Auteur/autrice : CH91
La guerre des mouches par Jacques Spitz

Fiche de La guerre des mouches
Titre : La guerre des mouches
Auteur : Jacques Spitz
Date de parution : 1946
Editeur : Marabout
Première page de La guerre des mouches
« Juste-Évariste Magne, né à Cahors, dans le Lot, troisième fils d’un tonnelier, avait échappé de justesse au ridicule d’être prénommé Charles, comme son père. Il le devait à sa mère, dont le jugement fut peut-être éclairé par l’approche de la mort : elle mourut en effet trois jours après la venue au monde du nouveau-né. L’enfance du jeune Juste, privé de mère, se traîna, comme tant d’autres enfances malheureuses, dans les ruisseaux d’abord, sur les bancs de l’école communale ensuite. Elle se fût peut-être poursuivie sur ceux de la Correctionnelle, si un Frère de la doctrine chrétienne, dont la sœur était voisine de la cabane du père Magne, ne s’était intéressé à juste et ne l’avait fait entrer au petit séminaire. Il s’y montra relativement studieux, mais peu tenté par la vocation ecclésiastique. À vingt ans, après une suite de hasards variés dont le miracle est qu’ils aboutirent, un diplôme de licencié ès sciences de l’université de Montpellier vint terminer cette première période de son existence.
Licencié ès sciences naturelles, Juste-Évariste Magne ne trouva pas plus aisément qu’avant l’obtention de ce titre le moyen de vivre, comme faisaient apparemment tous ceux qui l’entouraient. »
Extrait de : J. Spitz. « La guerre des mouches. »
La forêt des sept-pies par Jacques Spitz

Fiche de La forêt des sept-pies
Titre : La forêt des sept-pies
Auteur : Jacques Spitz
Date de parution : 1946
Editeur : Marechal
Première page de La forêt des sept-pies
« Nous étions tous debout dans la cellule. Lui seul était assis sur son lit de prisonnier. Son visage disait la fatigue, de larges cernes entouraient ses yeux, mais il était très calme. L’exécution devait avoir lieu quelques heures plus tard. Il tenait à la main une vieille enveloppe.
— Voilà ce qu’il ne faut pas oublier, disait-il. J’emporte cette lettre, je la mettrai sur ma poitrine, et ma dernière pensée saura où se réfugier en attendant la mort. N’oubliez pas un viatique de ce genre, si vous deviez, un jour, vous trouver dans la même situation…
Il y avait aussi une autre chose qu’il avait préparée, mais il m’est impossible de m’en souvenir maintenant.
— Enfin, dit tout bas notre camarade Pierre Leblanc, il est insensé qu’on condamne à mort pour des motifs politiques. Ne pourrait-on tenter quelque démarche, agir auprès de quelqu’un ?
Nul ne savait quoi répondre. Une voix dit :
— C’est cette loi sur les complots contre la sûreté de l’État. »
Extrait de : J. Spitz. « La foret des sept pies. »
L’oeil du purgatoire par Jacques Spitz

Fiche de L’oeil du purgatoire
Titre : L’oeil du purgatoire
Auteur : Jacques Spitz
Date de parution : 1945
Editeur : Pocket
Première page de L’oeil du purgatoire
« Décidément la malchance me poursuit. À la série de contrariétés qui m’arrivent, je pourrais même croire que le monde m’est particulièrement hostile. Ce matin encore, l’infect Gugenlaert me refuse la toile que je lui apportais, celle qu’il m’avait presque commandée. Prétexte : ses clients n’aiment que la peinture claire. Je lui en ficherai, moi, de la peinture claire ! Quelle idée se fait-il donc de moi ? Du reste, comme tous les marchands de tableaux, Gugenlaert ne comprend rien à la peinture… Personne ne comprend rien à la peinture, pas même ceux qui la font.
Des coups pareils vous dégoûtent du travail, et de vous-même par-dessus le marché ! Je suis rentré avec ma toile sous le bras. Si lâche que j’ai essayé de la reprendre, de l’éclaircir, de donner ce qu’on attendait de moi. Mais je me suis vite aperçu qu’il était impossible de ressembler à l’image que les autres se font de vous, et de guerre lasse, je suis allé faire un tour. »
Extrait de : J. Spitz. « L’oeil du purgatoire. »
L’homme élastique par Jacques Spitz
Fiche de L’homme élastique
Titre : L’homme élastique
Auteur : Jacques Spitz
Date de parution : 1938
Editeur : Marabout
Première page de L’homme élastique
« 12 mai
Je me félicite d’avoir acheté cette propriété en Ardèche. La visite que je viens d’y faire a confirmé mes premières impressions. L’endroit, situé à mi-chemin entre Privas et Aubenas, est aussi désert et désolé que je le souhaitais. Sur un haut plateau, semé de quelques bouquets de sapins et de chênes rabougris, il n’y a là qu’un village d’une cinquantaine d’habitants, Freissenet, dont ma future demeure, appelée Chantambre, est distante d’au moins trois kilomètres. La pierre de ces régions est noire, d’un aspect sévère qui n’est pas pour me déplaire. Les oiseaux semblent y être aussi rares que les humains. Nul ne s’attarde en ces lieux. Pourtant, une bonne route passe non loin de mon portail d’entrée et facilitera le transport du matériel, tout en faisant assez de lacets pour décourager les visiteurs éventuels. À l’ordinaire, les véhicules préfèrent suivre la vallée qui contourne le plateau. Ce décor sauvage semblait attendre un homme de mon genre. »
Extrait de : J. Spitz. « L’Homme élastique. »
L’expérience du docteur Mops par Jacques Spitz

