Auteur/autrice : CH91
Helgvor du fleuve bleu par Joseph-Henri Rosny aîné
Fiche de Helgvor du fleuve bleu
Titre : Helgvor du fleuve bleu
Auteur : Joseph-Henri Rosny aîné
Date de parution : 1929
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Première page de Helgvor du fleuve bleu
« Les femmes, à l’entrée des cavernes, contemplaient la flamme rouge qui menaçait les astres, et le ciel s’abaissait sur la plaine comme le creux d’un roc.
Le vieillard Urm disait :
— Nos pères ont vu couler des torrents de feu ! Le feu fondait la pierre, les hommes mouraient comme des sauterelles.
Il avait l’âge des corbeaux blanchis : les Tzoh croyaient qu’il était né avec les étoiles, le fleuve et les forêts. Les autres vieillards regardaient avec des yeux creux.
Parce que c’était le temps où les hommes forts cherchent au loin les grands herbivores, la flamme rouge semblait plus redoutable. La montagne grondait dans ses profondeurs.
Urm parla aux choses homicides, qui vivent dans la pierre : on ne sait jamais quand elles s’évadent. »
Extrait de : J.H Rosny aîné. « Helgvor du Fleuve Bleu. »
Le coeur de Paris par Albert Robida
Fiche de Le coeur de Paris
Titre : Le Cœur de Paris — Splendeurs et souvenirs (Tome 2 sur 2 – Paris)
Auteur : Albert Robida
Date de parution : 1896
Editeur : A la librairie illustrée
Première page de Le coeur de Paris
« La cité de Paris, la noble nef qui, depuis si longtemps, malgré tant d’ouragans, sous l’assaut des vents furieux ou sous les caresses d’un soleil ami, vogue avec audace et fierté, souvent rudement ballottée mais jamais submergée, a vu pour ainsi dire, commencer l’histoire de France, avec les aventures de jeunesse de Lutetia, dans les jours où se formait, sur les rives de la Seine, le petit État barbare d’un chef franc.
Pendant des siècles, sur ce point minuscule, à cet étroit îlot enserré par les eaux de la rivière, vinrent à ce qu’il semble s’attacher tous les fils reliant au mince domaine royal des premiers temps, les terres, les fiefs et les provinces qui grossissaient peu à peu le naissant pays de France, et lui ramenaient un à un tous les lambeaux de la Gaule éparpillée après l’écroulement du monde romain. »
Extrait de : A. Robida. « Paris de siècle en siècle: Le Cœur de Paris — Splendeurs et souvenirs. »
Paris de siècle en siècle par Albert Robida

Fiche de Paris de siècle en siècle
Titre : Paris de siècle en siècle (Tome 1 sur 2 – Paris)
Auteur : Albert Robida
Date de parution : 1895
Editeur : A la librairie illustrée
Première page de Paris de siècle en siècle
« A chaque étape de sa vie, à chaque mouvement de sa croissance, les siècles passés ont vu notre Paris, faisant craquer sa ceinture et se dépouillant de son enveloppe, s’épanouir en d’autres conditions au soleil des idées nouvelles, revêtir, sous une armure de défense plus solide et plus large, un vêtement tout neuf, enrichi et décoré suivant les modes alors triomphantes, lesquelles constituent parfois un progrès et un embellissement, mais parfois aussi, par malheur, n’apportent que de regrettables modifications.
Une capitale est un organisme et Paris plus que nulle autre.
Mais dans cet organisme de la ville en perpétuelle transformation, en même temps que l’enveloppe se modifie, le cœur change de place. Il était ici, en ce siècle, sur cette rive du fleuve; au siècle prochain, il sera là-bas, de l’autre côté. Il fut au milieu du fleuve d’abord, aux premiers vagissements de Paris, dans l’île où naquit la petite Lutèce, puis il passa l’eau, sembla se fixer un instant sur la montagne Sainte-Geneviève, à l’ombre des palais gallo-romains, qu’après Constance Chlore, Julien et les magistrats romains, habitaient les terribles chefs francs,—pour revenir en son île avec les évêques et les rois, entre la cathédrale et le palais, ensuite pour refranchir encore le fleuve, mais de l’autre côté, et gagner la ville nouvelle, la ville bruyante et commerçante qui s’agite sur la rive droite… »
Extrait de : A. Robida. « Paris de siècle en siècle. »
Le voyage immobile par Maurice Renard

