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La dixième victime par R. Sheckley

Fiche de La dixième victime

Titre : La dixième victime (Tome 1 sur 3 – Trilogie de la chasse)
Auteur : R. Sheckley
Date de parution : 1965
Traduction : R. Fitzgerald
Editeur : Gallimard

Première page de La dixième victime

« Elle aurait très bien pu incarner la « femme fatale sous tous les rapports », cette Caroline Meredith. Mince et souple, la jeune personne était installée, l’air pensif, à un grand bar d’acajou, ses fines jambes enlacées dans une étreinte éperdue. Son long visage délicatement ciselé, évocateur des jades antiques et pourtant teinté du plus subtil ivoire, se penchait sur les abîmes insondables d’un martini.
Majestueuse comme une statue et douée cependant d’une fougue fracassante, vêtue des soies les plus somptueuses, un manteau de zibeline noire négligemment jeté sur ses épaules splendides, elle aurait pu symboliser tout ce qu’il y a de beau, de bon et de désirable dans cette cité étrangement disparate qu’est New York.
C’était sans doute ce que devait penser le touriste. L’air extasié, il s’était planté à trois mètres de la vitrine du bar où la belle Caroline se trouvait elle-même en contemplation devant son martini. C’était un Chinois, marchand de nids d’hirondelles, originaire de Kouei-Ping, à en juger par son costume de nansouk blanc, sa cravate de chantoung et ses chaussures de brocart. Il portait en sautoir un gros appareil photo qui, pour tout le monde, sauf les initiés, avait l’air d’un Bronica. »

Extrait de : R. Sheckley. « Trilogie de la chasse – La dixième victime. »

Tarendol par R. Barjavel

Fiche de Tarendol

Titre : Tarendol
Auteur : R. Barjavel
Date de parution : 1946
Editeur : Gallimard

Première page de Tarendol

« Aujourd’hui 9 septembre 1944, zéro heure trente… Je crois que mon réveil avance d’un quart d’heure. Je n’ai pas de montre, pas de pendule, rien que ce réveil.

Le jour, je le pose sur la cheminée de mon bureau, à côté du cadre à photos. Dans le cadre se chevauchent quelques photos de mes enfants. Voici ma fille dans le sable, le buste de mon fils avec son grand front. Les voici ensemble. Et puis tous les deux sur mes genoux, un jour d’hiver. Chers petits, ils sont si beaux, ils sont si jeunes. Quand je serai mort, ils se disputeront ma chemise. Dieu veuille que je meure nu.

La nuit, je le pose sur une chaise, près de mon lit. Souvent, il se prend un pied dans un  »

Extrait de : R. Barjavel. « Tarendol. »

Les enfants de l’ombre par R. Barjavel

Fiche de Les enfants de l’ombre

Titre : Les enfants de l’ombre et autres nouvelles
Auteur : R. Barjavel
Date de parution : 2016
Editeur : Gallimard

Sommaire de Les enfants de l’ombre

  • Le prince blessé
  • Les enfants de l’ombre
  • Béni soit l’atome

Première page de Les enfants de l’ombre

« En ce temps-là, une douce rivière coulait des monts d’Auvergne vers les plaines du Bourbonnais. Elle commençait en torrent maigrelet, prenait de la taille et de l’aisance jusqu’à ressembler à un fleuve moyen de région tempérée. On la nommait l’Allier. Les gens instruits, qui possédaient leur certificat d’études encadré au-dessus de la tête de leur lit, lui attribuaient le genre masculin, mais les simples ne se trompaient pas, et parlaient d’elle comme d’une fille. L’été, quand elle reflétait le ciel bleu pâle, elle avait l’air d’une bergère couchée parmi les fleurs et les herbes. Elle aimait les adolescents vierges, imprudents, qui ont les membres graciles et le ventre à peine fleuri. Chaque année elle en ravissait quelques-uns, elle les gardait longtemps dans son lit. Elle ne les rendait qu’après avoir tout tiré d’eux, elle les déposait doucement sur une berge de  »

Extrait de : R. Barjavel. « Les enfants de l’ombre et autres nouvelles. »

La tempête par R. Barjavel

Fiche de La tempête

Titre : La tempête
Auteur : R. Barjavel
Date de parution : 1982
Editeur : Gallimard

