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Les grands auteurs français de science-fiction : des pionniers aux classiques

Quand on parle de science-fiction, les noms d’Isaac Asimov, de Philip K. Dick ou de Frank Herbert viennent souvent à l’esprit. Pourtant, la France possède elle aussi une longue tradition dans ce domaine. Bien avant que la science-fiction ne devienne un genre identifié par ce nom, des écrivains français imaginaient déjà des voyages extraordinaires, des inventions impossibles, des sociétés futures et des rencontres avec des formes de vie inconnues.

De Jules Verne à Pierre Boulle, en passant par les pionniers du merveilleux scientifique et les auteurs populaires de l’après-guerre, cette littérature a exploré des thèmes très variés : les progrès de la science, les dangers de la technologie, les civilisations extraterrestres, les catastrophes, l’avenir de l’humanité ou encore les limites de notre connaissance du monde.

Voici vingt auteurs qui permettent de découvrir cette histoire, des précurseurs du XIXe siècle aux grandes figures du XXe siècle. Il ne s’agit pas d’un classement, mais d’un parcours à travers des œuvres et des imaginaires qui ont contribué à façonner la science-fiction française.

1. Jules Verne : le précurseur de l’imaginaire scientifique

Difficile d’évoquer les origines de la science-fiction française sans commencer par Jules Verne. Au XIXe siècle, il imagine des voyages extraordinaires rendus possibles par les découvertes scientifiques et les innovations techniques. Ses romans entraînent les lecteurs sous les océans, au centre de la Terre ou vers la Lune, en donnant une place essentielle à l’exploration et à la curiosité scientifique.

Son approche reste différente de celle de nombreux auteurs de science-fiction modernes : Verne s’intéresse beaucoup aux possibilités offertes par les connaissances de son époque. Mais son influence sur la littérature d’anticipation est considérable.

Par où commencer ? Vingt mille lieues sous les mers est une excellente porte d’entrée, tout comme De la Terre à la Lune. Ces romans permettent de retrouver le plaisir de l’aventure tout en découvrant une vision fascinante des sciences et des techniques.

2. J.-H. Rosny aîné : une autre forme de vie est possible

Avec J.-H. Rosny aîné, la littérature d’anticipation s’aventure vers des territoires plus étranges. L’écrivain ne se contente pas d’imaginer les inventions de demain : il s’intéresse à l’altérité, aux formes de vie radicalement différentes de la nôtre et à la place de l’humanité dans un univers qui ne lui appartient pas nécessairement.

Son œuvre annonce certains questionnements majeurs de la science-fiction moderne. Que se passerait-il si l’humanité rencontrait une intelligence dont elle ne pourrait comprendre ni les intentions ni le fonctionnement ? Et si l’être humain cessait d’être la mesure de toute chose ?

Par où commencer ? Les Xipéhuz met en scène une rencontre déroutante avec des êtres non humains. La Mort de la Terre propose, quant à lui, une vision sombre de l’avenir de notre planète. Deux textes importants pour comprendre l’évolution de la SF française.

3. Maurice Renard : le maître du merveilleux scientifique

Au début du XXe siècle, Maurice Renard contribue à donner une identité à une littérature qui explore les conséquences extraordinaires d’une hypothèse scientifique. Il défend notamment le merveilleux scientifique, une approche qui consiste à bouleverser une loi ou une connaissance du monde pour en examiner les conséquences.

Ses récits mêlent spéculation, étrangeté et parfois horreur. Le corps humain, l’identité et les limites de la science deviennent des terrains d’expérimentation narrative. Ses histoires peuvent surprendre les lecteurs habitués à la SF spatiale, car elles s’intéressent souvent à ce qui se cache derrière la réalité quotidienne.

Par où commencer ? Le Docteur Lerne, sous-dieu explore les manipulations biologiques, tandis que Le Péril bleu imagine une forme de présence étrangère dont l’humanité ignore tout. Deux exemples saisissants de cette science-fiction française ancienne, inventive et inquiétante.

4. René Barjavel : les promesses et les catastrophes du progrès

René Barjavel occupe une place majeure dans l’histoire de la science-fiction française. Son œuvre interroge les rapports entre progrès technique, civilisation et humanité. La science n’y représente pas systématiquement une promesse de bonheur : elle peut aussi rendre possible l’effondrement d’un monde ou révéler la fragilité des sociétés modernes.