Fiche de L’expérience du docteur Mops
Titre : L’expérience du docteur Mops
Auteur : Jacques Spitz
Date de parution : 1939
Editeur : Gallimard
Première page de L’expérience du docteur Mops
« Si le mois d’avril n’avait pas été si pluvieux cette année-là à Paris, rien ne serait arrivé, ou il serait arrivé autre chose. Mais à quoi bon épiloguer sur le rôle joué par les circonstances accessoires dans les grands événements de la vie ? Maintenant, je ne crois plus aux causes et aux effets, à ces explications laborieuses qu’on forge après coup pour rendre compte de l’enchaînement des événements. Tout se fait n’importe comment, et ce n’est que pour une satisfaction assez vaine de l’esprit qu’on imagine une suite logique dans le cours des choses.
Je venais de rentrer en France pour y passer l’année de mon congé. Il faut avoir séjourné trois années consécutives dans les îles du Pacifique, les Philippines, Timor, Bali, pour bien comprendre ce que peut signifier un retour en France. Retrouver des arbres, des laitages, des nuits fraîches, des sommeils sans moustiquaires, des femmes dont les yeux brillent et semblent enfin signifier quelque chose, de vieilles maisons, de vieux paysages, sans scorpions, sans serpents, sans insectes, et des gens dont on comprend sans effort la langue… Mes quinze premiers jours à Paris furent enchanteurs, car c’est par Paris que, naturellement j’avais commencé. »
Extrait de : J. Spitz. « L’Expérience du Docteur Mops. »
L’agonie du globe par Jacques Spitz

Fiche de L’agonie du globe
Titre : L’agonie du globe
Auteur : Jacques Spitz
Date de parution : 1935
Editeur : Gallimard
Première page de L’agonie du globe
« Il n’existe pas encore de travail définitif qui fasse autorité pour l’histoire de ces dernières années. L’ouvrage que nous présentons aujourd’hui au public n’a pas la prétention de remédier à cette lacune. Il ne veut être qu’un simple exposé des événements, et, comme tel, s’adresse plus particulièrement aux lecteurs qui cherchent la vérité dans les faits plutôt que dans ces réflexions posthumes et ces appréciations à retard dont les historiens de métier gonflent les dossiers de l’Histoire.
L’Histoire, a-t-on dit, est une petite science conjecturale. Encore que par quelque côté nous ayons donné, par notre exemple, de la vraisemblance à cette proposition, nous voudrions rectifier ici le célèbre aphorisme. Il faut une confiance de non-initié pour croire que la Science puisse être autre chose qu’une continuelle conjecture, et qu’elle permette par exemple de prévoir avec certitude l’évolution des choses. À vrai dire, la Science se contente seulement de classer, le plus ingénieusement et le plus clairement possible, les enseignements de l’expérience passée. »
Extrait de : J. Spitz. « L’agonie du globe. »
Joyeuses apocalypses par Jacques Spitz

