Catégorie : Livres

 

Kéraban-le-têtu par Jules Verne

Fiche de Kéraban-le-têtu

Titre : Kéraban-le-têtu
Auteur : Jules Verne
Date de parution : 1883
Editeur :

Première page de Kéraban-le-têtu

« DANS LEQUEL VAN MITTEN ET SON VALET BRUNO SE PROMÈNENT, REGARDENT, CAUSENT, SANS RIEN COMPRENDRE À CE QUI SE PASSE
 
Ce jour-là, 16 août, à six heures du soir, la place de Top-Hané, à Constantinople, si animée d’ordinaire par le va-et-vient et le brouhaha de la foule, était silencieuse, morne, presque déserte. En le regardant du haut de l’échelle qui descend au Bosphore, on eût encore trouvé le tableau charmant, mais les personnages y manquaient. A peine quelques étrangers passaient-ils pour remonter d’un pas rapide les ruelles étroites, sordides, boueuses, embarrassées de chiens jaunes, qui conduisent au faubourg de Péra. Là est le quartier plus spécialement réservé aux Européens, dont les maisons de pierre se détachent en blanc sur le rideau noir des cyprès de la colline.
C’est qu’elle est toujours pittoresque, cette place, – même sans le bariolage de costumes qui en relève les premiers plans, – pittoresque et bien faite pour le plaisir des yeux, avec sa mosquée de Mahmoud, aux sveltes minarets, sa jolie fontaine de style arabe, maintenant veuve de son petit toit d’architecture célestienne, ses boutiques où se débitent sorbets et confiseries de mille sortes, ses étalages, encombrés de courges, de melons de Smyrne, de raisins de Scutari, qui contrastent avec les éventaires des marchands de parfums et des vendeurs de chapelets, son échelle à laquelle accostent des centaines de caïques peinturlurés, dont la double rame, sous les mains croisées des caïdjis, caressent plutôt qu’elles ne frappent les eaux bleues de la Corne-d’Or et du Bosphore. »

Extrait de : J. Verne. « Kéraban-le-têtu. »

Le rayon-vert par Jules Verne

Fiche de Le rayon-vert

Titre : Le rayon-vert
Auteur : Jules Verne
Date de parution : 1882
Editeur : BeQ

Première page de Le rayon-vert

« Le frère Sam et le frère Sib

« Bet !
– Beth !
– Bess !
– Betsey !
– Betty ! »
Tels furent les noms qui retentirent successivement dans le magnifique hall d’Helensburgh, – une manie du frère Sam et du frère Sib d’interpeller ainsi la femme de charge du cottage.
Mais, à ce moment, ces diminutifs familiers du mot Élisabeth ne firent pas plus apparaître l’excellente dame que si ses maîtres l’eussent appelée de son nom tout entier.
Ce fut l’intendant Partridge, en personne, qui se montra, sa toque à la main, à la porte du hall.
Partridge, s’adressant à deux personnages de bonne mine, assis dans l’embrasure d’une fenêtre, dont les trois pans à losanges vitrés faisaient saillie sur la façade de l’habitation :
« Ces messieurs ont appelé dame Bess, dit-il ; mais dame Bess n’est pas au cottage.
– Où est-elle donc, Partridge ?
– Elle accompagne Miss Campbell qui se promène dans le parc. »

Extrait de : J. Verne. « Le Rayon-Vert. »

L’école des Robinsons par Jules Verne

Fiche de L’école des Robinsons

Titre : L’école des Robinsons
Auteur : Jules Verne
Date de parution : 1882
Editeur :

Première page de L’école des Robinsons

« Où le lecteur trouvera, s’il le veut, – l’occasion d’acheter une île de l’océan Pacifique

« Île à vendre, au comptant, frais en sus, au plus offrant et dernier enchérisseur ! » redisait coup sur coup, sans reprendre haleine, Dean Felporg, commissaire priseur de l’« auction », où se débattaient les conditions de cette vente singulière.
« Île à vendre ! île à vendre ! » répétait d’une voix plus éclatante encore le crieur Gingrass, qui allait et venait au milieu d’une foule véritablement très excitée.
Foule, en effet, qui se pressait dans la vaste salle de l’hôtel des ventes, au numéro 10 de la rue Sacramento. Il y avait là, non seulement un certain nombre d’Américains des États de Californie, de l’Oregon, de l’Utah, mais aussi quelques-uns de ces Français qui forment un bon sixième de la population, des Mexicains enveloppés de leur sarape, des Chinois avec leur tunique à larges manches, leurs souliers pointus, leur bonnet en cône, des Canaques de l’Océanie, même quelques Pieds-Noirs, Gros-Ventres ou Têtes-Plates, accourus des bords de la rivière Trinité. »

Extrait de : J. Verne. « L’École des Robinsons. »

La Jangada par Jules Verne

Fiche de La Jangada

Titre : La Jangada
Auteur : Jules Verne
Date de parution : 1881
Editeur :

