Catégorie : Livres

 

L’aube du huitième jour par J. Carroll

Fiche de L’aube du huitième jour

Titre : L’aube du huitième jour
Auteur : J. Carroll
Date de parution : 2001
Traduction : N. Serval
Editeur : Flammarion

Première page de L’aube du huitième jour

« Ne jamais acheter de vêtements jaunes ni de cuir bon marché : tel est mon credo – un parmi d’autres. Vous savez ce qui me plaît le plus ? C’est de voir des gens se tuer. Ne vous méprenez pas ; je ne parle pas ici des pauvres cloches qui se jettent par la fenêtre ou fourrent leur tête d’abruti dans un sac plastique. Je ne parle pas non plus des tournois de « Mortal Kombat », où une bande de molosses enragés et coiffés en brosse n’arrêtent pas de se sauter à la gorge. Imaginez plutôt un type au visage plombé qui allumerait une Camel en pleine rue et vous recracherait ses poumons à la première bouffée… Bien fait pour toi, mon vieux ! Vive la nicotine, l’acharnement et l’auto-complaisance.

« Eh ! Jimmy, remets-nous ça », braille Sa Majesté Cholestérol, assis au bout du comptoir. Il a le nez rouge comme une pivoine et une tension assez élevée pour l’expédier chez Pluton avec toute sa lignée. Satisfaction, masse, texture… Une crise cardiaque le terrassera en quelques secondes. »

Extrait de : J. Carroll. « L’aube du huitième jour. »

Collection d’Automne par J. Carroll

Fiche de Collection d’Automne

Titre : Collection d’Automne
Auteur : J. Carroll
Date de parution : 1995
Traduction : H. Collon
Editeur : Pocket

Sommaire de Collection d’Automne

  • Ménage en grand
  • Collection d’automne
  • Copains comme chiens
  • La tristesse du détail
  • Signe de vie
  • Salle Jane Fonda
  • Mon Zoondel
  • Apprendre à s’en aller
  • La main-panique
  • La gueule de l’ours
  • L’examen de passage
  • L’ange las
  • L’amour des morts
  • Florian
  • La vie de mon crime
  • Une roue dans le désert, des balançoires au clair de lune
  • Coup de foudre

Première page de Ménage en grand

« Bon, présentons les choses ainsi : si elle s’était appelée Codruta, Glenyus ou Heulwen, tout aurait été plus facile. Avec un nom exotique venu droit des monts Oural ou des contrées druidiques, ces pays où
l’étrange est monnaie courante. Mais non, elle s’appelait Beenie. Beenie Rushforth.

Et ça, ça fait vraiment quinquagénaire de province qui golfe au country club du coin. En tout cas pour moi. Ça fait bonne femme qui parle trop fort, a le cuir trop tanné et se sert trop de bourbon dès onze heures du matin. Genre : Beenie Rushforth, Wellesley, promotion de 1965.

Rien que de très banal aussi dans la façon dont elle a débarqué un jour. Notre dernière femme de ménage avait décidé d’épouser son petit ami et de partir pour Chicago. »

Extrait de : J. Carroll. « Collection d’automne. »

Loin du pays natal par Walter Tevis

Fiche de Loin du pays natal

Titre : Loin du pays natal
Auteur :  Walter Tevis
Date de parution : 1981
Traduction : M. Lederer
Editeur : Denoël

Sommaire de Loin du pays natal

  • Près du pays natal
    • Loyer bloqué
    • La visite d’une mère
    • Papa
    • L’apothéose de Myra
    • Manque de chance
    • Echo
    • Séjour dans les limbes
  • Loin du pays natal
    • A l’autre bout du fil
    • Le grand bond
    • La brique en or
    • Le cric du crac
    • Le disciple du maître

Première page du Loyer bloqué

« — Fantastique ! s’exclama Édith. C’était l’expérience la plus vraie de mon existence !
Elle jeta les bras autour de lui, pressa sa joue contre son torse nu et l’attira à elle. Elle pleurait.
Il pleurait également.
— Pour moi aussi, ma chérie, fit-il en l’enlaçant à son tour.
Ils étaient étendus sur le lit en mezzanine du petit studio qu’elle habitait dans l’East Side. Ils venaient de jouir ensemble et, encore en sueur, ils se sentaient heureux et détendus. La journée avait été parfaite.
Déjà, ce soir-là, la séance de thérapie les avait préparés à l’orgasme. Après dîner, ils étaient allés comme chaque mercredi chez Harry et tout avait marché à merveille. Il avait enfin exprimé toute la colère qu’il éprouvait à l’égard de ses parents incapables et elle avait craché sa haine pour sa mère sadique et son père veule. »

Extrait de : W. Tevis. « Loin du pays natal. »