Fiche de Joyeuses apocalypses
Titre : Joyeuses apocalypses
Auteur : Jacques Spitz
Date de parution :
Editeur : Bragelonne
Sommaire de Joyeuses apocalypses
- La guerre des mouches
- L’homme élastique
- La guerre mondiale n°3
- Nouvelles six machines à fabriquer l’avenir
Première page de La guerre des mouches
« Juste-Évariste Magne, né à Cahors, dans le Lot, troisième fils d’un tonnelier, avait échappé de justesse au ridicule d’être prénommé Charles, comme son père. Il le devait à sa mère, dont le jugement fut peut-être éclairé par l’approche de la mort : elle mourut en effet trois jours après la venue au monde du nouveau-né. L’enfance du jeune Juste, privé de mère, se traîna, comme tant d’autres enfances malheureuses, dans les ruisseaux d’abord, sur les bancs de l’école communale ensuite. Elle se fût peut-être poursuivie sur ceux de la Correctionnelle, si un Frère de la doctrine chrétienne, dont la sœur était voisine de la cabane du père Magne, ne s’était intéressé à juste et ne l’avait fait entrer au petit séminaire. Il s’y montra relativement studieux, mais peu tenté par la vocation ecclésiastique. A vingt ans, après une suite de hasards variés dont le miracle est qu’ils aboutirent, un diplôme de licencié ès sciences de l’université de Montpellier vint terminer cette première période de son existence. »
Extrait de : J. Spitz. « Joyeuses apocalypses. »
Glen Cook

Présentation de Glen Cook :
Glen Cook, né en l’an 1944 dans la grouillante métropole de New York, s’impose sans conteste comme l’un des prosateurs les plus vigoureux de la littérature de l’imaginaire d’outre-Atlantique. Fait singulier dans la république des lettres, cet auteur n’a point passé sa vie confiné dans les cénacles intellectuels : après avoir servi sous les drapeaux au sein de la marine de guerre américaine, il a de longues années durant gagné son pain au sein des usines de la compagnie automobile General Motors. C’est dans le fracas des chaînes de montage, et au prix de nuits sans sommeil, qu’il a forgé une prose d’une rugosité et d’une authenticité fort rares.
S’il fait ses premières armes dans le courant des années soixante-dix avec des récits de conjecture scientifique et des épopées aux accents sombres telles que le cycle d’« Un impitoyable empire », c’est véritablement avec l’imposante fresque de « La Compagnie noire » — livrée aux presses à partir de 1984 — qu’il vient bouleverser les canons du merveilleux. Tournant résolument le dos au manichéisme éthéré et aux héros chevaleresques des feuilletons d’antan, Glen Cook y consigne les pérégrinations d’une troupe de mercenaires désabusés, pris dans les rets de conflits politiques et magiques qui les dépassent. On y retrouve l’âpreté de la vie de caserne et la rudesse de la fraternité d’armes, décrites avec un réalisme saisissant qui doit beaucoup à sa propre éducation militaire.
Ce romancier prolifique, travailleur infatigable, ne s’est pourtant point limité à cette seule épopée martiale. Il convient de saluer d’autres œuvres de longue haleine, à l’instar des pittoresques enquêtes de « Garrett, détective privé ». Dans cette série, l’homme de lettres s’amuse à marier avec une habileté diabolique les codes du roman noir et de l’investigation, à la manière d’un Dashiell Hammett ou d’un Raymond Chandler, aux sortilèges les plus inattendus de la fantaisie urbaine.
Véritable artisan du récit, fuyant les mondanités, Glen Cook prouve à chaque page que la littérature fantastique peut se départir de ses atours les plus naïfs pour sonder l’âme humaine dans toute sa noirceur et son cynisme. Ce conteur hors pair a su redonner ses lettres de noblesse à l’épopée guerrière, ouvrant la voie à une approche du merveilleux où la boue des champs de bataille l’emporte enfin sur la dorure des palais illusoires.
Livres de Glen Cook :
Compagnie noire :
- La compagnie noire (1984)
- Le château noir (1984)
- La rose blanche (1985)
- Jeux d’ombres (1989)
- Rêves d’acier (1990)
- La pointe d’argent (1989)
- Saisons funestes (1996)
- Elle est les ténèbres 1 (1997)
- Elle est les ténèbres 2 (1997)
- L’eau dort 1 (1999)
- L’eau dort 2 (1999)
- Soldats de pierre 1 (2000)
- Soldats de pierre 2 (2000)
Garrett, détective privé :
- La belle aux bleus d’argent (1987)
- Coeurs d’or à l’amer (1988)
- Pour quelques deniers de cuivre (1988)
- Chagrins de ferraille (1989)
- Feuilles de laiton et reliure d’ombre (1990)
- Nuits au fer rouge (1991)
- Mensonge au vif-argent (1994)
- Petits dieux en étain (1995)
Les instrumentalités de la nuit :
- La tyrannie de la nuit (2005)
- Seigneur du royaume silencieux (2007)
- Soumettez vous à la nuit 1 (2010)
- Soumettez vous à la nuit 2 (2010)
Intégrales :
- Les annales de la Compagnie noire 1 (Tome 1 à 3) (2015)
- Les annales de la Compagnie noire 2 (Tome 4 à 6) (2015)
- Les annales de la Compagnie noire 3 (Tome 7 à 8) (2016)
- Les annales de la Compagnie noire 4 (Tome 9 à 10) (2016)
Le dragon ne dort jamais (1988)
Le navire damné (????)
Qushmarrah (1990)
Pour en savoir plus sur Glen Cook :
La page Wikipédia sur G. Cook
La page Noosfere sur G. Cook
La page isfdb de G. Cook
Elisabeth Vonarburg

