Catégorie : Livres

 

Sous la colline par D. Calvo

Fiche de Sous la colline

Titre : Sous la colline
Auteur : D. Calvo
Date de parution : 2015
Editeur : La volte

Première page de Sous la colline

« Au bord du boulevard Michelet, entre un Hyper Casino et Saint Maclou, l’Unité d’Habitation Le Corbusier somnole sous les étoiles. On l’appelle Le Corbu, le Phalanstère, l’Usine de sucre, la Cité radieuse, la Maison du Fada, l’Éléphant.

D’autres noms circulent, des noms secrets murmurant l’ampleur d’un projet urbain visionnaire, inachevé. Des blocs enterrés surgissent du gravier, ruines envahies de mousse, des stèles aux fonctions inaccessibles, sculptées de motifs indéchiffrables. Sur le toit, on devine les formes géométriques de superstructures architecturales aux fonctions mystérieuses.

Le Corbu est un rébus.

Posée de traviole sur ses pilotis, l’œuvre trône au centre d’un parc aux platanes antédiluviens. D’autres signes y prolifèrent : un parking aux voitures anonymes, le rideau en fer taggué d’un bar-tabac, de mauvaises herbes. »

Extrait de : D. Calvo. « Sous la Colline. »

Melmoth furieux par D. Calvo

Fiche de Melmoth furieux

Titre : Melmoth furieux
Auteur : D. Calvo
Date de parution : 2021
Editeur : La volte

Première page de Melmoth furieux

« Eurodisney ouvre ses portes le 11 avril 1992 à 10 heures du matin. Une journée de fanfares – du sinistre à perte de vue. Les hôtels dégueulent de VIP de journalistes d’agents de voyages. Tout le monde a son poncho jaune. Tout le monde se pèle le cul.
 
Des canalisations sautent en fin de matinée. Elles inondent de putride le conte de fées ; des bugs mécaniques sur plusieurs attractions, des opérateurs en bottes d’égoutier – on parle de parents blessés – de rats en grappe. Des enfants pleurent : un Dingo dingue leur a mis des gifles à la sortie de Peter Pan. Le grand chien a disparu, laissant derrière lui des bouts de son costume, des chaussures trop grandes. Une oreille.
 
Deux bombes détruisent plusieurs pylônes d’électricité en fin d’après-midi. On blâme ces mystérieux anarchistes qui deux ans plus tôt avaient saccagé le centre d’accueil provisoire bâti près du site pendant la construction. Ces mêmes activistes qui avaient lancé des œufs sur le PDG Michael Eisner quand il était venu à Paris célébrer l’entrée du parc en Bourse. Leur message était clair : Barre-toi, Souris Noire. »

Extrait de : D. Calvo. « Melmoth furieux. »

La nuit des labyrinthes par D. Calvo

Fiche de La nuit des labyrinthes

Titre : La nuit des labyrinthes (Tome 2 sur 2 – Lacejambe)
Auteur : D. Calvo
Date de parution : 2004
Editeur : J’ai lu

Première page de La nuit des labyrinthes

« Le son d’un ballon crevé, décompressant. Des clameurs étouffées, l’écho d’un passé retrouvé, la vieille piste derrière l’arbre. Tendre les mains pour tâter l’obscurité, molle sous mes doigts. Habituer mes yeux à ses secrets. Retrouver le chemin dans ce dédale. Combien de temps ai-je attendu cette jouissance, seul dans les ténèbres ?
Ciller dans les fougères.

 
— Bertrand ! Où étiez-vous passé, bougre de botaniste ?
Bertrand Lacejambe serra la main de son vieil ami Baran, venu l’accueillir sur le perron en haut des marches.
— Une fleur ne connaît pas le chic, Edmond.
Edmond Baran, lutteur à la Barasse, souleva le botaniste pour une accolade à l’espagnole. Il serra si fort, leurs os, communiant, craquèrent à tue-tête. Baran avait souvent perdu l’amitié d’hommes remarquables pour sa passion des étreintes, »

Extrait de : D. Calvo. « La nuit des labyrinthes – Lacejambe. »

Délius par D. Calvo

Fiche de Délius

Titre : Délius (Tome 1 sur 2 – Lacejambe)
Auteur : D. Calvo
Date de parution : 1997
Editeur : Mnémos

Première page de Délius

« Depuis le début, il s’était persuadé que la première chose qu’ils verraient serait ses yeux. De grands yeux verts, rieurs et coquins. Deux grands yeux tournés vers le ciel.