Première page de La Jangada

« UN CAPITAINE DES BOIS
 
« Phyjslyddqfdzxgasgzzqqehxgkfndrxujugiocytdxvksbxhhuypo hdvyrymhuhpuydkjoxphetozsletnpmvffovpdpajxhyynojyggayme qynfuqlnmvlyfgsuzmqiztlbqgyugsqeubvnrcredgruzblrmxyuhqhp zdrrgcrohepqxufivvrplphonthvddqfhqsntzhhhnfepmqkyuuexktog zgkyuumfvijdqdpzjqsykrplxhxqrymvklohhhotozvdksppsuvjhd. »


L’homme qui tenait à la main le document, dont ce bizarre assemblage de lettres formait le dernier alinéa, resta quelques instants pensif, après l’avoir attentivement relu.
Le document comptait une centaine de ces lignes, qui n’étaient pas même divisées par mots. Il semblait avoir été écrit depuis des années, et, sur la feuille d’épais papier que couvraient ces hiéroglyphes, le temps avait déjà mis sa patine jaunâtre.
Mais, suivant quelle loi ces lettres avaient-elles été réunies ? Seul, cet homme eût pu le dire. En effet, il en est de ces langages chiffrés comme des serrures des coffres-forts modernes : ils se défendent de la même façon. Les combinaisons qu’ils présentent se comptent par milliards, et la vie d’un calculateur ne suffirait pas à les énoncer. »

Extrait de : J. Verne. « La Jangada. »

La maison à vapeur par Jules Verne

Fiche de La maison à vapeur

Titre : La maison à vapeur
Auteur : Jules Verne
Date de parution : 1880
Editeur :

Première page de La maison à vapeur

« Une tête mise à prix.
 
Une prime de deux mille livres est promise à quiconque livrera, mort ou vif, l’un des anciens chefs de la révolte des Cipayes, dont on a signalé la présence dans la présidence de Bombay, le nabab Dandou-Pant, plus connu sous le nom de… »

Telle est la notice que les habitants d’Aurungabad pouvaient lire dans la soirée du 6 mars 1867.
Le dernier nom, – un nom exécré, à jamais maudit des uns, secrètement admiré des autres, – manquait à celle de ces notices qui avait été récemment affichée sur la muraille d’un bungalow en ruines, au bord de la Doudhma.

Si ce nom manquait, c’est que l’angle inférieur de l’affiche où il était imprimé en grosses lettres venait d’être déchiré

Si ce nom manquait, c’est que l’angle inférieur de l’affiche où il était imprimé en grosses lettres venait d’être déchiré par la main d’un faquir, que personne n’avait pu apercevoir sur cette rive alors déserte. Avec ce nom avait également disparu le nom du gouverneur général de la présidence de Bombay, contresignant celui du vice-roi des Indes. »

Extrait de : J. Verne. « La Maison à vapeur. »

Les révoltés de la Bounty par Jules Verne

Fiche de Les révoltés de la Bounty

Titre : Les révoltés de la Bounty
Auteur : Jules Verne
Date de parution : 1879
Editeur : Gallimard

Première page de Les révoltés de la Bounty

« L’ABANDON
Pas le moindre souffle, pas une ride à la surface de la mer, pas un nuage au ciel. Les splendides constellations de l’hémisphère austral se dessinent avec une incomparable pureté. Les voiles de la Bounty pendent le long des mâts, le bâtiment est immobile, et la lumière de la lune, pâlissant devant l’aurore qui se lève, éclaire l’espace d’une lueur indéfinissable.
La Bounty, navire de deux cent quinze tonneaux monté par quarante-six hommes, avait quitté Spithead, le 23 décembre 1787, sous le commandement du capitaine Bligh, marin expérimenté mais un peu rude, qui avait accompagné le capitaine Cook dans son dernier voyage d’exploration.
La Bounty avait pour mission spéciale de transporter aux Antilles l’arbre à pain, qui pousse à profusion dans l’archipel de Tahiti. Après une relâche de six mois dans la baie de Matavaï, William Bligh, ayant chargé un millier de ces arbres, avait pris la route des Indes occidentales, après un assez court séjour aux îles des Amis. »

Extrait de : J. Verne. « Les Révoltés de la Bounty. »

Les tribulations d’un chinois en Chine par Jules Verne

Fiche de Les tribulations d’un chinois en Chine

Titre : Les tribulations d’un chinois en Chine
Auteur : Jules Verne
Date de parution : 1879
Editeur :

Première page de Les tribulations d’un chinois en Chine

« OU LA PERSONNALITÉ ET LA NATIONALITÉ DES PERSONNAGES SE DÉGAGENT PEU À PEU

« Il faut pourtant convenir que la vie a du bon ! s’écria l’un des convives, accoudé sur le bras de son siège à dossier de marbre, en grignotant une racine de nénuphar au sucre.
– Et du mauvais aussi ! répondit, entre deux quintes de toux, un autre, que le piquant d’un délicat aileron de requin avait failli étrangler !
– Soyons philosophes ! dit alors un personnage plus âgé, dont le nez supportait une énorme paire de lunettes à larges verres, montées sur tiges de bois. Aujourd’hui, on risque de s’étrangler, et demain tout passe comme passent les suaves gorgées de ce nectar ! C’est la vie, après tout ! »
Et cela dit, cet épicurien, d’humeur accommodante, avala un verre d’un excellent vin tiède, dont la légère vapeur s’échappait lentement d’une théière de métal.
« Quant à moi, reprit un quatrième convive, l’existence me parait très acceptable, du moment qu’on ne fait rien et qu’on a le moyen de ne rien faire ! »

