies de shampoings, de lotions, d’onguents, de conditionneurs et de toute une série de baumes aux parfums agréables. »
Extrait de : P. Reeve. « L’or du predateur – Mécaniques fatales. »
Mécaniques fatales par Philip Reeve

Fiche de Mécaniques fatales
Titre : Mécaniques fatales (tome 1 sur 4 – Mécaniques fatales)
Auteur : Philip Reeve
Date de parution : 2001
Traduction : L. Rigoureau
Editeur : Gallimard
Première page de Mécaniques fatales
« C’était un après-midi de printemps sombre et venteux, et Londres cavalait après une bourgade minière – spécialisée dans l’extraction de sel – sur le lit asséché de l’ancienne mer du Nord.
Fut un temps où la locomopole ne se serait pas souciée d’aussi maigres proies. Elle s’était, en des jours meilleurs, nourrie de villes bien plus conséquentes que celle-ci, semant la terreur des confins septentrionaux du Cryodésert jusqu’aux rives de la Méditerranée. Mais le gibier s’était raréfié, et quelques cités d’importance avaient, à leur tour, commencé à la contempler avidement. Une décennie durant, elle les avait donc évitées en se dissimulant dans une région humide et montagneuse de l’ouest, dont la Guilde des Historiens assurait qu’elle s’était autrefois appelée Grande-Bretagne. Ça avait été dix ans d’errance dans des collines détrempées, pendant lesquels Londres ne s’était rien mis sous la dent, hormis quelques bleds ruraux et colonies statiques. Enfin, Monsieur le Maire avait décidé qu’il était temps pour sa bonne ville de regagner le Terrain de Chasse. »
Extrait de : P. Reeve. « Mecaniques fatales. »
Les héritiers du secret par Michel Honaker

Fiche de Les héritiers du secret
Titre : Les héritiers du secret (Tome 3 sur 3 – Le Chevalier de Terre-Noire)
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 1993
Editeur : Rageot Editeur
Première page de Les héritiers du secret
« Carnets du docteur Antipov.
Asile d’aliénés des environs de Viborg, Russie,
le 29 septembre 1912
Est-ce le brusque changement de temps, ou la présence de ces moines à proximité de nos murs ? L’agitation des malades n’a cessé de croître ces derniers jours. J’ai fait administrer des calmants mais ils n’ont pas les effets escomptés. Il est vrai que ma provision est si maigre que je dois fragmenter les doses.
Quand je contemple le parc en friche, ces murs délabrés, j’ai peine à me souvenir que cet établissement s’enorgueillissait naguère d’une réputation flatteuse. Les grands de l’Empire y séjournaient parfois pour une cure de repos et il n’était pas rare de voir flâner dans ces allées aujourd’hui envahies par les ronces, des membres de la famille du tsar. L’hiver dernier, il a fallu abattre les derniers arbres pour se chauffer, ou je crois que nous serions morts de froid. »
Extrait de : M. Honaker. « Les héritiers du secret – Le Chevalier de Terre-Noire. »
Le bras de la vengeance par Michel Honaker

Fiche de Le bras de la vengeance
Titre : Le bras de la vengeance (Tome 2 sur 3 – Le Chevalier de Terre-Noire)
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 1991
Editeur : Rageot Editeur
Première page de Le bras de la vengeance
« Extrait du journal Il Corriere della Toscana.
24 octobre 1891
RECRUDESCENCE DU BANDITISME
par Paolo Gandolfi
À nouveau, nombre de voyageurs ont à se plaindre des fâcheuses rencontres que l’on fait sur nos routes. Dernièrement, des touristes français ont été détroussés par plusieurs hommes armés et masqués, en pleine campagne. Cet incident fait suite à plusieurs autres du même genre, au total une dizaine depuis le début de l’année.
Nos valeureux carabinieri seraient sur la piste d’une bande de contrebandiers, surnommée les Negri, et qui, depuis peu, sous l’impulsion de leur nouveau chef, un certain Terra-Nera, se serait reconvertie dans le vol de grand chemin. Selon les mêmes sources bien informées, les Negri seraient déjà connus dans le Nord pour d’autres exactions. »
Extrait de : M. Honaker. « Le bras de la vengeance – Le Chevalier de Terre-Noire. »
L’adieu au domaine par Michel Honaker

