Catégorie : Livres
Fantômes et fatoches par Maurice Renard
Fiche de Fantômes et fatoches
Titre : Fantômes et fatoches
Auteur : Maurice Renard
Date de parution : 1905
Editeur : Bibebook
Première page de Fantômes et fatoches
« Il y avait à Gênes, sous le dogat d’Uberto Lazario Catani, un lapidaire allemand fameux entre tous les marchands de pierreries.
C’était une époque favorable aux célébrités pacifiques.
La peste, dont la dernière épidémie avait fait des ravages très meurtriers, ne sévissait plus depuis deux ans.
Entre Venise et sa rivale, la haine séculaire mourait dans une lassitude et un affaiblissement militaire simultanés.
Enfin, Andrea Doria venait de délivrer sa patrie en chassant les Français, et dans Gênes indépendante il avait constitué un nouveau gouvernement républicain dont la force et l’harmonie promettaient une ère florissante de paix intérieure. Là était l’important ; car les Génois, prenant parti dans les querelles pontificales contre le pape ou contre l’empereur, entraînés dans les dissensions urbaines vers l’une ou l’autre des grandes familles ennemies, poussant au pouvoir telle classe de la population qu’il leur convenait, puis encore divisés sur le choix des prétendants, allumaient la guerre civile à propos de futilités, et jusqu’alors ce n’avait été que perpétuels combats entre Gibelins et Guelfes, Spinola et Grimaldi, noblesse et bourgeoisie, amis de Julio et partisans d’Alberto, discorde au sein des factions et bataille dans la bataille. »
Extrait de : M. Renard. « Fantômes et fatoches. »
Château hanté par Maurice Renard
Fiche de Château hanté
Titre : Château hanté
Auteur : Maurice Renard
Date de parution : 1920
Editeur : Feedbooks
Première page de Château hanté
« Un jour – c’était avant la guerre-, on m’apprit que le duc de Castièvre venait d’acheter le fameux château de Sirvoise. Et, quelques semaines après, par une lettre scellée à ses armoiries, M. de Castièvre me conviait à le rejoindre dans sa nouvelle résidence.
« Ma femme s’est mis en tête que je me porte mal, écrivait le duc, et que vos soins me sont nécessaires. Il me semble pourtant que ma santé ne laisse rien à désirer. Mais vous me voyez trop heureux de pouvoir satisfaire, avec le désir de la duchesse, la grande envie que j’ai de vous recevoir ici. Venez. »
Mon amitié pour lui et la connaissance que j’avais acquise de son tempérament nerveux – pour ne pas dire plus – me firent un devoir de répondre à son appel. Je décidai de lui consacrer mes vacances.
Le château m’apparut au soleil, historique et grandiose, comme l’une des plus merveilleuses créatures de pierre que la Renaissance ait enfantées. »
Extrait de : M. Renard. « Château hanté. »
Celui qui n’a pas tué par Maurice Renard
Fiche de Celui qui n’a pas tué
Titre : Celui qui n’a pas tué
Auteur : Maurice Renard
Date de parution : 1927
Editeur : L’illustration
Première page de Celui qui n’a pas tué
« — Constant, pas de bruit, une seconde…
Le vieux valet de chambre, courbé sur le tiroir ouvert d’une commode, se redressa et attendit, au repos.
À travers les rideaux de fin velours uni, couleur lilas, le grondement de Paris s’étouffait.
On entendit se refermer la grille de l’hôtel, avec son cliquetis de pesanteur et de précision. Puis, successifs, les quatre chocs assourdis d’une « boîte de vitesses » indiquèrent qu’une automobile puissante démarrait sagement, dans l’ombre.
Un klaxon caqueta au tournant de l’avenue.
Jean Fortel souriait, couché dans un lit soyeux et brodé. Il ôta de sa bouche une cigarette bleu pâle à bout d’argent, qu’on eût dite avoir été roulée au clair de lune, et il aspira largement l’air de la chambre close.
Un grand parfum très merveilleux y demeurait, sillage enchanté. Le cartel anglais sonna neuf heures.
Jean Fortel remarqua :
— Elles vont manquer les premières mesures… »
Extrait de : M. Renard. « Celui qui n’a pas tué. »
Monde en oubli par J. T. McIntosh
Fiche de Monde en oubli
Titre : Monde en oubli
Auteur : J. T. McIntosh
Date de parution : 1953
Traduction : C. Carme
Editeur : Le rayon fantastique
Première page de Monde en oubli
« Les portes battantes s’ouvrirent, deux hommes et une femme entrèrent dans le hall. Tout à la fin d’un long passage, Raigmore abandonna la liste des spectacles qu’il était en train de lire et, sans lever les yeux, se dirigea lentement vers l’ascenseur. Du coin de l’œil il vit les deux hommes s’asseoir près des portes et la femme venir aussi vers l’ascenseur.