Le soleil pas à pas par Walter Tevis

Fiche de Le soleil pas à pas

Titre : Le soleil pas à pas
Auteur :  Walter Tevis
Date de parution : 1982
Traduction : J. Bonnefoy
Editeur : Denoël

Première page de Le soleil pas à pas

« Lorsqu’ils m’eurent assommé, je régressai d’un coup jusqu’à mon adolescence sur Terre, pour y demeurer dans une espèce de rêve éveillé deux mois durant. Épisodiquement, je redevenais conscient du bourdonnement des moteurs du vaisseau, des tubes souples qui m’alimentaient, des machines qui exerçaient mon corps et de la douce voix de mon entraîneur mais, le plus clair du temps que prit le voyage, je le passai revenu dans la maison de mon père, dans l’Ohio, avec l’odeur de sa fumée de cigare et de ses livres, et cette crainte respectueuse que j’éprouvais, étant enfant, devant les certificats et les diplômes accrochés au mur derrière son bureau. Un mur tapissé d’un papier à fleurs bleu pâle ; il me semblait que je les distinguais mieux maintenant, depuis la passerelle de commandement de mon vaisseau interstellaire, qu’à l’époque. Des myosotis. Il y avait une tache brunâtre près du plafond, au-dessus d’un diplôme encadré portant la mention docteur de l’université honoraire. »

Extrait de : W. Tevis. « Le soleil pas à pas. »

Le jeu de la dame par Walter Tevis

Fiche de Le jeu de la dame

Titre : Le jeu de la dame
Auteur :  Walter Tevis
Date de parution : 1983
Traduction : J. Mailhos
Editeur : Gallmeister

Première page de Le jeu de la dame

« BETH APPRIT la mort de sa mère de la bouche d’une femme qui tenait un bloc-notes. Le lendemain, son portrait parut dans le Herald-Leader. La photo, prise sur la terrasse de la maison grise de Mapplewood Drive, montrait Beth vêtue d’une robe de coton toute simple. À l’époque, déjà, elle était tout à fait quelconque. Une légende sous la photo disait : “Rendue orpheline par le carambolage d’hier sur la New Circle Road, Elizabeth Harmon pose son regard sur un avenir incertain. Elizabeth, huit ans, se retrouve sans famille suite à cet accident, qui a fait deux morts et plusieurs blessés. Seule chez elle au moment des faits, Elizabeth a appris la nouvelle peu avant que l’on ne prenne cette photo. On s’occupera bien d’elle, disent les autorités.”
Au Foyer Methuen de Mount Sterling, dans le Kentucky, Beth recevait un tranquillisant deux fois par jour. On en donnait de même à tous les autres enfants, pour “réguler leur caractère”. Le caractère de Beth était correct, pour ce que chacun pouvait en voir, mais elle était contente de prendre son petit cachet. »

Extrait de : W. Tevis. « Le Jeu de la dame. »

L’oiseau moqueur par Walter Tevis

Fiche de L’oiseau moqueur

Titre : L’oiseau moqueur
Auteur :  Walter Tevis
Date de parution : 1980
Traduction : M. Lederer
Editeur : Gallmeister

Première page de L’oiseau moqueur

« COMME il remonte la Cinquième Avenue à minuit, Spofforth se met à siffler. Il ignore le nom de l’air, et il ne s’en soucie guère ; c’est un air compliqué, un air qu’il siffle souvent lorsqu’il est seul. Il est torse nu et ne porte pas de chaussures ; il a pour unique vêtement un pantalon kaki. Il sent sous ses pieds la surface usée des vieux pavés. Bien qu’il avance en plein milieu de la vaste avenue, il distingue les hautes herbes et l’ivraie qui, de chaque côté, ont poussé aux endroits où les trottoirs, depuis longtemps fissurés et défoncés, attendent des réparations qui ne se feront jamais. De ces herbes, Spofforth entend s’élever un chœur d’insectes cliquetant et bourdonnant. Ces bruits le mettent mal à l’aise, comme toujours à cette époque de l’année – le printemps. Il enfonce ses larges mains dans les poches de son pantalon. Puis, embarrassé, il les retire et se met à courir à petites foulées, immense, aérien, athlétique, en direction de la silhouette massive de l’Empire State Building. »

Extrait de : W. Tevis. « L’oiseau moqueur. »

L’oiseau d’Amérique par Walter Tevis

Fiche de L’oiseau d’Amérique

Titre : L’oiseau d’Amérique
Auteur :  Walter Tevis
Date de parution : 1980
Traduction : M. Lederer
Editeur : J’ai lu

Première page de L’oiseau d’Amérique

« Spofforth remonte la Cinquième Avenue. Il est minuit. Spofforth se met à siffler. Un air dont il ignore le nom, mais de cela, il ne se soucie guère. C’est un air compliqué, un air qu’il siffle souvent lorsqu’il est seul.