— Ces yeux… Sainte Marie Mère de Dieu.
— Je vous en prie, Perkins, ne jurez pas.
— Qui peut avoir fait ça ?
— Avez-vous vu ces yeux ?
— Ne me dites pas qu’un homme est capable de…
— Calmez-vous, les enfants. C’est peut-être juste une histoire de cœur. Ne crions pas à Jack l’Éventreur.
— C’est le médecin qui va s’amuser.
— Oh, et cette odeur…
— Ça ne sent pas si mauvais.
— Jésus-Christ, aidez-nous, pardonnez-nous nos péchés. »

Extrait de : D. Calvo. « Délius, une chanson d’été – Lacejambe. »

Elliot du néant par D. Calvo

Fiche de Elliot du néant

Titre : Elliot du néant
Auteur : D. Calvo
Date de parution : 2012
Editeur : La volte

Première page de Elliot du néant

« Au début, il y a tout. Le plein, indifférencié, mêlé de lui, soupe trop riche, trop épaisse, bouillon turbulent. Enceint d’infini, ce ventre non délimité : tout y est possible sans contraintes, donc sans forme. Un œil extérieur pourrait y discerner un monde en mouvement, qui se mange puis se régurgite ; mais, hors limites, point d’intérieur, ni d’extérieur : simplement, le bâillement long des possibles, les non-espaces molaires qui détendent et poussent la membrane de ce qui n’est pas. Rien n’est en devenir, tout est déjà là, dans cette boule sans circonférence, dans ce carré sans sinus, qui n’éternue pas. Il n’y a rien dehors, rien qui puisse être défini car dehors n’est pas une notion. Seuls les mots peuvent dégager un semblant d’organisation dans cet ensemble sans début ni fin. Sans mot, tout peut s’y lire, les paradoxes résolus dans un même mouvement, pas même respiration, puisque croissance et décroissance n’existent pas. »

Extrait de : D. Calvo. « Elliot du néant. »

Os de lune par J. Carroll

Fiche de Os de lune

Titre : Os de lune
Auteur : J. Carroll
Date de parution : 1987
Traduction : D. Michel-Chich, N. Duport
Editeur : Gallimard

Première page de Os de lune

« Le « garçon à la hache » habitait à l’étage du dessous. Nous nous connaissions car il promenait toujours un horrible petit chien que je ne manquais jamais de caresser quand je la croisais dans l’entrée de l’immeuble.

Ses photos révèlent un physique passe-partout à l’exception de ses lunettes presque toujours sales, le genre brumeux et poisseux qui vous donne envie de sortir votre mouchoir pour les nettoyer.

« Un brave garçon. » Pourquoi la presse utilise-t-elle toujours ce genre d’expression ? « Toutes les connaissances du meurtrier le décrivent comme un brave garçon, attaché à ses parents, un bon scout qui passait ses loisirs à collectionner les timbres d’Asie. »

Même Danny, mon adorable mari, fut de cet avis après avoir lu les détails, pourtant horribles. « Il avait l’air d’un brave type, tu ne trouves pas, Cullen ? Le “garçon à la hache”. Mon Dieu, quel surnom ! »

Extrait de : J. Carroll. « Os de Lune. »

Ombres complices par J. Carroll

Fiche de Ombres complices

Titre : Ombres complices
Auteur : J. Carroll
Date de parution : 1983
Traduction : I. Tate
Editeur : J’ai lu

Première page de Ombres complices

« Ici, plus qu’ailleurs, mes parents hantent mes nuits. Dépourvus de tout événement remarquable, ces rêves ont pourtant sur moi un effet bienfaisant. Chaque fois, je m’éveille dispos, rasséréné. C’est la belle saison, le plus souvent. Installés sur le porche, nous sirotons du thé glacé. Jordan, notre petit terrier, gambade sur la pelouse. Les mots échangés sont rares, et comme alanguis, des petits riens pour rompre le silence. Nous n’en demandons pas davantage. Une aimable torpeur engourdit toute la famille. Même Ross, mon frère, est sous le charme.