Barjavel sait associer les grandes idées de l’anticipation à des personnages confrontés à des dilemmes humains. Ses romans conservent ainsi une dimension émotionnelle qui dépasse la simple spéculation scientifique.

Par où commencer ? Ravage imagine une société brutalement privée de son infrastructure technologique. La Nuit des temps propose une autre approche, mêlant découverte scientifique, amour et mystère venu du passé. Ces deux romans illustrent la diversité de son imaginaire.

5. Pierre Boulle : l’humanité face à son propre miroir

Connu dans le monde entier grâce à La Planète des singes, Pierre Boulle utilise la science-fiction pour questionner la société humaine. Plutôt que de construire de vastes univers futuristes, il privilégie souvent une idée forte, capable de renverser les certitudes du lecteur.

Dans La Planète des singes, le regard porté sur l’humanité change progressivement. Les hiérarchies, les comportements collectifs et la prétendue supériorité de l’être humain deviennent les objets d’une expérience de pensée particulièrement efficace.

Son approche convient aux lecteurs qui recherchent une science-fiction accessible, mais porteuse de questions philosophiques et sociales. Une situation extraordinaire devient le moyen de mieux observer notre propre monde.

Par où commencer ? La Planète des singes est évidemment le choix le plus naturel. Le roman mérite d’être découvert indépendamment de ses adaptations, car sa construction et ses enjeux possèdent leur propre force.

6. Francis Carsac : l’aventure au cœur des étoiles

Derrière le pseudonyme Francis Carsac se trouve François Bordes, également connu pour ses travaux de préhistorien. Son œuvre de science-fiction privilégie l’aventure, les rencontres entre civilisations et l’exploration de mondes inconnus.

Ses romans associent le plaisir du récit à des questions sur les sociétés, les cultures et les rapports de pouvoir. Les extraterrestres ne sont pas uniquement des adversaires à combattre : ils permettent aussi de confronter les humains à d’autres façons de vivre et de penser.

Carsac représente une tradition de la SF française qui accorde une grande place au dépaysement et à la découverte. Ses histoires parlent de voyages et de conflits, mais aussi de la possibilité de comprendre des peuples différents.

Par où commencer ? Ceux de nulle part constitue une bonne entrée dans son univers. Le roman donne un aperçu de son goût pour les civilisations lointaines et les aventures qui élargissent les frontières du monde connu.

7. Nathalie et Charles Henneberg : une science-fiction épique et singulière

Nathalie et Charles Henneberg ont développé une œuvre marquée par les mondes lointains, les civilisations anciennes et les destins exceptionnels. Leur imaginaire se distingue par une dimension épique : les personnages évoluent dans des univers où l’histoire, les croyances et les forces qui dépassent l’individu pèsent lourdement sur leur destin.

Leur science-fiction peut emprunter à la fantasy son ampleur mythologique, tout en conservant une sensibilité propre aux littératures de l’imaginaire du XXe siècle. Elle s’adresse aux lecteurs qui aiment les univers denses, les atmosphères particulières et les récits qui ne se limitent pas à une simple aventure technologique.

Par où commencer ? La Naissance des dieux est un titre à explorer pour découvrir cette dimension ample et mythique de leur imaginaire. Leur œuvre mérite l’attention des lecteurs curieux de retrouver des univers moins souvent cités dans les panoramas généralistes.

8. Stefan Wul : l’imagination débridée des années 1950

Avec Stefan Wul, la science-fiction française d’après-guerre prend des couleurs nouvelles. Ses romans proposent des mondes étranges, des créatures étonnantes et des aventures où l’imagination prime souvent sur l’explication scientifique détaillée.

Derrière cette apparente liberté se dessinent des réflexions sur les civilisations, l’évolution et la place de l’être humain dans des environnements qu’il ne maîtrise pas. Ses univers sont souvent visuels, ce qui explique aussi pourquoi plusieurs de ses récits ont inspiré des adaptations ou nourri l’imaginaire d’autres créateurs.

Stefan Wul est un excellent choix pour qui souhaite découvrir une SF française dépaysante, capable de surprendre à chaque détour.

Par où commencer ? Oms en série est l’un de ses romans les plus connus, notamment pour son renversement des rapports entre humains et êtres intelligents. Niourk propose une vision post-apocalyptique singulière, portée par le regard d’un enfant.