Fiche de Le voyage immobile
Titre : Le voyage immobile, suivi d’autres histoires singulières
Auteur : Maurice Renard
Date de parution : 1909
Editeur : Mercure de France
Sommaire de Le voyage immobile
- Le voyage immobile
- La singulière destinée de Bouvancourt
- Le rendez-vous
- La mort et le coquillage
- Parthénope ou l’escale imprévue
- La statue ensoleillée
- Une légende chrétienne d’Aktéon
Première page de Le voyage immobile
« Vers dix heures du matin, l’homme que nous avions sauvé ouvrit enfin les yeux.
Je m’attendais au réveil classique, à des doigts fébriles passés sur le front, à des « où suis-je ? où suis-je ? » balbutiés d’une voix languissante. Il n’en fut rien. Notre obligé resta quelques secondes tranquille, le regard perdu. Puis son œil s’anima d’intelligence, d’énergie, et il prêta l’oreille au bruit de l’hélice et au clapotis des vagues contre le bordage. Alors, s’étant assis dans l’étroite couchette, il se mit à inspecter la cabine, aussi froidement que si Gaétan et moi n’eussions pas été là. Nous le vîmes ensuite se tourner vers le hublot pour regarder la mer, puis nous examiner l’un après l’autre, sans curiosité ni politesse, comme des meubles encore inaperçus, et, les bras croisés, se plonger dans une profonde rêverie.
Sur la foi de son extérieur, nous tenions pour bien élevé cet inconnu de beau visage et de belles mains, dont les habits, tout ruisselants qu’ils fussent, nous avaient paru ceux d’un gentleman. Aussi sa conduite blessa-t-elle mon camarade et me surprit moi-même, quoique Gaétan m’eût depuis longtemps accoutumé à voir dans un seul être la noblesse encanaillée d’un rustre et le chic mésallié à l’insolence. »
Extrait de : M. Renard. « Le voyage immobile, suivi d’autres histoires singulières. »
Aux Îles Bienheureuses par Théo Varlet

Fiche de Aux Îles Bienheureuses
Titre : Aux Îles Bienheureuses
Auteur : Théo Varlet
Date de parution : 1925
Editeur : Editions de l’Artisan
Première page de Aux Îles Bienheureuses
« la brise est fraîche encore et légère : la place
Livre son sable fauve au soleil immobile,
Et les eucalyptus agitent leurs feuillages
Où des milliers d’oiseaux joyeusement pépient.
O jour ami ! Sous ma fenêtre, le cheval
Aveugle tourne à pas résignés son manège ;
Et, déchirant le ciel de satin virginal,
Filent, ciseaux crissants, d’affolées hirondelles.
En mer, lac émaillé de turquoise, se jouent
Des barques inclinées, vols blancs, jaunes et roux,
Sur la frise azurée du continent lointain. »
Extrait de : T. Varlet. « Aux îles bienheureuses. »
Lettres d’un bon jeune homme à sa cousine Madeleine par Edmond About

Fiche de Lettres d’un bon jeune homme à sa cousine Madeleine
Titre : Lettres d’un bon jeune homme à sa cousine Madeleine
Auteur : Edmond About
Date de parution : 1861
Editeur : Michel Lévy Frères
Première page de Lettres d’un bon jeune homme à sa cousine Madeleine
« Je lis les feuilles avec le plus profond respect, et toute parole imprimée est pour moi parole d’Évangile. Ne savons-nous pas depuis longtemps que MM. les rédacteurs aimeraient mieux se couper le poing que de tromper la crédulité publique ? D’ailleurs, j’ai entendu dire dans plusieurs cafés que le journalisme est un sacerdoce.
Or, il y a quasiment trois mois que tous les journaux de Paris célèbrent à l’unisson une petite ville d’Allemagne appelée Bade. Les uns admirent la beauté sauvage de ses environs, la solitude de ses forêts, la majesté des ruines qui l’entourent, la salubrité de ses eaux, la douceur de son climat, le silence, la paix et le recueillement qu’on y goûte. Les autres sonnent une fanfare retentissante en l’honneur des bals, des spectacles, des symphonies, des chasses, des courses, des feux d’artifice et du brouhaha plein de charmes qui remplit cet adorable enfer. »
Extrait de : E. About. « Lettres d’un bon jeune homme à sa cousine Madeleine. »
Maître Pierre par Edmond About

