Auteur/autrice : CH91
L’échiquier de la création par Dominique Douay

Fiche de L’échiquier de la création
Titre : L’échiquier de la création
Auteur : Dominique Douay
Date de parution : 1976
Editeur : J’ai lu
Première page de L’échiquier de la création
« La nuit, d’abord. Déserte, insondable. Puis une soudaine apparition. Un homme dans une bulle noire. Seul. Nu, le crâne rasé, immobile.
Mort :
une liqueur d’un jaune malsain, couleur de terre et de sanie, s’écoule de la bouche, des narines, des yeux réduits à deux orifices béants, trace un réseau de fines rigoles sur son torse glabre.
Mort :
la peau – ne pas se fier aux apparences ; la bulle noire ne renferme pas seulement l’effigie, l’image pétrifiée d’un homme ; ne seraient cette étrange immobilité et les signes évidents d’une décomposition accélérée, rien ne permettrait d’affirmer qu’il s’agit d’un cadavre plutôt que d’un robuste quadragénaire endormi ou simplement perdu dans ses pensées.
la peau souple et luisante, comme huilée, se soulève par endroits. Des cloques se forment, bubons frémissants dont la rapide multiplication achève de rendre inidentifiables les traits de l’homme au crâne rasé. »
Extrait de : D. Douay. « L’Échiquier de la création. »
Eclipse ou le printemps de Terre XII par Dominique Douay
Fiche de Eclipse ou le printemps de Terre XII
Titre : Eclipse ou le printemps de Terre XII
Auteur : Dominique Douay
Date de parution : 1975
Editeur : Opta
Première page de Eclipse ou le printemps de Terre XII
« L’ÉVÉNEMENT / 1
« Mon capitaine ? »
« Qu’est-ce qui m’a foutu un abruti pareil ? Pourquoi as-tu coupé la communication ? »
« Moi ? Mais je n’ai… »
« Suffit ! Je n’ai pas de temps à perdre pour le moment. Repasse-moi le Q.G. Et en vitesse ! »
Le même dialogue, à quelques variantes près, sur tous les mondes régis par Mars II.
LES TÉMOINS / 1 – FLIPPE
(L’orphelinat militaire d’Europe-Ouest. L’École.)
Pour Flippe, un jour comme les autres. Il se lève à la première sonnerie, chahute un peu avec ses compagnons de dortoir. Le surveillant accourt, distribue des coups de badine… Rien que de très banal. Le seul incident notable se situe au cours des exercices physiques. »
Extrait de : D. Douay. « Éclipse ou le printemps de Terre XII. »
Peter F. Hamilton