Fiche de L’adieu au domaine
Titre : L’adieu au domaine (Tome 1 sur 3 – Le Chevalier de Terre-Noire)
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 1991
Editeur : Rageot Editeur
Première page de L’adieu au domaine
« St Pétersbourg, 15 janvier 1887
La neige a cessé. Ces derniers jours, elle est tombée sans discontinuer. Les rues ne sont plus que bourbiers où gens et chevaux s’enlisent. Le soleil blanc, glacé, perce timidement la brume et jette un rayon fragile dans la pièce. À peine si la rumeur de la place St-Isaac nous parvient à travers les vitrages hermétiques du palais.
En raison du froid, on se garde bien de ventiler les pièces. Un valet a pour unique tâche de vérifier chaque ouverture et de colmater toute fuite de chaleur. Je n’ai jamais pu m’y faire. Sans doute ai-je trop longtemps vécu à la campagne. Le grand air me manque et cette atmosphère de serre tropicale me vide de mes forces. L’odeur de la cire, des haleines mêlées, me donne la nausée. »
Extrait de : M. Honaker. « L’Adieu au domaine – Le Chevalier de Terre-Noire. »
La révolte des Titans par Michel Honaker

Fiche de La révolte des Titans
Titre : La révolte des Titans (Tome 3 sur 3 – Hercule)
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 2012
Editeur : Flammarion
Première page de La révolte des Titans
« L’éclair de foudre illumina la banquise, et de cette lueur irradiante naquit une ombre qui prit lentement forme humaine. Drapé dans ce manteau rugueux qu’il revêtait dans chacune de ses errances, appuyé sur ce bâton tordu qui guidait toujours ses pas dans l’inconnu, Zeus considéra l’étendue de glace qui se perdait devant lui. Son visage expressif, modelé à larges traits ombrageux, encadré d’une chevelure très brune et bouclée, disait la tempête de sentiments que roulait son esprit infini tandis qu’il interrogeait cette immensité où s’entrechoquaient des énergies primitives sur lesquelles il avait si peu d’emprise.
Car jamais le soleil n’abreuvait ce rivage désertique de ses rayons. Ici, l’obscurité terrestre se fondait avec celle du cosmos. La glace saillante s’accouplait aux étoiles en de barbares étreintes. Tout était nuit. Tout était oubli. Tel que Zeus l’avait voulu. Tel qu’il l’avait ordonné, des siècles auparavant. Ce désert blanc était terre de disgrâce, bien loin des hauteurs souriantes de l’Olympe aux marbres rutilants, des tièdes rivages de la Grèce et de ses cités accueillantes. »
Extrait de : M. Honaker. « la révolte des Titans – Hercule. »
La sentence de Delphes par Michel Honaker

Fiche de La sentence de Delphes
Titre : La sentence de Delphes (Tome 2 sur 3 – Hercule)
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 2011
Editeur : Flammarion
Première page de La sentence de Delphes
« Le voyageur arrivait par l’ouest.
Non par la route des marchands qui traversait ces montagnes ingrates du Pinde, où transitaient les caravanes, mais par ces sentiers de chèvre enchâssés dans la roche, que seul un ancien berger comme lui pouvait déceler. Il marchait d’un pas rapide, sans se laisser ralentir par les obstacles ni les ravins qui s’ouvraient sous ses sandales. Son aspect fruste indiquait le journalier sans logis se déplaçant de chantier en chantier, de charité en charité. Du moins sa manière de se déplacer sans bruit indiquait une habitude certaine à vivre au grand air, à l’écart des cités et de leurs contraintes. Il ne portait pour tout vêtement qu’une grossière tunique de laine, échancrée sur sa large poitrine et s’arrêtant à mi-cuisses, pour toute arme qu’une massue sanglée en travers de son dos. Ses cheveux très noirs, enserrés dans un bandeau, tombaient en frises ombrageuses sur ses épaules de taureau. Son visage modelé à larges traits, dénué de barbe, laissait saillir un menton fondateur que surlignait une lèvre épaisse. »
Extrait de : M. Honaker. « Hercule – La sentence de Delphes. »
L’héritier de la foudre par Michel Honaker

