Auteur/autrice : CH91

 

Water knife par Paolo Bacigalupi

Fiche de Water knife

Titre : Water knife
Auteur : Paolo Bacigalupi
Date de parution : 2015
Traduction : S. Doke
Editeur : Au diable Vauvert

Première page de Water knife

« La sueur raconte des histoires.

La sueur d’une femme pliée en deux dans un champ d’oignons, travaillant quatorze heures sous le soleil brûlant n’est pas celle d’un homme qui s’approche d’un barrage routier au Mexique en priant la Santa Muerte que les federales ne soient pas à la solde des ennemis qu’il fuit. La sueur d’un garçon de dix ans fixant le canon d’un SIG SAUER est différente de celle d’une femme luttant pour traverser le désert, priant la Vierge qu’une cache d’eau se trouve exactement là où sa carte de coyote le lui indique. La sueur est l’histoire d’un corps, compressée en joyaux, perlant sur le front, tachant les chemises de sel. Elle dit dans les moindres détails comment une personne s’est retrouvée au bon endroit au mauvais moment, elle dit même si elle va survivre un jour de plus.

Pour Angel Velasquez, perché très au-dessus du puits artésien central de Cypress 1 à observer Charles Braxton qui avançait pesamment le long de Cascade Trail, la sueur sur le front de l’avocat racontait que certains n’étaient pas aussi importants qu’ils aimaient à le penser. »

Extrait de : P. Bacigalupi. « Water Knife. »

La fille flûte par Paolo Bacigalupi

Fiche de La fille flûte

Titre : La fille flûte et autres fragments de futurs brisés
Auteur : Paolo Bacigalupi
Date de parution : 2008
Traduction : S. Doke
Editeur : Au diable Vauvert

Sommaire de La fille flûte :

  • La fille-flûte
  • Peuple de sable et de poussière
  • Du dharma plein les poches
  • Le Pasho
  • L’homme des calories
  • Le chasseur de tamaris
  • Groupe d’intervention
  • Le yellow card
  • Plus doux encore
  • La pompe six

Première page de La fille-flûte

« La fille-flûte restait blottie dans la pénombre, serrant le dernier cadeau de Stephen entre ses petites mains pâles. Mme Belari devait la chercher et les domestiques renifler tous les recoins du château comme autant de chiens redevenus sauvages, regardant sous les lits, dans les placards, derrière les casiers à bouteilles, tous leurs sens à l’affût d’une trace d’elle. Belari ne découvrait jamais les cachettes de la fille-flûte. C’étaient toujours les domestiques qui la trouvaient. Belari se contentait d’arpenter les couloirs laissant les serviteurs œuvrer. Ils croyaient connaître toutes ses cachettes.

La fille-flûte changea de position. Sa posture inconfortable fatiguait son squelette fragile. Elle s’étira autant que l’espace exigu le lui permettait, puis se replia sur elle-même, aussi compacte que possible, s’imaginant lapin, comme ceux que Belari gardait en cage dans la cuisine : petits et doux avec leurs yeux tendres et humides, ils pouvaient rester immobiles pendant des heures. La fille-flûte se força à la patience et ignora les protestations douloureuses de son corps recroquevillé. »

Extrait de : P. Bacigalupi. « La fille flute. »

La fille automate par Paolo Bacigalupi

Fiche de La fille automate

Titre : La fille automate
Auteur : Paolo Bacigalupi
Date de parution : 2009
Traduction : S. Doke
Editeur : Au diable Vauvert

Première page de La fille automate

« – Non. Pas de mangoustan. (Anderson Lake se penche, l’index en avant.) Je veux celui-ci. Kaw pollamai nee khap. Celui à la peau rouge avec les poils verts.

La paysanne sourit, dévoilant des dents noircies par le bétel et désigne une pyramide de fruits entassés à côté d’elle.

– Un nee chai mai kha ?

– C’est ça. Ceux-ci. Khap. (Anderson hoche la tête et se force à sourire.) Comment les appelle-t-on ?

– Ngaw.

Elle prononce le nom lentement, par égard pour ses oreilles étrangères, et lui tend un échantillon.

Anderson prend le fruit en fronçant les sourcils.

– C’est nouveau ?

– Kha.

Elle opine.

Anderson fait tourner le fruit dans sa main, l’étudie. Cela ressemble plus à une anémone de mer au ton criard, ou à un poisson-globe étrangement velu, qu’à un fruit. »

Extrait de : P. Bacigalupi. « La Fille Automate. »

La fabrique de doute par Paolo Bacigalupi

Fiche de La fabrique de doute

Titre : La fabrique de doute
Auteur : Paolo Bacigalupi
Date de parution : 2014
Traduction : P. Marcel
Editeur : Au diable Vauvert

Première page de La fabrique de doute

« Il l’observait depuis longtemps. La façon qu’elle avait de se mouvoir à travers les eaux dormantes de sa vie. Les amis et la famille qui l’entouraient. Comme on observerait un lumineux poisson tropical dans un aquarium, enclos de toutes parts, protégé à l’intérieur de ses confins. Inconscient des parois de verre.

