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1-A par Thomas M. Disch

Fiche de 1-A

Titre : 1-A (nouvelle)
Auteur : Thomas M. Disch
Date de parution : 1972
Traduction : D. Demerle
Editeur : Galaxie / Opta

Sommaire de 1-A

  • Les visages du chaos par Andrew J. Offutt
  • 1-A par Thomas M. Disch

Première page de 1-A

«  Ça », dit Mr. Green d’un ton qui se voulait sans réplique, « c’était une vraie guerre. » Mr. Green, qui avait porté les armes avec le grade de sergent lors de la Seconde Guerre mondiale, replaça le râteau derrière la porte de son garage.

— « Question d’être réelle, celle-là n’est pas mal non plus », releva Bruce Berwyn, sans grande conviction.

Le nez de Mr. Green émit un son empreint de scepticisme mais qui n’était peut-être dû qu’à son effort pour soulever la vaste corbeille de feuilles mortes.

« Tiens ! je vais vous donner un coup de main », proposa Bruce. Ce dernier avait vingt ans et exerçait, avec son père, la profession de déménageur de pianos. Deux ans auparavant, il jouait comme arrière dans l’équipe de rugby de son collège, et il avait montré une telle aptitude à ce rôle que, si l’envie lui avait pris d’entrer à l’Université, il aurait pu choisir entre trois établissements, dont un en Nouvelle-Angleterre. »

Extrait de : T.M Disch. « 1-A. »

Sur les ailes du chant par Thomas M. Disch

Fiche de Sur les ailes du chant

Titre : Sur les ailes du chant
Auteur : Thomas M. Disch
Date de parution : 1978
Traduction : J. Bonnefoy
Editeur : Gallimard

Première page de Sur les ailes du chant

« Daniel Weinreb avait cinq ans lorsque sa mère disparut. Bien qu’il ait choisi, à l’instar de son père, de considérer l’événement comme un affront personnel, il se prit bientôt à préférer l’existence sans elle. C’était une fille du genre pleurnicheur, encline aux longs discours décousus, à des accès de haine rentrée vis-à-vis de son père – et qui parfois retombaient également sur lui. Mariée à l’âge de seize ans, elle s’était évanouie à vingt et un, avec ses deux valises, la chaîne stéréo, et l’argenterie pour huit personnes – cadeau de mariage de sa belle-mère, Adah Weinreb.

Une fois terminées les formalités de la rupture – amorcées depuis un bon moment déjà –, le père de Daniel, Abraham Weinreb, un chirurgien-dentiste, déménagea à quinze cents kilomètres de là pour aller vivre avec lui dans l’Iowa, à Amesville : la ville avait besoin d’un praticien, le précédent étant mort. Ils habitaient un appartement au-dessus du cabinet. Daniel y avait sa propre chambre – et non plus un lit pliant. Il y avait des arrière-cours et des rues pour jouer, des arbres où grimper, et des monceaux de neige à longueur d’hiver. »

Extrait de : T.M Disch. « Sur les ailes du chant. »

Poussière de lune par Thomas M. Disch

Fiche de Poussière de lune

Titre : Poussière de lune
Auteur : Thomas M. Disch
Date de parution : 1975
Traduction : R. Delouya
Editeur : Denoël

Sommaire de Poussière de lune

  • Les cafards
  • Viens à Vénus mélancolie
  • Linda, Daniel et Spike
  • Inutile la fuite, inexorable la pitié
  • La descente
  • Nada
  • Maintenant c’est l’éternité
  • L’épreuve
  • La chambre vide
  • La cage d’écureuil
  • Le nombre que vous avez atteint
  • 1-A
  • Achetez-vous une nouvelle tête
  • La cité ou rayonne la lumière
  • Poussière de lune, odeur de foin et matérialisme dialectique
  • Thèse sur les formes sociales et les contrôles sociaux aux U.S.A.
  • Casablanca

Première page de Les cafards

« Miss Marcia Kenwell avait une sainte horreur des cafards. C’était une horreur toute différente de celle qu’elle éprouvait pour la couleur puce, par exemple. Miss Marcia Kenwell abominait ces petites bestioles. Elle ne pouvait en voir une sans avoir envie de hurler. Sa répulsion était telle qu’elle ne pouvait même pas se résoudre à les écraser sous ses semelles. Non, elle n’aurait pas pu le supporter. Elle préférait se précipiter sur la bombe insecticide Drapeau Noir et inonder la bête de poison jusqu’à ce qu’elle cesse de bouger ou qu’elle disparaisse dans une des lézardes où elles semblaient toutes avoir élu domicile. C’était horrible, indiciblement horrible, de penser qu’elles nichaient dans les murs, sous le linoléum, attendant que les lumières s’éteignent pour… Non, il valait mieux ne pas y penser.