9. Gérard Klein : auteur, critique et passeur de science-fiction

Gérard Klein est une figure importante de la science-fiction française, aussi bien par ses propres textes que par son rôle dans la diffusion du genre. Écrivain, essayiste et éditeur, il a participé à faire connaître la SF auprès d’un public plus large.

Ses récits explorent notamment les sociétés futures, les rapports de pouvoir et les transformations de l’humanité. Il s’intéresse moins à l’accumulation de gadgets qu’aux conséquences politiques et humaines des changements imaginés.

Son parcours permet aussi de comprendre que l’histoire de la science-fiction ne se construit pas uniquement grâce aux romanciers : les éditeurs, les critiques et les passeurs jouent un rôle essentiel dans la reconnaissance d’un genre littéraire.

Par où commencer ? Les Seigneurs de la guerre est un titre représentatif de son travail. Il permet d’aborder les questions de conflit, de pouvoir et de transformation des sociétés qui traversent une partie de son œuvre.

10. Michel Jeury : le temps et les réalités incertaines

Michel Jeury fait partie des auteurs qui ont donné à la science-fiction française une orientation plus introspective et expérimentale. Le temps, la mémoire et la perception de la réalité occupent une place importante dans son univers.

Ses récits peuvent déstabiliser : les événements ne se déroulent pas toujours selon une chronologie simple et les personnages ne disposent pas nécessairement de toutes les clés pour comprendre ce qui leur arrive. Cette incertitude devient un outil littéraire pour interroger la conscience et la façon dont nous construisons notre rapport au monde.

Jeury intéressera particulièrement les lecteurs qui apprécient une science-fiction exigeante, dans laquelle l’idée spéculative agit autant sur la forme du récit que sur son intrigue.

Par où commencer ? Le Temps incertain est un choix emblématique. Le roman montre comment la SF peut faire du temps et de la perception des sujets d’expérimentation littéraire.

11. Philippe Curval : l’expérimentation et la critique sociale

Philippe Curval appartient à une génération d’écrivains qui ont contribué à renouveler la science-fiction française. Son œuvre s’intéresse aux sociétés, aux comportements collectifs et aux conséquences parfois absurdes des systèmes que les humains construisent.

Curval ne cherche pas toujours à rassurer son lecteur avec un univers parfaitement expliqué. Il préfère souvent l’étrangeté, le décalage et l’expérimentation. Ses romans peuvent ainsi se lire comme des observations critiques de notre présent, déplacées dans des cadres imaginaires.

Cette approche rappelle que la science-fiction n’est pas seulement une littérature de l’avenir. Elle peut aussi servir à examiner les contradictions de l’époque dans laquelle elle est écrite.

Par où commencer ? Cette chère humanité permet de découvrir sa façon d’interroger la société et ses évolutions. C’est une piste intéressante pour les lecteurs qui aiment une SF plus critique et moins conventionnelle.

12. Jean-Pierre Andrevon : l’écologie et les lendemains inquiétants

Jean-Pierre Andrevon a développé une œuvre abondante, dans laquelle l’écologie, la violence des sociétés et les conséquences de nos choix occupent une place importante. Ses récits peuvent être sombres, parfois désespérés, mais leur pessimisme repose sur des inquiétudes bien concrètes.

La catastrophe n’est pas toujours un simple décor spectaculaire : elle révèle ce qui, dans nos modes de vie et nos organisations collectives, rend un effondrement possible. Cette dimension donne à ses textes une portée qui dépasse leur contexte de publication.

Andrevon représente une tradition de la science-fiction française attentive aux crises environnementales et politiques. Ses histoires invitent à réfléchir aux conséquences de l’inaction autant qu’aux capacités de survie de l’humanité.

Par où commencer ? Le Monde enfin est un titre à retenir pour découvrir son imaginaire post-apocalyptique et ses interrogations sur le devenir de la civilisation.

13. Kurt Steiner : la SF populaire et les mondes imaginaires

Kurt Steiner est le pseudonyme sous lequel André Ruellan a notamment publié des romans de science-fiction populaire. Ses récits s’inscrivent dans une tradition qui privilégie le mouvement, le dépaysement et les idées fortes, avec le plaisir de raconter une histoire qui entraîne rapidement le lecteur.