Il pouvait l’observer assise dans un café, absorbée par sa liseuse, buvant ce même latte écrémé qu’elle commandait toujours. Il connaissait sa rue et connaissait son domicile. Il connaissait son emploi du temps à l’école. Mathématiques, chimie ou anglais avancés. 3,9 sur 4 de moyenne générale, parce qu’un connard de prof avait fusillé son score parfait pour un point de détail sur la présentation de son compte rendu de travaux pratiques.

Une fille intelligente.

Une fille pointue.

Et pourtant, totalement inconsciente.

Ce n’était pas sa faute. Tous les poissons de son aquarium étaient comme elle. Évoluant tous dans des eaux parfaitement contrôlées, à quelques millimètres à peine d’un autre monde qui leur était entièrement hostile. »

Extrait de : P. Bacigalupi. « La Fabrique de Doute. »

L’alchimiste de Khaim par Paolo Bacigalupi

Fiche de L’alchimiste de Khaim

Titre : L’alchimiste de Khaim
Auteur : Paolo Bacigalupi
Date de parution : 2011
Traduction : S. Doke
Editeur : Au diable Vauvert

Première page de L’alchimiste de Khaim

« Il est difficile de vendre son dernier lit à un voisin. Encore plus lorsque sa fille unique s’accroche comme un singe-araignée à sa structure et hurle comme si on lui coupait les bras chaque fois qu’on tente de l’en dégager.

Les quatre hommes d’Alacan étaient déjà arrivés, affamés et heureux de se faire un peu de cuivre en jouant de leurs muscles, et Lizca Sharma était présente, la jupe scintillante de diamants, pour superviser l’enlèvement du lit à baldaquin et s’assurer qu’il ne soit pas endommagé pendant le transfert. Le lit était vraiment massif. Ridicule pour une petite fille. Les petits membres de Jiala n’avaient aucun besoin de s’étaler sur une telle largeur. Mais la structure était gravée d’images des palais flottants de Jhandpara. D’antiques dragons de nuages s’enroulaient autour de ses montants jusqu’au ciel de lit où leurs griffes de bois accrochaient des filets roulés et, grâce à une attache en cuivre, s’ouvraient pour laisser tomber la moustiquaire pendant la saison chaude. Un lit magnifique. Un lit extravagant. Imprégné de la vitalité et de la gloire perdue de Jhandpara. »

Extrait de : P. Bacigalupi. « L’Alchimiste de Khaim. »

Les cités englouties par Paolo Bacigalupi

Fiche de Les cités englouties

Titre : Les cités englouties (tome 2 sur 3 – Les cités englouties)
Auteur : Paolo Bacigalupi
Date de parution : 2012
Traduction : S. Doke
Editeur : Au diable Vauvert

Première page de Les cités englouties

« Les chaînes tintaient dans la pénombre des cellules de rétention.

La puanteur de l’urine, les miasmes de la sueur et de la peur se mélangeaient avec les relents douceâtres de la paille pourrissante. De l’eau gouttait le long des parois en marbre, les noircissant de mousses et d’algues.

L’humidité et la chaleur. L’odeur de la mer, lointaine, un parfum cruel rappelant aux prisonniers qu’ils ne goûteraient plus jamais à la liberté. Parfois, un détenu, chrétien hauturier ou dévot du Saint de la rouille, élevait la voix, priait, mais la plupart des captifs attendaient en silence, préservaient leur énergie.

Un cliquetis de ferraille à l’extérieur leur annonça que quelqu’un approchait. Le bruit de nombreuses bottes.

Quelques prisonniers levèrent les yeux, surpris. Ils n’entendaient aucune foule en liesse, aucun soldat qui appelait au sang. Pourtant, on ouvrait la porte de la prison. Mystère. Ils attendirent, avec l’espoir que ce mystère ne les concerne pas. L’espoir de survivre un jour de plus. »

Extrait de : P. Bacigalupi. « Les Cités Englouties. »

Ferrailleurs des mers par Paolo Bacigalupi

Fiche de Ferrailleurs des mers

Titre : Ferrailleurs des mers (tome 1 sur 3 – Les cités englouties)
Auteur : Paolo Bacigalupi
Date de parution : 2010
Traduction : S. Doke
Editeur : Au diable Vauvert

Première page de Ferrailleurs des mers

« Nailer rampait dans une conduite de service pour en arracher le câblage électrique, soulevant un nuage de fibres d’amiante et de déjections de souris chaque fois que le câble se détachait. Il progressait en faisant sauter les agrafes d’aluminium qui retenaient le câblage. Les attaches tintaient dans le conduit étroit comme des pièces offertes au Dieu Ferrailleur, et Nailer fouillait le sol pour les ramasser et les enfourner dans le sac en cuir qu’il portait à la ceinture. Quand il tira une nouvelle fois sur le câblage, un bon mètre du précieux cuivre se libéra entre ses doigts dans un nuage de poussière.