Elle épluchait le Times toutes les semaines pour trouver un autre appartement. Mais les loyers étaient trop chers (c’était à Manhattan, et le salaire brut de Marcia se montait à peine à soixante-deux dollars cinquante par semaine), ou l’immeuble était visiblement infesté. Elle le devinait toujours à coup sûr : il y aurait des carcasses de cafards éparpillées dans la poussière, sous l’évier, collées au gras derrière la cuisinière, ou en bordure de la plus haute étagère du placard, comme du riz sur les marches de l’église après un mariage. Elle quittait ces pièces dans un accès de dégoût, incapable de réfléchir jusqu’à ce qu’elle se retrouve chez elle, dans une atmosphère alourdie des senteurs saines de Drapeau Noir, de Cafardez-le, et des pâtes toxiques étendues sur des rondelles de pommes de terre dissimulées dans les mille et une fissures connues d’elle seule et des cafards. »

Extrait de : T.M Disch. « Poussière de lune. »

Le prisonnier par Thomas M. Disch

Fiche de Le prisonnier

Titre : Le prisonnier
Auteur : Thomas M. Disch
Date de parution : 1969
Traduction : J. Huet
Editeur : Presses Pocket

Première page de Le prisonnier

« — Vous êtes déjà venue ici ? demanda-t-il.

— N’était-ce pas ici que nous sommes venus, la dernière fois ?

— Ce n’aurait guère été possible. Notre dernière rencontre s’est située à… Trêves, si mes souvenirs sont exacts.

— Les miens, selon toute apparence, ne le sont pas. C’est à vous voir que tout prend une allure de déjà vu. Les lustres, les fleurs, et même ce garçon avec la lippe des Habsbourg, tout cela est exactement semblable au souvenir que j’en ai gardé.

— Si c’est là ce qui vous donne un sentiment de déjà vu, on peut dire que vous avez un passé fort agréable.

— Et vraiment pas grâce à vous, mon très cher.

Il toucha du doigt son verre vide.

— Un autre ?

— Ne disiez-vous pas que vous étiez terriblement pressé ? Et puis ce serait un grave manque de respect pour la bisque. Que voici, d’ailleurs.

Le garçon à la moue impériale entreprit d’officier autour de la bisque, tandis que, ayant terminé la première escarmouche, les deux convives opéraient quelques menues modifications de leur stratégie. Le sommelier apporta la bouteille de solera dont l’étiquette se décollait à moitié. »

Extrait de : T.M Disch. « Le prisonnier. »

Le livre d’or par Thomas M. Disch

Fiche de Le livre d’or

Titre : Le livre d’or de la Science-Fiction
Auteur : Thomas M. Disch
Date de parution : 1981
Traduction :
Editeur : Presses Pocket

Sommaire de Le livre d’or

  • Un emploi du temps très chargé
  • Les touristes
  • 3 short-shorts
    • Le retour de la méduse
    • Démiurges
    • Utopie ? Impossible !
  • Assassin et fils
  • 102 bombes H
  • Un amour envahissant
  • Thomas l’incrédule
  • Casablanca
  • Le crime d’Edwin Lollard
  • La rive asiatique
  • Le mécanisme du jugement dernier
  • Le vaillant petit grille-pain

Première page d’Un emploi du temps très chargé

« 8 h 30 Un mauvais début. Je m’étais éveillé une demi-heure plus tard que de coutume. Le bouton d’alarme du réveil avait été placé sur « arrêt » et Karen s’était déjà levée. Elle tournait en rond dans la cuisine et j’allais lui crier ce que je pensais de ses manigances pour me faire arriver en retard au bureau, lorsque je me souvins que c’était ma « semaine de bonté envers ma femme ».

Je décidai de garder mes réflexions pour moi.

— Bonjour, chérie, lui dis-je. Comment se présente cette journée ?

Elle regarda dans la chambre, en souriant.