Il la regarda lorsqu’il parut normal qu’il le fît et la fixa franchement, car cela aussi était une réaction naturelle. Toute autre eût semblé anormale. Elle avait vingt-trois ans et une personnalité remarquable. Le simple fait qu’elle ne portât pas d’insigne, alors qu’elle venait tout droit du dehors, aurait été une raison suffisante pour qu’il la regarde avec insistance. Sa beauté en était une autre, et la probabilité qu’il ait reconnu en elle Alison Hever en était une troisième. »
Extrait de : J. T. McIntosh. « Monde en oubli. »
Les sorciers de l’espace par J. T. McIntosh
Fiche de Les sorciers de l’espace
Titre : Les sorciers de l’espace
Auteur : J. T. McIntosh
Date de parution : 1972
Traduction : R. Latour
Editeur : Albin Michel
Première page de Les sorciers de l’espace
« Ce fut une attaque suicide, soudaine, sauvage, insensée.
Seul élément raisonnable dans l’opération des Tinkers : ils ne s’étaient munis d’aucune arme à feu et ils n’avaient emporté que des couteaux, des gourdins, des lances et des arbalètes. Ainsi purent-ils, tous les six mille, débarquer sur Shan sans accident et sans que l’alerte eût été donnée.
Il s’ensuivit une bataille à l’antique entre fantassins. Bataille terriblement anachronique qui se déroula dans l’espace à je ne sais combien d’années-lumière car le système de Perséphone se trouvait aussi loin de Sol qu’il était possible d’aller, c’est-à-dire à un saut de puce de la galaxie suivante qui ne figurait pas encore sur les cartes.
Le vaisseau des Tinkers, sans doute derrière les petites collines qui faisaient de Shan une vallée, entretenait les écrans habituels anti-armes énergétiques. Shan lui avait rendu la politesse. »
Extrait de : J. T. McIntosh. « Les sorciers de l’espace. »
Solaris de Stanislas Lem
Fiche de Solaris
Titre : Solaris
Auteur : Stanislas Lem
Date de parution : 1961
Traduction : J.-M. Jasienko
Editeur : Gallimard
Première page de Solaris
« À dix-neuf heures, temps du bord, je me dirigeai vers l’aire de lancement. Autour du puits, les hommes se rangèrent pour me laisser passer ; je descendis l’échelle et pénétrai à l’intérieur de la capsule.
Dans l’habitacle étroit, je pouvais difficilement écarter les coudes. Je fixai le tuyau de la pompe à la valve de mon scaphandre, qui se gonfla rapidement. Désormais, il m’était impossible de faire le moindre mouvement ; j’étais là, debout, ou plutôt suspendu, enveloppé de mon survêtement pneumatique et incorporé à la carapace métallique.
Je levai les yeux ; au-dessus du globe transparent, je vis une paroi lisse et, tout en haut, la tête de Moddard, penchée sur l’ouverture du puits. Moddard disparu, ce fut brusquement la nuit ; le lourd cône protecteur avait été mis en place. J’entendis, huit fois répété, le bourdonnement des moteurs électriques qui tournaient les écrous, puis le sifflement de l’air comprimé dans les amortisseurs. »
Extrait de : S. Lem. « Solaris. »
Retour des étoiles par Stanislas Lem
Fiche de Retour des étoiles
Titre : Retour des étoiles
Auteur : Stanislas Lem
Date de parution : 1968
Traduction : M. de Wieysa
Editeur : Denoël
Première page de Retour des étoiles
« Je n’avais aucun vêtement, même pas de manteau. Ils avaient dit que ça ne valait pas la peine. Ils ne m’autorisèrent qu’à garder mon pull-over noir, ça pourrait aller. Et je dus me bagarrer pour la chemise. Je leur dis que je m’habituerais petit à petit. Au milieu du passage, sous le ventre du navire, nous nous arrêtâmes, bousculés, Abs me tendit sa dextre avec un sourire entendu.
