Auteur/autrice : CH91
Lev Grossman

Présentation de Lev Grossman :
Né au mois de juin 1969 dans le Massachusetts, Lev Grossman s’est d’abord illustré dans le noble exercice du journalisme et de la critique littéraire, officiant de fort belles années pour le réputé magazine Time. Toutefois, s’il a commis quelques autres écrits par le passé, c’est indéniablement sur le terrain du merveilleux et de la haute fantaisie (ce genre que nos amis anglo-saxons nomment « fantasy ») qu’il a bâti sa renommée, et c’est sur cette facette de son œuvre que nous allons nous pencher.
Lev Grossman a en effet frappé un grand coup dans le paysage de l’imaginaire à l’orée des années 2010, en publiant le premier volet d’une fresque romanesque intitulée Les Magiciens. Dans cet ouvrage, l’auteur s’empare des figures classiques du conte pour la jeunesse — l’école de sorcellerie cachée aux yeux des profanes ou les mondes parallèles féeriques accessibles par des passages dérobés — pour les transposer dans une réalité crue, désenchantée et résolument adulte.
Le lecteur y suit les pérégrinations de Quentin Coldwater, un jeune étudiant mélancolique qui découvre que la magie existe bel et bien, et qu’il est admis dans une secrète et fort prestigieuse académie de l’État de New York. Mais, loin des charmantes bluettes et des héroïsmes de pacotille, Lev Grossman nous dépeint une magie exigeante, dangereuse, pratiquée par de jeunes gens tourmentés, versant volontiers dans l’hédonisme ou sombrant dans la dépression. L’écrivain poursuit cette entreprise de déconstruction brillante dans les deux tomes suivants, Le Roi Magicien et La Terre du Magicien, où nos protagonistes parviennent enfin à rejoindre Fillory, une contrée merveilleuse de leur enfance, pour y découvrir que le pouvoir royal s’accompagne de cruelles désillusions.
Par ce triptyque au succès retentissant, cet habile romancier a su prouver que la littérature de l’évasion pouvait se faire le miroir des névroses contemporaines. Sa prose, teintée d’une ironie mordante et d’une grande acuité psychologique, offre un renouveau salvateur aux vieux mythes de la fantaisie, s’adressant à un lectorat mûr et exigeant.
Livres de Lev Grossman :
Les Magiciens :
- Les magiciens (2009)
- Le roi magicien (2011)
- La terre du magicien (2014)
Intégrales :
Codex, la manuscrit oublié (2004)
Pour en savoir plus sur Lev Grossman :
La page Wikipédia sur L. Grossman
La page Noosfere sur L. Grossman
La page isfdb de L. Grossman
La septième griffe de Togor par Gérard Delteil

Fiche de La septième griffe de Togor
Titre : La septième griffe de Togor
Auteur : Gérard Delteil
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir
Première page de La septième griffe de Togor
« Quand je m’éveillai, je constatai que, tout autour de moi, le paysage était fait de dunes s’étendant presque à l’infini. Un désert frappé par un soleil de plomb. Cette constatation m’inquiéta un peu. Où diriger mes pas? Curieusement, je n’éprouvais ni sensation de chaleur ni mal de tête. Le réveil était sans doute encore trop proche, mais d’un instant à l’autre j’allais peut-être transpirer, étouffer, crever de soif. Il me fallait m’y préparer.
J’étais vêtu d’un pantalon et d’une chemisette de toile, et chaussé de bottes souples et légères assez bien adaptées à cette situation. C’était déjà ça. A côté de moi, sur le sable, reposait une musette dont je m’empressai d’examiner le contenu. J’y trouvai une gourde d’eau fraîche, des biscuits, du linge, une boussole, et des pièces d’une monnaie tout à fait inconnue. Je pris une de ces pièces entre le pouce et l’index pour l’examiner. A première vue, elle me parut être en or. Du côté face, le profil était celui d’une femme aux traits réguliers et altiers, coiffée d’une couronne. »
Extrait de : G. Delteil. « La Septieme Griffe De Togor. »
La nuit de l’Apagón par Gérard Delteil

Fiche de La nuit de l’Apagón
Titre : La nuit de l’Apagón
Auteur : Gérard Delteil
Date de parution : 1995
Editeur : Fleuve noir
Première page de La nuit de l’Apagón
« Je n’avais jamais vu des yeux semblables. Ils tiraient sur le bleu, un bleu d’une nuance subtile et chaude. Ces flaques claires en forme d’amandes allongées où scintillaient des reflets dorés tranchaient de façon étrange dans ce visage café au lait encadré d’une multitude de petites tresses artistement nattées. La femme à qui appartenaient ces prunelles de chatte siamoise s’avança vers moi. Ce n’est qu’après avoir échappé à la fascination de son regard que je remarquai ses jambes, d’une longueur ahurissante, moulées dans un collant fluo multicolore. Un buste de bas-relief égyptien les prolongeait. Les pointes des seins menus et haut perchés formaient deux taches brunes sous le débardeur de coton blanc. Chaque mouvement de cette surprenante créature était empreint d’une indolence sensuelle qui ne devait rien à l’affectation ou à la volonté de séduire. On sentait qu’elle se déplaçait ainsi avec autant de naturel qu’elle respirait. »
Extrait de : G. Delteil. « La Nuit de l’Apagon. »
La confiance règne par Gérard Delteil