Présentation de Peter F. Hamilton :
Peter F. Hamilton, né aux premiers jours du mois de mars de l’an 1960 dans le pittoresque comté de Rutland, outre-Manche, s’impose à l’heure actuelle comme l’un des démiurges les plus prolifiques de l’anticipation britannique. Contrairement aux habitudes des cénacles académiques, ce romancier à l’imagination débordante ne fréquenta point les amphithéâtres de l’université. Il confessa lui-même avoir délaissé l’étude des belles-lettres et de la littérature anglaise au sortir de l’adolescence, leur préférant alors la rudesse des sciences exactes, avant d’entendre, sur le tard, l’irrépressible appel de la plume.
C’est à l’aube de l’an 1987 qu’il s’essaya véritablement à la machine à écrire, parvenant l’année suivante à faire publier sa première nouvelle dans les colonnes de la revue « Fear ». Toutefois, l’événement qui marqua l’entrée retentissante de cet auteur dans le paysage littéraire fut l’achèvement, en 1993, de son premier roman traduit sous nos latitudes par le titre « Mindstar ». Cette œuvre d’investigation futuriste, point de départ d’une trilogie consacrée aux enquêtes du détective télépathe Greg Mandel, révélait déjà un artisan habile, mû par un indéniable sens de l’intrigue.
Mais c’est en embrassant le genre vertigineux de l’épopée galactique — ce que nos confrères anglo-saxons se plaisent à nommer le space opera — que Peter F. Hamilton a véritablement sculpté sa renommée mondiale. Avec la publication de sa monumentale fresque « L’Aube de la nuit » (The Night’s Dawn Trilogy), l’écrivain déploie un univers d’une richesse proprement étourdissante. Il s’y affirme comme un maître incontesté du récit-fleuve, orchestrant des chassés-croisés narratifs colossaux, peuplés d’une myriade de personnages et de civilisations stellaires s’affrontant dans le vide interstellaire. Sa prose, d’une minutie redoutable, parvient à marier les extrapolations technologiques les plus audacieuses aux angoisses métaphysiques sur l’au-delà et le destin de notre espèce.
Ne s’endormant point sur les lauriers de ce succès triomphal, notre infatigable prosateur a persévéré dans l’exploration des confins de la galaxie avec une verve inépuisable. Ses immenses cycles ultérieurs, à l’instar de « L’Étoile de Pandore » (Commonwealth Saga) ou de « La Trilogie du Vide », témoignent d’une ambition narrative aux proportions titanesques.
En tissant ces vastes toiles cosmiques où se mêlent la diplomatie des astres, la rigueur de la science et le souffle épique de l’aventure, Peter F. Hamilton redonne ses lettres de noblesse au merveilleux scientifique. Il s’inscrit sans conteste parmi les architectes les plus grandioses de la littérature d’évasion contemporaine, invitant son lecteur à tourner son regard vers la voûte céleste pour y rêver les lendemains de l’humanité.
Livres de Peter F. Hamilton :
Greg Mandel :
L’aube de la nuit :
- Emergence (1996)
- Expansion (1996)
- Consolidation (1997)
- Conflit (1997)
- Résistance (1999)
- Révélation (1999)
L’étoile de Pandore :
- Pandore abusée (2004)
- Pandore menacée (2004)
- Judas déchaîné (2005)
- Judas démasqué (2005)
La grande route du nord :
- La grande route du nord tome 1 (2012)
- La grande route du nord tome 2 (2012)
Naufragés du Commonwealth :
- L’abîme au-delà des rêves (2014)
- Une nuit sans étoile (2016)
Salvation :
- Les portes de la délivrance (2018)
- Les chemins de l’exode (2019)
- Le signal des saints (2020)
Trilogie du vide :
- Vide qui songe (2007)
- Vide temporel (2008)
- Vide en évolution (2010)
Intégrales :
- Greg Mandel (2022)
- L’arche spatiale (2023)
- L’étoile de Pandore (2007)
- La trilogie du vide (2009)
- Les naufragés du Commonwealth (2017)
Dragon déchu (2001)
Manhattan à l’envers (2011)
Pour en savoir plus sur Peter F. Hamilton :
La page Wikipédia sur P. F. Hamilton
La page Noosfere sur P. F. Hamilton
La page isfdb de P. F. Hamilton
Week end à Zuydcoote par Robert Merle

Fiche de Week end à Zuydcoote
Titre : Week end à Zuydcoote
Auteur : Robert Merle
Date de parution : 1949
Editeur : Le livre de poche
Première page de Week end à Zuydcoote
« Le soleil brillait toujours sur les deux files de voitures abandonnées qui, à perte de vue, flanquaient les deux côtés de la rue. Maillat remarqua tout en marchant une très belle Mercury kaki. Elle avait dû appartenir à un général : elle portait encore un fanion. Deux soldats y dormaient. Ils avaient démantelé le dossier du siège avant, l’avaient rabattu en arrière, et étendus de tout leur long sur les coussins, dormaient côte à côte, les mains ouvertes, avec un air de satisfaction profonde. Maillat entendit un bruit de roues sur les pavés, et au même instant, un petit charreton, poussé par un biffin, débouchait sur sa droite. Une femme y était étendue, jambes en avant. Sa robe, retroussée presque jusqu’au ventre, laissait voir deux cuisses roses et grasses qui, à chaque mouvement du charreton, tremblaient dans une espèce de danse obscène.
Le charreton tourna, grinçant de ses deux roues sur les pavés inégaux, s’engagea dans la rue que suivait Maillat, et arriva à sa hauteur. La femme avait les yeux fixes et un grand trou noir à la tempe. Ses cuisses n’arrêtaient pas de
trembloter à chaque cahot. »
Extrait de : R. Merle. « Weekend à Zuydcoote. »
Un animal doué de raison par Robert Merle