Cette SF populaire a joué un rôle important dans la diffusion du genre en France. Les collections spécialisées ont permis à de nombreux lecteurs de découvrir des mondes futuristes, des aventures spatiales et des hypothèses extraordinaires à travers des livres accessibles et souvent très imaginatifs.

Kurt Steiner mérite donc sa place dans ce panorama, non parce qu’il représenterait toute la science-fiction française, mais parce qu’il témoigne de la diversité des voies empruntées par le genre.

Par où commencer ? Pour le découvrir, le plus simple est de parcourir ses romans disponibles dans les collections d’anticipation et de choisir un titre qui met en avant l’aventure et le dépaysement.

14. B. R. Bruss : une figure de l’anticipation populaire

B. R. Bruss, pseudonyme de René Bonnefoy, est associé à la science-fiction populaire française du XXe siècle. Son œuvre s’inscrit dans une tradition où les catastrophes, les découvertes extraordinaires et les transformations de la société servent de moteur à l’intrigue.

Cette littérature ne cherche pas nécessairement à construire des systèmes scientifiques complexes. Elle mise plutôt sur une hypothèse frappante et sur les conséquences qu’elle entraîne pour les personnages. C’est une approche directe, qui permet de faire de la SF un terrain de jeu narratif tout en explorant les peurs et les espoirs d’une époque.

Son importance tient aussi à la place qu’il occupe dans l’histoire éditoriale du genre, notamment à une période où les collections spécialisées rendent la science-fiction plus accessible.

Par où commencer ? Ses romans d’anticipation constituent une porte d’entrée vers cette SF de collection, représentative d’une époque où les auteurs multipliaient les visions du futur et les scénarios de catastrophe.

15. Daniel Walther : entre science-fiction et étrangeté

Daniel Walther est une figure singulière des littératures de l’imaginaire en France. Son œuvre se situe à la croisée de la science-fiction, du fantastique et de l’étrange, avec un goût pour les situations dérangeantes et les univers qui échappent aux explications faciles.

Chez lui, le lecteur ne trouve pas toujours les repères rassurants d’une SF centrée sur la technologie ou l’exploration spatiale. L’atmosphère, l’inquiétude et les zones d’ombre jouent un rôle essentiel. Cette orientation montre combien la science-fiction peut emprunter des chemins différents sans perdre sa capacité à interroger la réalité.

Walther est particulièrement intéressant pour les lecteurs qui aiment les récits atypiques, les ambiances troublantes et les frontières floues entre les genres.

Par où commencer ? Ses recueils de nouvelles et ses romans permettent d’explorer cette veine étrange. Le choix dépendra surtout de votre intérêt pour une SF plus sombre, parfois proche du fantastique.

16. François Richard Bessière : l’aventure et l’anticipation en série

François Richard Bessière fait partie des auteurs associés à l’essor de la science-fiction populaire française après la Seconde Guerre mondiale. Ses nombreux romans témoignent d’une époque où les collections d’anticipation offrent aux lecteurs un rendez-vous régulier avec des aventures futuristes.

Son imaginaire s’appuie sur les grands ressorts du genre : découvertes scientifiques, dangers inconnus, voyages et menaces pesant sur l’humanité. Cette approche privilégie l’efficacité narrative et le plaisir de l’aventure plutôt que l’expérimentation formelle.

Il est utile de rappeler cette tradition, car l’histoire de la SF française ne se limite pas à quelques œuvres devenues des classiques. Elle repose aussi sur un vaste ensemble de romans populaires qui ont nourri l’imaginaire de générations de lecteurs.

Par où commencer ? Ses romans publiés dans les collections d’anticipation sont à explorer pour découvrir cette production foisonnante. Le choix d’un titre disponible dans votre bibliothèque permettra de prolonger cette découverte.

17. Jimmy Guieu : extraterrestres, mystères et conspirations

Jimmy Guieu est l’un des noms marquants de la science-fiction populaire française. Ses romans font une large place aux civilisations extraterrestres, aux phénomènes mystérieux et aux menaces qui se cachent derrière les apparences.

Son approche se distingue par le goût de l’aventure et du secret. Les personnages sont souvent confrontés à des événements qui dépassent les connaissances ordinaires, et l’intrigue avance par révélations successives. Cette SF se situe parfois à la frontière entre fiction spéculative et imaginaire des phénomènes inexpliqués.