Fiche de La confiance règne
Titre : La confiance règne
Auteur : Gérard Delteil
Date de parution : 1991
Editeur : Gallimard
Première page de La confiance règne
« Dès que j’aperçus cette femme, je sus que j’allais la tuer. Elle se tenait à quelques mètres du buffet où je venais de me faire servir une flûte de champagne et me fixait. C’était une petite blonde mal coiffée, boudinée dans un tailleur verdâtre qui lui donnait une mine épouvantable. Je me demandais même comment elle avait réussi à entrer dans cette tenue – il est vrai que certaines journalistes n’étaient pas mieux fagotées. Sur le coup son nom ne me revint pas, mais son nom n’avait pas grande importance : elle ne pouvait pas se trouver là par hasard ; il fallait qu’elle soit vraiment acharnée pour venir me harceler ici, et par conséquent elle ne lâcherait pas prise. Elle ne me laissait pas le choix. Il y avait bien sûr une autre solution : lui proposer de l’argent, comme je le faisais d’habitude, mais elle avait déjà été trop loin pour accepter, et quelque chose dans son regard me disait qu’elle n’était pas venue pour obtenir du fric. »
Extrait de : G. Delteil. « La confiance règne. »
Tout ce que dit Manon est vrai par Manon Fargetton

Fiche de Tout ce que dit Manon est vrai
Titre : Tout ce que dit Manon est vrai
Auteur : Manon Fargetton
Date de parution : 2021
Editeur : Editions Héloïse d’Ormesson
Première page de Tout ce que dit Manon est vrai
« Il y a des moments qui traversent nos corps comme des langues de feu.
Ce soir-là, je dépose la pile de linge frais sur ton lit. Je ne monte pas les vêtements dans les chambres, d’ordinaire, ils patientent sur la table du salon jusqu’à ce que tu daignes les récupérer ou que, excédée, j’en recouvre les premières marches de l’escalier. Le message me paraît clair. Pourtant, deux fois sur trois, tu enjambes les piles et je m’agace de les voir traîner encore. Tes frères agissaient de la même façon. Depuis qu’ils sont partis faire leurs études, bien sûr, ils se débrouillent avec leur lessive. Même lorsque Tristan rentre pour le week-end, je ne plie plus son linge. Ou moins souvent, ou juste lorsque je sens qu’il va tout chiffonner dans son sac, ou quand je crains qu’il reprenne la route trop tard. Reste toi, Manon. Toi qui partiras bientôt, comme les autres. Toi qui n’es pas prête. »
Extrait de : M. Fargetton. « Tout ce que dit Manon est vrai. »
Quand vient la vague par Manon Fargetton et Jean-Christophe Tixier

Fiche de Quand vient la vague
Titre : Quand vient la vague
Auteur : Manon Fargetton et Jean-Christophe Tixier
Date de parution : 2018
Editeur : Rageot
Première page de Quand vient la vague
« Je claque la porte derrière moi, me laisse surprendre par la température extérieure. Il fait un froid glacial. À chaque expiration, un nuage de buée s’échappe de ma bouche, puis se dissipe comme s’il n’avait jamais existé.
Je pose mon sac à mes pieds, ferme les yeux, les rouvre. Comment imaginer que je ne reverrai jamais plus cet endroit ?
Alors que je remonte l’allée qui mène au portail, j’ai l’impression de traverser un décor de carton-pâte. Tout, autour de moi, est parfaitement à sa place. Les pins. La balançoire sur laquelle on jouait, mon frère et moi, il y a encore quatre ou cinq ans. Le tas de bûches sous l’appentis. Rien n’a bougé, pourtant, ça sonne faux désormais.
Sans me retourner, je quitte le jardin pour la rue déserte.
En me réveillant ce matin, j’avais peur que des larmes mouillent mes yeux au moment de partir. J’ai lu quelque part qu’un amputé peut ressentir le membre absent, voire éprouver de la douleur là où il n’y a plus que le vide. Ce n’est pas mon cas. Je laisse derrière moi le lieu où j’ai grandi, sans que cela provoque la moindre souffrance, et ça me soulage. »
Extrait de : M. Fargetton + J.C Tixier. « Quand vient la vague. »
Nos vies en l’air par Manon Fargetton