Présentation de Elisabeth Vonarburg :
Élisabeth Vonarburg, née dans la capitale française à l’aube de l’année 1947, fait aujourd’hui figure de véritable pionnière et de figure tutélaire dans le domaine de la littérature d’anticipation. Femme de lettres à l’érudition peu commune, elle a su jeter un pont entre la vieille Europe et la Belle Province, contrée qu’elle a choisie pour s’établir définitivement au cours de l’année 1973, dans les contrées enneigées du Saguenay.
Avant de franchir l’océan, cet esprit brillant s’était déjà illustré sur les bancs de l’Université, y décrochant de fort beaux diplômes en lettres modernes, couronnés par la réussite au difficile concours de l’agrégation. Cette rigueur classique ne l’a pourtant nullement empêchée de se tourner vers la conjecture scientifique et le fantastique, domaines dans lesquels cet auteur a su insuffler une noblesse et une profondeur psychologique trop souvent absentes des feuilletons d’antan.
Dès les années soixante-dix, alors que la science-fiction québécoise cherche encore sa pleine légitimité, elle s’engage avec une ferveur inlassable dans la vie littéraire de son pays d’adoption. Elle rejoint bientôt l’équipe de la revue « Requiem » — laquelle adoptera plus tard le noble titre de « Solaris » —, où elle exercera les délicates fonctions de directrice littéraire. C’est en ces pages qu’elle façonne, avec une exigence et une bienveillance remarquables, toute une nouvelle école de jeunes prosateurs francophones.
S’il fallait résumer son œuvre, on ne saurait omettre ses romans de longue haleine qui ont fait date. Avec « Le Silence de la cité » (paru en 1981) ou encore l’imposante fresque des « Chroniques du Pays des Mères » (1992), cette romancière hors pair déploie des univers d’une richesse inouïe. Elle y interroge l’ingénierie biologique, le clonage, mais également les structures de nos sociétés et la mémoire humaine. Loin des banales quincailleries intergalactiques, le récit se fait chez elle un formidable outil d’exploration sociologique.
Traductrice émérite — elle a d’ailleurs transposé dans la langue de Molière nombre de chefs-d’œuvre anglo-saxons —, essayiste et théoricienne du merveilleux, Madame Vonarburg a vu son talent couronné par les plus hautes distinctions littéraires. Cet écrivain majuscule prouve, à chaque nouvelle publication, que l’imaginaire conjectural constitue l’un des miroirs les plus fascinants pour scruter les tourments et les espoirs de notre civilisation moderne.
Livres de Elisabeth Vonarburg :
Les Pierres et Roses (2018) :
- La voie des pierres (2018)
- La voie des roses (2018)
- La balance et le sablier (2018)
Les Pierres et Roses (2024) :
Reine de mémoire :
- La maison d’oubli (2005)
- Le dragon de feu (2005)
- Le dragon fou (2006)
- La princesse de vengeance (2006)
- La maison d’équité (2007)
Tyranael :
- Les rêves de la mer (1996)
- Le jeu de la perfection (1996)
- Mon frère l’ombre (1997)
- L’autre rivage (1997)
- La mer allée avec le soleil (1997)
- Contes de Tyranael (1994)
Intégrales :
Chroniques du pays des mères (1992)
Comment écrire des histoires (1986)
Entre nos mains (2025)
Hôtel Olympia (2014)
Janus (1984)
L’oeil de la nuit (1980)
La femme aux semelles de temps (2023)
La maison au bord de la mer (2000)
La musique du soleil (2013)
Le jeu des coquilles de Nautilus (2003)
Le silence de la cité (1998)
Les contes de la Chatte rouge (1993)
Les voyageurs malgré eux (1994)
Sang de pierre (2009)
Pour en savoir plus sur Elisabeth Vonarburg :
La page Wikipédia sur E. Vonarburg
La page Noosfere sur E. Vonarburg
La page isfdb de E. Vonarburg
Esther Rochon