Pour comprendre son succès, il faut aussi le replacer dans son époque : les récits de soucoupes volantes, de contacts extraterrestres et de complots nourrissaient alors une partie de la culture populaire.

Par où commencer ? Ses romans d’aventures extraterrestres constituent le point d’entrée le plus naturel. Ils permettent de découvrir une facette très populaire de la science-fiction française, différente des œuvres plus philosophiques ou expérimentales.

18. Pierre Barbet : l’aventure spatiale

Pierre Barbet est un autre représentant de la SF populaire française, notamment connue pour ses récits d’aventures spatiales. Ses romans mettent en scène des explorations, des civilisations étrangères et des situations dans lesquelles les personnages doivent affronter des environnements inconnus.

Ce type de récit participe à l’attrait durable de la science-fiction : il ouvre des horizons, imagine d’autres mondes et confronte les humains à des défis qui dépassent leur expérience quotidienne. L’intérêt réside autant dans le dépaysement que dans les questions soulevées par les rencontres entre espèces et cultures.

Barbet s’inscrit ainsi dans une tradition narrative qui privilégie l’action et l’exploration, tout en offrant une porte d’entrée accessible aux lecteurs qui découvrent les classiques de l’anticipation française.

Par où commencer ? Ses romans spatiaux sont à privilégier si vous aimez les récits d’exploration et les aventures dans des univers extraterrestres.

19. Julia Verlanger : des mondes futurs et des héroïnes d’aventure

Julia Verlanger a construit une œuvre qui mêle science-fiction, aventure et mondes imaginaires. Ses romans accordent une place importante aux personnages confrontés à des sociétés différentes, à des environnements hostiles et à des choix déterminants.

Son univers s’inscrit dans une tradition de la SF populaire où l’action et le dépaysement permettent d’aborder des questions plus larges : la liberté, la survie, le pouvoir ou les règles qui structurent les civilisations. Son parcours rappelle également que les femmes ont contribué à l’histoire de la science-fiction française, même si elles ont parfois été moins visibles dans les récits consacrés au genre.

Par où commencer ? Les Portes sans retour est un titre à explorer pour découvrir son imaginaire. C’est une bonne piste pour les lecteurs qui apprécient les aventures situées dans des mondes radicalement différents du nôtre.

20. Robert Merle : quand l’anticipation devient une expérience humaine

Robert Merle n’est pas uniquement un auteur de science-fiction : son œuvre traverse plusieurs genres. Il mérite néanmoins sa place dans ce panorama grâce à Malevil, roman post-apocalyptique qui s’intéresse avant tout aux survivants d’une catastrophe et à la manière dont ils tentent de reconstruire une société.

Le roman ne repose pas seulement sur le spectacle de la destruction. Il examine les rapports de pouvoir, l’organisation collective, la violence et les choix moraux qui apparaissent lorsque les institutions disparaissent. L’effondrement devient ainsi un révélateur des comportements humains.

Cette approche rappelle que l’anticipation peut être particulièrement puissante lorsqu’elle reste proche de nos préoccupations. En imaginant un monde bouleversé, elle nous aide à réfléchir à ce qui fait tenir une communauté.

Par où commencer ? Malevil est le choix évident pour découvrir cette dimension de son œuvre. Il conviendra particulièrement aux lecteurs qui aiment les récits de survie et les réflexions sur la reconstruction d’une société.

Conclusion : une tradition française riche et diverse

Des voyages scientifiques imaginés par Jules Verne aux visions inquiétantes de René Barjavel, des formes de vie radicalement différentes de Rosny aîné aux mondes dépaysants de Stefan Wul, la science-fiction française s’est construite à travers des sensibilités très variées.

Certains auteurs ont privilégié l’exploration et l’aventure, d’autres ont utilisé l’imaginaire pour critiquer la société, réfléchir à l’avenir de l’humanité ou expérimenter de nouvelles formes de récit. Les écrivains de la SF populaire ont également contribué à faire vivre le genre et à lui offrir un public fidèle.

Ce parcours montre qu’il n’existe pas une seule manière d’écrire de la science-fiction française. Ses classiques ne se résument ni aux anticipations technologiques ni aux grandes fresques spatiales : ils explorent aussi le vivant, le temps, l’effondrement, les civilisations et les limites de nos certitudes.