Fiche de Un animal doué de raison
Titre : Un animal doué de raison
Auteur : Robert Merle
Date de parution : 1967
Editeur : Gallimard
Première page de Un animal doué de raison
« À la maison, William, s’il vous plaît, dit Mrs. Jameson avec la politesse pincée qu’elle utilisait pour parler à son chauffeur (Dorothy, voyez-vous, mes domestiques m’adorent, je n’oublie jamais leur anniversaire et je leur parle toujours poliment), William inclina sa nuque grasse et rasée, il ne se prénommait d’ailleurs pas William, mais Mrs. Jameson appelait ainsi pour simplifier tous les chauffeurs qui s’étaient succédé chez elle depuis la mort de son mari, William posa ses deux mains potelées sur le volant, et loin en avant la Cadillac fit entendre un ronron suave, démarra avec une lenteur infinie, précautionneuse.
Mrs. Jameson appuya son dos massif sur le dossier de cuir havane du siège arrière garniture spéciale belle peausserie anglaise contre supplément, rajusta ses lunettes bordées de diamants petits mais vrais, cala son sac croco sur ses vastes cuisses, braqua sur sa gauche sa tête lourde, laissa pendre sa lippe, ouvrit tout grands ses yeux gris et les refermant sur le Professeur Sevilla, l’examina à loisir, en silence, sans aucune gêne, comme un objet, première impression confirmée, les yeux sombres, le visage mat, les cheveux aile-de-corbeau, il a l’air d’un gitan, aussi poilu, j’imagine que le pauvre John, un vrai gorille, des poils jusque dans le dos et une toison sur la poitrine, encore un de ces latins hyper virils à sang rouge, toujours un rut dans les reins. »
Extrait de : R. Merle. « Un Animal Doué De Raison. »
Malevil par Robert Merle

Fiche de Malevil
Titre : Malevil
Auteur : Robert Merle
Date de parution : 1972
Editeur : Gallimard
Première page de Malevil
« À l’École Normale des Instituteurs, nous avions un professeur amoureux de la madeleine de Proust. Sous sa houlette, j’ai étudié, admiratif, ce texte fameux. Mais avec le recul, elle me paraît maintenant bien littéraire, cette petite pâtisserie. Oh, je sais bien qu’un goût ou une mélodie vous redonnent, très vif, le souvenir d’un moment. Mais c’est l’affaire de quelques secondes. Une brève illumination, le rideau retombe et le présent, tyrannique, est là. Retrouver tout le passé dans un gâteau amolli par une infusion, comme ce serait délicieux, si c’était vrai.
Je pense à la madeleine de Proust, parce que j’ai découvert, l’autre jour, au fond d’un tiroir, un très, très vieux paquet de tabac gris qui avait dû appartenir à l’oncle. Je l’ai donné à Colin. Fou de joie à l’idée de retrouver, après tant de temps, son poison favori, il en bourre sa pipe et l’allume. »
Extrait de : R. Merle. « Malevil. »
Madrapour par Robert Merle

Fiche de Madrapour
Titre : Madrapour
Auteur : Robert Merle
Date de parution : 1976
Editeur : Points
Première page de Madrapour
« 13 novembre.
J’écris cette histoire en même temps que je la vis. De jour en jour. Ou plutôt – ne soyons donc pas si ambitieux – d’heure en heure. Nous serions bien avisés, d’ailleurs, de faire tenir un monde dans chaque minute qui passe. Nous n’en avons pas tant à notre disposition. La vie la plus longue peut se chiffrer en secondes. Faites le calcul : c’est un chiffre qui n’a rien d’astronomique – ni de particulièrement rassurant.
Tandis que j’écris ceci, je suis bien incapable de prévoir la fin de mon aventure. Je ne pénètre pas non plus sa signification. Ce n’est pourtant pas faute de hasarder des hypothèses.
Mon histoire aura sûrement un terme, ne serait-ce que le plus évident. Mais il n’est pas certain qu’elle ait un sens ou – ce qui revient au même – il n’est pas sûr que je sois capable de lui en trouver un : « Un moucheron qui naît à l’aube et meurt au coucher du soleil ne peut pas comprendre le mot nuit. »
Quand le taxi me dépose à l’aéroport de Roissy-en-France, une surprise m’attend. Tout est vide. Ni voyageurs, ni employés, ni hôtesses. Je suis seul, rigoureusement seul, dans ce monument de métal et de glace, où règne un silence de crypte. Comparaison absurde : Roissy ressemblerait plutôt, avec ses immenses vitres, à une serre démesurée.
Je pose mes valises sur un chariot et, dans ce désert lumineux, je pousse le chariot devant moi. En même temps, je sens tout le ridicule de convoyer ainsi mes biens terrestres, alors qu’aucun préposé ne peut les prendre en charge. »
Extrait de : R. Merle. « Madrapour. »
Les hommes protégés par Robert Merle