Première page de La tempête

« Judith aux étoiles

« Mettez-vous à votre aise », dit le Président Fergusson.
Et il ôta son veston.
Les ministres l’imitèrent avec soulagement. Le général Sunhorn, chef d’état-major, déboutonna sa vareuse, mais ne la quitta pas. Le secrétaire d’État garda sa chaude veste de tweed irlandais. Sur convocation urgente du Président, il venait d’arriver d’Australie, où c’était l’hiver. Il n’avait eu le temps ni de se doucher ni de se changer. Depuis qu’il avait plongé de l’avion dans la chaleur torride de Washington, la sueur l’inondait. Il avait peur, s’il ôtait son veston, d’incommoder ses voisins. Il prit dans sa serviette un mouchoir de papier, le passa entre son cou et le col de sa chemise et le jeta, humide, dans l’urne cubique, en acier inoxydable, posée au centre de la table de réunion. L’urne l’avala, l’incinéra et broya ses cendres, avec une petite fumée et un ronron. C’était la corbeille à papier des réunions top secret. »

Extrait de : R. Barjavel. « La tempête. »

La faim du tigre par R. Barjavel

Fiche de La faim du tigre

Titre : La faim du tigre
Auteur : R. Barjavel
Date de parution : 1966
Editeur : Gallimard

Première page de La faim du tigre

« Jamais je ne m’habituerai au printemps. Année après année, il me surprend et m’émerveille. L’âge n’y peut rien, ni l’accumulation des doutes et des amertumes. Dès que le marronnier allume ses cierges et met ses oiseaux à chanter, mon cœur gonfle à l’image des bourgeons. Et me voilà de nouveau sûr que tout est juste et bien, que seule notre maladresse a provoqué l’hiver et que cette fois-ci nous ne laisserons pas fuir l’avril et le mai.
Le ciel est lavé, les nuages sont neufs, l’air ne contient plus de gaz de voitures, on ne tue plus nulle part l’agneau ni l’hirondelle, tout à l’heure le tilleul va fleurir et recevoir les abeilles, les roses vont éclater et cette nuit le rossignol chantera que le monde est une seule joie. Tout recommence avec des chances neuves et, cette fois, tout va réussir. J’ai un an de moins que l’an dernier. Non, pas un an, toute ma vie de moins. Je suis une source qui commence. C’est la grande illusion annuelle. Le règne végétal s’y laisse prendre en premier. D’un seul élan, des milliards d’arbres et de plantes resurgissent, poussent des tiges enthousiastes, déplient des feuilles parfaites qui n’ont pas de raison de ne pas être éternelles. Pourtant, dans l’autre moitié du monde,  »

Extrait de : R. Barjavel. « La faim du tigre. »

La charrette bleu par R. Barjavel

Fiche de La charrette bleue

Titre : La charrette bleue
Auteur : R. Barjavel
Date de parution : 1980
Editeur : Gallimard

Première page de La charrette bleue

« La rue Gambetta est déserte.
Il fait très chaud. C’est un après-midi d’été, l’heure où l’on reste chez soi, derrière les volets de bois plein, bien clos. Ma mère est debout, seule, au milieu de la rue. Elle s’est placée en plein soleil pour que je la voie bien, elle a le bras droit levé, elle tient quelque chose dans sa main et elle m’appelle :
— René ! René !…
Je suis au bout de la rue, devant l’atelier d’Illy, le charron, avec des copains de mon âge et aussi quelques vieux qui ne veulent manquer aucune occasion de se distraire, et qui ne craignent pas de transpirer, parce que tant d’étés successifs leur ont depuis longtemps pompé toute l’eau du corps. Nous regardons Illy se livrer à une de ses opérations magiques. Sur un grand cercle de fer couché à terre il a entassé des copeaux et des morceaux de bois sec, déchets légers de son atelier, puis d’autres plus gros, et les a allumés en quatre endroits, en croix. Mainte- »

Extrait de : R. Barjavel. « La charette bleue. »

L’enchanteur par R. Barjavel

Fiche de L’enchanteur

Titre : L’enchanteur
Auteur : R. Barjavel
Date de parution : 1984
Editeur : Gallimard

