Auteur/autrice : CH91

 

Même pas mort par Jean-Philippe Jaworski

Fiche de Même pas mort

Titre : Même pas mort (Tome 1 sur 3 – Rois du monde)
Auteur : Jean-Philippe Jaworski
Date de parution : 2013
Editeur : Les moutons électriques

Première page de Même pas mort

« Tu raconteras ma vie.

Tu descendras le cours des fleuves et tu franchiras les montagnes. Tu traverseras les forêts, tu vogueras sur les mers qui s’étendent à droite du monde. Tes pas te porteront dans les royaumes celtes, dans les tyrannies hellènes et les lucumonies rasennas. Partout, tu énonceras mon nom, tu célèbreras mon lignage, mes voyages, mes exploits. Tu seras l’initiale de ma mémoire, un bâtisseur de ponts, un héraut sans armée et sans bataille. Tu ne peux me refuser cette faveur. Tu ne peux aller contre le cours de ma volonté.

Ceux qui se dressent contre moi ne vivent guère ! Si tu rejettes mon offre, je ferai saisir tes biens et ta personne. Je disperserai ton ambre et tes amphores entre mes héros ; pour moi, je ne garderai que ta tête. Je la laverai, je la roulerai dans le miel, la cervoise et le sel, je la baignerai dans l’huile de cade et je la rangerai dans les coffres où s’accumulent les tributs des nations vassales. Lorsque je recevrai des hôtes de marque, je leur offrirai de grands banquets. »

Extrait de : J.P Jaworski. « Rois du monde – Même pas mort. »

Le sentiment du fer par Jean-Philippe Jaworski

Fiche de Le sentiment du fer

Titre : Le sentiment du fer (Tome 3 sur 3 – Récits du vieux royaume)
Auteur : Jean-Philippe Jaworski
Date de parution : 2015
Editeur : Les moutons électriques

Sommaire de Le sentiment du fer

  • Le sentiment du fer
  • L’elfe et les égorgeurs
  • Profanation
  • Désolation
  • La troisième hypostase

Première page de Le sentiment du fer

« IL Y A UN PAQUET DE BONSHOMMES QUI NE PEUVENT PAS ENCAISSER LES ELFES.
Certains les jalousent, d’autres les méprisent, personne ne les entrave – si toutefois il y a quelque chose à comprendre chez ces écervelés. Beaucoup d’envieux sont tout simplement exaspérés par l’afféterie des mignards. Il n’y a pas à lanterner : les elfes sont trop beaux. Trop gracieux. Trop diserts. Trop adroits. Trop vieux. Trop jeunes. Trop légers. Pour un rombier avec le museau ordinaire, la bedaine qui s’alourdit et l’âme cafardeuse, il y a de quoi grincer des dents.
On trouve aussi pas mal de quidams qui redoutent les elfes – j’en sais quelque chose, j’en étais. C’est bien connu dans les milieux que je fréquente : plus le barbeau est joli, plus la casserole écosse. Car on leur prête une réputation flatteuse : fats, inconscients, cruels, oublieux, sorciers, sans scrupule. Figurez-vous ces artistes avec un couteau dans la main et je vous laisse admirer les tableaux qu’ils peuvent signer. Il y a de quoi trembler dans ses poulaines. »

Extrait de J.P Jaworski. « Le sentiment du fer – Récits du vieux royaume. »

Gagner la guerre par Jean-Philippe Jaworski

Fiche de Gagner la guerre

Titre : Gagner la guerre (Tome 2 sur 3 – Récits du vieux royaume)
Auteur : Jean-Philippe Jaworski
Date de parution : 2009
Editeur : Les moutons électriques

Première page de Gagner la guerre

« À peine le temps de me pencher au-dessus du bastingage : mon dernier repas, arrosé de piquette, a jailli hors de mes lèvres. Il a suivi une trajectoire fétide avant de se perdre dans l’écume et les vagues. Encore convulsé par les hauts-le-cœur, j’ai essuyé les filaments baveux qui me poissaient le menton. Deux toises plus bas, l’océan se soulevait et bouillonnait, cinglé en cadence par les longues rangées de rames.

Je n’ai jamais aimé la mer.

Croyez-moi, les paltoquets qui se gargarisent sur la beauté des flots, ils n’ont jamais posé le pied sur une galère. La mer, ça secoue comme une rosse mal débourrée, ça crache et ça gifle comme une catin acariâtre, ça se soulève et ça retombe comme un tombereau sur une ornière ; et c’est plus gras, c’est plus trouble et plus limoneux que le pot d’aisance de feu ma grand-maman. Beauté des horizons changeants et souffle du grand large ? Foutaises ! La mer, c’est votre cuite la plus calamiteuse, en pire et sans l’ivresse. »

Extrait de : J.P Jaworski. « Gagner la guerre – Récits du vieux royaume. »