Fiche de Nos vies en l’air
Titre : Nos vies en l’air
Auteur : Manon Fargetton
Date de parution : 2019
Editeur : Rageot
Première page de Nos vies en l’air
« – Tu vas sauter ?
Je tourne la tête, manque de perdre l’équilibre, m’accroupis.
Vertige.
Mes mains agrippent le rebord humide du toit. Je sens mon cœur cogner fort, si fort, comme s’il voulait se libérer de ma poitrine pour s’évanouir dans la nuit.
Tandis que l’adrénaline reflue dans mes veines, je me laisse à nouveau happer par le ballet de la ville en contrebas. Bruine qui danse dans la lumière des lampadaires, pinceaux des phares sur la chaussée détrempée, néons des enseignes, métro qui fuse sur le pont au-dessus du carrefour, silhouettes et parapluies pressés. Une heure que je les observe. Funambule sur un fil de zinc, anticipant la chute. Ou l’impact. Parce que la chute, l’horreur de ne plus rien contrôler, le plaisir terrifiant de l’apesanteur, l’impuissance de me sentir aspirée malgré moi par une force qui me dépasse, je connais.
– Tu vas sauter ?
J’effleure l’intrus d’un regard impatient. Il ne doit pas être beaucoup plus âgé que moi, malgré sa chemise blanche et cette veste de costard qui lui donnent l’air de s’être déguisé en adulte.
– Va-t’en, je souffle.
S’il disparaît, tout rentrera dans l’ordre, je poursuivrai la soirée comme je l’avais prévue. »
Extrait de : M. Fargetton. « Nos vies en l’air. »
Le suivant sur la liste – l’intégrale par Manon Fargetton

Fiche de Le suivant sur la liste – l’intégrale
Titre : Le suivant sur la liste – l’intégrale
Auteur : Manon Fargetton
Date de parution : 2016
Editeur : Rageot
Sommaire de Le suivant sur la liste – l’intégrale :
- Le suivant sur la liste
- La nuit des fugitifs
Le livre de toutes les réponses sauf une par Manon Fargetton

Fiche de Le livre de toutes les réponses sauf une
Titre : Le livre de toutes les réponses sauf une
Auteur : Manon Fargetton
Date de parution : 2015
Editeur : Rageot
Première page de Le livre de toutes les réponses sauf une
« Bérénice marchait à pas lents vers son nouveau collège.
Elle n’avait aucune envie d’y aller, aucune envie d’affronter la curiosité d’élèves inconnus parce qu’elle serait « la nouvelle », aucune envie de jouer le jeu de la fille cool pour être acceptée.
Elle préférait son ancienne ville, et personne ne remplacerait les amis qu’elle y avait laissés. Pourtant, même s’ils avaient passé l’été à se raconter leur vie sur Internet, la réalité était sans appel : ils étaient loin et Bérénice était ici.
Seule.
Anxieuse, elle détailla les hautes grilles du collège devant lesquelles se pressait une meute de collégiens qui chahutaient joyeusement et se lançaient à la volée des « Salut, ça va ? » et des « Alors, ton été ? », heureux de se retrouver.
Elle prit le temps de visualiser mentalement son trajet. Traverser la rue, se faufiler entre les élèves, franchir la grille, longer le mur de la cour jusqu’aux feuilles scotchées sur le panneau d’affichage, trouver sa classe, se ranger avec les autres.
– Courage, murmura-t-elle pour elle-même en s’engageant sur le passage clouté.
Une poignée de minutes plus tard, Bérénice scrutait les listes à la recherche de son nom. Elle le repéra immédiatement. »
Extrait de : M. Fargetton. « Le livre de toutes les réponses sauf une. »
Aussi libres qu’un rêve par Manon Fargetton

Fiche de Aussi libres qu’un rêve
Titre : Aussi libres qu’un rêve
Auteur : Manon Fargetton
Date de parution : 2006
Editeur : Castelmore
Première page de Aussi libres qu’un rêve
« — Monsieur ?
Léo sursauta et faillit tomber de la chaise sur laquelle il s’était effondré, épuisé d’avoir arpenté pendant plus de deux heures le couloir de la clinique. Il se leva d’un bond et regarda pour la énième fois la pendule accrochée au mur blanc : 0 h 32… Pourvu que…
— Bien que nées trois semaines avant terme vos jumelles se portent bien, ainsi que votre femme annonça la sage-femme. Cependant, j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle à vous annoncer.
Elle hésita :
— L’une de vos filles est née le 1er janvier à 0 h 17 mais la première est née… le 31 décembre à 23 h 58. Je suis désolée.
Léo se laissa retomber sur sa chaise. Une Décembre. Ce n’était pas possible… À deux minutes près, alors que tout se présentait si bien…
— Quels métiers reste-t-il pour elle ? demanda-t-il, hagard.
— Pas grand-chose, hélas : vous avez le choix entre filtreur maritime et superviseur des robots balayeurs de surface. »
Extrait de : M. Fargetton. « Aussi libres qu’un rêve. »