Poussière de lune par Thomas M. Disch

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Fiche de Poussière de lune

Titre : Poussière de lune
Auteur : Thomas M. Disch
Date de parution : 1975
Traduction : R. Delouya
Editeur : Denoël

Sommaire de Poussière de lune

  • Les cafards
  • Viens à Vénus mélancolie
  • Linda, Daniel et Spike
  • Inutile la fuite, inexorable la pitié
  • La descente
  • Nada
  • Maintenant c’est l’éternité
  • L’épreuve
  • La chambre vide
  • La cage d’écureuil
  • Le nombre que vous avez atteint
  • 1-A
  • Achetez-vous une nouvelle tête
  • La cité ou rayonne la lumière
  • Poussière de lune, odeur de foin et matérialisme dialectique
  • Thèse sur les formes sociales et les contrôles sociaux aux U.S.A.
  • Casablanca

Première page de Les cafards

« Miss Marcia Kenwell avait une sainte horreur des cafards. C’était une horreur toute différente de celle qu’elle éprouvait pour la couleur puce, par exemple. Miss Marcia Kenwell abominait ces petites bestioles. Elle ne pouvait en voir une sans avoir envie de hurler. Sa répulsion était telle qu’elle ne pouvait même pas se résoudre à les écraser sous ses semelles. Non, elle n’aurait pas pu le supporter. Elle préférait se précipiter sur la bombe insecticide Drapeau Noir et inonder la bête de poison jusqu’à ce qu’elle cesse de bouger ou qu’elle disparaisse dans une des lézardes où elles semblaient toutes avoir élu domicile. C’était horrible, indiciblement horrible, de penser qu’elles nichaient dans les murs, sous le linoléum, attendant que les lumières s’éteignent pour… Non, il valait mieux ne pas y penser.

Elle épluchait le Times toutes les semaines pour trouver un autre appartement. Mais les loyers étaient trop chers (c’était à Manhattan, et le salaire brut de Marcia se montait à peine à soixante-deux dollars cinquante par semaine), ou l’immeuble était visiblement infesté. Elle le devinait toujours à coup sûr : il y aurait des carcasses de cafards éparpillées dans la poussière, sous l’évier, collées au gras derrière la cuisinière, ou en bordure de la plus haute étagère du placard, comme du riz sur les marches de l’église après un mariage. Elle quittait ces pièces dans un accès de dégoût, incapable de réfléchir jusqu’à ce qu’elle se retrouve chez elle, dans une atmosphère alourdie des senteurs saines de Drapeau Noir, de Cafardez-le, et des pâtes toxiques étendues sur des rondelles de pommes de terre dissimulées dans les mille et une fissures connues d’elle seule et des cafards. »

Extrait de : T.M Disch. « Poussière de lune. »

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