Janua vera par Jean-Philippe Jaworski

Fiche de Janua vera

Titre : Janua vera (Tome 1 sur 3 – Récits du vieux royaume)
Auteur : Jean-Philippe Jaworski
Date de parution : 2007
Editeur : Les moutons électriques

Sommaire de Janua vera

  • Janua vera
  • Montefellone
  • Mauvaise donne
  • Le service des dames
  • Une offrance très précieuse
  • Le conte de Suzelle
  • Jour de guigne
  • Un amour dévorant
  • Comment Blandin fut perdu
  • Le confident

Première page de Janua vera

« Le voici brutalement dressé, haletant, les yeux écarquillés sur la pénombre des appartements royaux. Dans le sursaut qui l’a arraché au sommeil, il a dispersé les oreillers de plume, les coussins armoriés, il a senti la caresse de la soie glisser au bas de son torse puissant. Ses mains larges sont crispées avec violence sur le satin froissé du drap, les muscles épais de ses épaules et de ses bras sont noués par la tension. Recroquevillée à l’autre bout du lit, il devine la nudité pâle de la favorite, son regard agrandi par la surprise ou par la peur. Derrière les portes aux bas-reliefs d’ivoire, dans le dédale des corridors, des escaliers, des salles de cérémonie, il entend des appels brefs, des cavalcades lourdes, le cliquetis des armes. Il sait qu’une fois de plus, il a hurlé. Sans doute est-ce son propre cri qui l’a éveillé, en même temps qu’il secouait la torpeur du palais. »

Extrait de : J.P Jaworski. « Janua vera – Récits du vieux royaume. »

Le tournoi des preux par Jean-Philippe Jaworski

Fiche de Le tournoi des preux

Titre : Le tournoi des preux (Tome 1 sur 3 – Le chevalier aux épines)
Auteur : Jean-Philippe Jaworski
Date de parution : 2023
Editeur : Les moutons électriques

Première page de Le tournoi des preux

« Il est des créatures dont l’existence croît en fructueuses violences. En sévices soufferts autant qu’infligés, car il faut avoir reçu pour savoir donner. À la différence des braves gens que le sort brise lorsqu’il s’acharne, ces âmes-là s’épanouissent dans l’exérèse et dans l’épreuve. Ce qu’on leur retranche les augmente, la perte les nourrit et l’absence les enracine. En elles la persévérance de la vigne : elles puisent leur force dans l’émondage ; le fer qui les discipline alimente leur sève. Meurtries sans cesse, obstinément bourgeonnantes, elles durent davantage que les essences communes qui s’élancent et s’essoufflent en quelques saisons. Concentrés par la coupe, leurs fruits mûrissent des sucs plus riches de terre, de lune et de soleil. Une fois vendangé et foulé, ce cépage saigne des nectars aux robes nobles, qui réchauffent le cœur et font dangereusement tourner la tête. Ainsi en est-il de ces créatures que l’adversité renforce, qui prospèrent dans la rigueur et les privations. Aux jours difficiles, dureté, ténacité et aplomb leur prêtent un charme que l’on prendrait à tort pour une grâce célestielle. En fait, rien de plus périlleux que ces engeances – nombre d’entre elles ont le mauvais œil. »

Extrait de : J.P Jaworski. « Le chevalier aux épines – Le tournoi des preux. »

Une planète nommée trahison par Orson Scott Card

Fiche de Une planète nommée trahison

Titre : Une planète nommée trahison
Auteur : Orson Scott Card
Date de parution : 1979
Traduction : A. Dorémieux
Editeur : Denoël

Première page de Une planète nommée trahison

« J’avais toléré d’avoir successivement quatre bras, un nez en trop et deux cœurs battant de pair avant de passer chaque fois sous le bistouri du chirurgien pour me faire amputer de ces excédents. Je pouvais toujours prétendre qu’il s’agissait de troubles dus à l’adolescence, aux bizarres combinaisons chimiques susceptibles de plonger un Mueller normal dans des processus régénérateurs. Mais je dus cesser d’entretenir des illusions quand une paire de seins d’aspect plutôt voluptueux se mit à se développer sur ma poitrine.

« Ce ne sont pas seulement des seins », déclara Homarnoch, le chirurgien de la Famille. « Désolé, Lanik. Ce sont des ovaires. Pour la vie.

— Enlevez-les, lui dis-je.

— Ils repousseront, affirma-t-il. Acceptez le fait : vous êtes un régénératif radical.  »

Extrait de : O.S Card. « Une planète nommée Trahison.  »

Trahison par Orson Scott Card

Fiche de Trahison

Titre : Trahison
Auteur : Orson Scott Card
Date de parution : 1988
Traduction : F. Bury
Editeur : L’Atalante

Première page de Trahison

« JE FUS LE DERNIER à savoir ce qui m’arrivait. Ou, du moins, le dernier à comprendre que je savais.

