Auteur/autrice : CH91

 

L’aube incertaine par Roland C. Wagner

Fiche de L’aube incertaine

Titre : L’aube incertaine (Tome 4 sur 9 – Les futurs mystères de Paris)
Auteur : Roland C. Wagner
Date de parution : 1997
Editeur : Fleuve noir

Première page de L’aube incertaine

« Quelqu’un se tenait au bord de la mémoire du colonel Fischer. Un individu vêtu de couleurs vives, coiffé d’un turban noir où était épinglé…

Le vieil homme secoua la tête d’un air déçu. Ce n’était pas la première fois qu’il éprouvait une sensation analogue – celle qu’un souvenir enfoui cherchait à se manifester –, mais jamais elle n’avait été si intense.

Le poids de son corps, un instant oublié, revint à la charge. Par défi, il leva une main avec peine, la contempla d’un œil hagard. Il avait du mal à admettre que cet appendice tavelé de taches brunes pût lui appartenir ; néanmoins, il lui fallait bien se rendre à l’évidence : cette main qui lui semblait si étrangère se trouvait à l’extrémité de son bras, et elle répondait aux injonctions envoyées par son cerveau ; elle était donc bien à lui.

Cette fois, ce fut le poids de son âge qui fondit sur lui, et il ne fut plus qu’un vieillard à demi assoupi, sur la poitrine de qui était assis un invisible pachyderme. »

Extrait de : R.C Wagner. « L’aube incertaine – Les futurs mystères de Paris. »

L’odyssée de l’espèce par Roland C. Wagner

Fiche de L’odyssée de l’espèce

Titre : L’odyssée de l’espèce (Tome 3 sur 9 – Les futurs mystères de Paris)
Auteur : Roland C. Wagner
Date de parution : 1997
Editeur : Fleuve noir

Première page de L’odyssée de l’espèce

« Déclaré à l’état civil sous le nom d’André Ganèche, rebaptisé Gurdjieff Erickson Ganesh à l’âge de six ans, puis Billy Jean Jones Jackson au début de son adolescence, il avait longtemps porté le surnom de Croche-Patte, mais il se faisait désormais appeler Snakefingers et espérait bien qu’à la fin de la nuit il aurait obtenu le droit de porter le patronyme glorieux de Doigts-de-Fée Ganesh.
Grand, plutôt maigre, un incroyable désordre régnant dans ses cheveux blonds coupés court, il possédait des mains d’une longueur exceptionnelle, dont il avait très tôt développé l’habileté. Il aurait été un fabuleux bricoleur s’il avait su réfléchir avant d’agir, mais les choses de l’esprit lui passaient désespérément au-dessus de la tête. Les sectes successives où ses parents l’avaient entraîné ne se souciaient guère de développer chez leurs adeptes une forme quelconque de faculté de raisonnement ; les Jim’s leur dynamitaient la cervelle à l’aide de décoctions de datura, et le Culte de Michael Jackson les abreuvait de musique, mais le résultat était le même dans les deux cas.
Snakefingers ne pouvait plus supporter Michael Jackson. Le datura non plus, d’ailleurs. »

Extrait de : R.C Wagner. « L’odyssée de l’espèce – Les futurs mystères de Paris. »

Les ravisseurs quantiques par Roland C. Wagner

Fiche de Les ravisseurs quantiques

Titre : Les ravisseurs quantiques (Tome 2 sur 9 – Les futurs mystères de Paris)
Auteur : Roland C. Wagner
Date de parution : 1996
Editeur : Fleuve noir

Première page de Les ravisseurs quantiques

« Réunis dans la petite grange, les quelque quarante millénaristes que comptait la communauté de Pouveroux se préparaient à la Fusion avec la Psychosphère. La sourde vibration du Aum suprême résonnait sous les poutres de chêne du toit, amplifiée par l’acoustique des lieux. Agenouillés, assis en tailleur ou dans la position du lotus, les mutants mystiques évoquaient autant de yogis ou de bouddhas pauvrement vêtus, que l’odeur de l’encens ne tarderait pas à élever jusqu’au nirvana.

Cette image amena un sourire sur les lèvres de Ludwig La Meurthe. En dépit de la formidable impression… eh bien, spirituelle qui se dégageait de cette scène paisible, le colosse à l’épaisse barbe noire ne pouvait faire abstraction de ses aspects excessifs. À quoi bon s’entourer de toute cette quincaillerie religieuse à dominante orientale, de ces mandalas et de ces brûle-parfum, de ce cérémonial et de ce chant monocorde, de ces statuettes figurant les avatars de dieux indiens et de ces icônes représentant des saints chrétiens ? Ce n’était que du vent, de la poudre aux yeux, du folklore transplanté. »

Extrait de : R.C Wagner. « Les ravisseurs quantiques – Les futurs mystères de Paris. »