Fiche de L’héritier de la foudre
Titre : L’héritier de la foudre (Tome 1 sur 3 – Hercule)
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 2011
Editeur : Flammarion
Première page de L’héritier de la foudre
« En Grèce, aux âges sombres de l’Humanité
Était-il midi ? Était-il minuit ?
Un brouillard sombre avait dévalé à l’improviste les pentes du mont Hélicon, et après avoir longé les frontières du royaume d’Orchomène, se répandait à présent dans la plaine de Copaïs en absorbant toute lumière. Saisie d’inquiétude à la vue de cet inexplicable phénomène, la colonne de soldats s’immobilisa comme un seul homme au milieu des champs de blé et l’officier qui les menait interrogea le ciel d’un regard inquiet.
— Ô puissant Zeus, Maître de l’Olympe, murmura-t-il, fasse que cette nuit en plein jour ralentisse mes ennemis et me donne l’occasion de les surprendre.
Probablement devina-t-il une réponse à sa prière dans le ciel tourmenté, car un sourire intrépide s’esquissa sur ses lèvres minces qui fendaient sa barbe noire. Amphitryon le Mycénien, général de Thèbes, ne connaissait pas la crainte, hormis celle que pouvaient lui inspirer les dieux. »
Extrait de : M. Honaker. « Hercule – L’héritier de la foudre. »
Terminus sanglant par Michel Honaker

Fiche de Terminus sanglant
Titre : Terminus sanglant
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir / Gore
Première page de Terminus sanglant
« Il y a de ces rêves qui laissent un goût de sang dans la bouche, qui s’accrochent obstinément dans un coin de votre cerveau engourdi alors même qu’on tente de leur échapper. Ils continuent de trotter délibérément devant les yeux de longues minutes après le réveil troublé et nauséeux, narguant la réalité. Ils refusent de lâcher prise jusqu’au moment où le filtre cartésien du cerveau reprenant de la vigueur les renvoie dans le cloaque des terreurs subconscientes. Mais ils ne refluent pas sans avoir laissé quelques traces suintantes, dont certaines ne s’effaceront plus jamais.
C’est l’un de ces rêves qui me poursuivit, tandis que je m’assoupissais, la tête posée contre la vitre, ballotté par l’imperceptible tangage du wagon de première classe à l’arrière duquel je m’étais installé au départ de Portland. Je m’y trouvais seul, donc sans guère de chances de lier conversation avec quiconque ; la nuit était tombée, estompant progressivement le paysage neigeux. Une vraie nuit de campagne, opaque et impénétrable au regard. Je n’avais eu aucun scrupule à céder à la fatigue. »
Extrait de : M. Honaker. « Terminus sanglant. »
Canyon rouge par Michel Honaker

Fiche de Canyon rouge
Titre : Canyon rouge
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir / Gore
Première page de Canyon rouge
« Joe Mc Curdy rétrograda sèchement en seconde, sans se préoccuper du craquement peu flatteur de la boîte de vitesses, et crispa énergiquement ses deux mains sur le volant moite en grimaçant, comme si cela pouvait encourager la jeep antédiluvienne à se hisser jusqu’au sommet de la côte. Un crotale impavide, lové sur une pierre plate, le regarda passer du bord de la route de ses petits yeux noirs, immobiles comme des gemmes. Décidément, plus rien n’impressionnait ces saletés-là. Il n’était pas rare de les voir traverser la route quasiment sous les roues des visiteurs et s’échapper comme par miracle dans la pierraille.
Mc Curdy fut pris du vif désir de lui cracher dessus, car il savait que ce traitement n’était guère goûté de ces bestioles répugnantes. Mais il manquait déjà de salive pour humecter son propre gosier. Il avait la bouche pleine de la poussière du chemin parcouru depuis San Isabel et sa langue soudée à son palais lui produisait une sensation désagréable. Il se contenta donc de pester intérieurement contre toutes les engeances du désert, serpents, coyotes, scorpions et Indiens compris. »
Extrait de : M. Honaker. « Canyon rouge. »