Présentation de Esther Rochon :
Esther Rochon, née Blackburn à la fin de la première moitié de notre siècle, en l’an 1948, dans la noble cité de Québec, demeure sans conteste l’une des plumes les plus envoûtantes et les plus singulières de la littérature d’anticipation québécoise. Fille de parents dont l’esprit baignait déjà dans les arts — son père, Maurice Blackburn, s’illustrant dans la noble composition musicale, et sa mère, Marthe, dans l’écriture de scénarios —, la jeune Esther semblait vouée dès le berceau aux hautes sphères de la création romanesque.
Il est d’ailleurs frappant de constater l’éclosion précoce de son génie. À l’âge de seize ans à peine, en 1964, elle voit son indéniable talent couronné par le premier prix du prestigieux concours des Jeunes Auteurs de Radio-Canada, distinction qu’elle partage alors ex æquo avec le dramaturge Michel Tremblay. Mais la jeune femme se refuse à être confinée dans la seule sphère des belles-lettres : dotée d’un esprit d’une rigueur implacable, elle entreprend de brillantes études de mathématiques sur les bancs de l’Université de Montréal. Cette curieuse dualité entre la froideur des sciences exactes et la poésie la plus onirique viendra façonner toute la matrice de son œuvre.
À l’aube de la décennie qui nous occupe, Esther Rochon s’engage résolument dans la voie de la conjecture littéraire. Elle offre aux presses en 1974 son premier récit de longue haleine, « En hommage aux araignées », marquant d’emblée son attachement à un fantastique étrange, volontiers organique et foisonnant d’allégories. Fervente artisan de la science-fiction de la Belle Province, elle œuvre ardemment, loin des regards parfois condescendants de l’institution littéraire traditionnelle, au rayonnement de ce genre novateur. C’est ainsi qu’elle prête sa plume élégante à la revue pionnière « Requiem » — qui prendra par la suite le titre évocateur de « Solaris » —, avant de participer à la fondation de la fort respectable revue « Imagine… » à l’orée de 1979.
Si ses manuscrits durent parfois affronter la frilosité des éditeurs, le lecteur averti sait y déceler les germes de ses grands cycles à venir. À travers des textes d’une poésie rare, d’où émergeront plus tard des romans majeurs comme « L’Épuisement du soleil » ou l’envoûtant « Coquillage », la romancière déploie une prose d’une sensualité troublante. Loin de l’aridité des quincailleries intergalactiques de mauvais aloi, Esther Rochon nous plonge dans des labyrinthes métaphysiques — à l’instar de son fameux cycle de l’archipel de Vrénalik — où la figure du monstre et les quêtes d’utopie s’entremêlent pour questionner les cicatrices de l’âme humaine.
Véritable ambassadrice d’un imaginaire exigeant, Esther Rochon prouve avec un éclat incomparable que la littérature conjecturale d’outre-Atlantique possède des lettres de noblesse que notre intelligentsia européenne aurait grand tort de négliger.
Livres de Esther Rochon :
Chroniques infernales :
Cycle de Vrenalik :
- Le rêveur dans la citadelle (1998)
- L’aigle des profondeurs (2002)
- L’archipel noir (1999)
- Dragonne de l’aurore (2009)
L’herbe naïve (2025)
La rivière des morts (2007)
La splendeur des monstres (2015)
Pour en savoir plus sur Esther Rochon :
La page Wikipédia sur E. Rochon
La page Noosfere sur E. Rochon
La page isfdb de E. Rochon