Mais cette histoire ne s’arrête pas aux classiques. À partir des dernières décennies du XXe siècle, de nouvelles voix renouvellent les thèmes, les formes et les ambitions du genre.

Dans le prochain article, nous poursuivrons ce voyage avec Les grands auteurs français de science-fiction : de la SF moderne aux voix contemporaines. Nous y retrouverons notamment Pierre Bordage, Ayerdhal, Roland C. Wagner, Serge Lehman, Laurent Genefort, Alain Damasio et Catherine Dufour, ainsi que d’autres auteurs qui ont contribué à faire évoluer la science-fiction française jusqu’à aujourd’hui.

En attendant, vous pouvez également découvrir notre sélection des meilleurs romans de science-fiction français, pour retrouver des œuvres incontournables et choisir votre prochaine lecture.

Serving Sreelatha

Fiche de Serving Sreelatha

Titre : Serving Sreelatha
Auteur : Kurt Steiner
Date de parution :
Editeur :

Première page de Serving Sreelatha

« Lorsque Sunil Kakkar, l’associé de Tim Benson dans une entreprise de vente au détail florissante, décède, le bel Anglais d’âge moyen entre en contact avec la jeune épouse de son défunt partenaire, Sreelatha.

Étant un peu snob et possédant lui-même une femme attirante, Benson avait gardé ses relations avec sa partenaire sur une base strictement professionnelle, trouvant la femme de Sunil – lors des rares occasions sociales où il avait été obligé d’interagir avec elle – inintéressante et peu attirante.

Cependant, lorsqu’il se rend chez son ancien partenaire avec l’intention de racheter la part de sa femme dans l’entreprise, il tombe sous l’influence d’un thé étrange, de la jeune veuve elle-même et de sa gouvernante désapprobatrice et sadique, Abhaya. »

Extrait de : K. Steiner. « Serving Sreelatha. »

Un passe-temps par Kurt Steiner

Fiche de Un passe-temps

Titre : Un passe-temps
Auteur : Kurt Steiner
Date de parution : 1979
Editeur : Fleuve noir

Première page de Un passe-temps

« Il était trois heures du matin. Simon entra le premier, et déposa avec précautions le cadeau sur la cheminée du bureau. Violette s’arrêta pour regarder l’objet.
— Je ne m’y ferai jamais, dit-elle.
Simon contempla, lui aussi, ce que venait de lui donner son ami Carteret, à l’issue d’une soirée passablement arrosée.
— C’est tout de même un artiste, déclara-t-il.
— On le dit…, hasarda Violette.
— Un truc comme celui-là, remarqua Simon, il fallait y penser.
— Non, dit Violette.
— Terroriste ! lui lança Simon.
Violette ne répondit pas. Elle tourna le dos à l’œuvre d’art. S’approchant d’un meuble bas, elle en tira une bouteille de Chivas à moitié pleine.
— Je sais que tu vas prendre le dernier, dit-elle.
Simon la regarda en souriant. »

Extrait de : K. Steiner. « Un Passe-Temps. »

Syncope blanche par Kurt Steiner

Fiche de Syncope blanche

Titre : Syncope blanche
Auteur : Kurt Steiner
Date de parution : 1958
Editeur : Fleuve noir

Première page de Syncope blanche

« L’immeuble avait belle apparence. Nul doute que Paul y trouvât quelque bonne affaire à réaliser. Il appuya sur la sonnette qui commandait l’ouverture automatique de la porte d’entrée, laquelle s’entrebâilla avec un claquement. Paul acheva de la pousser et s’introduisit dans le hall, sa serviette à la main.

Une pancarte accrochée au-dessus des boîtes aux lettres des locataires attira son attention :

L’accès de l’immeuble est interdit à MM. les représentants et assureurs.

— Interdit ! grommela Clarmont en jetant un regard vers la loge du concierge dont les rideaux masquaient le judas.

Il avança sans bruit, sa serviette à la main.

— Interdit ! se répéta-t-il après avoir dépassé l’endroit dangereux. « Emplacement interdit aux nomades… »

Il ricana amèrement :

— Ou bien encore « Interdit aux vagabonds » !