Parfois, ma mère lance un éclat de rire. Ses bras levés décrivent de grands arcs de cercle dans un geste qui lui est familier. Mon père fume. Il inhale profondément. Quand j’étais petit, cela m’impressionnait tant que je lui demandai un jour si la fumée lui descendait dans les talons. »

Extrait de : J. Carroll. « Ombres complices. »

Le pays du fou rire par J. Carroll

Fiche de Le pays du fou rire

Titre : Le pays du fou rire
Auteur : J. Carroll
Date de parution : 1980
Traduction : I. Tate
Editeur : J’ai lu

Première page de Le pays du fou rire

« — Écoute, Thomas, je ne suis pas la première à te le demander, je m’en doute, mais c’est plus fort que moi… c’était comment, d’être le fils de…
— Le fils de Stephen Abbey ?
Ah, l’éternelle question. À ma mère, l’autre jour, je déclarai que mon nom véritable n’était pas Thomas Abbey, pas du tout ; plutôt Stephen Abbey Junior. Je poussai un soupir et reléguai vers la périphérie de mon assiette un reliquat de tartelette à la frangipane.
— Difficile à dire, murmurai-je. J’ai le souvenir d’un homme chaleureux, débordant d’affection. Cela venait peut-être de ce qu’il était défoncé, la plupart du temps.
Une petite lueur s’alluma dans son œil. Ça cliquetait sous les sinus, clic-clac, je pouvais presque entendre les rouages. »

Extrait de : J. Carroll. « Le pays du fou rire. »

Le bûcher des immortels par J. Carroll

Fiche de Le bûcher des immortels

Titre : Le bûcher des immortels
Auteur : J. Carroll
Date de parution : 1999
Traduction : H. Collon
Editeur : Flammarion

Première page de Le bûcher des immortels

« En fin de compte, on n’a jamais qu’une seule histoire à raconter. Pourtant, alors qu’on l’a vécue, cette histoire, on n’a ni le courage, ni l’art de la coucher par écrit.

Si j’ai vécu jusqu’ici, si je suis enfin à même d’évoquer ma vie, ce n’est pas pour en donner une version mensongère. À quoi bon, d’ailleurs ? Je n’ai plus personne à épater. Toutes les personnes qui m’ont aimée ou haïe ont disparu, ou bien il ne leur reste que la force de respirer. Sauf une.

Les souvenirs, c’est tout ce qui me reste. Je suis une vieille dame à la tête pleine de réminiscences fragiles comme des coquilles d’œuf. Ce qui ne les empêche pas de demeurer véhémentes, exigeantes. « Souviens-toi de moi ! » clament-elles. Quand ce n’est pas : « Rappelle-toi le chien qui parlait. » Et moi : « Je veux la vérité, souvenirs ! Vous êtes sûrs de ce que vous avancez ? Ou bien récrivez-vous l’histoire pour me réconforter ? »

Il est facile de présenter son meilleur profil au miroir de l’histoire. Seulement l’histoire, elle, elle s’en moque. Je l’ai appris à mes dépens. »

Extrait de : J. Carroll. « Le bûcher des Immortels. »

Le baiser aux abeilles par J. Carroll

Fiche de Le baiser aux abeilles

Titre : Le baiser aux abeilles
Auteur : J. Carroll
Date de parution : 1998
Traduction : N. Serval
Editeur : Flammarion

Première page de Le baiser aux abeilles

« Je déteste manger seul. C’est une des raisons qui m’ont poussé à devenir célèbre. Le spectacle d’une personne mangeant seule en public a quelque chose d’à la fois pathétique et déplaisant. Mieux vaut encore rester à la maison et dîner devant la télé d’une soupe en boîte et d’une poignée de crackers que d’attendre tout seul à table qu’on vous serve un repas solitaire et mélancolique.

Je déjeunais avec mon agent, Patricia Chase, quand j’ai fait cette réflexion. Patricia est une grande et belle femme avec des couilles en titane. Elle m’a regardé avec une expression qui m’est devenue familière depuis vingt ans que je la connais, un mélange tout à fait unique d’amusement, d’agacement et de réprobation.

« Où vas-tu chercher des idées pareilles, Sam ? Mais je ne connais rien de plus merveilleux que d’être seule à table ! »

Extrait de : J. Carroll. « Le baiser aux abeilles. »