Fiche de Maître Pierre
Titre : Maître Pierre
Auteur : Edmond About
Date de parution : 1858
Editeur : Bibliothèque des chemins de fer
Première page de Maître Pierre
« C’est par le plus grand des hasards que j’ai fait la connaissance de maître Pierre.
Tout me porte à croire que je n’aurais jamais entendu parler du bonhomme, ni de ses échasses, si j’étais venu à Grenoble par le chemin de Lyon, qui est assurément le plus court. Lorsque M. Ponsard et M. Émile Augier vont en visite dans le département de l’Isère, ils ne manquent jamais de passer par Lyon : c’est le chemin des académiciens. J’ai pris par Bordeaux et Marseille, comme un écolier : il en est de tout âge.
J’avais consulté les itinéraires et je m’attendais à perdre trois jours en route, mais je me trompais de toute une semaine. Comment prévoir que je rencontrerais maître Pierre, qu’il me promènerait dans les Landes de la Gironde, qu’il me dirait leur histoire et la sienne, et qu’il m’apprendrait du haut de ses échasses mille choses intéressantes dont je ne me doutais pas, ni vous non plus ? Je ne regrette point le temps que j’ai passé dans sa compagnie. Ce que j’ai vu de plus curieux dans mon tour de France, c’est le désert des Landes et maître Pierre son prophète. »
Extrait de : E. About. « Maître Pierre. »
Un ange s’est pendu par Roland C. Wagner

Fiche de Un ange s’est pendu
Titre : Un ange s’est pendu
Auteur : Roland C. Wagner
Date de parution : 1988
Editeur : Fleuve noir
Première page de Un ange s’est pendu
« Richard en était à son troisième baby quand Elric entra dans le restaurant, accompagné d’un adolescent au profil d’oiseau de proie. Il interrompit à peine esquissé son geste de bienvenue ; il avait assez bu pour éprouver une méfiance quasi paranoïaque vis-à-vis des inconnus. D’autant plus qu’Elric avait le chic pour attirer paumés et personnages qu’il qualifiait lui-même de folkloriques. Propriétaire d’un magasin de disques situé dans le XIVe arrondissement et spécialisé dans les raretés des années 60 et 70, Elric voyait défiler chaque jour toute une faune blafarde, où les collectionneurs enragés, prêts à se ruiner pour un original des Thirteenth Floor Elevators, se mêlaient aux rockers miteux grattouillant dans de minables groupes banlieusards. »
Extrait de : R.C Wagner. « Un ange s’est pendu. »
Poupée aux yeux morts – intégrale par Roland C. Wagner

Fiche de Poupée aux yeux morts – intégrale
Titre : Poupée aux yeux morts – intégrale
Auteur : Roland C. Wagner
Date de parution :
Editeur :
Sommaire de Poupée aux yeux morts – intégrale
- La mémoire des pierres
- Prisons intérieures
- Les futurs mystères de Paris
Première page de Poupée aux yeux morts
« La station de métro sentait la crasse et le détergent. Les affiches tridi à la structure altérée ne présentaient plus que des scènes figées et déséquilibrées, qu’embrumait un flou accidentel, sans rien d’artistique à mes yeux. Un clochard dormait en chien de fusil dans une niche de la paroi arrondie, alcôve misérable d’un sommeil d’origine chimique. Je ne reconnaissais plus rien ; ce monde où j’étais né m’était devenu étranger.
Je me laissai emporter par l’escalator, fouillant machinalement mes poches à la recherche du frotteglisse. Peine perdue : j’avais laissé à l’Escale le petit gadget montgomeryl, ne voulant pas y avoir recours ce soir-là.
Quatre Matraqueurs avaient élu domicile dans la salle des contrôleurs magnétiques. Une ligne peinte sur le sol délimitait leur territoire ; je pris soin de respecter cette frontière. »
Extrait de : R.C Wagner. « Poupée aux yeux morts, la trilogie. »
Pax Americana par Roland C. Wagner

Fiche de Pax Americana
Titre : Pax Americana
Auteur : Roland C. Wagner
Date de parution : 2005
Editeur : Editions du Rocher
Première page de Pax Americana
« — Enfoiré ! dit Daniel, je me paierais bien le président des Zu’ssa !
Les autres ricanèrent. Ils connaissaient tous le sens de cette expression dans la bouche de Daniel, et ils pensaient à l’évidence que ce n’étaient que des paroles en l’air. On ne se payait pas le président des Zu’ssa ; il était trop bien protégé.
Mais, n’empêche, l’idée était sacrément tentante. Le genre de truc fou qu’on ne fait pas deux fois dans une vie. Et il n’y aurait peut-être pas d’autre occasion avant bien longtemps – s’il y en avait une un jour. Bien que nul ne pût deviner ce qui ressortirait de la Première Conférence américano-européenne, pas grand-chose était l’opinion communément admise. La Bonne Vieille Europe et les Zu’ssa étaient incapables de s’entendre, c’était bien connu et ça faisait marrer les Chinois depuis des lustres de les voir alterner prises de tête et périodes où ils ne se parlaient même plus – la Guéguerre fraîche, comme on la surnommait parfois. »
Extrait de : R.C. Wagner. « Pax Americana. »