La balle du néant par Roland C. Wagner

Fiche de La balle du néant

Titre : La balle du néant (Tome 1 sur 9 – Les futurs mystères de Paris)
Auteur : Roland C. Wagner
Date de parution : 1996
Editeur : Fleuve noir

Première page de La balle du néant

« Le colonel Fischer possédait la réputation d’être l’homme ayant passé le plus grand nombre d’années dans l’espace, et tout laissait à penser qu’elle était méritée. Pourtant, à la différence des Héros de l’Humanité, ces astronautes légendaires auteurs des premiers vols vers Mars et la Ceinture, il n’avait jamais quitté la proche banlieue terrestre. Et s’il lui était souvent arrivé de séjourner sur la Lune, jamais il n’était redescendu au fond
du puits de gravité de sa planète natale.

Il observa le jeune homme qui se tenait devant lui, debout de l’autre côté du bureau métallique. Grand et mince, l’intrus était vêtu d’une chemise blanche de coupe indienne et d’un incroyable pantalon bouffant taillé dans un tissu à grosses fleurs violettes ; un turban noir, où était piqué un badge portant l’inscription Fuck l’armée en lettres jaunes sur fond mauve, venait compléter ce déguisement. Ses pieds étaient bien entendu chaussés des sandales spéciales que tout le monde portait à bord de la station La Vigilante : constituées d’un polymère fractal où s’ouvraient de multiples trous formant ventouse, leurs semelles étaient capables de s’accrocher sur n’importe quel matériau lisse. Un détail indispensable en un lieu où régnait l’apesanteur. »

Extrait de : R.C Wagner. « La balle du néant – Les futurs mystères de Paris. »

Deloria par Richard Canal

Fiche de Deloria

Titre : Deloria, la légende des Frahmabores
Auteur : Richard Canal
Date de parution : 2006
Editeur : Mnémos

Première page de Deloria

« Les nuages galopaient furieusement au-dessus de la citadelle d’Almandrana tandis que le cortège bouclait pour la quatrième fois le circuit symbolique du Beylann.
À sa tête, un vieux Fu se déhanchait avec application. La canne d’acier nickelé d’importation terrienne sur laquelle il s’appuyait laissait des traces profondes dans la terre jaune. Sous l’effet de la bise marine qui sifflait dans le réseau de venelles, ses hardes safran battaient comme des ailes de canari. Une expression d’intense concentration tendait les faisceaux de scarification rituels tracés sur son visage, accentuant l’impression de malaise que produisait dans le silence le battement régulier de ses lèvres blanches et cornées.
Quatre Dras nouvellement sortis du Gymnase suivaient le patriarche, portant sur leurs épaules deux perches entre lesquelles se balançait une civière de cuir tressé. Le cadavre de Bareyss-Fu-Geyn dansait sur la trame de lanières au rythme lourd de la marche et sa tête, à la crête passablement écornée, dodelinait, les yeux démesurés balayant les prairies du ciel. »

Extrait de : R. Canal. « Deloria : la légende des Frahmabores. »

Aube noire par Richard Canal

Fiche de Aube noire

Titre : Aube noire de Babylone à Zion
Auteur : Richard Canal
Date de parution : 1994
Editeur : J’ai lu

Première page de Aube noire

« Debout au fond de la piscine, Slim Fat Peabody chaloupait en regardant poindre le jour. L’orange sur le carrelage bleu Pacifique lui allumait des notes dans la tête et il ressemblait, ainsi crucifié par les projecteurs, à un cachalot roulant au rythme d’un océan égaré. Les mégots giclaient sous ses orteils, trop imbibés pour qu’il espérât en récupérer le tabac ; celui-ci, une fois séché, émettait une fumée particulière qui irritait les bronches, et si le géant se préoccupait de quelque chose dans cette vallée des larmes, c’était bien de la qualité de son tabac.
On trouvait n’importe quoi dans les piscines. Des cheveux surtout, des poignées de cheveux bruns, blonds, cendrés, châtains, frisés, raides, jamais crépus. Le balai les amalgamait en perruque, si fournie que Slim avait l’impression de pousser une tête au bout du manche. Des cheveux et de la terre aussi. Continent, archipel ou atoll, l’argile maculait les carreaux. Lui laissait-on le temps de sécher, elle uniformisait la boule de cheveux, la teignait de roux poudreux qui essaimait au moindre vent. Un calvaire ! »

Extrait de : R. Canal. « Aube Noire. »

Les voix grises du monde gris par Richard Canal

Fiche de Les voix grises du monde gris

Titre : Les voix grises du monde gris (Tome 3 sur 3 – Animamea)
Auteur : Richard Canal
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir

Première page de Les voix grises du monde gris

« La campagne de Ponte Minora n’avait rien à envier à celle de la Terre. Même richesse de verts et de bruns, même faune à la fois timide et sauvage, même pureté des cieux. Les baies rotatives de la villa parcouraient le paysage avec une nonchalance nostalgique et le passage du temps se traduisait par un cycle de métamorphoses ombre/lumière, lumière/ombre dont Rudy se lassait rarement. Cette passivité contemplative lui permettait d’occulter les brèches que les souvenirs persistaient à ouvrir dans son présent. Intérieurement, il bouillait.
Oh, il y avait bien comme un bonheur suspendu au-dessus des landes gorgées d’eau, comme une extase fugitive dans le bond du daim et la course heurtée du lièvre, comme un soupir d’aise dans la rumeur lointaine de l’océan. Mais il s’agissait d’impressions statiques qui déposaient un relent de regret au bord de l’esprit. »

Extrait de : R. Canal. « Animamea – Les voix grises du monde gris. »

La légende étoilée par Richard Canal

Fiche de La légende étoilée

Titre : La légende étoilée (Tome 2 sur 3 – Animamea)
Auteur : Richard Canal
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir

Première page de La légende étoilée

« Un vol de canards griffa le crépuscule au-dessus d’Harlein Park. La chaleur de l’arrière-saison chassait les oiseaux vers les points d’eau. Vingt et une heures. Une sirène s’apaisa, la ville soupira : elle s’apprêtait à changer de physionomie. Déjà, dans l’aube artificielle de l’avenue Mantessa, les premiers halos fleurissaient.
Fabrice appréciait ce moment instable où chaque passant devenait un saint par la grâce de la technique. De la chambre mansardée de l’hôtel, le spectacle acquérait une dimension supplémentaire. L’œil-de-bœuf ouvert sur la place Van der Nuytten lui dévoilait les évolutions des pantins de lumière au sein de la foule grise. La puissance des néons publicitaires diminuait graduellement, incitant le peuple de poupées à se vêtir d’iridescence. »

Extrait de : R. Canal. « La légende étoilée – Animamea. »

Les ambulances du rêve par Richard Canal

Fiche de Les ambulances du rêve

Titre : Les ambulances du rêve (Tome 1 sur 3 – Animamea)
Auteur : Richard Canal
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir

Première page de Les ambulances du rêve

« Niverniss. Il faisait trop froid pour la neige. La ville-vertige avançait sur la toundra, immense et lourde. Sous son poids, le pergélisol craquait et les entrailles de la glace s’ouvraient sur une profondeur de deux cents mètres. De quoi ramener au jour des cadavres de forêts. Au-dessus des chenilles de titane, la cathédrale de steelglass s’élevait jusqu’au plafond de nuages. Six kilomètres de verre et d’acier posés sur un socle blindé au cœur duquel un cerveau rêvait. Six kilomètres de pics, de coupoles, de clochers de cristal évoluant selon une trajectoire inconnue des hommes.
Tout en haut, l’ultime flèche labourait les nuées. À cette altitude, les vents soufflaient à plus de quatre cents kilomètres/heure. Derrière les cloisons émeraude, trois hommes discutaient, sans remarquer la formidable puissance qui battait la salle de conférences. »

Extrait de : R. Canal. « Les ambulances du rêve – Animamea. »

Un navire ancré dans le ciel par Roland Wagner

Fiche de Un navire ancré dans le ciel

Titre : Un navire ancré dans le ciel (Tome 1 sur 2 – Les derniers jours de mai)
Auteur : Roland C. Wagner
Date de parution : 1989
Editeur : Fleuve noir

Première page de Un navire ancré dans le ciel

« Alors sont arrivés les derniers jours de mai…
Et tout le reste, tout ce qui avait pu se passer auparavant, toutes ces années d’angoisse et de désespoir, toutes ces choses qui m’attendaient, tapies dans l’ombre visqueuse de la nuit rouge – tout le reste s’est effacé derrière moi, englouti par la bouche béante de l’oubli.
Les derniers jours de mai !
C’était comme une frontière que je m’apprêtais à franchir. Je me suis levé de mon cercueil de verre gradué et j’ai sauté dans le premier train, sans me préoccuper de sa destination. Il s’est trouvé qu’il allait à Paris, mais cela n’avait aucune importance à mes yeux. Je ne songeais qu’à fuir. Fuir cette existence misérable, cette drogue pulvérulente qui avait creusé des cernes violacés sous mes yeux sans éclat et constellé mes avant-bras d’essaims de croûtes brunâtres.
Le long convoi vert-de-gris s’est ébranlé, quittant avec une lenteur théâtrale la gare Centrale d’Amsterdam – ce port qui, tout comme Aigues-Mortes, se retrouve aujourd’hui enfermé à l’intérieur des terres. »

Extrait de : R.C Wagner. « Un navire ancré dans le ciel – Les derniers jours de mai. »