Extrait de : J. Verne. « Les Tribulations d’un Chinois en Chine. »

Les cinq cents millions de la Bégum par Jules Verne

Fiche de Les cinq cents millions de la Bégum

Titre : Les cinq cents millions de la Bégum
Auteur : Jules Verne
Date de parution : 1879
Editeur : BeQ

Première page de Les cinq cents millions de la Bégum

« Où Mr. Sharp fait son entrée
 
« Ces journaux anglais sont vraiment bien faits ! » se dit à lui-même le bon docteur en se renversant dans un grand fauteuil de cuir.
Le docteur Sarrasin avait toute sa vie pratiqué le monologue, qui est une des formes de la distraction.
C’était un homme de cinquante ans, aux traits fins, aux yeux vifs et purs sous leurs lunettes d’acier, de physionomie à la fois grave et aimable, un de ces individus dont on se dit à première vue : voilà un brave homme. À cette heure matinale, bien que sa tenue ne trahît aucune recherche, le docteur était déjà rasé de frais et cravaté de blanc.
Sur le tapis, sur les meubles de sa chambre d’hôtel, à Brighton, s’étalaient le Times, le Daily Telegraph, le Daily News. Dix heures sonnaient à peine, et le docteur avait eu le temps de faire le tour de la ville, de visiter un hôpital, de rentrer à son hôtel et de lire dans les principaux journaux de Londres le compte rendu in extenso d’un mémoire qu’il avait présenté l’avant-veille au grand Congrès international d’Hygiène, sur un « compte-globules du sang » dont il était l’inventeur. »

Extrait de : J. Verne. « Les Cinq cents millions de la Bégum. »

Un capitaine de quinze ans par Jules Verne

Fiche de Un capitaine de quinze ans

Titre : Un capitaine de quinze ans
Auteur : Jules Verne
Date de parution : 1878
Editeur :

Première page de Un capitaine de quinze ans

« Le brick-goélette « Pilgrim »

Le 2 février 1873, le brick-goélette Pilgrim se trouvait par 43° 57’ de latitude sud, et par 165° 19’ de longitude ouest du méridien de Greenwich.
Ce bâtiment, de quatre cents tonneaux, armé à San Francisco pour la grande pêche des mers australes, appartenait à James W. Weldon, riche armateur californien, qui en avait confié, depuis plusieurs années, le commandement au capitaine Hull.
Le Pilgrim était l’un des plus petits, mais l’un des meilleurs navires de cette flottille, que James W. Weldon envoyait, chaque saison, aussi bien au-delà du détroit de Behring, jusqu’aux mers boréales, que sur les parages de la Tasmanie ou du cap Horn, jusqu’à l’océan Antarctique. Il marchait supérieurement. Son gréement, très maniable, lui permettait de s’aventurer, avec peu d’hommes, en vue des impénétrables banquises de l’hémisphère austral. Le capitaine Hull savait se « débrouiller », comme disent les matelots, au milieu de ces glaces qui, pendant l’été, dérivent par le travers de la Nouvelle-Zélande ou du cap de Bonne-Espérance, sous une latitude beaucoup plus basse que celle qu’elles atteignent dans les mers septentrionales du globe. »

Extrait de : J. Verne. « Un capitaine de quinze ans. »

Les Indes noires par Jules Verne

Fiche de Les Indes noires

Titre : Les Indes noires
Auteur : Jules Verne
Date de parution : 1877
Editeur : Librio

Première page de Les Indes noires

« […]

James Starr était un homme solidement constitué, auquel ses cinquante-cinq ans ne pesaient pas plus que s’il n’en eût porté que quarante. Il appartenait à une vieille famille d’Edimbourg, dont il était l’un des membres les plus distingués. Ses travaux honoraient la respectable corporation de ces ingénieurs qui dévorent peu à peu le sous-sol carbonifère du Royaume-Uni, aussi bien à Cardiff, à Newcastle que dans les bas comtés de l’Écosse. Toutefois, c’était plus particulièrement au fond de ces mystérieuses houillères d’Aberfoyle, qui confinent aux mines d’Alloa et occupent une partie du comté de Stirling, que le nom de Starr avait conquis l’estime générale. Là s’était écoulée presque toute son existence. En outre, James Starr faisait partie de la Société des antiquaires écossais, dont il avait été nommé président. Il comptait aussi parmi les membres les plus actifs de « Royal Institution », et la Revue d’Edimbourg publiait fréquemment de remarquables articles signés de lui. C’était, on le voit, un de ces savants pratiques auxquels est due la prospérité de l’Angleterre. Il tenait un haut rang dans cette vieille capitale de l’Écosse, qui, non seulement au point de vue physique, mais encore au point de vue moral, a pu mériter le nom d’« Athènes du Nord ». »

Extrait de : J. Verne. « Les Indes noires. »