— Une matinée magnifique. Trop chaude pour un mois d’octobre, mais ce n’est pas moi qui m’en plaindrai.

De toute façon, j’étais à présent levé et j’avais encore une heure et demie devant moi pour me rendre au poste. Rien n’était vraiment grave, ma nervosité exceptée. Pour moi, le matin n’est certainement pas le meilleur moment de la journée. »

Extrait de : T.M Disch. « Le livre d’or de la science-fiction – Thomas Disch. »

Le caducée maléfique par Thomas M. Disch

Fiche de Le caducée maléfique

Titre : Le caducée maléfique
Auteur : Thomas M. Disch
Date de parution : 1991
Traduction : N. Zimmermann
Editeur : Pocket

Première page de Le caducée maléfique

« Le vendredi qui précédait les vacances de Noël, Sœur Mary Symphorosa informa la classe de maternelle de l’école Notre-Dame de la Pitié que le père Noël n’existait pas, que les cadeaux que l’on trouvait au pied du sapin le matin de Noël provenaient des parents et que c’était une absurdité païenne et impie, un péché contre les Dix Commandements, de penser autrement. Elle faisait la même déclaration tous les ans et l’on pouvait toujours s’attendre à voir au moins un enfant piquer une crise ou se rebeller. Cette année, ce fut Billy Michaels, un enfant si tranquille généralement, qui se jeta par terre et resta couché sur le dos en hurlant et ruant dans tous les sens, bref, en se faisant remarquer.
Sœur Symphorosa le regarda en tripotant le gros crucifix de bois qui fixait les perles de son rosaire à ses grandes jupes. Elle n’éprouvait pas d’inquiétude particulière et tirait même une satisfaction toute professionnelle du comportement hystérique de l’enfant, comme un exorciste qui vient de chasser un démon. »

Extrait de : T.M Disch. « Le caducée maléfique. »

Le businessman par Thomas M. Disch

Fiche de Le businessman

Titre : Le businessman
Auteur : Thomas M. Disch
Date de parution : 1983
Traduction : A. Dorémieux
Editeur : Denoël

Première page de Le businessman

« En s’éveillant elle ne sut pas immédiatement où elle se trouvait. Puis la notion s’imposa : elle était morte et enterrée dans une tombe. Comment elle le savait, par l’intermédiaire de quel sens, elle n’aurait su le dire. Ce n’était pas grâce à la vue en tout cas, ni à son équivalent spirituel, car il n’y a rien à voir là où nulle lumière ne pénètre. Ce n’était pas non plus au niveau d’une sensation quelconque dans les membres ou les reins, dans le cœur ou la bouche. Son corps était ici avec elle, dans le cercueil, en un sens elle était toujours reliée à ses protéines en voie de désintégration, mais ce n’était pas à travers lui qu’elle ressentait la chose. Il y avait seulement, en suspension, cette sphère de la conscience de soi, derrière laquelle elle discernait vaguement certains aspects essentiels de la terre qui l’emmurait : masse dense, humide, complexe, percée de constellations affamées qui progressaient lentement en avant, de nodules d’intensité se détachant sur l’éclat laiteux de la calme transformation bactérienne. »

Extrait de : T.M Disch. « Le Businessman. »

L’homme sans idées par Thomas M. Disch

Fiche de L’homme sans idées

Titre : L’homme sans idées
Auteur : Thomas M. Disch
Date de parution : 1982
Traduction : A. Dorémieux
Editeur : Denoël

Sommaire de L’homme sans idées

  • L’homme sans idées
  • Le chat noir
  • Le compromis du Père Noël
  • La vengeance d’Héra ou le triomphe de la monogamie
  • Concepts
  • La guerre dans l’appartement d’à côté
  • Le foetus
  • Le feu se mit à brûler le bâton, le bâton se mit à battre le chien
  • Au centre du plaisir
  • L’adulte
  • Comment voler
  • La planète des viols
  • La révélation
  • Des pyramides pour le Minnesota
  • Josie et l’ascenseur : une histoire édifiante
  • Une leçon d’italien
  • Compréhension de la conduite humaine