Saranna s’en rendit compte quand sa main glissa sur mon torse et qu’au lieu des pectoraux saillants, affinés et endurcis par des heures de pratique de l’épée, du javelot et de l’arc, ses doigts butèrent sur une chair plus tendre. Ses mains se rappelaient cette même découverte sur son propre corps quelques années en arrière, et en vraie fille de Mueller, l’œil acéré et l’esprit incisif, elle comprit tout d’un coup, sut mon destin à venir et ce qui était désormais impossible entre nous. Toutefois, en vraie fille de Mueller, elle ne dit rien, elle ne pleura pas. Simplement, de cet instant au jour où je quittai Mueller, elle ne me toucha pas, du moins pas comme avant, pas avec la promesse de décennies de passion à venir. Elle savait, mais je ne savais pas encore. »

Extrait de : O.S Card. « Trahison. »

Sonate sans accompagnement par Orson Scott Card

Fiche de Sonate sans accompagnement

Titre : Sonate sans accompagnement
Auteur : Orson Scott Card
Date de parution : 1981
Traduction : L. Carissimo
Editeur : Denoël

Sommaire de Sonate sans accompagnement

  • Fin de partie
  • Mets de roi
  • Exercices respiratoires
  • Temps morts
  • Retour aux sources
  • Les Euménides dans les toilettes du quatrième
  • Les dieux mortels
  • Quietus
  • Un jardin de roses
  • La salamandre de porcelaine
  • Sonate sans accompagnement

Première page de Fin de partie

«  Quand vous arrivez à la porte, quelle que soit la gravité, souvenez-vous-en bien : la porte ennemie est en bas. Si vous passez votre porte comme si vous sortiez faire une balade, vous formez une belle cible et vous méritez d’être touché. Avec quelque chose de plus sérieux qu’un paralyseur. » Ender Wiggins marqua un temps d’arrêt pour parcourir le groupe du regard. La plupart se contentaient de le regarder nerveusement. Quelques-uns avaient compris. Les autres, un très petit nombre, étaient maussades et réticents.
C’était son premier jour avec cette armée, fraîche émoulue des escouades d’instruction, et Ender avait oublié combien ces gamins pouvaient être jeunes. Il était là depuis trois ans, eux six mois – de toute la bande, personne n’avait plus de neuf ans. Mais ils étaient à lui. À onze ans, il avait un semestre d’avance pour être commandant. Il avait eu un peloton sous ses ordres et il connaissait quelques trucs, mais sa nouvelle armée comptait quarante individus. »

Extrait de : O.S Card. « Sonate sans accompagnement. »

Patience d’Imakulata par Orson Scott Card

Fiche de Patience d’Imakulata

Titre : Patience d’Imakulata
Auteur : Orson Scott Card
Date de parution : 1987
Traduction : A. Mousnier-Lompré
Editeur : L’Atalante

Première page de Patience d’Imakulata

« SON PRECEPTEUR la réveilla bien avant l’aube. Patience sentit le froid du matin qui perçait la mince couverture ; elle était tout ankylosée d’avoir dormi sur une paillasse dure à même le sol. L’été avait bel et bien pris fin et elle se laissa aller à regretter, brièvement certes, que la fenêtre nord de sa chambre ne soit pas vitrée, ou au moins munie de volets, pendant l’hiver.

Mais cela faisait partie de l’entraînement que lui imposait son père pour l’endurcir, l’aguerrir, lui faire mépriser le luxe de la cour et les gens qui ne pouvaient s’en passer. Elle supposa que la main revêche d’Ange sur son épaule participait de ce même régime. Quoi, aurais-je souri en dormant ? Aurais-je donné l’impression de faire des rêves agréables ? »

Extrait de : O.S Card. « Patience d’Imakulata. »

Les maîtres chanteurs par Orson Scott Card

Fiche de Les maîtres chanteurs

Titre : Les maîtres chanteurs
Auteur : Orson Scott Card
Date de parution : 1980
Traduction : J. Bonnefoy
Editeur : Denoël

Première page de Les maîtres chanteurs

« Nniv n’alla pas accueillir Mikal à la descente de l’astronef. Il avait préféré l’attendre derrière les murs bruissants du palais du Chant, à l’écoute de la rumeur des murs, du murmure de ces centaines de voix juvéniles issu des chambres et des loges, du rythme froid des pas cadencés. Peu d’hommes dans la galaxie se seraient permis de convoquer Mikal auprès d’eux. En cela pourtant, nulle audace de la part de Nniv : simplement, pour lui, il était impensable que le Maître Chanteur éprouvât le besoin de rencontrer quiconque.
Hors les murs, toutefois, le reste du peuple de la planète Tew ne se montrait pas aussi placide. Et lorsque le vaisseau de Mikal déversa ses flots sauvages d’énergie sur le terrain d’atterrissage et se posa, énorme et délicat, sur le sol, ils étaient des milliers à attendre de le voir. On aurait pu le prendre pour un chef bien-aimé, à entendre les fanfares et les acclamations de la foule qui envahit le terrain dès que le revêtement eut assez refroidi pour en permettre l’accès. »

Extrait de : O.S Card. « Les maîtres chanteurs. »