Sa pensée s’orienta vaguement vers les petits écriteaux plantés au bord des pelouses, dans les jardins publics. Il mêla ensemble toutes ces interdictions et arriva, sans l’avoir cherché, à une image composite où il se voyait, lui, Paul Clarmont, grand, brun, yeux bleus, trente-deux ans – vêtu d’un costume marin à culotte courte, tirant par la bride un cheval attelé à une roulotte – et campant sur une pelouse située dans un immense vestibule d’immeuble. »

Extrait de : K. Steiner. « Syncope blanche. »

Sueurs par Kurt Steiner

Fiche de Sueurs

Titre : Sueurs
Auteur : Kurt Steiner
Date de parution : 1957
Editeur : Fleuve noir

Première page de Sueurs

« Nous étions en novembre. Le vent de la nuit plaquait aux vitres des paquets de pluie qui ressemblaient à des lambeaux d’écume arrachés à une mer lointaine.

L’hospitalité de mon ami Claude Desjardins était véritablement extraordinaire.

Il habitait, dans la vallée de Chevreuse, une maison déjà ancienne, où il rentrait solitaire, chaque soir, jouir d’un repos bien mérité.

Claude traitait d’importantes affaires à la Bourse. Je n’ai jamais été très au fait des questions financières, mais d’après ce que je connaissais de ses activités, je me l’imaginais assez bien dans les décors tumultueux du temple de la Fortune, brandissant des coupons de valeur, des actions, que sais-je… au milieu de cette meute d’hommes d’affaires si souvent représentés sur les gravures féroces du XIXe siècle.

Chez lui, tout respirait le confort, le silence, la douceur de vivre. Ce fut, pendant de longues années, une joie sans cesse renouvelée que de venir passer ici une soirée en célibataires résolus. Mon métier de journaliste, métier exigeant et frénétique, bousculait, hélas, le plus souvent nos rendez-vous ; nous n’en appréciions que davantage le plaisir de nous retrouver, livrés à nos chères vieilles manies. »

Extrait de : K. Steiner. « Sueurs. »

Salamandra par Kurt Steiner

Fiche de Salamandra

Titre : Salamandra
Auteur : Kurt Steiner
Date de parution : 1959
Editeur : Fleuve noir

Première page de Salamandra

« Il ferma les yeux, brusquement, avec force, et maintint contractés les muscles de ses paupières en plissant son front et tout son visage. Ce n’était pas une douleur, mais le choc d’une sensation visuelle à la fois désagréable et soudaine.

D’une telle soudaineté… Comme s’il eût dormi les yeux ouverts en plein soleil, et qu’on l’eût brutalement éveillé. Tel était son état d’esprit. Avec cette différence qu’il n’avait pas dormi. Il le savait.

Il y avait ainsi un certain nombre de choses qu’il n’ignorait pas. Pour la plupart, des souvenirs liés à des sensations confuses. D’autres souvenirs approchaient lentement, venus du fond de sa mémoire. Mais d’abord les traces de sensations maintes fois répétées, bien que pâlies par quelque étrange stupeur.

Une constatation s’imposa : le plastique transparent de son casque n’avait pas été suffisamment obscurci pour tamiser cette lumière effrayante. »

Extrait de : K. Steiner. « Salamandra. »

Pour que vive le diable par Kurt Steiner

Fiche de Pour que vive le diable

Titre : Pour que vive le diable
Auteur : Kurt Steiner
Date de parution : 1956
Editeur : Fleuve noir

Première page de Pour que vive le diable

« Un grand danger, un abominable danger menace tous les hommes. Je suis le seul actuellement à le connaître, et je veux retracer en détail les affreuses origines de cette menace immense. Il faut que l’on m’écoute. Il faut surtout ne pas hausser les épaules, mais prendre conscience de ce courant silencieux et glacé qui s’infiltre parmi nous. Au reste, quand vous saurez par quelles affres d’agonie j’ai dû passer pour connaître le nocturne complot, il vous faudra bien agir et lutter de toutes vos faibles forces pendant qu’il en est encore temps. Sinon…

Mon nom est Segurol. Christian Segurol.