Première page de L’homme sans idées

« Il avait d’abord supposé qu’il avait échoué. Supposition raisonnable à première vue, mais au bout de deux semaines, la commission des Examens ne lui ayant toujours pas écrit, il se demanda si peut-être il n’était pas arrivé à l’emporter. Cela semblait difficilement croyable. L’examinateur, un vieux bonhomme ratatiné dont Barry avait aussitôt oublié le nom, s’était montré d’emblée hostile et agressif, lui disant qu’il trouvait sa poignée de main trop sincère. Il avait orienté d’abord la conversation sur les dangers éventuels des bains de soleil excessifs, critique indirecte du bronzage estival de Barry et des loisirs que ce bronzage impliquait, puis s’était lancé sur le thème des dauphins et la probabilité que leur intelligence égalât celle des hommes. Barry, étant entré dans la cabine résolu à miser tous ses jetons sur une tactique de franchise absolue, avait répondu, premièrement, qu’il était trop jeune pour se soucier du cancer de la peau et, deuxièmement, qu’il n’avait aucun intérêt pour les animaux sinon sous forme de viande. L’examinateur avait enchaîné sur les expériences psychiques d’une femme dont il avait lu le compte rendu dans le Reader’s Digest. »

Extrait de : T.M Disch. « L’homme sans idées. »

Génocides par Thomas M. Disch

Fiche de Génocides

Titre : Génocides
Auteur : Thomas M. Disch
Date de parution : 1965
Traduction : G. Abadia
Editeur : J’ai lu

Première page de Génocides

« Tandis que les étoiles, les plus faibles d’abord puis les plus brillantes, s’effaçaient pour faire place à la lumière de l’aube, la masse gigantesque de la forêt qui entourait le champ de maïs retint quelque temps encore l’obscurité compacte de la nuit. Une brise légère venue du lac faisait bruire les feuilles du jeune maïs, mais la forêt sombre n’exhalait aucun bruit. Bientôt, sa haute muraille s’auréola à l’est d’une lueur grisâtre, et les trois hommes qui attendaient dans le champ surent, bien qu’il fût encore invisible, que le soleil s’était levé.

Anderson cracha un jet de salive. La journée de travail venait officiellement de commencer. Il se mit à gravir la légère pente du champ vers le mur sylvestre exposé à l’est. Quatre rangées d’épis derrière lui, ses deux fils le suivaient. Neil, le plus jeune et le plus vigoureux, sur sa droite, et Buddy sur sa gauche.

Chaque homme était muni de deux seaux en bois, vides. Ils allaient torse nu et nu-pieds, car c’était le milieu de l’été. Leurs pantalons étaient déchirés. Anderson et Buddy avaient des chapeaux tressés en raphia grossier et à larges bords. Neil avait des lunettes de soleil mais pas de chapeau. Elles étaient très vieilles et le milieu de la monture avait été brisé et raccommodé avec de la colle et une fibre de même nature que celle dont étaient faits les chapeaux. »

Extrait de : T.M Disch. « Génocides. »

Camp de concentration par Thomas M. Disch

Fiche de Camp de concentration

Titre : Camp de concentration
Auteur : Thomas M. Disch
Date de parution : 1970
Traduction : M. Battin
Editeur : J’ai lu

Première page de Camp de concentration

« Le jeune R.M., mon gardien mormon, m’a en définitive apporté du papier. Trois mois se sont écoulés depuis le jour où je lui en ai demandé pour la première fois. Changement d’humeur inexplicable. Peut-être Andrea a-t-elle pu lui graisser la patte. Rigor Mortis n’en convient pas, mais il ne peut guère que nier le fait. Nous avons parlé politique, et j’ai pu déduire des allusions qu’il a laissé tomber que le président McNamara avait décidé d’utiliser des armes nucléaires « tactiques ». Peut-être est-ce après tout à McNamara plutôt qu’à Andrea que je dois ce papier, car R.M. était irrité depuis des semaines à la pensée que le général Sherman, le pauvre général Sherman, s’était vu refuser l’octroi d’une force de frappe adéquate. Quand R.M. est content, comme aujourd’hui, un sourire craintif étire ses lèvres minces et dévoile ses dents parfaites de tête de mort, un sourire vacillant teinté d’une imperceptible apparence d’humour. Pourquoi tous les Mormons que j’ai connus ont-ils ce même sourire constipé ? Leur entraînement à la propreté serait-il particulièrement sévère ?

Ceci est mon journal : Je serai franc. Sincèrement, il me serait difficile de me sentir plus malheureux. »

Extrait de : T. Disch. « Camp de Concentration. »