— Sois prudent…
De ça aussi, je me souvenais. Je ne lui écrasai pas les doigts. J’étais tout à fait tranquille. Il voulut dire encore quelque chose. Je lui épargnai cette peine en me retournant, comme si je n’avais rien remarqué. Je pris l’escalier pour monter dans le vaisseau. L’hôtesse me conduisit vers l’avant entre les rangées de fauteuils. Je ne voulais pas de cabine séparée. Je me demandais s’ils l’avaient mise au courant. Le fauteuil s’ouvrit silencieusement. Elle arrangea le dossier, me sourit et partit. Je m’assis. »
Extrait de : S. Lem. « Retour des étoiles. »
Mémoires trouvés dans une baignoire par Stanislas Lem
Fiche de Mémoires trouvés dans une baignoire
Titre : Mémoires trouvés dans une baignoire
Auteur : Stanislas Lem
Date de parution : 1961
Traduction : D. Sila, A. Labedzka
Editeur : Calmann-Lévy
Première page de Mémoires trouvés dans une baignoire
« … il me fut impossible de trouver la pièce correspondant au numéro qui figurait sur mon laissez-passer. J’arrivai d’abord au Service de Véristique, puis à celui de Désinformation. Un employé de la Section des Pressions me conseilla de monter au huitième étage, mais là-bas, personne ne daigna faire attention à moi. Je m’égarai parmi une foule de militaires ; tous les couloirs résonnaient du bruit de leur pas cadencé, du claquement des portes et des talons. À ces rumeurs martiales se mêlait un tintement cristallin et confus comme celui des clochettes d’un traîneau. De temps à autre, des garçons de salle passaient, portant des bouilloires fumantes. Il m’arrivait d’entrer par erreur dans les lavabos où des secrétaires rectifiaient hâtivement leur maquillage. Parfois, des espions déguisés en liftiers engageaient la conversation avec moi. L’un d’eux, muni d’une prothèse d’invalide, me conduisit tant de fois, d’étage en étage, qu’il finit par me faire signe de loin et renonça même à me photographier avec l’appareil qu’il portait comme un œillet à la boutonnière. »
Extrait de : S. Lem. « Mémoires trouvés dans une baignoire. »
Les aventures du pilote Pirx par Stanislas Lem
Fiche de Les aventures du pilote Pirx
Titre : Les aventures du pilote Pirx
Auteur : Stanislas Lem
Date de parution : 1965
Traduction : C. Zaremba
Editeur : Actes Sud
Sommaire de Les aventures du pilote Pirx
- Le test
- La patrouille
- L’albatros
- Terminus
- Le réflexe conditionnel
- La traque
- L’accident
- Le récit de Pirx
- Le procès
- Ananké
Première page de Les aventures du pilote Pirx
« Cadet Pirx !”
La voix de Piste-bleue le tira de sa rêverie. Il imaginait justement qu’une pièce de deux couronnes en argent se cachait dans la poche gousset du vieux pantalon civil qui traînait au fond de son placard. Sonnante et trébuchante, oubliée là. Il savait pertinemment que ce n’était pas le cas, qu’il y trouverait tout au plus un vieux reçu postal, mais il voulait croire qu’elle y était, et au moment où Piste-bleue avait prononcé son nom, il en était déjà tout à fait sûr. Il en sentait nettement le contour, la voyait prendre ses aises dans sa poche. Il pourrait aller au cinéma, et n’en aurait dépensé que la moitié. Et s’il se contentait des actualités, il lui en resterait une et demie, il en garderait une pour plus tard, et mettrait le reste dans une machine à sous. Si alors celle-ci s’enrayait et déversait des pièces, il aurait à peine le temps de les fourrer dans ses poches tant leur flot serait abondant… C’était bien arrivé à Smiga ! Il ployait justement sous le poids de cette fortune inattendue quand Piste-bleue l’appela. »
Extrait de : S. Lem. « Les Aventures du pilote Pirx. »
Le rhume par Stanislas Lem
Fiche de Le rhume
Titre : Le rhume
Auteur : Stanislas Lem
Date de parution : 1976
Traduction : D. Sila
Editeur : Calmann-Lévy
Première page de Le rhume
« Le dernier jour me parut incroyablement long. Ce n’était pas le trac ; je n’avais pas peur. D’ailleurs il n’y avait rien à craindre. Je me sentais constamment seul dans cette foule où l’on parlait plusieurs langues. Personne ne faisait attention à moi. Mes protecteurs ne se montraient guère. Au demeurant, je ne les connaissais même pas. Je ne croyais pas non plus attirer sur moi une malédiction en dormant dans le pyjama d’Adams, en me rasant avec son appareil ou en marchant sur ses traces le long de la baie. C’est pourquoi j’aurais dû me sentir soulagé à la pensée d’abandonner dès le lendemain cette mascarade. Je ne redoutais pas d’embuscade sur le chemin du retour : sur l’autoroute, personne n’avait touché à un cheveu de sa tête. Je ne devais passer qu’une nuit à Rome, sous protection spéciale. Tout cela, me disais-je en essayant de me convaincre, parce que j’ai hâte d’en finir ; l’opération est un fiasco. Mais j’avais beau me raisonner, je m’écartais sans cesse du programme fixé. »
Extrait de : S. Lem. « Le Rhume. »