En ce novembre froid de 1954, je terminais certaines formalités paperassières dont l’Université a le secret, pour retirer un diplôme de licence. Je ne sais quel démon m’avait poussé à étudier en long et en large la philosophie anglaise et le romantisme dans l’œuvre d’Elisabeth Barrett-Browning… Je me rendais compte un peu tard que je ne tirerais pas grand-chose de concret de mes connaissances, à part un vague emploi de répétiteur dans un lointain collège. »

Extrait de : K. Steiner. « Pour que vive le Diable. »

Ortog par Kurt Steiner

Fiche de Ortog

Titre : Ortog – l’intégrale
Auteur : Kurt Steiner
Date de parution : 1975
Editeur : Robert Laffont

Sommaire de Ortog

  • Aux armes d’Ortog
  • Ortog et les ténèbres

Première page d’Ortog

« Le soleil venait de disparaître derrière les fougères arborescentes. De l’humus montait une vapeur où tourbillonnaient des mouches dorées, grandes comme la main.

Dâl s’arrêta au pied d’une haute sigillaire. Il regarda le brouillard pernicieux des bas-fonds végétaux et rabattit sur son visage le masque nocturne, le masque aux trois usages. Alors seulement il s’avança vers la combe, dans la direction d’où semblait provenir le barrissement.

Le masque réagissait au moindre photon. Opaque de l’extérieur, sa matière devenait transparente de l’intérieur, et plus que transparente, sensibilisait la rétine en lui envoyant mille particules lumineuses pour une seule reçue – toujours selon la trajectoire initiale. Il faisait de la nuit un crépuscule et du crépuscule un jour ensoleillé. Mais là ne s’arrêtait pas son rôle : le filtre dont il était pourvu détruisait les miasmes. Enfin, il constituait un bouclier contre les mouches. »

Extrait de : K. Steiner. « Ortog – l’intégrale. »

Menace d’outre-terre par Kurt Steiner

Fiche de Menace d’outre-terre

Titre : Menace d’outre-terre
Auteur : Kurt Steiner
Date de parution : 1958
Editeur : Fleuve noir

Première page de Menace d’outre-terre

« En ce début d’après-midi du 4 juin 1968, un soleil brûlant rougeoyait dans un ciel parfaitement bleu.
Un homme marchait sur la petite route que traverse Milly. Cet homme était jardinier. Il ne se posait pas de questions profondes à propos de l’Univers et se contentait de songer avec amour à une certaine espèce de roses dont il espérait tirer profit durant quelques années encore. Mais, ce qu’il ignorait, c’est que son temps était désormais chichement compté.
Il venait de quitter Milly et marchait sans se presser sur la route, l’esprit un peu alourdi par le brasier du soleil et par un petit marc riche en arôme qu’il savait dénicher.
Il lui restait une vingtaine de mètres à parcourir avant de mourir…
L’événement survint avec une brutalité extraordinaire, effrayante. L’homme s’immobilisa soudain et jeta un cri bref, comme le cri d’un oiseau. Il commença alors à se modifier, mais il était déjà vraisemblablement mort… »

Extrait de : K. Steiner. « Menace d’outre-terre. »

Les pourvoyeurs par Kurt Steiner

Fiche de Les pourvoyeurs

Titre : Les pourvoyeurs
Auteur : Kurt Steiner
Date de parution : 1957
Editeur : Marabout

Première page de Les pourvoyeurs

« Un crépuscule froid tombait sur Querville. Le long de la route mal entretenue qui reliait ce bourg à Caen, le vent de la nuit soufflait des cinglées de pluie, et courbait les coudriers et les saules avec un bruissement mouillé. Sous le ciel rond et gris comme un couvercle d’acier, la plaine étendait jusqu’à l’horizon ses champs monotones et ses bouquets d’arbres sombres. La couleur semblait avoir fondu avec l’eau des nuages, et s’être mêlée à la terre qui dégageait un puissant parfum. L’aquarelle du paysage entier coulait en nappes : on ne distinguait qu’une morne grisaille.
Seul au fond du soir sans vie, un adolescent maigre dépassa les dernières maisons du bourg. Il avançait rapidement en prenant soin d’étouffer le bruit de ses pas. Les furtifs regards qu’il jetait alentour donnaient à son allure quelque chose d’oblique et de dissimulé. Il fut bientôt sur la route et marcha encore jusqu’à ce qu’un chemin caillouteux se présentât à sa gauche. Il s’y engagea après s’être assuré que la route était déserte. »

Extrait de : K. Steiner. « Les pourvoyeurs. »