Première page de L’enchanteur

« Le grand cerf blanc sortit d’un fourré d’aubépines sans déranger la moindre fleur. Son poil était pareil à de la neige fraîchement tombée et tandis qu’il traversait la clairière sa ramure se balançait comme la voilure d’un vaisseau.
Merlin aimait prendre cette apparence quand il se déplaçait dans la forêt. Il s’arrêta sans bruit au débouché du sentier qui menait à la source de l’Œil, ainsi nommée parce que, par les beaux jours, le ciel se reflétait à la surface de la vasque qu’elle s’était creusée dans le sable et le fin gravier, et elle prenait alors la ressemblance d’un grand œil bleu entre des cils de menthe et de myosotis.
Une fille était en train de s’y baigner, blonde et nue. Le cerf la voyait à travers le feuillage. Elle était très jeune, douze ans, treize ans peut-être. Dans  »

Extrait de : R. Barjavel. « L’Enchanteur. »

Colomb de la lune par R. Barjavel

Fiche de Colomb de la lune

Titre : Colomb de la lune
Auteur : R. Barjavel
Date de parution : 1959
Editeur : Gallimard

Première page de Colomb de la lune

« La police fit sortir les journalistes et établit un cordon autour de la villa. Blanche et bleue avec ses tuiles roses au sommet de la colline verte, elle avait l’air d’une maquette pour lotissement de luxe. Deux cent cinquante policiers en uniforme ceinturèrent la colline et un véhicule à sirène et phares rouges s’installa en travers de l’allée.
La femme de Colomb se trouva enfin seule avec sa mère dans le salon aux meubles bousculés. Ils avaient réussi à renverser la table basse en dalle de verre noir, aux pieds de fer forgé noirs, dorés sur la tranche et dans les contours. Les poissons figés qui étalaient dans l’épaisseur de la dalle des nageoires de voile rose parmi des algues jaunes, se trouvaient maintenant à la verticale, et un des pieds forgés avait troué la moquette couleur tabac de Virginie.
– Ces journalistes ! dit la mère de la femme de Colomb. »

Extrait de : R. Barjavel. « Colomb de la lune. »

Le voyageur imprudent par R. Barjavel

Fiche de Le voyageur imprudent

Titre : Le voyageur imprudent (Tome 2 sur 2 – Ravage)
Auteur : R. Barjavel
Date de parution : 1944
Editeur : Gallimard

Première page de Le voyageur imprudent

« L’APPRENTISSAGE

Il faisait un froid de guerre. Au petit matin, le sergent Mosté découvrit un soldat, demi-nu, tordu en travers des feuillées. Le gel qui montait de la neige l’avait empoigné à mort. Ses cuisses sonnaient au doigt comme des planches. Quatre hommes l’emportèrent. Celui qui le prit par la tête lui cassa les oreilles.
Les chasseurs pyrénéens du 27e bataillon occupaient depuis deux mois le village de Vanesse, au bord de la plaine de betteraves. Ils devaient le quitter ce jour-là, pour une destination inconnue. Le caporal d’échelon Pierre Saint-Menoux, enfoui dans la paille de l’écurie, dormit peu, tourmenté par le souci de son septième déménagement. Il était responsable des dix-sept conducteurs de la compagnie de mitrailleuses, de leurs chevaux et de leurs voitures. Dans le civil, il enseignait les mathématiques au lycée Philippe-Auguste. »

Extrait de : R. Barjavel. « Ravage – Le voyageur imprudent. »

Ravage par R. Barjavel

Fiche de Ravage

Titre : Ravage (Tome 1 sur 2 – Ravage)
Auteur : R. Barjavel
Date de parution : 1943
Editeur : Gallimard

Première page de Ravage

« LES TEMPS NOUVEAUX

« Vos gratte-ciel ? Ils sont bien petits ! »
(Déclaration de Le Corbusier aux journalistes new-yorkais)

François Deschamps soupira d’aise et déplia ses longues jambes sous la table.
Pour franchir les deux cents kilomètres qui le séparaient de Marseille, il avait traîné plus d’une heure sur une voie secondaire et supporté l’ardeur du soleil dans le wagon tout acier d’un antique convoi rampant. Il goûtait maintenant la fraîcheur de la buvette de la gare Saint-Charles. Le long des murs, derrière des parois transparentes, coulaient des rideaux d’eau sombre et glacée. Des vibreurs corpusculaires entretenaient dans la salle des parfums alternés de la menthe et du citron. Aux fenêtres, des nappes d’ondes filtrantes retenaient une partie de la lumière du jour. Dans la pénombre, les consommateurs parlaient peu, parlaient bas,  »

Extrait de : R. Barjavel. « Ravage – Ravage. »