Spofforth est torse nu, avec pour unique vêtement un pantalon kaki. Comme il marche, il sent sous ses pieds nus la surface lisse et usée de l’ancienne chaussée. Il avance au milieu de l’avenue. De chaque côté, de hautes herbes ont poussé aux endroits où les trottoirs, depuis longtemps fissurés et défoncés, attendent des réparations qui ne se feront jamais plus. Là, s’élève un bourdonnement incessant d’insectes. Comme toujours à cette époque de l’année – le printemps –, ce genre de bruit met Spofforth mal à l’aise. Il enfonce ses larges mains dans les poches de son pantalon. Puis, embarrassé, il les retire et se met à courir à petites foulées, immense, aérien, athlétique, en direction de la silhouette massive de l’Empire State Building. »

Extrait de : W. Tevis. « L’oiseau d’Amérique. »

L’homme tombé du ciel par Walter Tevis

Fiche de L’homme tombé du ciel

Titre : L’homme tombé du ciel
Auteur :  Walter Tevis
Date de parution : 1963
Traduction : N. Tisserand
Editeur : Denoël

Première page de L’homme tombé du ciel

« Après trois kilomètres de marche, il arriva à une ville. À l’entrée, un panneau indiquait : HANEYVILLE, 1 400 habitants. C’était parfait, une bonne moyenne. Il était encore tôt – il avait choisi la matinée pour faire ces trois kilomètres à pied, car il faisait plus frais, et les rues étaient encore désertes. Il en traversa quelques-unes dans le petit jour blafard, dérouté par tant de nouveauté, tendu et légèrement effrayé. Il essaya de ne pas penser à ce qu’il allait faire. Il y avait déjà suffisamment réfléchi.

Dans le quartier commerçant de la petite agglomération, il trouva ce qu’il cherchait, une minuscule boutique appelée La Boîte à Bijoux. Non loin de là, il avisa un banc de bois vert. Il alla s’y asseoir, le corps tout endolori par la longue marche qu’il venait d’accomplir. »

Extrait de : W. Tevis. « L’homme tombé du ciel. »

L’arnaqueur par Walter Tevis

Fiche de L’arnaqueur

Titre : L’arnaqueur
Auteur :  Walter Tevis
Date de parution : 1959
Traduction : M. Duhamel
Editeur : Gallimard

Première page de L’arnaqueur

« Armé d’un volumineux trousseau de clés, Henry, noir et voûté, ouvrit la porte. Il venait de monter par l’ascenseur. Il était neuf heures du matin. L’énorme panneau de bois sculpté, teinté à l’origine façon acajou, avait tourné à l’ébène au bout de soixante années de fumées et de poussière. Henry poussa la porte, mit en place le butoir du bout de son pied bot et entra en boitillant dans la salle.

Il était inutile d’allumer, à cette heure, car les trois immenses fenêtres qui occupaient tout un pan de mur étaient orientées au soleil levant. Par-delà, c’était le plein jour, et un vaste secteur du centre de Chicago. Henry actionna le cordon de tirage et les lourds rideaux se replièrent de chaque côté des fenêtres en un drapé d’une élégance crasseuse, sur un panorama de buildings grisâtres, coupé de tranches de ciel d’un bleu virginal. »

Extrait de : W. Tevis. « L’arnaqueur. »

Poumon vert par Ian R. MacLeod

Fiche de Poumon vert

Titre : Poumon vert
Auteur : Ian R. MacLeod
Date de parution : 2002
Traduction : M. Charrier
Editeur : Bélial

Première page de Poumon vert

« Jalila était entrée dans sa douzième année standard, la saison des Pluies Douces habarienne, lorsqu’elle déménagea en compagnie de ses mères depuis les hautes plaines montagnardes de Tabuthal jusqu’à la côte. Cette longue descente représenta pour elles une découverte sans hâte. Le kamsin avait abandonné depuis longtemps le monde humidifié de frais, et les hayawans rouillaient au fil du voyage pendant que le sous-bois d’un vert pourpré aspirait les énormes plaques de leurs pieds. Jalila contemplait des qasrs et des falaises qu’elle n’avait vues jusqu’alors que dans sa tentexplo. Ses songeries inquiètes lui avaient représenté les passerelles de corde construites par ses ancêtres pour franchir les crêtes comme vieilles et fragiles, mais elles se révélaient en réalité robustes et subtiles ; d’énormes grues tièdes au toucher, ruisselantes et bourdonnantes, se soulevaient lourdement dans la brume telles des géantes avisées, dont l’étreinte lui offrait sans »

Extrait de : I. R. MacLeod. « Poumon vert. »