Fiche de Les hommes protégés
Titre : Les hommes protégés
Auteur : Robert Merle
Date de parution : 1974
Editeur : Gallimard
Première page de Les hommes protégés
« Pièce sans fenêtres à air conditionné. Boiseries de chêne à mi-hauteur. Au-dessus, les murs sont blancs avec une seule gravure représentant une scène de la vaccination antivariolique à Cuba en 1900. Moquette épaisse où, en entrant, j’ai enfoncé jusqu’aux chevilles. Gros siège confortable, où, sur un geste, je m’enfouis jusqu’aux hanches.
Là-dessus, un long silence. Je suis ici pour parler, mais on n’a pas l’air de m’y inviter volontiers. La parole n’est pas une chose dont les grands de ce monde aiment se dessaisir : ils préfèrent s’écouter qu’écouter. Au surplus, je m’en rends bien compte, je ne suis pas persona grata. Ni moi ni ce que j’ai à dire. On me laisse mijoter. Que je me
pénètre bien, au départ, de mon insignifiance.
Ils sont là tous les trois, muets, de l’autre côté d’une table ovale dont la largeur anormale symbolise, je suppose, toute la distance entre le Pouvoir et le simple citoyen. J’ai l’impression, qui me rajeunit sans me plaire, de passer un examen. D’ailleurs, bien que je sois un neurologue confirmé et connu, il y a bien un peu de ça, et je me demande si je ne vais pas me faire recaler. L’ironie, c’est que ma carrière n’est pas en jeu et que je suis ici pour défendre l’intérêt général auprès des gens qui en ont la charge. »
Extrait de : R. Merle. « Les hommes protégés. »
Le propre de l’homme par Robert Merle

Fiche de Le propre de l’homme
Titre : Le propre de l’homme
Auteur : Robert Merle
Date de parution : 1989
Editeur : Editions de Fallois
Première page de Le propre de l’homme
« Paris est probablement la capitale au monde où le patrimoine architectural est le mieux groupé. Et c’est aussi la ville où il est le plus pénible d’être sans femme, quand on les aime.
J’y suis né, ma mère étant française et désirant accoucher en France, au milieu des siens. Antérieurement, elle n’avait consenti à épouser mon père aux États-Unis qu’après l’avoir épousé en France. Elle convoqua à la cérémonie les quarante personnes qui composaient sa famille et à la grande surprise de son époux, elles vinrent toutes.
Je ne manquai pas, moi-même, d’amener à Paris Madame ma première épouse en voyage de noces, mais ce ne fut pas une très bonne idée, car elle ne s’intéressa à rien, sauf aux magasins le jour et aux boîtes la nuit. Notre séjour devait durer une quinzaine, mais la dépense fut telle que je dus l’écourter. Je ne fus pas autrement étonné quand, trois ans plus tard, mon épouse me quitta pour épouser un compte en banque qui ne risquait pas de tomber dans le rouge. »
Extrait de : R. Merle. « Le propre de l’homme. »
Le jour ne se lève pas pour nous par Robert Merle

Fiche de Le jour ne se lève pas pour nous
Titre : Le jour ne se lève pas pour nous
Auteur : Robert Merle
Date de parution : 1986
Editeur : Le livre de poche
Première page de Le jour ne se lève pas pour nous
« J’ai fait le projet de relater ici, à l’usage de Sophie, la patrouille à laquelle je suis sur le point de prendre part. Mais comme je nourris présentement quelque doute sur l’intérêt qu’elle me porte, et que j’ignore si à mon retour – dans soixante-dix jours environ – mes rapports avec elle seront encore ce qu’à mon départ ils paraissaient être, force m’est d’envisager que d’autres qu’elles liront ce texte.
J’aimerais que parmi ces autres il y ait des filles et qu’elles soient belles. Ce n’est pas parce que j’aime Sophie que je vais renoncer, du moins en pensée, à la moitié du genre humain. Autant entrer en religion.
D’ailleurs, il n’est même pas sûr que je l’aime. Je remarque que lorsque je me parle d’elle, l’ironie n’est jamais absente de mon discours intérieur. Je n’apprécie ni son milieu, ni ses parents, ni son éducation.
Son père, grâce au talent de ses ingénieurs et de ses directeurs, commercialisa un produit qui, dans son temps, révolutionna l’automobile. Il fit donc fortune et il mourut. »
Extrait de : R. Merle. « Le jour ne se lève pas pour nous. »