La peinture LED décorant le front de Nailer éclairait le passage d’un vert pâle phosphorescent. Le sel de sa propre sueur mêlée de poussière lui piquait les yeux et gouttait sur son masque filtrant. D’une main couverte de cicatrices, il essuya les rigoles salées en faisant bien attention de ne pas effacer la peinture LED. Le marquage lumineux le démangeait et le rendait fou, mais il n’avait aucune envie de devoir retrouver son chemin à l’aveuglette dans le labyrinthe de conduites. Il résista donc à l’envie irrépressible de se gratter et vérifia une nouvelle fois sa position. »

Extrait de : P. Bacigalupi. « Ferrailleurs des mers – Les cités englouties. »

Les étranges noces de Rouletabille par Gaston Leroux

Fiche de Les étranges noces de Rouletabille

Titre : Les étranges noces de Rouletabille (Tome 5 sur 8 – Rouletabille)
Auteur : Gaston Leroux
Date de parution : 1918
Editeur : BNF

Première page de Les étranges noces de Rouletabille

« C’était le 21 octobre 1913, en plein Balkan, dans les sombres défilés de l’Istrandja-Dagh… le soir tombait…

Précédant les premiers détachements bulgares qui, à la première heure de la première guerre des Balkans, envahissaient le nord de la Thrace et avaient mission d’occuper Almadjik, quelle est cette petite troupe de cavaliers qui filent comme le vent et ne connaissent aucun obstacle ? Ils sont si curieusement placés entre les premiers soldats de l’envahisseur et les derniers fuyards turcs que l’on ne saurait dire exactement s’ils fuient ou s’ils poursuivent.

La vérité est qu’ils font les deux choses à la fois. Ils veulent atteindre avant d’être atteints !

– En avant ! en avant ! crie Rouletabille.

Que fait donc, « entre deux feux », le jeune reporter de l’Époque et quelle est cette sorte de rage qui l’anime ? C’est par des paroles sans suite qu’il encourage ses compagnons à le suivre ; et sa bouche est pleine de malédictions. »

Extrait de : G. Leroux. « Les étranges noces de Rouletabille – Rouletabille. »

Le château noir par Gaston Leroux

Fiche de Le château noir

Titre : Le château noir (Tome 4 sur 8 – Rouletabille)
Auteur : Gaston Leroux
Date de parution : 1914
Editeur : Bibebook

Première page de Le château noir

«  Regardez ! on voit encore la cicatrice !… »

Rouletabille se pencha sur le cou nu qui s’inclinait avec grâce et, à l’échancrure du chaste décolletage, près de l’épaule ambrée d’Ivana, il aperçut la ligne blanche, très nette, qu’avait laissée le coup de poignard. Troublé, le jeune homme fit un signe de la tête en rougissant. Il avait vu.

« Les sauvages ! murmura-t-il dans son émoi.

— Chut ! fit-elle avec un sourire qui découvrit ses dents de jeune louve, nous sommes tous encore un peu sauvages, en Bulgarie, mais nous n’aimons pas qu’on nous le dise !

— Oui, vous savez dissimuler ! » répliqua le reporter en désignant, d’un geste rapide, les personnages fort corrects qui évoluaient dans le salon du général Vilitchkov, s’asseyaient à une table de bridge ou causaient dans les coins. »

Extrait de : G. Leroux. « Le château noir – Rouletabille. »

Rouletabille chez le Tsar par Gaston Leroux

Fiche de Rouletabille chez le Tsar

Titre : Rouletabille chez le Tsar (Tome 3 sur 8 – Rouletabille)
Auteur : Gaston Leroux
Date de parution : 1913
Editeur : Bibebook

Première page de Rouletabille chez le Tsar

« — Barinia, le jeune étranger est arrivé.

— Où l’as-tu mis ?

— Oh ! il est resté dans la loge.

— Je t’avais dit de le conduire dans le petit salon de Natacha : tu ne m’as donc pas compris, Ermolaï ?

— Excusez-moi, barinia, mais le jeune étranger, lorsque j’ai voulu le fouiller, m’a envoyé un solide coup de pied dans le ventre.

— Lui as-tu dit que tout le monde était fouillé avant d’entrer dans la propriété, que c’était l’ordre, et que ma mère elle-même s’y soumettait ?

— Je lui ai dit tout cela, barinia, et je lui ai parlé de la mère de Madame.

— Qu’est-ce qu’il t’a répondu ?

— Qu’il n’était pas la mère de Madame. Il était comme enragé.

— Eh bien, fais-le entrer sans le fouiller.

— Le pristaff 1 ne sera pas content.

— Je commande.

Ermolaï s’inclina et descendit dans le jardin. La barinia quitta la véranda où elle venait d’avoir cette conversation avec le vieil intendant du général Trébassof, son mari, et rentra dans la salle à manger de sa datcha des Îles où le joyeux conseiller d’empire Ivan Pétrovitch racontait aux convives amusés sa dernière farce de chez Cubat. »

Extrait de : G. Leroux. « Rouletabille chez le tsar – Rouletabille. »